Adhyaya 219
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 219

Adhyaya 219

Le chapitre 219 présente un exposé théologique et rituel, d’une grande précision, sur le kāmya-śrāddha, c’est‑à‑dire les rites śrāddha accomplis pour les ancêtres avec une intention déterminée, enseignés par Bhartṛyajña à un roi. Il énumère, jour après jour, les prescriptions de la quinzaine sombre liée aux pretas (śrāddhīya-preta-pakṣa), en attribuant à chaque tithi des fruits distincts : prospérité, perspectives de mariage, acquisition de chevaux et de bétail, réussite en agriculture et en commerce, bien‑être, faveur royale et accomplissement général. Le texte introduit ensuite une mise en garde concernant le treizième jour (trayodaśī), jugé impropre à ceux qui désirent une descendance et associé à des issues néfastes ; il précise aussi une observance particulière avec du payasa (pudding de riz) mêlé de miel et de ghee lors d’une conjonction saisonnière et astrale spécifique (Maghā–trayodaśī). Il distingue encore les morts non naturelles ou violentes (armes, poison, feu, noyade, attaque de serpent ou d’animal, pendaison) et prescrit, au quatorzième jour (caturdaśī), un rite ekoddiṣṭa pour leur apaisement. Enfin, il affirme que le śrāddha d’amāvāsyā accorde pleinement tous les buts énumérés, et conclut par le phala : entendre et connaître cette doctrine du kāmya-śrāddha permet d’obtenir les objectifs désirés.

Shlokas

Verse 1

भर्तृयज्ञ उवाच । काम्यानि तेऽधुना वच्मि श्राद्धानि पृथिवीपते । यैः कृतैः समवाप्नोति मर्त्यो हृदयसंस्थितम्

Bhartṛyajña dit : « Ô seigneur de la terre, je vais maintenant t’exposer les Śrāddha kāmya, les rites qui accomplissent les vœux ; en les accomplissant, le mortel obtient ce que son cœur chérit en secret. »

Verse 2

यो नारीं वांछते क्ष्माप रूपाढ्यां शीलमण्डनाम् । इह लोके परे चैव तस्यार्हं प्रथमं दिनम्

Ô Roi, celui qui désire une femme riche de beauté et parée de bonne conduite, en ce monde comme dans l’autre, doit accomplir le rite qui lui est prescrit le premier jour.

Verse 3

श्राद्धीयप्रेतपक्षस्य मुख्यभूतं च यन्नृप । य इच्छेत्कन्यकां श्रेष्ठां सुशीलां रूपसंयु ताम् । द्वितीयादिवसे तेन श्राद्धं कार्यं महीपते

Ô Roi, dans les rites de Śrāddha du quinzain des Pitṛ (Pretapakṣa), ceci est tenu pour une observance majeure : qui désire une jeune fille excellente, vertueuse et belle, doit accomplir le Śrāddha le deuxième jour, ô seigneur de la terre.

Verse 4

यो वांछति नरोऽश्वांश्च वायुवेगसमाञ्जवे । तृतीयादिवसे श्राद्धं तेन कार्यं विपश्चिता

Les sages déclarent : l’homme qui désire des chevaux rapides comme le vent doit accomplir le Śrāddha le troisième jour (de Pretapakṣa).

Verse 5

यो वांछति पशून्मुख्यान्कुप्याकुप्यधनानि च । चतुर्थ्यां तेन कर्तव्यं श्राद्धं पितृप्रतुष्टये

Quiconque désire un bétail d’élite et des richesses en biens précieux, durables comme périssables, doit accomplir le Śrāddha le quatrième jour, pour la pleine satisfaction des ancêtres.

Verse 6

पुत्रान्वांछति योऽभीष्टान्सुशीलान्वंशमंडनान् । पञ्चम्यां तेन कर्तव्यं सदा श्राद्धं नराधिप

Ô souverain des hommes, celui qui désire des fils chéris, vertueux et parure de la lignée doit accomplir sans cesse le Śrāddha au cinquième jour (du Pretapakṣa).

