Adhyaya 40
Brahma KhandaSetubandha MahatmyaAdhyaya 40

Adhyaya 40

Le chapitre s’ouvre sur Sūta s’adressant aux sages et annonçant la grandeur libératrice (muktida) et la puissance d’anéantir le péché des traditions de Gāyatrī et de Sarasvatī, surtout pour ceux qui écoutent et récitent. Il est affirmé que se baigner avec joie dans les tīrtha de Gāyatrī et de Sarasvatī empêche le retour à la naissance, figuré par la « demeure dans le ventre » (garbhavāsa), et conduit assurément à la délivrance. Les sages demandent pourquoi Gāyatrī et Sarasvatī résident à Gandhamādana. Sūta rapporte une légende d’origine : Prajāpati/Brahmā s’éprend de sa fille Vāk ; elle prend la forme d’une biche et Brahmā la poursuit. Les dieux condamnent cet acte interdit. Śiva, sous l’apparence d’un chasseur, frappe Brahmā ; du corps atteint jaillit une grande lumière qui devient la constellation Mṛgaśīrṣa, et Śiva est décrit comme la poursuivant dans un symbolisme astral. Après la chute de Brahmā, Gāyatrī et Sarasvatī, affligées et désirant le rétablissement de leur époux, accomplissent une tapas rigoureuse à Gandhamādana : jeûne, maîtrise des passions, méditation sur Śiva et japa du mantra pañcākṣara. Pour leurs ablutions, elles créent deux tīrtha/kuṇḍa portant leurs noms et pratiquent le bain tri-savana. Satisfait, Śiva apparaît avec Pārvatī et les divinités qui l’accompagnent ; elles le louent par un stotra célébrant sa protection et sa capacité à dissiper les ténèbres. Śiva accorde la grâce : il reconstitue Brahmā en apportant des têtes et en les joignant au corps, restaurant le Créateur aux quatre visages. Brahmā avoue sa faute et demande d’être protégé de toute récidive ; Śiva l’exhorte à ne plus être négligent. Il proclame ensuite la puissance salvatrice durable des deux kuṇḍa : s’y baigner procure purification, effacement des grands péchés, paix et accomplissement des buts, même pour ceux qui manquent d’étude védique ou de rites quotidiens. Le chapitre se clôt par une phalaśruti : écouter ou réciter cet adhyāya avec dévotion donne le fruit d’un bain dans les deux tīrtha.

Shlokas

Verse 1

।श्रीसूत उवाच । अथातः संप्रवक्ष्यामि मुनयो लोकपावनम् । गायत्र्या च सरस्वत्या माहात्म्यं मुक्तिदं नृणाम्

Śrī Sūta dit : Maintenant, ô sages, j’exposerai ce qui purifie les mondes : la grandeur de Gāyatrī et de Sarasvatī, qui accorde la délivrance (mokṣa) aux humains.

Verse 2

शृण्वतां पठतां चैव महापातकनाशनम् । महापुण्यप्रदं पुंसा नरकक्लेशनाशनम्

Pour ceux qui l’écoutent et pour ceux qui le récitent, ce récit détruit les grands péchés ; il confère un immense mérite (puṇya) aux hommes et dissipe les tourments de l’enfer.

Verse 3

गायत्र्यां च सरस्वत्यां ये स्नांति मनुजा मुदा । न तेषां गर्भवासः स्यात्किं तु मुक्तिर्भवेद्ध्रुवम्

Ceux qui, dans la joie, se baignent aux tīrtha de Gāyatrī et de Sarasvatī ne connaîtront plus la demeure du sein maternel ; au contraire, la délivrance (mokṣa) leur échoira à coup sûr.

Verse 4

सरस्वत्याश्च गायत्र्या गन्धमादनपर्वते । ब्रह्मपत्न्योः सन्निधानात्तन्नाम्ना कथिते इमे

Sur le mont Gandhamādana, en raison de la présence de Sarasvatī et de Gāyatrī —épouses de Brahmā— ces lieux sacrés sont désignés et célébrés par leurs noms.

