
Sūta décrit un tīrtha éminent nommé Mṛgatīrtha, situé dans la partie occidentale de la région sacrée évoquée. Il affirme que celui qui, avec une foi juste, s’y baigne au lever du soleil le jour de Caitra-śukla-caturdaśī (le quatorzième de la quinzaine claire de Caitra) ne retombe pas dans des matrices animales, même chargé de fautes graves : telle est la puissance de purification et d’élévation conférée par ce lieu de pèlerinage. Les ṛṣi demandent alors l’histoire d’origine et l’efficacité propre du site. Sūta raconte que, dans une grande forêt, des chasseurs poursuivirent un troupeau de cerfs ; saisis de peur et blessés par des flèches, les cerfs entrèrent dans un réservoir d’eau profond. Par la force de cette eau, ils obtinrent l’état humain, et l’on dit même que des signes extérieurs de raffinement naquirent du seul bain. Vient ensuite l’explication étiologique : cette eau est liée à une manifestation mentionnée auparavant (liṅga-bheda-udbhava) ; recouverte de poussière, elle réapparut par une ouverture dans une termitière selon l’ordonnance divine, puis se révéla peu à peu en ce lieu. Un autre exemple est donné : Triśaṅku, bien qu’en condition socialement déchue, s’y baigna et recouvra une forme divine. Ainsi, conclut Sūta, chasseurs et cerfs, en se baignant à Mṛgatīrtha, sont délivrés des souillures morales et parviennent à un état supérieur, modèle d’enseignement unissant rite, temps calendérique et autorité du récit dans une théologie du tīrtha.
Verse 2
। सूत उवाच । तस्यैव पश्चिमे भागे मृगतीर्थमनुत्तमम् । अस्ति पुण्यतमं ख्यातं समस्ते धरणीतले । तत्र ये मानवास्तीर्थे सम्यक्छ्रद्धासमन्विताः । चैत्रशुक्लचतुर्दश्यां स्नानं कुर्वंतिभास्करे
Sūta dit : Dans la partie occidentale de cette même contrée se trouve un tīrtha sans égal nommé Mṛgatīrtha, réputé le plus méritoire sur toute la surface de la terre. Ceux qui, animés d’une foi constante, s’y baignent le quatorzième jour de la quinzaine claire de Caitra, au lever du Soleil, obtiennent un grand mérite religieux.
Verse 3
मध्ये स्थिते न ते यांति तिर्यग्योनौ कथंचन । अपि पापसमोपेता दोषैः सर्वैः समन्विताः
Établis dans sa sphère sacrée, ils ne vont jamais, d’aucune manière, vers une matrice animale (tiryag-yoni), même s’ils sont chargés de péchés et pourvus de toutes les fautes.
Verse 4
कृतघ्ना नास्तिकाश्चौरा मर्यादाभेदकास्तथा । स्नाता ये तत्र सत्तीर्थे ते यांति परमां गतिम् । विमानवरमारूढाः स्तूयमानाश्च किंनरैः
Même les ingrats, les impies, les voleurs et ceux qui transgressent les limites du dharma—s’ils s’y baignent, en ce tīrtha véritable—atteignent l’état suprême, montent sur d’excellents vimānas célestes et sont loués par les Kiṃnaras.
Verse 5
ऋषय ऊचुः । मृगतीर्थं कथं तत्र संजातं सूतनंदन । किं प्रभावं समाचक्ष्व परं कौतूहलं हि नः
Les sages dirent : « Ô fils de Sūta, comment Mṛgatīrtha est-il né en ce lieu ? Dis-nous sa puissance, car notre curiosité est vraiment grande. »
Verse 6
सूत उवाच । पूर्वं तत्र महारण्ये नानामृगगणावृते । नानाविहंगसंघुष्टे नानावृक्षसमाकुले
Sūta dit : « Jadis, il y avait là une grande forêt, entourée de troupeaux de cerfs de toutes sortes, retentissante du chant de maints oiseaux, et foisonnante d’arbres variés. »
Verse 7
समायाता महारौद्रा लुब्ध काश्चापपाणयः । कृष्णांगा भ्रममाणास्ते यमदूता इवाऽपरे
Alors arrivèrent des chasseurs d’une férocité extrême, l’arc à la main. Aux membres sombres et rôdant çà et là, ils semblaient d’autres messagers de Yama.
Verse 8
एतस्मिन्नंतरे दृष्टं मृगयूथं तरोरधः । उपविष्टं सुविश्रब्धं तैस्तदा द्विज सत्तमाः
Entre-temps, ô le meilleur des deux-fois-nés, ils (les chasseurs) virent un troupeau de cerfs sous un arbre, assis là en paisible sûreté et en pleine confiance.
