
Le chapitre s’ouvre sur la louange, par Mārkaṇḍeya, d’un Ravi Tīrtha « sans égal », dont la simple vision est dite délivrer des péchés. Il y expose un cadre de mérites : se baigner à Ravi Tīrtha et recevoir le darśana de Bhāskara (le Soleil) procure des fruits déterminés ; les dons de charité dédiés à Ravi et remis selon la règle à un brāhmane digne ont un résultat incommensurable, surtout lors des temps sacrés (ayana, viṣuva, saṅkrānti), pendant les éclipses solaire ou lunaire, ou au moment de vyatīpāta. Une logique doctrinale est affirmée : le Soleil est présenté comme celui qui « rend » les offrandes, rétribuant les dons à travers le temps, jusqu’à plusieurs naissances, avec des degrés de mérite selon l’occasion. Yudhiṣṭhira demande pourquoi Ravi Tīrtha est tenu pour exceptionnellement méritoire. Mārkaṇḍeya raconte alors une légende d’origine : au début du Kṛtayuga, le brāhmane savant Jābāli, par fidélité à son vœu, refuse à maintes reprises l’union conjugale durant la période féconde de son épouse ; celle-ci, accablée, meurt après un jeûne, et Jābāli est frappé par la faute qui en résulte, souffrant d’un mal de peau semblable à la kuṣṭha et d’une déchéance du corps. Cherchant la guérison, il s’informe d’un Bhāskara Tīrtha sur la rive nord de la Narmadā, lié à Ādityeśvara et réputé détruire toutes les maladies. Trop malade pour voyager, il entreprend de sévères austérités afin de « faire venir » Ādityeśvara jusqu’à lui ; après cent ans, Sūrya accorde une grâce et se manifeste en ce lieu, déclaré dès lors tīrtha qui ôte péchés et chagrins. Une observance est prescrite : pendant une année entière, chaque dimanche, se baigner, accomplir sept circumambulations, offrir des oblations et contempler le Soleil ; le texte associe cela à la disparition rapide des maladies cutanées et à l’accomplissement de la prospérité mondaine. Il affirme aussi que le śrāddha célébré là lors de saṅkrānti satisfait les ancêtres, Bhāskara étant présenté comme lié aux Pitṛ. Le chapitre se clôt en réaffirmant la puissance purificatrice et thérapeutique d’Ādityeśvara.
Verse 1
मार्कण्डेय उवाच । तस्यैवानन्तरं चान्यद्रवितीर्थमनुत्तमम् । यस्य संदर्शनादेव मुच्यन्ते पातकैर्नराः
Mārkaṇḍeya dit : Aussitôt après, il est un autre gué sacré sans égal, Ravitīrtha ; par sa seule vision, les hommes sont délivrés des péchés.
Verse 2
रवितीर्थे तु यः स्नात्वा नरः पश्यति भास्करम् । तस्य यत्फलमुद्दिष्टं स्वयं देवेन तच्छृणु
À Ravitīrtha, l’homme qui s’y baigne et contemple Bhāskara, le Soleil—écoute maintenant le fruit que le dieu lui-même a proclamé pour lui.
Verse 3
नान्धो न मूको बधिरः कुले भवति कश्चन । कुरूपः कुनखी वापि तस्य जन्मानि षोडश
Dans sa lignée, durant seize naissances, nul ne deviendra aveugle, muet ou sourd ; pas même laid ni aux ongles difformes.
Verse 4
दद्रुचित्रककुष्ठानि मण्डलानि विचर्चिका । नश्यन्ति देवभक्तस्य षण्मासान्नात्र संशयः
La teigne, les taches semblables au vitiligo, la lèpre, les éruptions en anneaux et l’eczéma sont anéantis chez le dévot de la divinité en six mois ; là-dessus, point de doute.
Verse 5
चरितं तस्य देवस्य पुराणे यच्छ्रुतं मया । न तत्कथयितुं शक्यं संक्षेपेण नृपोत्तम
Ô meilleur des rois, les hauts faits de ce dieu, tels que je les ai entendus dans les Purāṇa, ne peuvent être racontés en peu de mots.
Verse 6
तत्र तीर्थे तु यद्दानं रविमुद्दिश्य दीयते । विधिना पात्रविप्राय तस्यान्तो नास्ति कर्हिचित्
En ce tīrtha, tout don offert à Ravi (le Soleil), selon la règle prescrite et à un brāhmane digne, porte un mérite sans fin, en aucun temps.
