
Le chapitre 257 se présente comme un dialogue théologique sur le mantra-adhikāra (l’aptitude à réciter un mantra) et la dévotion disciplinée. Pārvatī demande à Mahādeva d’exposer en détail la grandeur du mantra à douze syllabes, sa forme correcte, ses fruits et sa méthode. Śiva énonce une règle sensible au varṇa et à l’āśrama : les dvija le récitent avec le praṇava « oṃ », tandis que pour les femmes et les Śūdra il est transmis avec une formule de salutation préalable—précisément « namo bhagavate vāsudevāya »—sans praṇava, selon la détermination des Purāṇa et des Smṛti. Il avertit que transgresser l’ordre prescrit (krama) est une faute entraînant des conséquences néfastes. Pārvatī soulève une tension doctrinale : elle adore par les trois mātrā, mais on lui dit qu’elle n’a pas le praṇava-adhikāra. Śiva élève le praṇava au rang de principe primordial, fondement conceptuel de Brahmā, Viṣṇu et Śiva, tout en affirmant que l’aptitude s’obtient par le tapas, notamment par l’observance du Cāturmāsya pour la satisfaction de Hari. Le chapitre tisse une synthèse tapas-bhakti : le tapas procure buts et vertus mais demeure difficile ; la croissance véritable du tapas se reconnaît à la dévotion envers Hari, tandis que le tapas sans bhakti est dit amoindri. Le souvenir de Viṣṇu purifie la parole ; la Hari-kathā dissipe le péché comme une lampe chasse les ténèbres. Enfin, Pārvatī entreprend l’austérité de Cāturmāsya sur l’Himācala, dans le brahmacarya et la simplicité, méditant sur Hari–Śaṅkara aux temps prescrits ; une louange finale (attribuée à Gālava) la célèbre comme Mère cosmique et prakṛti au-delà des guṇa, faisant de son tapas un modèle dans le cadre des vœux et des lieux saints de cette section.
Verse 1
पार्वत्युवाच । द्वादशाक्षरमाहात्म्यं मम विस्तरतो वद । यथावर्णं यत्फलं च यथा च क्रियते मया
Pārvatī dit : «Expose-moi pleinement la grandeur du mantra aux douze syllabes : sa forme correcte selon les syllabes, le fruit qu’il confère, et la manière dont je dois le pratiquer.»
Verse 2
श्रीमहादेव उवाच । द्विजातीनां सहोंकारसहितो द्वादशाक्षरः । स्त्रीशूद्राणां नमस्कारपूर्वकः समुदाहृतः
Śrī Mahādeva dit : «Pour les deux-fois-nés, le mantra aux douze syllabes est enseigné avec la syllabe Oṃ ; pour les femmes et les Śūdras, il est déclaré qu’il doit être précédé d’une salutation, “namo”.»
Verse 3
प्रकृतीनां रामनाम संमतो वा षडक्षरः । सोऽपि प्रणवहीनः स्यात्पुराणस्मृतिनिर्णयः
Pour les gens ordinaires, on admet la formule aux six syllabes approuvée comme « Rāma-nāma » ; et celle-ci aussi doit être sans le praṇava (Oṃ) — telle est la décision des Purāṇa et des Smṛti.
Verse 4
क्रमोऽयं सर्ववर्णानां प्रकृतीनां सदैव हि । क्रमेण रहितो यस्तु करोति मनुजो जपम् । तस्य प्रकुप्यति विभुर्नरकादिप्रदायकः
En vérité, tel est l’ordre établi pour toutes les classes et pour les gens ordinaires. Mais celui qui accomplit le japa sans cet ordre juste, envers lui le Seigneur s’irrite, devenant dispensateur de l’enfer et d’autres conséquences douloureuses.
Verse 5
पार्वत्युवाच । मया त्रिमात्रया स्वामिन्सेव्यते जगदीश्वरः । रूपमस्य कथं जाने वचसामप्यगोचरम्
Pārvatī dit : «Ô Seigneur, je sers et j’adore le Maître de l’univers au moyen des trois mātrā ; comment pourrais-je connaître sa Forme, qui échappe même à la portée des paroles ?»
Verse 6
ईश्वर उवाच प्रणवस्याधिकारो न तवास्ति वरवर्णिनि । नमो भगवते वासुदेवायेति जपः सदा
Īśvara dit : «Ô toi la belle, tu n’as pas l’autorisation pour le praṇava (Oṃ). Ainsi, le japa doit être toujours : “Namo Bhagavate Vāsudevāya”.»
