Adhyaya 240
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 240

Adhyaya 240

Le chapitre 240 se déploie comme un dialogue entre Brahmā et Nārada sur l’efficacité comparée de l’offrande d’une lampe (dīpa) à Hari/Vishnu. Brahmā affirme la supériorité de la lampe dédiée à Hari sur toute autre offrande : elle dissipe constamment la souillure du péché (pāpa) et, durant la période de Cāturmāsya, elle devient particulièrement puissante pour l’accomplissement des intentions pieuses. Le texte décrit ensuite une discipline dévotionnelle progressive : offrande de la lampe avec un culte formel, puis offrande de nourriture (naivedya) au treizième jour lunaire. Lorsque « Hari dort » (thème de Cāturmāsya), on prescrit l’offrande quotidienne d’arghya, avec feuilles de bétel, noix d’arec, fruits, eau de conque (conch-water) et un mantra adressé à Keśava. Après l’offrande viennent la purification par ācamana, l’ārati, la prosternation au quatorzième jour, et au quinzième jour la circumambulation (pradakṣiṇā), tenue pour équivalente à de vastes pèlerinages vers des tīrthas et au don d’eau. Les derniers vers se tournent vers la contemplation : le pratiquant formé au yoga est invité à méditer la Présence divine au-delà des images figées, à considérer le rapport du soi à Vishnu, et à s’approcher ainsi de la délivrance en cette vie (jīvanmukti) selon la voie vaiṣṇava. Cāturmāsya est signalé comme une période particulièrement favorable à cette dévotion disciplinée.

Shlokas

Verse 1

ब्रह्मोवाच । हरेर्दीपस्तु मद्दीपादधिकोऽयं प्रकुर्वतः । वैकुण्ठवास एव स्यान्ममैश्वर्यमवांछितम्

Brahmā dit : « Cette lampe offerte à Hari (Viṣṇu) est supérieure à la lampe offerte à moi. Pour celui qui l’accomplit, la demeure en Vaikuṇṭha est assurée — une prospérité divine sans égale. »

Verse 2

नारद उवाच । दीपोऽयं विष्णुभवने मन्त्रवद्विहितो नरैः । सदा विशेषफलदश्चातुर्मास्येऽधिकः कथम्

Nārada dit : « Cette offrande de lampe dans la demeure de Viṣṇu, accomplie par les hommes avec mantra et rite prescrit — bien qu’elle donne toujours un mérite particulier — pourquoi devient-elle encore plus féconde durant la saison de Cāturmāsya ? »

Verse 3

ब्रह्मोवाच । विष्णुर्नित्याधिदैवं मे विष्णुः पूज्यः सदा मम । विष्णुमेनं सदा ध्याये विष्णुर्मत्तः परो हि सः

Brahmā dit : « Viṣṇu est pour moi la Divinité suprême et éternelle ; Viṣṇu est toujours digne de mon culte. Je médite sans cesse sur ce Viṣṇu — en vérité, Viṣṇu est au-dessus de moi. »

Verse 4

स विष्णु वल्लभो दीपः सर्वदा पापहारकः । चातुर्मास्ये विशेषेण कामनासिद्धिकारकः

Cette lampe, chère à Viṣṇu, efface toujours les péchés ; et, tout particulièrement durant Cāturmāsya, elle devient cause de l’accomplissement des vœux chéris.

Verse 5

विष्णुर्दीपेन संतुष्टो यथा भवति पुत्रक । तथा यज्ञसहस्रैश्च वरं नैव प्रयच्छति

Mon enfant, Viṣṇu se réjouit d’une offrande de lampe d’une manière telle que même des milliers de sacrifices ne sauraient l’amener à accorder une grâce aussi aisément.

Verse 6

स्वल्प व्ययेन दीपस्य फलमानंतकं नृणाम् । अनंतशयने प्राप्ते पुण्यसंख्या न विद्यते

Avec une dépense infime, le fruit de l’offrande de la lampe devient sans fin pour les hommes ; lorsqu’elle est offerte à Anantaśayana (Viṣṇu reposant sur Ananta), le mérite ne se laisse pas dénombrer.

Verse 7

तस्मात्सर्वात्मभावेन श्रद्धया संयुतेन च । दीपप्रदानं कुरुते हरेः पापैर्न लिप्यते

Ainsi, celui qui offre une lampe de tout son être, avec foi et ferveur, n’est pas souillé par les péchés, car c’est une offrande à Hari (Viṣṇu).

Verse 8

उपचारैः षोडशकैर्यतिरूपे हरौ पुनः । दीपप्रदाने विहिते सर्वमुद्द्योतितं जगत्

De plus, lorsque la lampe est offerte selon le rite à Hari sous la forme d’un Yati (ascète), avec les seize services du culte, on dit que le monde entier s’illumine.

Verse 9

दीपादनंतरं ब्रह्मन्नन्नस्य च निवेदनम् । त्रयोदश्या भक्तियुक्तैः कार्यं मोक्षपदस्थितैः

Ô brahmane, après l’offrande de la lampe, il convient aussi de présenter la nourriture en naivedya ; au jour de Trayodaśī (treizième jour lunaire), ceux qui visent l’état de délivrance doivent l’accomplir avec dévotion.

