Adhyaya 68
Prabhasa KhandaPrabhasa Kshetra MahatmyaAdhyaya 68

Adhyaya 68

Ce chapitre, sous forme de dialogue entre Śiva et Devī, célèbre la grandeur sacrée de la « forêt d’austérité de Gaurī » à Prabhāsa. Īśvara situe un bosquet d’une puissance spirituelle exceptionnelle à l’est de Someśa et raconte l’épisode d’ascèse de Devī dans une vie antérieure : alors de teint sombre et appelée en secret « Kālī », elle conclut, selon la logique de son vœu (vrata), qu’elle deviendra « Gaurī » par le tapas. Elle se rend à Prabhāsa, y installe et vénère un liṅga qui sera connu sous le nom de Gaurīśvara, puis accomplit de rudes austérités—se tenir sur un seul pied, pratiquer le pañcāgni en été, s’exposer à la pluie, et demeurer dans l’eau en hiver—jusqu’à ce que son corps devienne clair, signe d’une transformation née d’une dévotion disciplinée. Śiva lui accorde ensuite une suite de bénédictions, et Devī énonce les phalaśrutis : ceux qui la voient en ce lieu obtiennent une descendance heureuse et la prospérité du mariage et de la lignée ; ceux qui offrent musique et danse voient la malchance s’éloigner ; ceux qui adorent d’abord le liṅga puis Devī atteignent l’accomplissement suprême. Le texte précise aussi des actes de charité : dons aux brāhmaṇas, offrande de noix de coco pour ceux qui n’ont pas d’enfant, et lampe de ghee à mèche rouge pour une auspiciosité durable ; il mentionne un tīrtha voisin dont le bain efface les fautes, le śrāddha profitable aux ancêtres, et la veille nocturne accompagnée de prestations dévotionnelles. La conclusion affirme la présence divine continue malgré le passage des saisons et loue la récitation et l’écoute du chapitre—surtout le troisième jour lunaire et en présence de Devī—comme source de bénédictions durables.

Shlokas

Verse 1

ईश्वर उवाच । इति प्रोक्तानि ते देवि वक्त्रलिंगानि पंच वै । अथ ते संप्रवक्ष्यामि यत्र गौर्यास्तपो वनम् । स्थानं महाप्रभावं हि सुरसिद्धनिषेवितम्

Īśvara dit : «Ainsi, ô Devī, les cinq “Vaktra-liṅga” t’ont été exposés. À présent, je vais t’expliquer le lieu où Gaurī accomplit ses austérités — le Tapovana — un site d’une grande puissance, fréquenté par les dieux et les êtres accomplis.»

Verse 2

सोमेशात्पूर्वदिग्भागे षष्टिधन्वंतरे स्थितम् । यत्र देव्या तपस्तप्तं सत्या वै पूर्वजन्मनि

À l’est de Someśa se trouve ce lieu, à la distance de soixante longueurs d’arc—là où la Déesse, dans une naissance antérieure en tant que Satī, accomplit des austérités.

Verse 3

कृत्वा च प्रणयात्कोपं मया सार्द्धं वरानने । प्रभासक्षेत्रमासाद्य संस्थिता सा तपस्विनी

Ô toi au beau visage, après s’être offensée contre moi par amour, elle—l’ascète—parvint à Prabhāsakṣetra et y demeura, inébranlable dans ses austérités.

Verse 4

देव्युवाच । किमर्थं सा परित्यज्य सती त्वां तपसि स्थिता । कस्मिन्स्थाने स्थिता देवी एतन्मे विस्तराद्वद

La Déesse dit : «Pour quelle raison Satī abandonna-t-elle (son état d’autrefois) et se tint-elle dans l’austérité pour toi ? En quel lieu cette Déesse prit-elle demeure ? Dis-le-moi en détail.»

Verse 5

ईचरौवाच । पुराऽसीस्त्वं महादेवि श्यामवर्णा मनस्विनी । नामार्थं च मया प्रोक्ता कालीति रहसि स्थिता

Īśvara dit : «Autrefois, ô Mahādevī, tu étais de teint sombre et d’esprit résolu. Et tandis que tu demeurais en retrait, je t’énonçai en secret le sens de ton nom : “Kālī”.»

Verse 6

सा श्रुत्वा विस्मयं वाक्यं भृशं रोषपरायणा । अब्रवीत्परुषं वाक्यं भृकुटी कुटिलानना

Entendant ces paroles étonnantes, elle s’abandonna violemment à la colère. Le sourcil froncé et le visage dur, elle proféra des mots rudes.