Verse 5

ऋषय ऊचुः । गायत्र्याश्च सरस्वत्या गन्धमादनपर्वते । किमर्थं संनिधानं वै सूताभूत्तद्वदस्व नः

Les sages dirent : « Ô Sūta, pour quelle raison Gāyatrī et Sarasvatī vinrent-elles demeurer sur le mont Gandhamādana ? Dis-le-nous. »

Verse 6

सूत उवाच । प्रजापतिः पुरा विप्राः स्वां वै दुहितरं मुदा । वाङ्नाम्नीं कामुको भूत्वा स्पृहयामास मोहनः

Sūta dit : «Autrefois, ô brāhmanes, Prajāpati—égaré—fut saisi de désir et convoita sa propre fille, nommée Vāk.»

Verse 7

अथ प्रजापतेः पुत्री स्वस्मिन्वै तस्य कामिताम् । विलोक्य लज्जिता भूत्वा रोहिद्रूप दधार सा

Alors la fille de Prajāpati, voyant son désir tourné vers elle, fut saisie de honte et prit la forme d’une biche (Rohiṇī).

Verse 8

ब्रह्मापि हरिणो भूत्वा तया रन्तुमनास्तदा । गच्छतीमनुयातिस्म हरिणीरूपधारिणीम्

Alors Brahmā aussi devint un cerf, l’esprit porté au jeu avec elle, et la suivit tandis qu’elle s’en allait—elle qui avait pris la forme d’une biche.

Verse 9

तं दृष्ट्वा देवताः सर्वाः पुत्रीगमनसादरम् । करोत्यकार्यं ब्रह्मायं पुत्रीगमनलक्षणम्

Le voyant si empressé à poursuivre sa fille, tous les dieux dirent : «Ce Brahmā accomplit ce qui ne doit pas être, marqué qu’il est par la poursuite de sa propre fille.»

Verse 10

इति निन्दंति तं विप्राः स्रष्टारं जगतां पतिम् । निषिद्धकृत्यनिरतं तं दृष्ट्वा परमेष्ठिनम्

Ainsi, ô brāhmanes, ils le blâmèrent—bien qu’il soit le Créateur, le Seigneur des mondes—lorsqu’ils virent que Parameṣṭhin s’absorbait dans un acte défendu.

Verse 11

हरः पिनाकमादाय व्याधरूपधरः प्रभुः । आकर्णपूर्ण कृष्टेन पिनाकधनुषा शरम्

Le Seigneur Hara, saisissant le Pināka et prenant l’apparence d’un chasseur, banda une flèche sur l’arc Pināka, tiré jusqu’à la pleine portée de l’oreille.

Verse 12

संयोज्य वेधसं तेन विव्याध निशितेन सः । त्रिपुरांतक बाणेन विद्धोऽसौ न्यपतद्भुवि

L’ayant ainsi visé, il transperça Vedhas (Brahmā) d’un trait aigu; frappé par la flèche de Śiva Tripurāntaka, il tomba sur la terre.

Verse 13

तस्य देहादथोत्थाय महज्ज्योतिर्महाप्रभम् । आकाशे मृगशीर्षाख्यं नक्षत्रमभवत्तदा

Alors, s’élevant de son corps, une grande lumière d’éclat puissant devint dans le ciel la constellation nommée Mṛgaśīrṣa.

Verse 14

आर्द्रानक्षत्ररूपी सन्हरोऽप्यनुजगाम तम् । पीडयन्मृगशीर्षाख्यं नक्षत्रं ब्रह्मरूपिणम्

Hara (Śiva) aussi, prenant la forme de la constellation Ārdrā, le poursuivit, tourmentant la constellation Mṛgaśīrṣa qui portait la forme de Brahmā.

Verse 15

अधुनापि मृगव्याधरूपेण त्रिपुरांतकः । अंबरे दृश्यते स्पष्टं मृगशीर्षांतिके द्विजाः

Même aujourd’hui, ô deux-fois-nés, Tripurāntaka se voit clairement dans le ciel sous la forme du chasseur, près de (l’astre) Mṛgaśīrṣa.

Verse 16

एवं विनिहते तस्मिञ्च्छंभुना परमेष्ठिनि । अनंतरं तु गायत्रीसरस्वत्यौ शुचार्पिते

Ainsi, lorsque Śambhu (Śiva) eut terrassé Parameṣṭhin (Brahmā), aussitôt Gāyatrī et Sarasvatī, accablées de chagrin, tournèrent leur esprit vers ce qu’il convenait d’accomplir.