Verse 7
अयने विषुवे चैव चन्द्रसूर्यग्रहे तथा । रवितीर्थे प्रदत्तानां दानानां फलमुत्तमम्
Aux solstices et aux équinoxes, ainsi que lors des éclipses de la Lune ou du Soleil, les dons offerts à Ravitīrtha donnent le fruit le plus élevé.
Verse 8
संक्रान्तौ यानि दानानि हव्यकव्यानि भारत । अपामिव समुद्रस्य तेषामन्तो न लभ्यते
Ô Bhārata, les dons accordés et les oblations—havya pour les dieux et kavya pour les ancêtres—accomplis au temps de Saṃkrānti, ont un mérite incommensurable, tel l’océan dont on ne trouve pas la limite des eaux.
Verse 9
येन येन यदा दत्तं येन येन यदा हुतम् । तस्य तस्य तदा काले सविता प्रतिदायकः
Quoi que l’on donne, et quoi que l’on verse dans le feu—à quelque moment que ce soit—à cet instant même Savitṛ (le Soleil) devient celui qui le rend, accordant le retour correspondant.
Verse 10
सप्त जन्मानि तान्येव ददात्यर्कः पुनः पुनः । शतमिन्दुक्षये दानं सहस्रं तु दिनक्षये
Durant sept naissances, Arka (le Soleil) accorde, encore et encore, ces mêmes récompenses. Un don fait au déclin de la Lune donne un fruit au centuple, et un don fait à la fin du jour, au milleuple.
Verse 11
संक्रान्तौ शतसाहस्रं व्यतीपाते त्वनन्तकम्
À Saṃkrānti, le mérite devient cent mille fois plus grand ; mais à Vyatīpāta, il devient sans limite.
Verse 12
युधिष्ठिर उवाच । रवितीर्थं कथं तात पुण्यात्पुण्यतरं स्मृतम् । विस्तरेण ममाख्याहि श्रवणौ मम लम्पटौ
Yudhiṣṭhira dit : Ô vénérable seigneur, pourquoi Ravitīrtha est-il tenu pour plus méritoire encore que d’autres lieux saints ? Dis-le-moi en détail ; mes oreilles brûlent d’en entendre le récit.
Verse 13
श्रीमार्कण्डेय उवाच । शृणुष्वावहितो भूत्वा ह्यादित्येश्वरमुत्तमम् । उत्तरे नर्मदाकूले सर्वव्याधिविनाशनम्
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Écoute avec attention tandis que je parle du suprême Ādityeśvara, sur la rive nord de la Narmadā, qui détruit toutes les maladies.
Verse 14
पुरा कृतयुगस्यादौ जाबालिर्ब्राह्मणोऽभवत् । वसिष्ठान्वयसम्भूतो वेदशास्त्रार्थपारगः
Autrefois, au commencement du Kṛtayuga, vivait un brāhmaṇa nommé Jābāli, issu de la lignée de Vasiṣṭha et versé dans le sens des Veda et des śāstra.
Verse 15
पतिव्रता साधुशीला तस्य भार्या मनस्विनी । ऋतुकाले तु सा गत्वा भर्तारमिदमब्रवीत्
Son épouse était une pativratā, vertueuse et de noble conduite, au cœur résolu. Quand vint le temps de sa fécondité, elle s’approcha de son époux et prononça ces paroles.
Verse 16
वर्तते ऋतुकालो मे भर्तारं त्वामुपस्थिता । भज मां प्रीतिसंयुक्तः पुत्रकामां तु कामिनीम्
Voici venu mon temps de fécondité ; je suis venue à toi, ô mon époux. Unis-toi à moi avec tendresse : moi, épouse aimante, je désire un fils.
Verse 17
एवमुक्तो द्विजः प्राह प्रियेऽद्याहं व्रतान्वितः । गच्छेदानीं वरारोहे दास्य ऋत्वन्तरे पुनः
Ainsi interpellé, le brāhmane répondit : «Bien-aimée, aujourd’hui je suis lié par un vœu. Va maintenant, toi aux hanches gracieuses ; lors d’une autre saison de ṛtu, j’y consentirai de nouveau.»
Verse 18
पुनर्द्वितीये सम्प्राप्ते ऋतुकालेऽप्युपस्थिता । पुनः सा छन्दिता तेन व्रतस्थोऽद्येति भारत
Quand revint la seconde saison de fécondité, elle s’approcha encore. Mais lui la détourna de nouveau, disant : «Aujourd’hui je demeure établi dans mon vœu, ô Bhārata.»