Verse 10

अमृतं संपरित्यज्य यदन्नं देवता अपि । स्पृहयंति गृहस्थस्य गृहद्वारगताः सदा

Même les dieux, délaissant l’ambroisie, désirent la nourriture du maître de maison, comme s’ils se tenaient sans cesse au seuil de son foyer.

Verse 11

हरौ सुप्ते विशेषेण प्रदेयः प्रत्यहं नरैः । फलैरर्घ्यो विष्णुतुष्ट्यै तत्कालसमुदा हृतैः

Surtout lorsque l’on dit que Hari « dort » (durant le Cāturmāsya), les hommes doivent offrir chaque jour un arghya de fruits, fraîchement cueillis alors, pour la satisfaction de Viṣṇu.

Verse 12

तांबूलवल्लीपत्रैश्च तथा पूगफलैः शुभैः । द्राक्षाजंब्वाम्रजफलैरक्रोडैर्दाडिमैरपि

Avec des feuilles de bétel de la liane tāmbūla et d’auspicieuses noix d’arec, ainsi qu’avec des fruits tels que raisins, jambu, mangues, noix et grenades, (qu’on fasse l’offrande).

Verse 13

बीजपूरफलैश्चैव दद्यादर्घ्यं सुभक्तितः । शंखतोयं समादाय तस्योपरि फलं शुभम्

Et avec les fruits de bījapūra également, qu’on offre l’arghya avec une dévotion sincère. Prenant de l’eau dans une conque, qu’on y dépose par-dessus un fruit de bon augure.

Verse 14

मंत्रेणानेन विप्रेन्द्र केशवाय निवेदयेत् । पुनराचमनं देयमन्नदानादनंतरम्

« Ô le meilleur des brāhmaṇas », par ce mantra même, qu’on présente l’offrande à Keśava. Après le don de nourriture, qu’on accomplisse (ou qu’on donne) aussitôt de nouveau l’ācamana.

Verse 15

आर्तिक्यं च ततः कुर्यात्सर्वपापविनाशनम् । चतुर्दश्या नमस्कुर्याद्विष्णवे यतिरूपिणे

Ensuite, qu’on accomplisse l’ārati, qui détruit tous les péchés. Au quatorzième tithi (caturdaśī), qu’on se prosterne devant Viṣṇu sous la forme d’un yati, l’ascète.

Verse 16

पंचदश्या भ्रमः कार्यः सर्वदिक्षु द्विजैः सह । सप्तसागरजै स्तोयैर्दत्तैर्यत्फलमाप्यते

Au quinzième tithi (pañcadaśī), qu’on accomplisse la pradakṣiṇā vers toutes les directions avec les brāhmaṇas. En offrant de l’eau apportée des sept océans, on obtient un fruit de mérite à cette mesure.

Verse 17

तत्तोयदानाच्च हरेः प्राप्यते विष्णुवल्लभैः । चतुर्वारभ्रमीभिश्च जगत्सर्वं चराचरम्

Et par ce don d’eau, les dévots chers à Viṣṇu atteignent Hari. Et ceux qui font la circumambulation quatre fois embrassent, pour ainsi dire, le monde entier—le mobile et l’immobile.

Verse 18

क्रांतं भवति विप्राग्र्य तत्तीर्थगमनादिकम् । षोडश्या देवसायुज्यं चिन्तयेद्योगवित्तमः

Ô brāhmaṇa éminent, ainsi s’accomplissent la visite de ce tīrtha et les observances qui s’y rattachent. Au seizième tithi (ṣoḍaśī), le connaisseur du yoga doit méditer l’union avec le Divin (deva-sāyujya).

Verse 19

आत्मनश्च हरेर्नित्यं न मूर्तिं भावयेत्तदा । मूर्तामूर्तस्वरूप त्वाद्दृश्यो भवति योगवित्

Alors, qu’on ne se forge aucune image limitée de soi-même ni de Hari. Car la Réalité a pour nature d’être à la fois avec forme et sans forme; ainsi le yogin devient celui qui « voit » véritablement.

Verse 20

तस्मिन्दृष्टे निवर्तेत सदसद्रूपजा क्रिया । आत्मानं तेजसां मध्ये चिन्तयेत्सूर्यवर्चसम्

Quand Cela est contemplé, l’action née des notions d’« être et non-être » s’éteint. Qu’on médite le Soi au milieu des lumières (tejas), rayonnant de la splendeur du soleil.

Verse 21

अहमेव सदा विष्णुरित्यात्मनि विचारयन् । लभते वैष्णवं देहं जीवन्मुक्तो द्विजो भवेत्

En réfléchissant en soi-même : « Je suis vraiment, toujours, Viṣṇu », on obtient un corps vaiṣṇava ; ce brāhmaṇa devient libéré de son vivant (jīvanmukta).

Verse 22

चातुर्मास्ये विशेषेण योगयुक्तो द्विजो भवेत् । इयं भक्तिः समादिष्टा मोक्षमार्गप्रदे हरौ

Surtout durant la saison sacrée de Cāturmāsya, le deux-fois-né doit devenir discipliné et uni au yoga. Cette dévotion à Hari est prescrite, car elle accorde la voie qui mène à la délivrance.