Adhyaya 273
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 273

Adhyaya 273

Dans ce chapitre, Sūta présente un exposé théologique et technique sur le pramāṇa, c’est‑à‑dire les mesures du temps cosmique, en lien avec les yugas, les manvantaras et les fonctions de divinités telles que Śakra (Indra). Le texte énumère les Śakra successifs et situe le Śakra actuel comme “Jāyanta”, tandis que le Manu présent est identifié à Vaivasvata. Il annonce ensuite un Śakra futur, Bali, dont la nomination est rattachée à la grâce de Vāsudeva (Vāsudeva-prasāda) et à une promesse antérieure concernant la souveraineté dans un manvantara ultérieur. Le chapitre se tourne alors vers le comput du temps : il décrit la comptabilité temporelle de Brahmā et introduit quatre mesures pratiques—solaire (saura), civile par décompte des jours (sāvana), lunaire (cāndra) et stellaire fondée sur les nakṣatra (nākṣatra/ārkṣa). Les saisons, l’agriculture et les grands yajña s’accordent à la mesure solaire ; les transactions sociales et les actes auspices à la sāvana ; la mesure lunaire requiert un mois intercalaire (adhimāsa) ; et les calculs planétaires dépendent du décompte par nakṣatra. La conclusion, sous forme de phalaśruti, affirme que la récitation dévotionnelle de ces mesures protège le fidèle, jusqu’à le délivrer de la crainte d’une mort avant l’heure.

Shlokas

Verse 1

सूत उवाच । एतेषां तु सहस्रेण भवेद्ग्राह्यं दिनं द्विजाः । चतुर्दश सहस्राक्षा जायंते तत्र वासरे

Sūta dit : Ô vous, deux-fois-nés, par mille de ceux-ci l’on doit compter un seul jour ; et en ce jour naissent quatorze mille « Akṣa ».

Verse 2

सप्तमस्तु सहस्राक्षः सांप्रतं वर्ततेऽत्र यः । एकसप्ततिसंवर्तचतुर्दशदिने विधेः

Ici, dans le cycle présent, préside le septième Indra : Sahasrākṣa, le Mille-Yeux. Ô Brahmā, sa durée se compte comme quatorze jours au sein d’un seul « saṃvarta », dont la mesure est au nombre de soixante et onze.

Verse 3

युगानां कुरुते राज्यं मनवश्च तथा परे । स्वायंभुवप्रभृतयो यथा शक्रास्तथा स्थिताः

Au fil des âges, les Manu exercent eux aussi la souveraineté, et les autres de même. À commencer par Svāyambhuva, ils sont établis solidement, tout comme les Indra (Śakra) le sont chacun à leur tour.

Verse 4

जायन्तो नाम शक्रोऽयं सांप्रतं वर्तते तु यः । वैवस्वतो मनुश्चैव अष्टाविंशत्प्रमाणकः

L’Indra qui préside à présent se nomme Jāyanta. Et Vaivasvata Manu est lui aussi en charge ; sa mesure est comptée comme la vingt-huitième (selon le décompte énoncé).

Verse 5

चतुर्युगस्य संजातो गतेस्मिञ्छेषमात्रके । भविष्यति बलिः शक्रो वासुदेवप्रसादतः

Lorsque se sera écoulée la part restante de ce caturyuga, Bali deviendra Indra (Śakra), par la grâce de Vāsudeva.

Verse 6

तेन तस्य प्रतिज्ञातं राज्यं चैवाष्टमे मनौ

Ainsi, la souveraineté lui (Bali) fut promise—assurément, lors du huitième Manvantara.

Verse 7

एवं सर्वे सुराश्चान्ये त्रयस्त्रिंशत्प्रमाणतः । कोटयः प्रभविष्यंति यथा चैव तथा पुरा

Ainsi, tous les autres dieux aussi—comptés selon les Trente-trois—se manifesteront en d’innombrables crores, comme aux temps d’autrefois.

Verse 8

योऽयं ब्रह्मा स्थितो विप्राः सांप्रतं सृष्टिकारकः । तस्यानेन प्रमाणेन जातं संवत्सराष्टकम्

Ô brāhmaṇas, ce Brahmā qui se tient à présent comme l’auteur de la création—selon cette même mesure de calcul, huit années se sont écoulées pour lui.