Verse 19
इत्थं वा बहुशस्तेन छन्दिता च पुनः पुनः । निराशा चाभवत्तत्र भर्तारं प्रति भामिनी
Ainsi, maintes et maintes fois, il la repoussa encore. Alors, en ce lieu, la femme ardente perdit tout espoir envers son époux.
Verse 20
दुःखेन महताविष्टा विधायानशनं मृता । तेन भ्रूणहतेनैव पापेन सहसा द्विजः
Accablée d’une immense douleur, elle entreprit un jeûne jusqu’à la mort et mourut. Et par ce même péché de meurtre du fœtus, le deux-fois-né fut soudain saisi par sa conséquence.
Verse 21
शीर्णघ्राणाङ्घ्रिरभवत्तपः सर्वं ननाश च । दृष्ट्वात्मानं स कुष्ठेन व्याप्तं ब्राह्मणसत्तमः
Son nez et ses pieds se décomposèrent, et toute son austérité fut réduite à néant. Se voyant envahi par la lèpre, ce brāhmane d’exception fut saisi d’une profonde détresse.
Verse 22
विषादं परमं गत्वा नर्मदातटमाश्रितः । अपृच्छद्भास्करं तीर्थं द्विजेभ्यो द्विजसत्तमः
Tombé dans un désespoir profond, il se réfugia sur la rive de la Narmadā. Là, le meilleur des deux-fois-nés interrogea les brāhmanes au sujet du Bhāskara-tīrtha.
Verse 23
आरोग्यं भास्करादिच्छेदिति संचिन्त्य चेतसि । कुतस्तद्भास्करं तीर्थं भो द्विजाः कथ्यतां मम
Méditant en son cœur : «Puissé-je obtenir la santé par Bhāskara», il dit : «D’où atteint-on ce Bhāskara-tīrtha ? Ô brāhmanes, dites-le-moi».
Verse 24
तपस्तप्याम्यहं गत्वा तस्मिंस्तीर्थे सुभावितः
«J’irai à ce tīrtha sacré et j’y accomplirai le tapas»,—ainsi se résolut-il, l’esprit bien disposé vers la purification.
Verse 25
द्विजा ऊचुः । रेवाया उत्तरे कूले आदित्येश्वरनामतः । विद्यते भास्करं तीर्थं सर्वव्याधिविनाशनम्
Les brāhmanes dirent : «Sur la rive septentrionale de la Revā se trouve un sanctuaire nommé Ādityeśvara. Là repose le Bhāskara-tīrtha, qui détruit toutes les maladies».
Verse 26
तत्र याह्यविचारेण गन्तुं चेच्छक्यते त्वया । एवमुक्तो द्विजैर्विप्रो गन्तुं तत्र प्रचक्रमे
«Va là-bas sans hésitation, si tu peux entreprendre le voyage.» Ainsi interpellé par les brāhmaṇas, le brāhmane se mit en route vers ce lieu.
Verse 27
व्याधिना परिभूतस्तु घोरेण प्राणहारिणा । यदा गन्तुं न शक्नोति तदा तेन विचिन्तितम्
Mais il fut accablé par une maladie terrible, qui menaçait sa vie. Lorsqu’il vit qu’il ne pouvait avancer, alors il se mit à réfléchir.
Verse 28
सामर्थ्यं ब्राह्मणानां हि विद्यते भुवनत्रये । लिङ्गपातः कृतो विप्रैर्देवदेवस्य शूलिनः
Assurément, la puissance spirituelle des brāhmaṇas est connue dans les trois mondes ; car ce sont les sages brāhmanes qui, par leur force sacrée, firent descendre et établir le liṅga de Śūlin, le Seigneur des Seigneurs, porteur du trident.
Verse 29
समुद्रः शोषितो विप्रैर्विन्ध्यश्चापि निवारितः । अहमप्यत्र संस्थस्तु ह्यानयिष्यामि भास्करम्
Par les sages brāhmanes, l’océan fut asséché, et même le Vindhya fut arrêté et contenu. Ainsi moi aussi, demeurant ferme ici, je ferai paraître Bhāskara (le Soleil).
Verse 30
तपोबलेन महता ह्यादित्येश्वरसंज्ञितम् । इति निश्चित्य मनसा ह्युग्रे तपसि संस्थितः
Ayant résolu en son cœur : «Par la grande puissance de l’austérité, cela sera renommé Ādityeśvara», il se tint alors dans un tapas âpre et concentré.
Verse 31
वायुभक्षो निराहारो ग्रीष्मे पञ्चाग्निमध्यगः । शिशिरे तोयमध्यस्थो वर्षास्वप्रावृताकृतिः
Ne se nourrissant que d’air et jeûnant sans nourriture, en été il demeura au milieu des cinq feux ; en hiver il resta plongé dans l’eau ; et durant les pluies il demeura sans manteau ni abri.