Verse 7
पार्वत्युवाच । यदि सप्रणवं दद्याद्द्वादशाक्षरचिंतनम । प्रणवे नाधिकारो मे कथं भवति धूर्जटे
Pārvatī dit : «Si la contemplation du mantra aux douze syllabes doit être donnée avec le praṇava (Oṃ), et puisque je n’ai pas droit au praṇava, comment cela pourrait-il s’appliquer à moi, ô Dhūrjaṭi ?»
Verse 8
ईश्वर उवाच । प्रणवः सर्वदेवानामादिरेष प्रकीर्तितः । ब्रह्मा विष्णुः शिवश्चैव वसंति दयितायुताः
Īśvara dit : «Le Praṇava (Oṃ) est proclamé comme la source primordiale de tous les dieux. En lui demeurent Brahmā, Viṣṇu et Śiva aussi, avec leurs chères épouses.»
Verse 9
तत्र सर्वाणि भूतानि सर्व तीर्थानि भागशः । तिष्ठंति सर्वतीर्थानि कैवल्यं ब्रह्म एव यः
«Là demeurent tous les êtres et tous les tīrtha, chacun selon sa part. Là résident aussi tous les tīrtha : en vérité, c’est Brahman lui-même, l’état même de la délivrance (kaivalya).»
Verse 10
तस्य योग्या तदा देवि भविष्यसि यदा तपः । चातुर्मास्ये हरिप्रीत्यै करिष्यसि शुभानने
«Ô Déesse au visage radieux, tu deviendras apte à cela lorsque tu entreprendras l’austérité. Durant le Cāturmāsya, pour la joie de Hari, tu accompliras cette pénitence.»
Verse 11
तपसा प्राप्यते कामस्तपसा च महत्फलम् । तपसा जायते सर्वं तत्तपः सुलभं नरैः
Par l’austérité (tapas), les désirs sont obtenus; par l’austérité naissent de grands fruits. De l’austérité tout prend naissance—pourtant un tel tapas n’est pas aisé à accomplir pour les hommes.
Verse 12
यशः सौभाग्यमतुलं क्षमासत्यादयो गुणाः । सुलभं तपसा नित्यं तपश्चर्त्तुं न शक्यते
La renommée, une fortune incomparable, et des vertus telles que la patience et la véracité s’obtiennent sans cesse par l’austérité; mais maintenir le tapas n’est pas chose aisée.
Verse 13
यदा हि तपसो वृद्धिस्तदा भक्तिर्हरौ भवेत् । तदा हि तपसो हानिर्यदा भक्तिं विना कृतम्
Quand l’austérité croît, la dévotion à Hari doit naître. Mais l’austérité décline—elle s’amoindrit vraiment—lorsqu’elle est accomplie sans dévotion.
Verse 14
तावत्तपांसि गर्जंति देहेऽस्मिन्सततं नृणाम् । यदा विष्णुं स्मरेन्नित्यं जिह्वाग्रं पावनं भवेत्
Tant que les austérités “grondent” sans cesse dans ce corps humain. Mais lorsque l’on se souvient constamment de Viṣṇu, la pointe même de la langue devient purifiante, apte à l’énonciation sacrée.
Verse 15
यथा प्रदीपे ज्वलिते प्रणश्यति महत्तमः । तथा हरेः कथायां च याति पापमनेकधा
De même que la grande obscurité disparaît lorsqu’une lampe est allumée, de même, dans le récit de Hari, le péché s’en va de multiples façons.
Verse 16
तस्मात्पार्वति यत्नेन हरौ सुप्ते तपः कुरु । चातुर्मास्येऽथ संप्राप्ते प्रणवेन समन्वितम्
Ainsi donc, ô Pārvatī, avec un effort ardent, pratique l’austérité tandis que Hari « dort » durant cette période sacrée. Et lorsque vient Cāturmāsya, accomplis-la unie au Praṇava (Oṃ).
Verse 17
विशुद्धहृदया भूत्वा मन्त्रराजमिमं जप स एव भगवांस्तुष्टो द्वादशाक्षरसंयुतम्
Le cœur devenu pur, récite ce roi des mantras. Ce Seigneur Bienheureux, satisfait, accorde l’accomplissement par le mantra pourvu de douze syllabes.