Verse 7

यः श्राद्धं वंशजैर्दत्तं परलोकगतो नृप । वांछते तेन कर्तव्यं षष्ठ्यां श्राद्धं विपश्चिता

Ô Roi, celui qui, parti pour l’autre monde, aspire au Śrāddha offert par ses descendants : pour lui, les sages doivent accomplir le Śrāddha au sixième jour (du Pretapakṣa).

Verse 8

कृषिसिद्धिं य इच्छेत ग्रैष्मिकीं शारदीमपि । सप्तम्यां युज्यते तस्य श्राद्धं कर्तुं न संशयः

Quiconque souhaite la réussite dans l’agriculture—pour les cultures d’été comme pour la récolte d’automne—doit accomplir le Śrāddha au septième jour ; il n’y a là aucun doute.

Verse 9

य इच्छेत्पण्यसंसिद्धिं व्यवहारसमुद्भवाम् । अष्टम्यां युज्यते श्राद्धं तस्य कर्तुं नराधिप

Ô seigneur des hommes, celui qui désire la réussite dans le négoce et les gains issus du commerce doit accomplir le Śrāddha au huitième jour (du Pretapakṣa).

Verse 10

नवम्यां श्राद्धकृन्नाना चतुष्पदगणाल्लंभेत् । सौभाग्यं रोगनाशं च तथा वल्लभसंगमम्

En accomplissant le Śrāddha au neuvième jour, on obtient de nombreuses sortes d’animaux à quatre pattes ; on reçoit aussi la bonne fortune, la destruction des maladies et les retrouvailles avec l’être aimé.

Verse 11

दशमीदिवसे श्राद्धं यः करोति समाहितः । तस्य स्याद्वांछिता सिद्धिः सर्वकृत्येषु सर्वदा

Celui qui, l’esprit recueilli, accomplit le Śrāddha le dixième jour obtient l’accomplissement de ses vœux en toutes entreprises, en tout temps.

Verse 12

एकादश्यां धनं धान्यं श्राद्धकर्ता लभेन्नरः । तथा भूपप्रसादं च यच्चान्यन्मनसि स्थितम्

Le onzième jour, l’officiant du Śrāddha obtient richesse et grains; il reçoit aussi la faveur du roi, ainsi que tout autre souhait demeurant en son esprit.

Verse 13

यः करोति च द्वादश्यां श्राद्धं श्रद्धासमन्वितः । पुत्रांस्तु प्रवरांश्चैव स पशून्वांछिताल्लंभेत्

Celui qui accomplit le Śrāddha en Dvādaśī (le douzième jour lunaire) avec une foi sincère obtient des fils éminents, ainsi que le bétail et la prospérité désirés.

Verse 14

यो वांछति नरो मुक्तिं पितृभिः सह चात्मनः । असंतानश्च यस्तस्य श्राद्धे प्रोक्ता त्रयोदशी

Pour l’homme qui recherche la délivrance (mokṣa) pour lui-même avec ses ancêtres, et qui est sans descendance, le Trayodaśī (treizième jour lunaire) est prescrit pour son Śrāddha.

Verse 15

संतानकामो यः कुर्यात्तस्य वंशक्षयो भवेत् । न संतानविवृद्धयै च तस्य प्रोक्ता त्रयोदशी

Si celui qui désire une descendance accomplissait le Śrāddha de Trayodaśī, sa lignée déclinerait. Ainsi, pour l’accroissement des enfants, Trayodaśī ne lui est pas prescrit.

Verse 16

श्राद्धकर्मणि राजेंद्र श्रुतिरेषा पुरातनी । अपि नः स कुले भूयाद्यो नो दद्यात्त्रयोदशीम्

Ô roi, en matière de śrāddha, voici une règle très ancienne : que ne naisse même pas dans notre lignée celui qui ne nous offrirait pas l’observance de la Trayodaśī.

