Adhyaya 23
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 23

Adhyaya 23

Mārkaṇḍeya enseigne à un roi la valeur salvatrice de mourir avec bhakti au sangama (confluence sacrée) et, plus largement, l’exceptionnelle puissance purificatrice des eaux de Revā (Narmadā). Le chapitre présente des fruits gradués : celui qui abandonne la vie au sangama avec une dévotion suprême atteint la destinée la plus haute ; la mort d’un renonçant, ayant rejeté toute intention, mène à séjourner dans les mondes célestes après s’être approché d’Amareśvara ; et celui qui quitte son corps à Śailendra s’élève dans un vimāna couleur de soleil vers Amarāvatī, au milieu d’images célestes où les apsarās célèbrent le dévot tombé. Vient ensuite le classement des eaux : si des autorités savantes disent Sarasvatī et Gaṅgā égales, les connaisseurs placent l’eau de Revā au-dessus d’elles et déconseillent toute controverse sur sa supériorité. La région de Revā est décrite comme peuplée de vidyādharas et d’êtres semblables aux kinnaras ; celui qui, par respect, porte l’eau de Revā sur la tête se rapproche du domaine d’Indra. Une exhortation éthique suit : servir Narmadā sans relâche est recommandé à qui ne veut plus revoir l’océan terrifiant du saṃsāra ; la rivière purifie les trois mondes, et même mourir n’importe où dans sa sphère confère une destinée de gaṇeśvarī (assistante divine). Le texte affirme encore que la rive est densément entourée de lieux de yajña, et que même les pécheurs qui y meurent atteignent le ciel. Enfin, Kapilā et Viśalyā sont nommées comme d’anciennes créations d’Īśvara pour le bien universel ; il est prescrit de se baigner avec jeûne et maîtrise des sens, promettant un fruit comparable à l’Aśvamedha. L’observance anāśaka (sans faim) en ce tīrtha efface tous les péchés et conduit à la demeure de Śiva ; et un seul bain au Viśalyā-sangama équivaut au mérite de se baigner et de faire des dons sur toute la terre jusqu’à l’océan.

Shlokas

Verse 1

मार्कण्डेय उवाच । तत्रैव सङ्गमे राजन्भक्त्या परमया नृप । प्राणांस्त्यजन्ति ये मर्त्यास्ते यान्ति परमां गतिम्

Mārkaṇḍeya dit : Ô roi, ô souverain, les mortels qui, en cette même confluence, avec une dévotion suprême, abandonnent leur souffle vital, atteignent l’état suprême.

Verse 2

संन्यस्तसर्वसंकल्पो यस्तु प्राणान्परित्यजेत् । अमरेश्वरमासाद्य स स्वर्गे नियतं वसेत्

Mais celui qui a renoncé à toutes les intentions et qui, parvenu à Amareśvara, abandonne le souffle vital, demeurera assurément au ciel.

Verse 3

शैलेन्द्रं यः समासाद्य आत्मानं मुञ्चते नरः । विमानेनार्कवर्णेन स गच्छेदमरावतीम्

L’homme qui parvient à Śailendra puis abandonne son corps est emporté dans un char céleste couleur de soleil et se rend à Amarāvatī.

Verse 4

नरं पतन्तमालोक्य नगादमरकण्टकात् । ब्रुवन्त्यप्सरसः सर्वा मम भर्ता भवेदिति

Voyant un homme tomber de la montagne appelée Amara-kaṇṭaka, toutes les Apsaras s’écrient : «Qu’il devienne mon époux !»

Verse 5

समं जलं धर्मविदो वदन्ति सारस्वतं गाङ्गमिति प्रबुद्धाः । तस्योपरिष्टात्प्रवदन्ति तज्ज्ञा रेवाजलं नात्र विचारणास्ति

Les connaisseurs du dharma disent que les eaux de Sarasvatī et de Gaṅgā sont égales ; mais les sages vraiment discernants proclament que l’eau de Revā (Narmadā) leur est supérieure — là-dessus, point de doute.

