Adhyaya 84
Prabhasa KhandaPrabhasa Kshetra MahatmyaAdhyaya 84

Adhyaya 84

Īśvara enjoint à Devī de se rendre vers le secteur oriental, auprès d’Ādinārāyaṇa Hari, présenté comme le destructeur universel des péchés et siégeant sur un « pādukā-āsana », trône sacré figuré par la sandale. Le chapitre rapporte ensuite un épisode du Kṛta-yuga : l’asura Meghavāhana, rendu presque invincible par une grâce stipulant qu’il ne pourrait mourir qu’au combat par la pādukā de Viṣṇu, tourmente le monde durant un temps immense et ravage les āśramas des ṛṣis. Chassés de leurs demeures, les sages se réfugient auprès de Keśava (Viṣṇu au drapeau de Garuḍa) et offrent un long hymne célébrant sa causalité cosmique, sa puissance salvatrice, ainsi que l’efficacité purificatrice de son Nom et de son souvenir. Viṣṇu apparaît, demande ce qu’ils désirent, et les ṛṣis le supplient d’écarter le démon afin de rendre au cosmos l’absence de crainte. Il convoque Meghavāhana et le frappe au cœur avec la pādukā auspicious, le mettant à mort, puis demeure établi en ce lieu sur le siège de la pādukā. Le texte énonce les fruits des observances : le culte de cette forme à Ekādaśī procure un mérite comparable aux grands sacrifices (tel l’Aśvamedha), et le darśana dévotionnel est assimilé à de vastes dons, comme la donation de nombreuses vaches. Pour le Kali-yuga, il est promis que celui qui établit Ādinārāyaṇa dans son cœur voit sa souffrance diminuer et son bien spirituel croître ; se baigner et adorer à Ekādaśī, surtout lorsqu’il coïncide avec un dimanche, libère du bhava-bandhana. La phalaśruti finale affirme que l’écoute de ce chapitre efface les péchés et détruit la pauvreté.

Shlokas

Verse 1

ईश्वर उवाच । ततो गच्छेन्महादेवि आदिनारायणं हरिम् । तस्याश्च पूर्वदिग्भागे सर्वपातकनाशनम्

Īśvara dit : Alors, ô Grande Déesse, il convient d’aller vers Ādinārāyaṇa, Hari. Et, du côté oriental attenant à ce lieu saint, se trouve un endroit qui anéantit tous les péchés.

Verse 2

पादुकासनसंयुक्तं सर्वदैत्यांतकारिणम् । आदौ कृतयुगे देवि दैत्योऽभून्मेघवाहनः

Ce lieu est associé au « Pādukāsana » (le Siège de la Sandale) et il est renommé comme destructeur de tous les daitya. Ô Déesse, au commencement du Kṛta Yuga apparut un daitya nommé Meghavāhana.

Verse 3

महाबलो महाकायो योजनायुतविस्तरः । अजेयः सर्वदेवानां त्रैलोक्यक्षयकारकः । ब्रह्मणा तस्य तुष्टेन वरो दत्तो वरानने

Il était d’une puissance extrême et d’un corps gigantesque, s’étendant sur des dizaines de milliers de yojanas ; invincible pour tous les dieux, et cause de la ruine des trois mondes. Satisfait de lui, Brahmā lui accorda une grâce, ô Déesse au beau visage.

Verse 4

यदा पादुकया विष्णुस्त्वां हनिष्यति संयुगे । तदैव मृत्युर्भविता नान्यथा मरणं तव

Lorsque Viṣṇu te frappera au combat avec la sandale sacrée (pādukā), alors seulement surviendra ta mort; autrement, tu ne connaîtras pas la fin.

Verse 5

इति लब्धवरो दैत्यः संतापयति भूतलम् । युगानां कोटिमेकां तु सदेवासुरमानुषम्

Ayant obtenu une telle grâce, le daitya tourmenta la terre—durant un crore de yuga—accablant tout ensemble les dieux, les asura et les hommes.

Verse 6

संतप्य बहुधा देवि दक्षिणो दधिमागतः । तत्र विध्वंसयामास ऋषीणामाश्रमाणि वै

Ô Déesse, après avoir consumé de nombreux êtres de diverses manières, celui du Sud—Dadhimān—arriva en ce lieu et se mit vraiment à ravager les ermitages des ṛṣi.

Verse 7

ततस्त ऋषयः सर्वे विध्वस्ताश्रममण्डलाः । शरणं चैव संप्राप्ता देवदेवं तु केशवम् । अजेयं तं तु संज्ञात्वा तुष्टुवुर्गरुडध्वजम्

Alors tous les sages—dont les ermitages avaient été détruits—vinrent chercher refuge auprès de Keśava, le Dieu des dieux; le sachant invincible, ils louèrent le Seigneur dont l’étendard porte Garuḍa.

