Adhyaya 1
Prabhasa KhandaArbudha KhandaAdhyaya 1

Adhyaya 1

Le chapitre 1 s’ouvre par un maṅgala, une louange d’invocation tournée vers Śiva, subtil, accessible par la connaissance, pur et de forme universelle. Les ṛṣi, après avoir entendu les généalogies de Soma et de Sūrya, les récits des manvantara et diverses narrations de la création, demandent un « tīrtha-māhātmya » d’excellence et s’enquièrent des lieux sacrés les plus éminents sur la terre. Sūta répond que les tīrtha sont innombrables, traditionnellement dénombrés en totaux immenses, et que champs, rivières, montagnes et ruisseaux acquièrent une suprême grandeur par le tapas des ṛṣi. Dans cette théologie du paysage, Arbuda est distingué comme une montagne qui efface le péché, demeurant indemne du Kali-doṣa grâce à la puissance de Vasiṣṭha; elle purifie même par le simple darśana, au-delà des rites ordinaires tels que le bain et le don. Les ṛṣi interrogent ensuite sur la mesure et la situation d’Arbuda, sur la manière dont sa renommée procède du māhātmya de Vasiṣṭha, et sur les tīrtha principaux qui s’y trouvent. Sūta commence le récit purificateur tel qu’il l’a entendu : Vasiṣṭha, devarṣi de la lignée de Brahmā, accomplit de rudes austérités, avec une alimentation réglée et des disciplines selon les saisons. Sa célèbre vache exauçant les vœux, Nandinī, tombe en broutant dans un gouffre profond et obscur. Inquiet, car elle est nécessaire à son homa quotidien, Vasiṣṭha la cherche, découvre l’abîme et entend ses cris. À sa supplication, il invoque en méditation Sarasvatī, purificatrice des trois mondes; le fleuve apparaît et remplit le gouffre d’une eau limpide, permettant à Nandinī de s’échapper. Voyant la profondeur, Vasiṣṭha conçoit de le combler en y apportant une montagne et se rend auprès d’Himavān pour demander un massif approprié. Himavān l’accueille, s’informe des dimensions du gouffre et, intrigué, veut savoir comment une ouverture si vaste a pu se former, ouvrant sur la suite du récit.

Shlokas

Verse 1

व्यास उवाच । ओंनमोनंताय सूक्ष्माय ज्ञानगम्याय वेधसे । शुद्धाय विश्वरूपाय देवदेवाय शंभवे

Vyāsa dit : Oṃ—hommage à l’Infini, au Subtil, à Celui que l’on connaît par la vraie connaissance ; hommage à Vedhas, le Créateur ; au Pur, de forme universelle ; à Śambhu, le Dieu des dieux.

Verse 2

ऋषय ऊचुः । कथितो वंशविस्तारो भवता सोमसूर्ययोः । मन्वंतराणि सर्वाणि सृष्टिश्चैव पृथग्विधा

Les sages dirent : Tu as exposé en détail les lignées de la Lune et du Soleil, ainsi que tous les Manvantaras et les diverses modalités de la création, chacune distincte.

Verse 3

अधुना श्रोतुमिच्छामस्तीर्थमाहात्म्यमुत्तमम् । कानि तीर्थानि पुण्यानि भूतलेऽस्मिन्महामते

À présent, nous désirons entendre la grandeur suprême des tīrtha. Ô sage, quels tīrtha sacrés sur cette terre sont particulièrement riches en mérite?

Verse 4

सूत उवाच । नाना तीर्थानि लोकेऽस्मिन्येषां संख्या न विद्यते । तिस्रः कोट्योऽर्द्धकोटिश्च तेषां संख्या कृता पुरा

Sūta dit : En ce monde, il existe d’innombrables tīrtha dont le nombre ne peut être réellement connu ; pourtant, jadis, on en donna le compte : trois crores et encore un demi-crore.