Verse 17

भर्तृहीने मुनिश्रेष्ठा भर्तृजीवनकांक्षया । किं करिष्यावहे ह्यावामित्यन्योयं विचार्य तु

Ô le meilleur des sages, privées de leur époux et désirant le retour de sa vie, elles se concertèrent l’une avec l’autre : «Que ferons-nous donc ?»

Verse 18

स्वपतिप्राणसिद्ध्यर्थं गायत्री च सरस्वती । सर्वोत्कृष्टं शिवस्थानं गन्धमादनपर्वतम्

Afin d’obtenir le retour du souffle de leur époux, Gāyatrī et Sarasvatī choisirent le mont Gandhamādana, demeure suprême de Śiva.

Verse 19

सर्वाभीष्टप्रदं पुंसां तपः कर्तुं समुद्यते । जग्मतुर्नियमोपेतं तपः कर्तुं शिवं प्रति

Afin d’accomplir l’ascèse qui accorde aux hommes tous les vœux désirés, elles se mirent en route ; et, munies de règles et d’observances, elles allèrent pratiquer le tapas tourné vers Śiva.

Verse 20

स्नानार्थमात्मनो विप्रा गायत्री च सरस्वती । तीर्थद्वयं स्वनाम्ना वै चक्रतुः पापनाशनम्

Pour leur propre bain, ô brāhmaṇas, Gāyatrī et Sarasvatī établirent deux tīrthas portant leurs noms, chacun anéantissant le péché.

Verse 21

तत्र त्रिषवणस्नानं प्रत्यहं चक्रतुर्मुदा । बहुकालमनाहारे कामक्रोधादिवर्जिते

Là, dans la joie, ils accomplirent chaque jour le bain rituel aux trois moments sacrés; et longtemps ils demeurèrent à jeun, affranchis du désir, de la colère et des autres passions.

Verse 22

अत्युग्रनियमो पेते शिवध्यानपरायणे । पंचाक्षरमहामन्त्रजपैकनियते शुभे

Elle entreprit une observance des plus austères, tout entière vouée à la méditation sur Śiva, gardant l’unique vœu propice de réciter le grand mantra aux cinq syllabes.

Verse 23

स्वपतेर्जीवनार्थं वै गायत्री च सरस्वती । महादेवं समुद्दिश्य तप एवं प्रचक्रतुः

Pour la vie de leur seigneur, Gāyatrī et Sarasvatī accomplirent ainsi des austérités, orientant leur pénitence vers Mahādeva.

Verse 24

तयोरथ तपस्तुष्टो महादेवो महेश्वरः । सन्निधत्ते महामूर्तिस्तपसां फलदित्सया

Alors Mahādeva, Maheśvara, satisfait de leurs austérités, manifesta sa grande forme, désireux d’accorder les fruits de leur pénitence.

Verse 25

ततः सन्निहितं शंभुं पार्वतीरमणं शिवम् । गणेशकार्त्तिकेयाभ्यां पार्श्वयोः परिसेवितम

Alors ils virent Śambhu—Śiva, l’aimé de Pārvatī—présent devant eux, servi de part et d’autre par Gaṇeśa et Kārttikeya.

Verse 26

दृष्ट्वा संतुष्टचित्ते ते गायत्री च सरस्वती । स्तोत्रैस्तुष्टुवतुः स्तुत्यं महादेवं घृणा निधिम्

L’ayant contemplé, Gāyatrī et Sarasvatī furent comblées de joie; et par des hymnes elles louèrent Mahādeva, digne de louange, trésor de compassion.

Verse 27

गायत्रीसरस्वत्यावूचतुः । नमो दुर्वारसंसारध्वांतध्वंसैकहेतवे । ज्वलज्ज्वालावलीभीमकालकूटविषादिने

Gāyatrī et Sarasvatī dirent : Hommage à Toi, unique cause qui dissipe l’impénétrable ténèbre du saṃsāra ! Hommage à Toi qui consumes le redoutable poison Kālakūṭa, terrible par ses flots de flammes ardentes !