Verse 8

ऋषय ऊचुः । नमः परमकल्याणकल्याणायात्मयोगिने । जनार्द्दनाय देवाय श्रीधराय च वेधसे

Les sages dirent : Hommage au Suprêmement Auspicieux, l’auspice de tous les auspices, au Seigneur établi dans le yoga du Soi; hommage au divin Janārdana, à Śrīdhara, et à Vedhasa, l’Ordonnateur de l’univers.

Verse 9

नमः कमलकिंजल्कसुवर्णमुकुटाय च । केशवायातिसूक्ष्माय बृहन्मूर्ते नमोनमः

Hommage à Celui dont la couronne d’or ressemble aux filaments du lotus; hommage, encore et encore, à Keśava—plus subtil que le plus subtil, et pourtant manifesté comme la vaste Forme cosmique.

Verse 10

महात्मने वरेण्याय नमः पंकजनाभये । नमोऽस्तु मायाहरये हरये हरिवेधसे

Hommage au Grand-Âme, le plus digne d’être vénéré, au Seigneur au nombril de lotus. Que l’hommage soit à Hari qui ôte l’illusion; à Hari, à Hari, l’Ordonnateur suprême.

Verse 11

हिरण्यगर्भगर्भाय जगतः कारणात्मने । अच्युताय नमो नित्यमनन्ताय नमोनमः

Hommage à Celui qui est la source intérieure même d’Hiraṇyagarbha, dont la nature est la cause du monde. Hommage constant à Acyuta; hommage, encore et encore, à Ananta.

Verse 12

नमो मायापटच्छन्न जगद्धात्रे महात्मने । संसारसागरोत्तार ज्ञानपोतप्रदायिने । अकुंठमतये धात्रे सर्गस्थित्यंत कर्मणे

Hommage au Grand-Âme, Soutien du monde, voilé par le rideau de māyā. Hommage au Donateur de la barque de la connaissance qui fait traverser l’océan du saṃsāra; à l’Ordonnateur d’une sagesse sans entrave, dont l’œuvre est création, maintien et dissolution.

Verse 13

यथा हि वासुदेवेति प्रोक्ते नश्यति पातकम् । तथा विलयमभ्येतु दैत्योऽयं मेघवाहनः

De même que le péché s’évanouit lorsque l’on prononce le nom « Vāsudeva », ainsi que ce démon Meghavāhana aille, lui aussi, à sa destruction.

Verse 14

यथा विष्णुः स्वभक्तेषु पापमाप्नोति संस्थितम् । तथा विनाशमायातु दैत्योऽयं पापकर्मकृत्

De même que Viṣṇu enlève le péché demeurant en Ses dévots, qu’ainsi ce daitya, artisan d’actes impurs, aille à la destruction.

Verse 15

स्मृतमात्रो यथा विष्णुः सर्वं पापं व्यपोहति । तथा प्रणाशमभ्येतु दैत्योऽयं मेघवाहनः

De même que Viṣṇu, à la seule évocation de Son Nom, dissipe tout péché, qu’ainsi ce daitya, Meghavāhana, rencontre l’anéantissement complet.

Verse 16

भवंतु भद्राणि समस्तदोषाः प्रयांतु नाशं जगतोऽखिलस्य । अभेद्यभक्त्या परमेश्वरेशे स्मृते जगद्धातरि वासुदेवे

Que l’auspice règne; que tous les défauts du monde entier soient anéantis. Car lorsque Vāsudeva—Souverain des souverains, Soutien de l’univers—est rappelé avec une dévotion indestructible, tout mal prend fin.

Verse 17

ये भूतले ये दिवि येऽन्तरिक्षे रसातले प्राणिगणाश्च केचित् । भवन्तु ते सिद्धियुता नरोत्तमाः स्मृते जगद्धातरि वासुदेवे

Que tous les êtres—sur la terre, au ciel, dans l’espace intermédiaire ou dans le monde souterrain—accèdent à la perfection et à la noblesse, lorsque Vāsudeva, Soutien de l’univers, est rappelé.

Verse 18

ये प्राणिनः कुत्रचिदत्र संति ब्रह्माण्डमध्ये परतश्च केचित् । तेषां तु सिद्धिः परमास्त्वनिंद्या स्तुते जगद्धातरि वासुदेवे

Quels que soient les êtres vivants existant quelque part—au sein de ce cosmos ou au-delà—qu’ils obtiennent la perfection suprême, irréprochable et sans tache, lorsque Vāsudeva, Soutien de l’univers, est loué.