Verse 5

क्षेत्राणि सरितश्चैव पर्वताश्च नदा स्तथा । ऋषीणां तपसो वीर्यान्माहात्म्यं परमं गताः

Les kṣetra sacrés, les rivières, les montagnes et même les ruisseaux parviennent à la renommée et à la sainteté suprêmes grâce à la puissance des austérités des ṛṣi.

Verse 6

तेषां मध्येऽर्बुदोनाम सर्वपापहरोऽनघः । अस्पृष्टः कलिदोषेण वसिष्ठस्य प्रभावतः

Parmi eux se trouve (la montagne sainte) nommée Arbuda : sans tache et ôtant tous les péchés, demeurant intacte face à la souillure de Kali, par l’influence spirituelle de Vasiṣṭha.

Verse 7

पुनंति सर्वतीर्थानि स्नानदानादिकैर्यथा । अर्बुदो दर्शनादेव सर्वपापहरो नृणाम्

De même que tous les tīrtha purifient par le bain sacré, le don et autres rites, ainsi Arbuda—par le seul darśana—ôte tous les péchés des êtres humains.

Verse 8

ऋषय ऊचुः । किं प्रमाणोऽर्बुदो नाम कस्मिन्देशे व्यवस्थितः । कथं वासिष्ठमाहात्म्यात्प्रथितो धरणीतले

Les ṛṣi dirent : «Quelle est la mesure et l’étendue du lieu nommé Arbuda ? En quel pays se trouve-t-il ? Et comment devint-il renommé sur la terre grâce à la gloire de Vasiṣṭha ?»

Verse 9

कानि तीर्थानि मुख्यानि ह्यर्बुदे संति पर्वते । सर्वं विस्तरतो ब्रूहि परं कौतूहलं हि नः

«Quels sont les tīrtha principaux que l’on trouve sur le mont Arbuda ? Dis-nous tout en détail, car notre désir de savoir est immense.»

Verse 10

सूत उवाच । अहं च संप्रवक्ष्यामि कथां पापप्रणाशिनीम् । अर्बुदस्य द्विजश्रेष्ठा माहात्म्यं च यथा श्रुतम्

Sūta dit : «À présent, je vais raconter le récit qui détruit les péchés — la sainte grandeur d’Arbuda — ô meilleurs des deux-fois-nés, exactement comme je l’ai entendu.»

Verse 11

वसिष्ठो नाम देवर्षिः पितामहसमुद्भवः । स पूर्वं भूतलं प्राप्तस्तपस्तेपे सुदारुणम्

Il y eut un sage divin nommé Vasiṣṭha, né du Grand-Père (Brahmā). Jadis, il vint sur la terre et accomplit des austérités d’une rigueur extrême.

Verse 12

नियतो नियताहारः सर्वभूतहिते रतः । वर्षास्वाकाशवासी च हेमंते सलिलाशयः

Il était maître de lui, mesuré dans sa nourriture, voué au bien de tous les êtres. Durant la saison des pluies, il demeurait sous le ciel à découvert, et en hiver il restait dans l’eau.

Verse 13

पंचाग्निसाधको ग्रीष्मे जपहोमपरायणः । केनचित्त्वथ कालेन तस्य धेनुः पयस्विनी । नंदिनीति सुविख्याता सा वै कामदुघा शुभा

En été, il pratiquait l’austérité des cinq feux et se vouait au japa et au homa. Puis, au bout d’un temps, il obtint une vache donnant du lait, renommée Nandinī—vraiment de bon augure, telle une Kāmadhenu exauçant les vœux et dispensant l’abondance.

Verse 14

सा कदाचिद्धरापृष्ठे भ्रममाणा तृणाशया । पतिता दारुणे श्वभ्रे अगाधे तिमिरावृते

Un jour, tandis qu’elle errait à la surface de la terre en quête d’herbe, elle tomba dans un gouffre terrible—très profond et enveloppé d’obscurité.