Verse 32
साग्रे वर्षशते पूर्णे रविस्तुष्टोऽब्रवीदिदम्
Quand cent années entières furent accomplies, Ravi, le Soleil, satisfait, prononça ces paroles.
Verse 33
सूर्य उवाच । वरं वरय भद्रं ते किं ते मनसि वाञ्छितम् । अदेयमपि दास्यामि ब्रूहि मां त्वं चिरं कृथाः
Sūrya dit : «Choisis une grâce — qu’elle te soit propice. Que désire ton cœur ? Même ce qui d’ordinaire ne se donne pas, je te l’accorderai. Dis-le-moi : longtemps tu as pratiqué l’austérité».
Verse 34
किमसाध्यं हि ते विप्र इदानीं तपसि स्थितः
«Ô sage brāhmane, qu’y aurait-il désormais d’inaccessible pour toi, puisque tu demeures établi dans l’austérité ?»
Verse 35
जाबालिरुवाच । यदि तुष्टोऽसि देवेश यदि देयो वरो मम । मम प्रतिज्ञा देवेश ह्यादित्येश्वरदर्शने
Jābāli dit : «Si tu es satisfait, ô Seigneur des dieux, et si une grâce doit m’être accordée, alors, ô Seigneur, mon vœu est lié à la vision d’Ādityeśvara».
Verse 36
कृता तां पारितुं देव न शक्तो व्याधिना वृतः । शुक्लतीर्थेऽत्र तिष्ठ त्वमादित्येश्वरमूर्तिधृक्
«Ayant fait ce vœu, ô Seigneur, je ne puis l’accomplir, car la maladie m’enserre. Demeure donc ici, en ce Śukla-tīrtha, revêtu de la forme d’Ādityeśvara.»
Verse 37
एवमुक्ते तु देवेशो बहुरूपो दिवाकरः । उत्तरे नर्मदाकूले क्षणादेव व्यदृश्यत
À ces paroles, le Seigneur des dieux—Divākara aux formes multiples—apparut aussitôt sur la rive nord de la Narmadā.
Verse 38
तदाप्रभृति भूपाल तद्धि तीर्थं प्रचक्षते । सर्वपापहरं प्रोक्तं सर्वदुःखविनाशनम्
Dès lors, ô roi, ce lieu est véritablement proclamé comme un tīrtha, un gué sacré. On dit qu’il enlève tous les péchés et anéantit toute forme de peine.
Verse 39
यस्तु संवत्सरं पूर्णं नित्यमादित्यवासरे । स्नात्वा प्रदक्षिणाः सप्त दत्त्वा पश्यति भास्करम्
Mais celui qui, durant une année entière, chaque dimanche, s’y baigne assidûment, accomplit sept pradakṣiṇā (circumambulations), fait des offrandes et contemple le Soleil—
Verse 40
यत्फलं लभते तेन तच्छृणुष्व मयोदितम् । प्रसुप्तं मण्डलानीह दद्रुकुष्ठविचर्चिकाः
écoute de ma bouche le fruit qu’il en reçoit. Ici, les maux de peau—plaques semblables à la teigne, lèpre et gale—demeurent comme assoupies et sont maîtrisées.
Verse 41
नश्यन्ति सत्वरं राजंस्तूलराशिरिवानले । धनपुत्रकलत्राणां पूरयेद्वत्सरत्रयात्
Ils périssent promptement, ô roi, tels un tas de coton dans le feu. Et en l’espace de trois ans s’accomplissent la richesse, les enfants et la prospérité liée à l’épouse.
Verse 42
यस्तु श्राद्धप्रदस्तत्र पित्ःनुद्दिश्य संक्रमे । तृप्यन्ति पितरस्तस्य पितृदेवो हि भास्करः
Et quiconque y offre le śrāddha, en le dédiant aux Pitṛs au moment de la saṅkrānti, rassasie ses ancêtres ; car Bhāskara est véritablement le seigneur divin des Pitṛs.
Verse 43
इति ते कथितं सर्वमादित्येश्वरमुत्तमम् । सर्वपापहरं दिव्यं सर्वरोगविनाशनम्
Ainsi t’a été rapporté tout au sujet de l’Ādityeśvara suprême : divin, qui enlève tous les péchés et anéantit toute maladie.
Verse 153
। अध्याय
Adhyāya : mention colophonique indiquant la limite et la fin du chapitre.