Verse 6

अनेकविद्याधरकिन्नराद्यैरध्यासितं पुण्यतमाधिवासैः । रेवाजलं धारयतो हि मूर्ध्ना स्थानं सुरेन्द्राधिपतेः समीपे

Ce lieu, demeure très sainte, est fréquenté par les Vidyādharas, les Kinnaras et d’autres êtres célestes ; car celui qui porte sur sa tête l’eau de la Revā obtient une place auprès du souverain des dieux, Indra.

Verse 7

नर्मदा सर्वदा सेव्या बहुनोक्तेन किं नृप । यदीच्छेन्न पुनर्द्रष्टुं घोरं संसारसागरम्

Narmadā doit être servie et vénérée en tout temps ; à quoi bon tant de paroles, ô roi ? Si l’on souhaite ne plus jamais revoir l’effroyable océan du saṃsāra.

Verse 8

त्रयाणामपि लोकानां महती पावनी स्मृता । यत्र तत्र मृतस्यापि ध्रुवं गाणेश्वरी गतिः

On se souvient d’elle comme d’une grande purificatrice des trois mondes ; et où que l’on meure (dans le rayonnement de sa sainteté), la destinée de Gaṇeśvara est certaine : l’accès parmi les Gaṇas de Śiva.

Verse 9

अनेकयज्ञायतनैर्वृताङ्गी न ह्यत्र किंचिद्यदतीर्थमस्ति । तस्यास्तु तीरे भवता यदुक्तं तपस्विनो वाप्यतपस्विनो वा

Entourée de nombreux lieux de sacrifice, il n’est ici aucun endroit qui ne soit un tīrtha. Ainsi, ce que tu as dit de sa rive—pour les ascètes comme pour ceux qui ne le sont pas—est véridique.

Verse 10

म्रियन्ति ये पापकृतो मनुष्यास्ते स्वर्गमायान्ति यथाऽमरेन्द्राः

Même les hommes qui ont commis des fautes—s’ils meurent (là, dans la sphère de ce tīrtha)—parviennent au ciel, tels des seigneurs parmi les immortels.

Verse 11

एवं तु कपिला चैव विशल्या राजसत्तम । ईश्वरेण पुरा सृष्टा लोकानां हितकाम्यया

Ainsi, ô le meilleur des rois, Kapilā et Viśalyā furent jadis créées par le Seigneur, par désir d’assurer le bien des mondes.

Verse 12

तत्र स्नात्वा नरो राजन्सोपवासो जितेन्द्रियः । अश्वमेधस्य महतोऽसंशयं फलमाप्नुयात्

Ô Roi, l’homme qui s’y baigne, jeûnant et maître de ses sens, obtient sans nul doute le fruit du grand sacrifice de l’Aśvamedha.

Verse 13

अनाशकं च यः कुर्यात्तस्मिंस्तीर्थे नराधिप । सर्वपापविनिर्मुक्तो याति वै शिवमन्दिरम्

Ô seigneur des hommes, quiconque accomplit l’observance de l’anāśaka en ce tīrtha est délivré de tous les péchés et va, en vérité, au séjour de Śiva.

Verse 14

पृथिव्यां सागरान्तायां स्नानदानेन यत्फलम् । विशल्यासङ्गमे स्नात्वा सकृत्तत्फलमश्नुते

Quel que soit le fruit obtenu sur la terre entourée des océans par le bain sacré et la dāna (don), en se baignant une seule fois au confluent de Viśalyā, on jouit de ce même fruit.

Verse 15

एवं पुण्या पवित्रा च कथिता तव भूपते । भूयो मां पृच्छसि च यत्तच्चैव कथयाम्यहम्

Ainsi, ô Roi, le tīrtha méritoire et purificateur t’a été exposé. Et tout ce que tu me demanderas encore, je te le dirai également.

Verse 23

। अध्याय

Marque sacrée : fin ou titre de l’adhyāya (chapitre).