Adhyaya 248
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 248

Adhyaya 248

Cet adhyāya propose un enseignement théologique sur l’arbre palāśa, identifié comme « brahmavṛkṣa » (l’arbre de Brahman), en tant que nature sacrée, chargée de sens et d’efficacité rituelle. La voix enseignante, Vāṇī, affirme que le palāśa mérite d’être servi par de nombreux upacāras (honneurs et offrandes), promettant l’accomplissement des vœux et la destruction des grands péchés. Le texte inscrit une symbolique triadique dans les feuilles—divinité à gauche, à droite et au centre—puis étend la sacralisation à tout l’arbre : des divinités résident dans la racine, le tronc, les branches, les fleurs, les feuilles, le fruit, l’écorce et la moelle, composant une véritable « théologie anatomique » du palāśa. Parmi les mérites pratiques, il est dit que manger dans des récipients faits de feuilles de palāśa confère un fruit sacrificiel très élevé, comparable à de nombreux aśvamedhas, avec une insistance particulière durant le Cāturmāsya. Sont aussi mis en avant le culte avec du lait le dimanche et les actes de bhakti le jeudi ; même la simple vision du palāśa à l’aube est présentée comme purificatrice. Le chapitre se clôt en réaffirmant l’arbre comme « devabīja » et manifestation du brahman, à servir avec foi—surtout pendant le Cāturmāsya—comme règle éthique de purification et d’apaisement de la souffrance.

Shlokas

Verse 1

वाण्युवाच । पलाशो हरिरूपेण सेव्यते हि पुराविदैः । बहुभिर्ह्युपचारैस्तु ब्रह्मवृक्षस्य सेवनम्

Vāṇī dit : Le palāśa est honoré par les connaisseurs de l’antique tradition comme la forme même de Hari. En vérité, le service rendu à cet Arbre de Brahmā doit s’accomplir avec de nombreux hommages rituels et offrandes.

Verse 2

सर्वकामप्रदं प्रोक्तं महापातकनाशनम् । त्रीणि पत्राणि पालाशे मध्यमं विष्णुशापितम्

Il est proclamé qu’il accorde tous les désirs et détruit les grands péchés. Le palāśa porte trois feuilles ; celle du milieu est dite marquée par la malédiction de Viṣṇu.

Verse 3

वामे ब्रह्मा दक्षिणे च हर एकः प्रकीर्तितः । पलाशपात्रे यो भुंक्ते नित्यमेव नरोत्तमः

À gauche se tient Brahmā, et à droite il est proclamé que demeure Hara, l’Unique. Le meilleur des hommes, qui mange constamment dans un récipient fait de feuilles de palāśa, demeure toujours comblé de mérite sacré.

Verse 4

अश्वमेधसहस्रस्य फलं प्राप्नोत्यसंशयम् । चातुर्मास्ये विशेषेण भोक्तुर्मोक्षप्रदं भवेत्

Sans aucun doute, il obtient le fruit de mille sacrifices Aśvamedha. Et, surtout durant le Cāturmāsya, cela devient pour celui qui en participe selon la règle un donateur de délivrance (mokṣa).

Verse 5

पयसा वाथ दुग्धेन रविवारेऽनिशं यदि । चातुर्मास्येऽर्चितो यैस्तु ते यांति परमंपदम्

Si, un dimanche, on l’adore sans cesse avec de l’eau ou du lait, alors ceux qui l’honorent ainsi durant le Cāturmāsya parviennent au Parama-pada, la demeure suprême.

Verse 6

दृश्यते यदि पालाशः प्रातरुत्थाय मानवैः । नरकानाशु निर्धूय गम्यते परमं पदम्

Si, au matin en se levant, les hommes contemplent le palāśa, ils dissipent promptement les états infernaux et atteignent la demeure suprême.

Verse 7

पालाशः सर्वदेवानामाधारो धर्मसाधनम् । यत्र लोभस्तु तस्य स्यात्तत्र पूज्यो महातरुः

Le palāśa est le soutien de tous les dieux et un moyen d’accomplir le dharma. Là où la convoitise s’élève à son sujet, c’est là même que ce grand arbre doit être adoré.