Verse 15

एतस्मिन्नेव काले तु भगवांस्तीक्ष्णदीधितिः । अस्तं गतो न संप्राप्ता नंदिनी मुनिसत्तमाः

En ce même instant, le Bienheureux aux rayons acérés—le Soleil—s’était couché; pourtant Nandinī n’était pas revenue, ô meilleurs des sages.

Verse 16

तस्याः क्षीरेण नित्यं स सायं प्रातर्द्विजो मुनिः । करोति होममग्नौ हि सुसमिद्धे जितव्रतः

Avec son lait chaque jour, ce sage deux fois né accomplissait le homa dans un feu sacré bien attisé, le soir et le matin, inébranlable dans ses vœux.

Verse 17

अथ चिंतापरो विप्रः प्रायश्चित्तभयाद्ध्रुवम् । वीक्षांचक्रे वने तस्मिन्समेषु विषमेषु च

Alors le brāhmane, accablé d’inquiétude—sans doute par crainte du prāyaścitta, l’expiation—parcourut cette forêt, les lieux plats comme les terrains difficiles.

Verse 18

स तच्छ्वभ्रमथासाद्य भूंभारावमथाशृणोत् । तां प्रोवाच मुनिश्रेष्ठः कथं त्वं पतिता शुभे

Parvenu à cette fosse, il entendit un mugissement retentissant. Le plus éminent des sages lui dit : «Ô toi de bon augure, comment es-tu tombée ici ?»

Verse 19

अहं होमस्य चोद्वेगान्निःसृतस्त्वामवेक्षितुम् । साऽब्रवीद्भक्षमाणाहं विप्रर्षे तृणवांछया

Il dit : «Inquiet pour le homa, je suis sorti pour te chercher et te voir.» Elle répondit : «Ô sage brāhmane, tandis que je broutais, désirant de l’herbe…»

Verse 20

पतितात्र विभो त्राहि कृच्छ्रादस्मात्सुदुःसहात् । तस्यास्तद्वचनं श्रुत्वा स मुनिर्ध्यान मास्थितः

«Je suis tombée ici—ô Seigneur, sauve-moi de cette détresse si insupportable !» Entendant ces paroles, le sage entra en méditation.

Verse 21

सरस्वतीं समादध्यौ नदीं त्रैलोक्यपावनीम् । सा ध्याता मनसा तेन मुनिना तत्र तत्क्षणात्

Il médita sur Sarasvatī, la rivière qui purifie les trois mondes. Dès que le sage la contempla en son esprit, elle fut présente en ce lieu à l’instant même.

Verse 22

श्वभ्रं तत्पूरयामास समंताद्विमलैर्जलैः । परिपूर्णं ततः श्वभ्रे निष्क्रांता नंदिनी तदा

Elle remplit cette fosse de toutes parts d’eaux pures et limpides. Quand la fosse fut pleine, Nandinī en sortit alors.

Verse 23

संहृष्टा मुनिना सार्द्धं ययावाश्रमसम्मुखम्

Dans la joie, elle alla avec le sage en direction de l’ermitage.

Verse 24

स दृष्ट्वा श्वभ्रमध्यं तं गंभीरं च महामुनिः । चिंतयामास मेधावी श्वभ्रस्यैव प्रपूरणे

Voyant cette fosse profonde, le grand sage—sage et pénétrant—médita sur la manière dont ce gouffre avait été comblé.

Verse 25

तस्य चिंतयतो विप्रा बुद्धिरेषोदपद्यत । आनीय पर्वतं मुक्त्वा श्वभ्रमेतत्प्रपूर्यते । तस्माद्गच्छाम्यहं शीघ्रं हिमवन्तं नगोत्तमम्

Tandis qu’il méditait, ô brāhmaṇas, cette résolution naquit en lui : « En apportant une montagne et en la déposant, on pourra combler ce gouffre redoutable. C’est pourquoi je vais vite vers Himavān, le plus éminent des monts. »

Verse 26

स एव पर्वतं चात्र प्रेषयिष्यति भूधरः । येन स्यात्परिपूर्णं च श्वभ्रमेतन्महात्मना

Himavān, ce grand porteur de montagnes, enverra ici une montagne, par laquelle ce gouffre sera entièrement comblé, par la puissance de ce noble être.