Verse 28

जगन्मोहन पंचास्त्रदेहनाथैकहेतवे । जगदंतकरक्रूर यमांतक नमोऽस्तु ते

Hommage à Toi, cause souveraine et unique du Seigneur du corps aux cinq armes, l’Enchanteur des mondes ; ô Yamāntaka, terrible pour le cruel artisan de la fin du monde, hommage à Toi.

Verse 29

गंगातरंगसंपृक्तजटामण्डलधारिणे । नमस्तेस्तु विरूपाक्ष बाल शीतांशुधारिणे

Hommage à Toi qui portes la couronne de mèches emmêlées mêlées aux vagues du Gaṅgā ; hommage à Toi, ô Virūpākṣa, qui portes la jeune lune.

Verse 30

पिनाकभीमटंकारत्रासितत्रिपुरौकसे । नमस्ते विविधाकारजगत्स्रष्टृशिरश्छिदे

Hommage à Toi dont le terrible fracas de l’arc Pināka épouvanta les habitants de Tripura ; hommage à Toi, aux formes multiples, qui tranchas la tête du créateur du monde.

Verse 31

शांतामलकृपादृष्टिसंरक्षितमृ कण्डुज । नमस्ते गिरिजानाथ रक्षावां शरणागते

Ô protecteur du fils de Mṛkaṇḍu, gardé sauf par Ton regard de compassion, paisible et sans tache—hommage à Toi, Seigneur de Girijā ; sois le gardien de celui qui vient à Toi en refuge.

Verse 32

महादेव जगन्नाथ त्रिपुरांतक शंकर । वामदेव महादेव रक्षावां शरणागते

Ô Mahādeva, Seigneur de l’univers ; ô Tripurāntaka, ô Śaṅkara, ô Vāmadeva ! Ô grand Seigneur, protège-nous : nous sommes venus à Toi en quête de refuge.

Verse 33

इति ताभ्यां स्तुतः शम्भुर्देवदेवो महेश्वरः । अब्रवीत्प्रीतिसंयुक्तो गायत्रीं च सरस्वतीम्

Ainsi loué par ces deux, Śambhu—Dieu des dieux, Maheśvara—rempli d’allégresse, s’adressa à Gāyatrī et à Sarasvatī.

Verse 34

महादेव उवाच । भोः सरस्वति गायत्रि प्रीतोऽस्मि युवयोरहम् । वरं वरयतं मत्तो यद्वा मनसि वर्तते

Mahādeva dit : « Ô Sarasvatī, ô Gāyatrī, je suis satisfait de vous deux. Demandez-Moi une grâce, tout désir qui demeure en vos cœurs. »

Verse 35

इत्युक्ते ते तु गायत्रीसरस्वत्यौ हरेण वै । अब्रूतां पार्वतीकांतं महादेवं घृणानिधिम्

Lorsqu’il eut ainsi parlé, Gāyatrī et Sarasvatī répondirent à Hara, à Mahādeva, bien-aimé de Pārvatī, trésor même de compassion.

Verse 36

गायत्रीसरस्वत्यावूचतुः । भगन्नावयोर्देव भर्त्तारं चतुराननम् । सप्राणं कुरु सर्वेश कृपया करुणाकर

Gāyatrī et Sarasvatī dirent : «Ô Seigneur bienheureux, ô Deva, rends la vie à notre époux, Brahmā aux quatre visages. Ô Maître de tout, par ta grâce, ô source de compassion !»

Verse 37

त्वमावयोः पिता देव तवाप्यावां सुते उभे । रक्षावां पतिदानेन तस्मात्त्वं त्रिपुरांतक

«Tu es notre père, ô Deva, et nous sommes toutes deux tes filles. Ainsi, ô Tripurāntaka, protège-nous en nous rendant notre époux.»

Verse 38

स एवं प्रार्थितः शम्भुस्ताभ्यां ब्राह्मणपुंगवाः । एवमस्त्विति संप्रोच्य गायत्रीं च सरस्वतीम्

Ainsi imploré par ces deux, Śambhu—le plus éminent de ceux qu’honorent les rites brahmaniques—répondit à Gāyatrī et Sarasvatī : «Qu’il en soit ainsi.»