Verse 8

यथा सर्वेषु वर्णेषु विप्रो मुख्यतमो भवेत् । मध्ये सर्वतरूणां च ब्रह्मवृक्षो महोत्तमः

De même que, parmi tous les varṇa, le brāhmaṇa est tenu pour le premier, ainsi, parmi tous les arbres, l’Arbre de Brahmā (Brahma-vṛkṣa) est le plus excellent et le plus sublime.

Verse 9

यस्य मूले हरो नित्यं स्कंधे शूलधरःस्वयम् । शाखासु भगवान्रुद्रः पुष्पेषु त्रिपुरांतकः

À sa racine demeure à jamais Hara ; dans son tronc se tient lui-même le Porteur du Trident. Dans ses branches réside Bhagavān Rudra, et dans ses fleurs, Tripurāntaka, le Destructeur de Tripura.

Verse 10

शिवः पत्रेषु वसति फले गणपतिस्तथा । गंगापतिस्त्वचायां तु मज्जायां भगवा न्भवः

Śiva demeure dans ses feuilles, et dans son fruit aussi Gaṇapati. Dans son écorce réside le Seigneur du Gaṅgā, et dans sa moelle intérieure se tient Bhagavān Bhava.

Verse 11

ईश्वरस्तु प्रशाखासु सर्वोऽयं हरवल्लभः । हरः कर्पूरधवलो यथावद्वर्णितः सदा

Dans ses innombrables rameaux, ce Seigneur est présent partout—bien-aimé de Hara. Hara, blanc comme le camphre, est ainsi décrit ici, toujours, selon la juste manière.

Verse 12

तथा ह्ययं ब्रह्मरूपः सितवर्णो महाभगः । चिंतितो रिपुनाशाय पापसंशोषणाय च

En vérité, celui-ci est de la forme du Brahman—rayonnant, d’une blancheur lumineuse, souverainement auspice. Quand on le contemple, il opère la ruine des ennemis et dessèche aussi les péchés.

Verse 13

मनोरथप्रदानाय जायते नात्र संशयः । गुरुवारे समायाते चातुर्मास्ये तथैव च

Sans nul doute, cela advient pour accorder les vœux chéris du cœur. Et plus encore lorsque vient le jeudi, et de même durant la sainte saison de Cāturmāsya.

Verse 14

पूजितश्च स्तुतो ध्यातः सर्वदुःखविनाशकः

Lorsqu’on l’adore, le loue et le médite, Il devient le destructeur de toute peine.

Verse 15

देवस्तुत्यो देवबीजं परं यन्मूर्तं ब्रह्म ब्रह्मवृक्षत्वमाप्तम् । नित्यं सेव्यः श्रद्धया स्थाणुरूपश्चातुर्मास्ये सेवितः पापहा स्यात्

Digne d’être loué par les dieux, la suprême « semence des dieux »—le Brahman manifesté en forme—est parvenu à l’état du saint Arbre de Brahmā. Sous la forme de Sthāṇu (le Seigneur Inébranlable), il doit être servi chaque jour avec foi ; servi durant le Cāturmāsya, il devient destructeur du péché.

Verse 248

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये शेषशाय्युपाख्याने ब्रह्मनारदसंवादे चातुर्मास्यमाहात्म्ये पैजवनोपाख्याने पालाशमहिमवर्णनंनामाष्टचत्वारिंशदुत्तरद्विशततमोऽध्यायः

Ainsi s’achève, dans le saint Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la compilation de quatre-vingt-un mille vers—ce deux-cent-quarante-huitième chapitre, intitulé « Description de la grandeur du Pālāśa », situé dans le sixième (Nāgara) Khaṇḍa, dans la glorification du tīrtha de Hāṭakeśvara-kṣetra, au sein de l’épisode de Śeṣaśāyy, dans le dialogue de Brahmā et de Nārada, dans le Cāturmāsya-māhātmya, dans le récit de Paijavana.