Verse 7

यस्मात्कालीत्यहं प्रोक्ता त्वया शंभोऽतिविप्लवात् । तस्माद्यास्यामि गौरीति भविष्यामि च यत्र हि

«Puisque, ô Śambhu, tu m’as appelée “Kālī” dans un moment de grande inconvenance, je partirai donc et je serai connue sous le nom de “Gaurī” — en ce lieu même où je prendrai demeure.»

Verse 8

एवमुक्त्वा महाभागा सखीगणसमावृता । गत्वा प्रभासक्षेत्रं सा प्रतिष्ठाप्य महेश्वरम् । गौरीश्वरेति विख्यातं पूजयंती विधानतः

Ayant ainsi parlé, la Déesse, la plus fortunée, entourée de son cercle de compagnes, se rendit au champ sacré de Prabhāsa. Là, elle établit Maheśvara (sous la forme du liṅga), renommé “Gaurīśvara”, et le vénéra selon le rite prescrit.

Verse 9

ततो लिंगसमीपस्था एकपादे स्थिता सती । लिंगमाराधयंती सा चकार सुमहत्तपः

Alors, demeurant près du liṅga, Satī se tint debout sur un seul pied. Tout en adorant le liṅga, elle accomplit une austérité immensément grande.

Verse 10

पंचाग्निसाधिका देवी ग्रीष्म जाप्यपरायणा । वर्षास्वाकाशशयना हेमंते सलिलाशया

La Déesse pratiqua la discipline des cinq feux ; en été, elle se consacra au japa. Durant la saison des pluies, elle demeurait couchée sous le ciel ouvert, et en hiver elle reposait dans l’eau.

Verse 11

यथा यथा तपो वृद्धिं याति तस्या महाप्रभा । तथातथा शरीरस्य गौरत्वं प्रतिपद्यते

Et à mesure que croissait son austérité de grande splendeur, son corps, de même, gagnait une blancheur et une radiance toujours plus grandes.

Verse 12

कालेन महता गौरी सर्वांगेणाथ साऽभवत् । ततो विहस्य भगवानुवाच शशिशेखरः

Après un long temps, elle devint Gaurī en chacun de ses membres. Alors le Seigneur Bienheureux, Celui dont le croissant de lune orne la tête, sourit et parla.

Verse 13

गौरीति च मुहुर्वाक्यमुत्तिष्ठ व्रज मन्दिरम् । वरं वरय कल्याणि यत्ते मनसि वर्त्तते

À maintes reprises il l’appela « Gaurī » : « Lève-toi, va vers ta demeure. Ô Bienheureuse, choisis une grâce, tout ce qui demeure en ton cœur. »

Verse 14

गौर्युवाच । यो मामत्र स्थितां पश्येन्नारी वा पुरुषोऽथ वा । स भूयात्सुतसौभाग्यैः सप्तजन्मानि संयुतः

Gaurī dit : « Quiconque, femme ou homme, me voit ici tandis que je demeure en ce lieu sacré, sera doté de la bonne fortune des enfants durant sept naissances. »

Verse 15

गीतवाद्यादिकं नृत्यं यः कुर्यात्पुरतो मम । तस्यान्वये न दौर्भाग्यं भूयात्तव प्रसादतः

« Celui qui danse devant moi, accompagné de chants, d’instruments et autres offrandes semblables, par ta grâce, qu’aucun malheur ne s’élève dans sa lignée. »

Verse 16

मया प्रतिष्ठितं लिंगं पूर्वमभ्यर्च्य मां ततः । पूजयिष्यति यो भक्त्या स यास्यति परं पदम्

« Celui qui, d’abord, adore le liṅga que j’ai établi, puis m’honore avec dévotion, atteindra l’état suprême. »

Verse 17

गौरीश्वरेति विख्यातं नाम तस्य भवेत्प्रभो । तथेत्यहं प्रतिज्ञाय तत्र स्थाने स्थितो ऽभवम्

«Ô Seigneur, que son nom illustre soit “Gaurīśvara”.» Disant : «Qu’il en soit ainsi», je fis ce vœu et vins demeurer en ce lieu même.

Verse 18

देव्या सह महादेवि प्रहृष्टेनांतरात्मना । अद्यापि अयने प्राप्ते उत्तरे दक्षिणेऽपि वा

«Ô grande Déesse, aujourd’hui encore—lorsque vient l’ayāna, au solstice du nord ou du sud—je viens avec la Déesse, l’âme intérieure toute réjouie.»