Verse 39

तदेव वेधसः कायं शिरसा योक्तुमुत्सुकः । तत्रैव वेधसः कायं शिरोभिः सहसुव्रताः

Désireux de réunir ce même corps de Vedhas (Brahmā) à une tête, là même fut rassemblé le corps de Vedhas avec les têtes, ô êtres vertueux.

Verse 40

भूतैरानाययामास नंदिभृंगिमुखैस्तदा । शिरांसि तान्यनेकानि कायेन सह शंकरः

Alors Śaṅkara fit apporter, par ses bhūtas—Nandin, Bhṛṅgi et d’autres—de nombreuses têtes, avec le corps.

Verse 41

क्षणात्संधारयामास वाणीगायत्रिसंनिधौ । संधितोऽथ हरेणासौ चतुर्वक्त्रो जगत्पतिः

En un instant, en présence de Vāṇī (Sarasvatī) et de Gāyatrī, il les ajusta. Puis, réuni par Hara, ce Seigneur du monde aux quatre visages (Brahmā) fut rétabli.

Verse 42

उत्तस्थौ तत्क्षणादेव सुप्तोत्थित इव द्विजाः । ततः प्रजापतिर्दृष्ट्वा शंकरं शशिभूषणम् । तुष्टाव वाग्भिरग्र्याभिर्भार्याभ्यां च समन्वितः

À l’instant même, le brahmane Brahmā se releva, tel un homme tiré du sommeil. Puis Prajāpati, voyant Śaṅkara, paré de la lune, le loua par des paroles excellentes, accompagné de ses deux épouses.

Verse 43

ब्रह्मोवाच । नमस्ते देवदेवेश करुणाकर शंकर

Brahmā dit : Hommage à toi, Seigneur des dieux, ô Śaṅkara, réservoir de compassion !

Verse 44

पाहि मां करुणासिंधो निषिद्धाचरणात्प्रभो । मम त्वत्कृपया शंभो निषिद्धाचरणे क्वचित्

Protège-moi, ô Seigneur, océan de compassion, de toute conduite interdite. Ô Śambhu, par ta grâce, que jamais, en aucun temps, je ne tombe dans l’acte proscrit.

Verse 45

मा प्रवृत्तिर्भवेद्भूयो रक्ष मां त्वं तथा सदा । तथैवास्त्विति संप्राह ब्रह्माणं गिरिजापतिः

«Que pareille inclination ne renaisse plus ; protège-moi toujours ainsi.» Ainsi parla Brahmā. Le Seigneur de Girijā (Śiva) répondit : «Qu’il en soit ainsi.»

Verse 46

इतः परं प्रमादं त्वं मा कुरुष्व विधे पुनः । उत्पथं प्रतिपन्नानां पुंसां शास्तास्मि सर्वदा

Désormais, ô Ordonnateur (Brahmā), ne retombe plus dans la négligence. Pour les hommes engagés sur la voie dévoyée, je suis à jamais le châtieur et le guide.

Verse 47

एवमुक्त्वा चतुर्वक्त्रं महादेवो द्विजोत्तमाः । सरस्वतीं च गायत्रीं प्रोवाच प्रीणयन्गिरा

Après avoir ainsi parlé à Brahmā aux quatre visages, Mahādeva, ô meilleur des deux-fois-nés, s’adressa à Sarasvatī et à Gāyatrī, les réjouissant par ses paroles.

Verse 48

महादेव उवाच । युवयोर्मत्प्रसादेन हे गायत्रि सरस्वति । अयं भर्ता समायातः सप्राणश्चतुराननः

Mahādeva dit : Ô Gāyatrī et Sarasvatī, par ma grâce, votre époux, le Quatre-Visages, est revenu ici vivant.

Verse 49

सहानेन ब्रह्मलोकं यातं मा भूद्विलंबता । युवयोः संनिधानेन सदा कुंडद्वयेऽत्र वै

Allez avec lui à Brahmaloka : qu’il n’y ait point de retard. Et par votre présence, en vérité, dans ces deux bassins sacrés d’ici, demeurez à jamais.

Verse 50

भविष्यति नृणां मुक्तिः स्नानात्सायुज्यरूपिणी । युष्मन्नाम्ना च गायत्रीसर स्वत्याविति द्वयम्

Pour les hommes, la délivrance naîtra du bain : une délivrance de la nature du sāyujya, l’union. Et ces deux (bassins) porteront vos noms : « Gāyatrī » et « Sarasvatī ».