Verse 18
प्रदास्यति परं ज्ञानं ब्रह्मरूपमखण्डितम् । ब्रह्मकल्पांतकोटीषु जप त्वं द्वादशाक्षरम्
Il accordera la connaissance suprême — indivise, de la nature même de Brahman. Ainsi, à travers des crores d’âges du monde et leurs fins, tu dois réciter le mantra aux douze syllabes.
Verse 19
मन्त्रराजं सप्रणवं ध्यायेत्सोऽपि न पश्यति । इत्युक्ता सा तपोनिष्ठा तपश्चरितुमागता
Même si l’on médite sur le roi des mantras avec le Praṇava (Oṃ), on ne voit pas le but par cela seul. Ainsi instruite, elle — ferme dans l’austérité — s’en vint pratiquer le tapas.
Verse 20
हिमाचलस्य शिखरे चातुर्मास्ये समागते । ब्रह्मचर्यव्रतपरा वसनत्रयसंयुता
Quand vint la saison sacrée de Cāturmāsya, elle demeura au sommet de l’Himālaya : vouée au vœu de brahmacarya, revêtue de trois vêtements.
Verse 21
प्रातर्मध्येऽपराह्ने च ध्यायन्ती हरिशंकरम् । वपुर्यथा पुरा कृष्टं पूजने शंकरस्य च
Le matin, à midi et l’après-midi, elle méditait Hari-Śaṅkara ; et son corps s’amaigrissait comme autrefois, par le culte rendu à Śaṅkara.
Verse 22
सखीजन समायुक्ता पितुः शृंगे मनोहरे । अतपत्सा विशालाक्षी क्षमादिगुणसंयुता
Entourée de son cercle de compagnes, sur le délicieux sommet de son père, celle aux grands yeux—pourvue de vertus telles que la patience—accomplit des austérités.
Verse 23
गालव उवाच । या हि योगीश्वरध्येया या वन्द्या विश्ववन्दिता । जननी या च विश्वस्य साऽपि कामात्तपोगता
Gālava dit : Celle que méditent les seigneurs du Yoga, celle qui est digne d’adoration et que le monde adore, la Mère de l’univers—elle aussi, par désir, s’en alla vers l’austérité.
Verse 24
या हि प्रकृतिसद्रूपा तडित्कोटिसमप्रभा । विरजा या स्वयं वन्द्या गुणातीताचरत्तपः
Elle dont la forme est semblable à la Prakṛti primordiale, dont l’éclat égale des crores d’éclairs ; sans tache, digne d’adoration par elle-même et au-delà des guṇas, pratiqua l’austérité.
Verse 25
पृथ्व्यंबु तेजो वायुश्च गगनं यन्मयं विदुः । मूलप्रकृतिरूपा या सा चकारोत्तम तपः
Celle dont on sait que la terre, l’eau, le feu, le vent et l’éther sont constitués ; elle, dont la forme est la Mūla-Prakṛti, accomplit l’austérité suprême.
Verse 26
या स्थावरं जंगममाशु विश्वं व्याप्य स्थिता या प्रकृतेः पुरापि । स्पृहादिरूपेण च तृप्तिदात्री देवे प्रसुप्ते तपसाऽप शुद्धिम्
Elle qui pénètre et demeure dans l’univers entier—l’immobile comme le mobile—; elle qui existait déjà avant même la Prakṛti manifestée; et qui, sous des formes telles que le désir ardent, accorde la satiété : lorsque le Deva reposait endormi, par l’austérité elle ôta l’impureté.
Verse 257
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये शेषशाय्युपाख्याने ब्रह्मनारदसंवादे चातुर्मास्यमाहात्म्ये द्वादशाक्षरनाममहिमपूर्वकपार्वतीतपोवर्णनं नाम सप्तपंचाशदुत्तरशततमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le chapitre 257, intitulé « Description de l’austérité de Pārvatī, précédée de la gloire du Nom à douze syllabes », dans le Śrī Skanda Mahāpurāṇa, dans la Saṃhitā de quatre-vingt-un mille vers, dans la sixième division—le Nāgara-khaṇḍa—au sein du Māhātmya du Hāṭakeśvara-kṣetra, dans l’épisode de Śeṣaśāyī, dans le dialogue de Brahmā et de Nārada, dans la glorification du Cāturmāsya.