Verse 19

गौरींस्थानं समभ्येति तत्र देव गुणैर्युतः । तस्मिन्नहनि यस्तत्र विशिष्टानि फलानि च । संप्रयच्छति विप्रेभ्यस्तस्य पुत्रा भवंति च

Il atteint la demeure sacrée de Gaurī et se trouve paré de vertus divines. Ce même jour, quiconque y offre des fruits d’exception aux brāhmaṇas reçoit aussi la grâce d’une descendance : des fils lui naissent.

Verse 20

पुत्रहीना तु या नारी नालिकेरं प्रयच्छति । पुत्रं सा लभते शीघ्रं सबलं लक्षणान्वितम्

La femme privée de fils, si elle offre une noix de coco en oblation, obtient bientôt un fils—vigoureux et pourvu de marques de bon augure.

Verse 21

घृतेन दीपकं तत्र या नारी संप्रयच्छति । रक्तवर्त्त्या महादेवि यावत्तस्यैव तंतव

«Ô grande Déesse, la femme qui, en ce lieu, offre une lampe emplie de ghee (ghṛta), avec une mèche rouge—tant que dureront les fils de cette mèche…»

Verse 22

तावज्जन्मांतराण्येव सा सौभाग्यमवाप्नुयात्

Durant autant de naissances successives, elle obtient en vérité la bonne fortune bénie.

Verse 23

या नृत्यं कुरुते तत्र भक्त्या परमया युता । आरोग्यसुखसौभाग्यैः संयुक्ता सा भवेच्चिरम्

La femme qui y danse, animée d’une dévotion suprême, demeure longtemps unie à la santé, à la joie et à la bonne fortune bénie.

Verse 24

तत्रांते सुमहत्कुडं तीर्थं स्वच्छोदपूरितम् । यः स्नानमाचरेत्तत्र मुच्यते सर्वपातकैः

Là-bas, à l’extrémité, se trouve un très grand bassin sacré (tīrtha), rempli d’une eau limpide. Quiconque s’y baigne est délivré de tous les péchés.

Verse 25

यः श्राद्धं कुरुते तत्र पितॄनुद्दिश्य भक्तितः । स याति परमं स्थानं पितृभिः सह पुण्यभाक्

Quiconque accomplit là le śrāddha avec dévotion, en l’offrant aux Pitṛ (ancêtres), atteint la demeure suprême avec les ancêtres, riche de mérite.

Verse 26

तस्मात्सर्वप्रयत्नेन श्राद्धं तत्र समाचरेत् । गीतवाद्यादिभिर्नृत्यै रात्रौ कुर्वीत जागरम्

Ainsi, de tout son effort, on doit y accomplir le śrāddha selon le rite; et la nuit, on gardera la veille (jāgara) avec chants, instruments et danses.

Verse 27

दंपत्योः परिधानं च तत्र देयं सदक्षिणम् । यश्चैतत्पठते नित्यं तृतीयायां विशेषतः । पार्वत्याः पुरतो देवि स सौभाग्यमवाप्नुयात्

Là, l’on doit offrir en don des vêtements pour l’époux et l’épouse, accompagnés d’une dakṣiṇā (rétribution) convenable. Celui qui récite ceci chaque jour—et tout particulièrement au tṛtīyā, le troisième jour lunaire—devant Pārvatī, ô Déesse, obtient la bonne fortune (saubhāgya).

Verse 28

शृणुयाद्वाऽपि यो भक्त्या सम्यग्भक्तिपरायणः । सोऽपि सौभाग्यमाप्नोति यावज्जीवं न संशयः

Même celui qui ne fait qu’écouter avec dévotion—véritablement voué à la bhakti—obtient lui aussi la bonne fortune tout au long de sa vie ; il n’y a là aucun doute.

Verse 68

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखंडे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्ये गौरीतपोवनमाहात्म्यवर्णनंनामाष्टषष्टितमोऽध्यायः

Ainsi s’achève le soixante-huitième chapitre, intitulé « Description de la grandeur du Bosquet d’austérités de Gaurī », dans le Prabhāsa Khaṇḍa—au sein du Prabhāsa Kṣetra Māhātmya—du vénérable Skanda Mahāpurāṇa, dans la Saṃhitā de quatre-vingt-un mille versets.