Verse 9

षण्मासाश्च दिनार्धं च प्रथमं शुक्लपूर्वकम् । सौरसावनचंद्रार्क्षैर्मानैरेभिश्चतुर्विधैः

Six mois et un demi-jour—en commençant d’abord par la quinzaine claire (śukla)—se calculent selon ces quatre mesures : solaire, sāvana (civile), lunaire et stellaire (nākṣatra).

Verse 10

कलौ निर्याति सर्वेषां भूतानां क्षितिमण्डले । पंचषष्ट्याऽधिकैश्चैव दिनानां च शतैस्त्रिभिः । भवेत्संवत्सरं सौरं पञ्चोनैस्तैश्च सावनम्

Dans l’âge de Kali, pour tous les êtres sur le cercle de la terre, l’année solaire se compose de trois cents jours plus soixante-cinq ; et l’année sāvana (civile, comptée par jours) en compte cinq de moins.

Verse 11

चांद्र एकादशोनस्तु त्रिंशद्धीन उडूद्भवः । शीतातपौ तथा वृष्टिः सौरमानेन जायते

L’année lunaire est plus courte de onze jours, et l’année sidérale (nākṣatra) de trente. Le froid et la chaleur, ainsi que la pluie, naissent selon la mesure solaire.

Verse 12

वृक्षाणां फलनिष्पत्तिः सस्यानां च तथा परा । अग्निष्टोमादयो यज्ञा वर्तंते ये धरातले

À la surface de la terre, les fruits des arbres parviennent à maturité, et les récoltes atteignent aussi leur plein accomplissement. Et les sacrifices, tels l’Agniṣṭoma et d’autres yajñas, se déroulent également en ce monde.

Verse 13

उत्साहाश्च विवाहाश्च सावनेन भवंति च । कुसीदाद्याश्च ये केचिद्व्यवहाराश्च वृत्तिजाः

Les entreprises festives et les mariages se règlent selon le comput sāvana. De même, les diverses affaires—tels les prêts à intérêt et autres transactions liées au gagne-pain—s’y conforment.

Verse 14

अधिमासप्रयुक्तेन ते स्युश्चांद्रेण निर्मिताः । नाक्षत्रेण तु मानेन सिध्यंते ग्रहचारिकाः

Ces choses sont établies par le système lunaire (cāndra) lorsqu’on applique le mois intercalaire (adhimāsa). Mais selon la mesure fondée sur les nakṣatras, les mouvements des planètes sont déterminés avec justesse.

Verse 15

नान्यत्किंचिद्धरापृष्ठ एतन्मानचतुष्टयात् । एतेन तु प्रमाणेन देवदैत्याश्च मानवाः

Ô auditeur, à la surface de la terre il n’est rien en dehors de cette quadruple norme de mesure ; selon cette règle même de décompte, dieux, asuras et humains ordonnent leurs affaires.

Verse 16

वर्त्तंते ब्राह्मणश्रेष्ठाः श्रुतिरेषा पुरातनी । एतद्युगप्रमाणं तु यः पठेद्भक्तिसंयुतः

Ainsi en est-il, ô meilleurs des brāhmanes : telle est une antique tradition sacrée. Quiconque récite avec dévotion cet exposé des mesures des yuga en recueille le mérite.

Verse 17

एतेषामेव लिंगानां सप्तानां ब्राह्मणोत्तमाः । नापमृत्यु भयं तस्य कथंचित्संभविष्यति

Ô brāhmanes éminents, pour celui qui demeure établi dans ces sept signes mêmes, la crainte d’une mort prématurée ne surviendra en aucune manière.

Verse 273

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये युगप्रमाणवर्णनंनाम त्रिसप्तत्युत्तरद्विशततमोऽध्यायः

Ainsi s’achève le chapitre intitulé « Description des mesures des Yuga », deux-cent-soixante-treizième chapitre du Hāṭakeśvara-kṣetra-māhātmya, dans le sixième Nāgara Khaṇḍa, au sein du Śrī Skanda Mahāpurāṇa (la compilation de quatre-vingt-un mille vers).