Verse 19

ईश्वर उवाच । इति स्तुतस्तदा देवि आदिनारायणो हरिः । ज्ञात्वा स भावि कार्यं तत्समारुह्य च पादुकाम्

Le Seigneur dit : « Ainsi loué alors, ô Déesse, Hari—Ādinārāyaṇa—, connaissant l’œuvre qui devait advenir, monta sur Ses pādukā sacrées (sandales). »

Verse 20

बभूव तेषां प्रत्यक्ष ऋषीणां पापनाशनः । उवाच प्रणतान्सर्वान्किं वा कार्यं हृदि स्थितम्

Le Destructeur du péché se rendit visible devant ces sages. Il dit à tous ceux qui se prosternaient : « Quel dessein demeure dans vos cœurs ? »

Verse 21

कथ्यतां तत्करिष्यामि युष्मत्स्तोत्रेण तर्पितः

« Dites-le ; je l’accomplirai, car votre hymne de louange m’a comblé. »

Verse 22

इत्युक्ता ऋषयः सर्वे कृतांजलिपुटाः स्थिताः । आदिदेवं हरिं प्रोचुः सर्वे नतशिरोधराः

Ainsi interpellés, tous les sages se tinrent les mains jointes en signe de vénération. La tête inclinée, ils s’adressèrent à Hari, le Dieu primordial.

Verse 23

ऋषय ऊचुः । जानासि सर्वं त्वं देव न चास्त्यविदितं तव । इमं दैत्यं महादेव संहरस्व महाबलम् । यथेदं सकलं विश्वं निरातंकं भवेत्प्रभो

Les sages dirent : « Tu sais tout, ô Seigneur ; rien ne t’est inconnu. Ô Grand Dieu, détruis ce Daitya puissant, afin que l’univers entier soit délivré de la peur, ô Maître. »

Verse 24

इत्युक्तस्तैस्तदा विष्णुर्दैत्यमाहूय संयुगे । ताडयामास तं दैत्यं हृदि पादुकया शुभे

Ainsi interpellé par eux, Viṣṇu convoqua le Daitya au combat et frappa ce démon à la poitrine avec la pādukā, sandale sacrée et de bon augure.

Verse 25

स हतः पतितो दैत्यो विगतासुर्महोदधौ । हत्वा दैत्यवरं देवस्तत्र स्थाने स्थितोऽभवत् । पादुकासनसंस्थस्तु तत्राद्यापि वरानने

Frappé à mort, le Daitya tomba dans le grand océan, son souffle vital éteint. Après avoir abattu le chef des Daityas, le Seigneur demeura en ce lieu même, assis sur le trône de la pādukā jusqu’à ce jour, ô toi au beau visage.

Verse 26

यस्तं पूजयते भक्त्या एकादश्यां नरोत्तमः । सोश्ववमेधफलं प्राप्य मोदते दिवि देववत्

Le meilleur des hommes qui L’adore avec dévotion au jour d’Ekādaśī obtient le mérite du sacrifice Aśvamedha et se réjouit au ciel tel un dieu.

Verse 27

गोलक्षं ब्राह्मणे दत्त्वा यत्फलं प्राप्नुयान्नरः । तदादिदेवे गोविन्दे दृष्टे भक्त्या फलं लभेत्

Quel que soit le fruit qu’un homme obtiendrait en offrant cent mille vaches à un brāhmaṇa, ce même fruit il le reçoit en contemplant avec dévotion Govinda, le Seigneur primordial.

Verse 28

कलौ कृतयुगं तेषां क्लेशस्तेषां सुखाधिकः । आदिनारायणो देवो येषां हृदयसंस्थितः

Pour ceux dans le cœur desquels demeure le dieu Ādinārāyaṇa, même l’âge de Kali devient pour eux un Kṛta-yuga : leurs peines s’amoindrissent et leur bonheur abonde.

Verse 29

एकादश्यां रविदिने स्नात्वा संनिहिता जले । आदिनारायणं पूज्य मुच्यते भवबन्धनात्

Le jour d’Ekādaśī, lorsqu’il tombe un dimanche, après s’être baigné dans les eaux où demeure la Présence sacrée et avoir vénéré Ādinārāyaṇa, on est délivré des liens du devenir mondain.

Verse 30

इति ते कथितं देवि माहात्म्यं विष्णुदैवतम् । श्रुतं पापहरं नृणां दारिद्यौघविनाशनम्

Ainsi, ô Déesse, je t’ai exposé la gloire de ce récit sacré consacré à Viṣṇu ; lorsqu’on l’écoute, il efface les péchés des hommes et anéantit les flots de la pauvreté.

Verse 84

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखण्डे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्य आदिनारायणमाहात्म्यवर्णनंनाम चतुरशीतितमोध्यायः

Ainsi s’achève le quatre-vingt-quatrième chapitre, intitulé « Description de la Grandeur d’Ādinārāyaṇa », dans la première partie du Prabhāsakṣetra Māhātmya, au sein du septième Prabhāsa Khaṇḍa du Śrī Skanda Mahāpurāṇa, dans l’Ekāśīti-sāhasrī Saṃhitā.