Verse 27

ततो जगाम स मुनिर्हिमवन्तं नगोत्तमम् । दृष्ट्वा वसिष्ठमायांतं हिम वान्हृष्टमानसः । अर्घ्यपाद्यादिसंस्कारैः संपूज्य इदमब्रवीत्

Alors le sage se rendit vers Himavān, le meilleur des monts. Voyant Vasiṣṭha s’approcher, Himavān se réjouit en son cœur ; et, après l’avoir honoré par des offrandes telles que l’arghya et le pādya, il parla ainsi.

Verse 28

स्वागतं ते मुनिश्रेष्ठ सफलं मेऽद्य जीवितम् । यद्भवान्मे गृहे प्राप्तः पूज्यः सर्वदिवौकसाम्

Sois le bienvenu, ô le plus éminent des munis ! Aujourd’hui ma vie porte son fruit, puisque toi—vénéré même par tous les habitants du ciel—es venu jusqu’à ma demeure.

Verse 29

ब्रूहि कार्यं मुनिश्रेष्ठ अपि जीवितमात्मनः । नूनं तुभ्यं प्रदास्यामि नियोगो दीयतां मम

Dis-moi ton dessein, ô le plus éminent des munis, fût-ce au prix de ma propre vie. Assurément je te l’offrirai ; que ton ordre soit posé sur moi.

Verse 30

वसिष्ठ उवाच । ममाश्रमस्य सांनिध्ये श्वभ्रमस्ति सुदारुणम् । अगाधं नन्दिनी तत्र पतिता धेनुरुत्तमा

Vasiṣṭha dit : « Près de mon āśrama se trouve un gouffre des plus terribles. Dans ce puits insondable est tombée Nandinī, la vache d’excellence. »

Verse 31

यत्नादाकर्षिता तस्माद्भूयः पतनजाद्भयात् । तवांतिकमनुप्राप्तो नान्यो योग्यो महीपतिः

Bien qu’on l’ait tirée de là au prix de grands efforts, par crainte qu’elle ne retombe, je suis venu vers toi. Il n’est point d’autre seigneur des montagnes apte à cette œuvre.

Verse 32

तस्मात्कञ्चिन्नगश्रेष्ठं तत्र प्रेषय भूधरम् । येन तत्पूर्यते श्वभ्रं भृशं प्रेषय तादृशम्

C’est pourquoi, ô le meilleur des monts, envoie là-bas quelque masse de montagne afin que ce gouffre soit comblé. Envoie sans délai une telle puissance de roc.

Verse 33

हिमवानुवाच । किंप्रमाणं मुने श्वभ्रं विस्तारायामतो वद । तत्प्रमाणं नगं कंचित्प्रेषयामि विचिंत्य च

Himavān dit : «Ô sage, dis-moi la mesure du gouffre — sa largeur et sa longueur. Après y avoir réfléchi, j’enverrai une montagne de cette même mesure.»

Verse 34

वसिष्ठ उवाच । द्विसहस्रं तु दैर्घ्येण विस्तरेण त्रिसहस्रकम् । न संख्या विद्यतेऽधस्तात्तस्य पर्वतसत्तम

Vasiṣṭha dit : «Sa longueur est de deux mille et sa largeur de trois mille. Mais, en dessous, sa profondeur est sans mesure, ô le meilleur des monts.»

Verse 35

हिमवानुवाच । कथं तेन प्रमाणेन सञ्जातो विवरो महान् । अभूत्कौतूहलं तेन सर्वं विस्तरतो वद

Himavān dit : «Comment ce grand gouffre a-t-il pris naissance selon une telle mesure ? À cause de cela, ma curiosité s’est éveillée : raconte-moi tout en détail.»