Verse 17

पायसं मधुसर्पिर्भ्यां वर्षासु च मघासु च । मघात्रयोदशीयोगे पायसेन यजेत्पितॄन्

Avec du pāyasa (riz au lait sacré) préparé avec miel et ghee—surtout durant la saison des pluies et sous la nakṣatra Maghā—lorsque Maghā coïncide avec la Trayodaśī, qu’on vénère les ancêtres au moyen du pāyasa.

Verse 18

पितरस्तस्य नेच्छंति तद्वर्षं श्राद्धसत्क्रियाम् । पुण्यातिशयभीतेन पिंडदानं निराकृतम्

Ses ancêtres n’acceptent pas l’observance du śrāddha pour cette année-là ; craignant un surcroît excessif de mérite (puṇya), l’offrande des piṇḍa est refusée.

Verse 19

शक्रेण तद्दिने पुत्रमरणं दर्शितं भयम् । येषां च शस्त्रमृत्युः स्यादपमृत्युरथापि वा

En ce jour-là, Indra (Śakra) révéla le péril redoutable de la mort d’un fils ; et pour certains il peut y avoir mort par les armes, voire une mort prématurée (apamṛtyu).

Verse 20

उपसर्गमृतानां च विषमृत्युमुपेयुषाम् । वह्निना तु प्रदग्धानां जलमृत्यु मुपेयुषाम्

Et pour ceux qui sont morts d’épidémies, ou qui ont trouvé la mort par le poison ; pour ceux que le feu a consumés, et pour ceux qui ont péri dans l’eau—(une attention particulière est sous-entendue dans le cadre du śrāddha).

Verse 21

सर्पव्यालहतानां च शृंगैरुद्बन्धनैरपि । एकोद्दिष्टं प्रकर्तव्यं चतुर्दश्यां नराधिप

Pour ceux qui furent tués par des serpents ou des bêtes sauvages, et aussi pour ceux qui périrent par des coups de cornes ou par pendaison, il convient d’accomplir l’ekoddiṣṭa-śrāddha au jour de Caturdaśī (quatorzième jour lunaire), ô roi.

Verse 22

तेषां तस्मिन्कृते तृप्तिस्ततस्तत्पक्षजा भवेत्

Lorsque cela est accompli, la satisfaction (tṛpti) naît pour eux, et le mérite correspondant s’obtient dans cette même quinzaine (pakṣa).

Verse 23

सर्वे कामाः पुरः प्रोक्ता युष्माकं ये मया नृप । अमावास्यादिने श्राद्धात्तानाप्नोति न संश यः

Ô roi, tous les buts désirés que je t’ai auparavant exposés sont assurément atteints en accomplissant le Śrāddha au jour d’Amāvāsyā (nouvelle lune) ; il n’y a là aucun doute.

Verse 24

एतत्ते सर्वमाख्यातं काम्यश्राद्धफलं नृप । यच्छ्रुत्वा वांछितान्कामान्सर्वानाप्नोति मानवः

Ô roi, je t’ai pleinement exposé le fruit du kāmya-śrāddha, le Śrāddha qui exauce les désirs ; quiconque l’entend obtient tous les vœux qu’il recherche.

Verse 219

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये श्राद्धकल्पे काम्यश्राद्धवर्णनंनामैकोनविंशोत्तरद्विशततमोऽ ध्यायः

Ainsi s’achève, dans le Śrī Skanda Mahāpurāṇa—au sein du recueil de quatre-vingt-un mille vers—dans la sixième division, le Nāgara-khaṇḍa, dans le Hāṭakeśvara-kṣetra-māhātmya, dans la section du Śrāddha-kalpa, le chapitre intitulé «Description du Śrāddha qui exauce les désirs (kāmya-śrāddha)», constituant le Chapitre 219.