Verse 9
अथ तांल्लुब्धकान्दृष्ट्वा दूरतोऽपि भयातुराः । पलायनपराः सर्वे मृगा जग्मुर्द्रुतं ततः
Alors, voyant ces chasseurs même de loin, les cerfs, saisis d’effroi, tous tournés vers la fuite, s’enfuirent promptement de ce lieu.
Verse 10
अथ ते सन्निधौ दृष्ट्वा गंभीरं सलिलाशयम् । प्रविष्टा हरिणाः सर्वे भयार्ताः शरपीडिताः
Puis, voyant tout près un profond réservoir d’eau, tous les cerfs y entrèrent, tourmentés par la peur et meurtris par les flèches des chasseurs.
Verse 11
ततस्तत्सलिलस्यांतस्ते मृगाः सर्व एव हि । मानुषत्वमनुप्राप्तास्तत्प्रभावा द्द्विजोत्तमाः
Alors, au sein de cette eau sacrée, tous ces cerfs, en vérité, atteignirent l’état humain—ô le meilleur des deux-fois-nés—uniquement par la puissance et la gloire de ce tīrtha.
Verse 12
अथ तान्मानुषीभूतान्पप्रच्छुर्लुब्धका मृगान् । मृगयूथं समायातं मार्गेणानेन सांप्रतम् । केन मार्गेण निर्यातं तस्माद्वदत मा चिरम्
Alors les chasseurs interrogèrent ces cerfs devenus humains : «Un troupeau de cerfs vient de passer par cette voie ; par quel sentier est-il sorti ? Dites-le sans tarder, ne différez pas».
Verse 13
मानुषा ऊचुः । वयं ते हरिणाः सर्वे मानुषत्वं सुदुर्लभम् । तीर्थस्याऽस्य प्रभावेन प्राप्ताः सत्यं न संशयः
Les (nouveaux) humains dirent : «Nous étions tous ces cerfs. Par la puissance de ce tīrtha, nous avons obtenu l’état humain, si difficile à atteindre ; c’est la vérité, sans aucun doute».
Verse 15
स्नानमात्रात्ततः सर्वे दिव्यमाल्यानुलेपनाः । दिव्यगात्रधरा सर्वे संजाताः पार्थिवोत्तमाः
Alors, par le seul bain, tous furent parés de guirlandes et d’onguents divins ; tous revêtirent des corps lumineux, d’essence céleste, et s’élevèrent comme les meilleurs des hommes sur la terre.
Verse 16
ऋषय ऊचुः । अत्याश्चर्यमिदं सूत यत्त्वया परिकीर्तितम् । स्नानमात्रेण ते प्राप्ता लुब्धकास्तादृशं वपुः
Les sages dirent : « C’est merveille au-delà de toute mesure, ô Sūta, ce que tu as rapporté : par le seul bain, ces chasseurs ont obtenu une telle forme. »
Verse 17
तथा मानुष्यमापन्ना मृगास्तोयावगाहनात् । तत्कथं मेदिनीपृष्ठे तत्तीर्थं संबभूव ह
« De même, les cerfs accédèrent à l’humanité par l’immersion dans l’eau. Comment donc ce tīrtha advint-il à la surface de la terre ? »
Verse 18
सूत उवाच । लिंगभेदोद्भवं तोयं यत्पुरा वः प्रकीर्तितम् । आच्छन्नं पांसुभिः कृत्स्नं वायुना शक्रशासनात्
Sūta dit : « Cette eau, née de la fente du liṅga—dont je vous ai jadis parlé—fut entièrement recouverte de poussière par le vent, sur l’ordre d’Indra. »
Verse 19
वल्मीकरंध्रमासाद्य तन्निष्क्रांतं पुनर्द्विजाः । कालेन महता तत्र प्रदेशे स्वल्पमेव हि
« Parvenue à une ouverture dans une termitière, cette eau jaillit de nouveau, ô deux-fois-nés ; et, après un long temps, elle n’apparut en ce lieu qu’en faible quantité. »
Verse 20
यत्र स्नातः पुरा सद्यस्त्रिशंकुः पृथिवीपतिः । दिव्यं वपुः पुनः प्राप्त श्चंडालत्वेन संस्थितः
En ce lieu, jadis, le roi Triśaṅku se baigna et recouvra aussitôt un corps divin, bien qu’il fût établi dans la condition de caṇḍāla.
Verse 21
एतस्मात्कारणात्तत्र स्नाताः सारंगलुब्धकाः । सर्वे पापविनिर्मुक्ताः संप्राप्ताः परमं वपुः
Pour cette raison, les chasseurs qui poursuivaient le cerf s’y baignèrent ; tous furent délivrés du péché et atteignirent la forme suprême et excellente.