Verse 51

इदं तीर्थं सर्वलोके ख्यातिं यास्यति शाश्वतीम् । सर्वेषामपि तीर्थानामिदं तीर्थद्वयं सदा

Ce gué sacré acquerra une renommée impérissable dans tous les mondes. En vérité, parmi tous les tīrthas, cette paire de tīrthas demeurera à jamais prééminente.

Verse 52

शुद्धिप्रदं तथा भूयान्महापातकनाशनम् । महाशांतिकरं पुंसां सर्वाभीष्टप्रदायकम्

Il confère une purification parfaite et détruit même les fautes les plus lourdes. Il accorde une grande paix aux êtres humains et exauce tous les vœux chéris.

Verse 53

मम प्रसादजननं विष्णुप्रीतिकरं तथा । एतत्तीर्थद्वयसमं न भूतं न भविष्यति

Il fait naître ma grâce et, de même, réjouit Viṣṇu. Rien d’égal à cette paire de tīrthas sacrés n’a existé jadis, ni n’existera à l’avenir.

Verse 54

अत्र स्नानाद्धि सर्वेषां सर्वाभीष्टं भविष्यति । इदं कुंडद्वयं लोके भवतीभ्यां कृतं महत्

En vérité, en se baignant ici, tous obtiendront tout ce qu’ils désirent. Cette grande paire de bassins sacrés dans le monde a été établie par vous deux (déesses).

Verse 55

युष्मन्नाम्ना प्रसिद्धं च भविष्यति विमुक्तिदम् । गायत्र्युपास्तिरहिता वेदाभ्यासविवर्जिताः

Il deviendra célèbre par vos noms et accordera la délivrance. Même ceux qui sont dépourvus du culte de Gāyatrī et privés de l’étude des Vedas—

Verse 56

औपासनविहीनाश्च पंचयज्ञविवर्जिताः । युष्मत्कुंडद्वये स्नानात्तत्त त्फलमवाप्नुयुः

Et ceux qui sont privés de l’aupāsana quotidien, ainsi que ceux qui ont délaissé les cinq grands yajñas : en se baignant dans votre paire de bassins sacrés, ils obtiendront les fruits propres aux rites négligés.

Verse 57

अन्ये च ये पातकिनो नित्यानुष्ठानवर्जिताः । स्नात्वा कुंडद्वये तत्र शुद्धाः स्युर्द्विजसत्तमाः

Et d’autres pécheurs encore, qui ont renoncé à leurs observances quotidiennes : s’étant baignés là dans la paire de bassins, ils deviennent purs, ô meilleur des deux-fois-nés.

Verse 58

सरस्वतीं च गाय त्रीमेवमुक्त्वा महेश्वरः । क्षणादंतरधात्तत्र सर्वेषामेव पश्यताम्

Après avoir ainsi adressé la parole à Sarasvatī et à Gāyatrī, Maheśvara s’évanouit là en un instant, sous les yeux mêmes de tous.

Verse 59

पतिं लब्ध्वाऽथ गायत्रीसरस्वत्यौ मुदान्विते । तेन साकं ब्रह्मलोकं जग्म तुर्द्विजसत्तमाः

Alors Gāyatrī et Sarasvatī, remplies de joie d’avoir obtenu un époux, partirent avec lui vers le Brahmaloka, ô meilleur des deux-fois-nés.

Verse 60

श्रीसूत उवाच । एवं वः कथितं विप्रा गंधमादनपर्वते । संनिधानं सरस्वत्या गायत्र्याश्च सहेतुकम्

Śrī Sūta dit : Ainsi, ô brāhmaṇas, vous ai-je exposé—sur le mont Gandhamādana—le récit fondé de la présence sacrée de Sarasvatī et de Gāyatrī.

Verse 61

यः शृणोतीममध्यायं पठते वा सभक्तिकम् । एतत्तीर्थद्वयस्नानफलमाप्नोत्यसंशयः

Quiconque écoute ce chapitre, ou le récite avec dévotion, obtient sans aucun doute le mérite du bain dans cette paire de tīrthas sacrés.