Adhyaya 149
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 149

Adhyaya 149

Mārkaṇḍeya décrit un tīrtha nommé Liṅgeśvara, où le darśana du « Seigneur des dieux » est dit dissiper le péché. Le chapitre inscrit ce lieu dans une perspective théologique centrée sur Viṣṇu, rappelant sa puissance protectrice (y compris le motif de Varāha), et prescrit la conduite du pèlerin : se baigner au tīrtha, rendre hommage à la divinité, et honorer les brahmanes par des dons, le respect et le repas offert. Vient ensuite une discipline du calendrier : au jour de dvādaśī, dans le jeûne et la maîtrise de soi, on adore le Seigneur avec parfums et guirlandes, on accomplit le tarpaṇa pour les ancêtres et les dieux, et l’on récite douze noms divins. Le texte systématise aussi le culte mensuel en associant chaque mois lunaire à une épithète de Viṣṇu (de Keśava à Dāmodara), présentant la récitation des noms comme une purification effaçant les fautes de parole, de pensée et d’acte. Le discours s’achève en exaltant la fortune des dévots et la perte spirituelle d’une vie sans bhakti, tout en donnant des indications pour les offrandes aux ancêtres (eau mêlée de sésame) lors des éclipses et des périodes d’aṣṭakā, puis en louant Hari sous la forme du sanglier comme vision bénie de paix.

Shlokas

Verse 1

श्रीमार्कण्डेय उवाच । तस्यैवानन्तरं तीर्थं लिङ्गेश्वरमिति श्रुतम् । दर्शनाद्देवदेवस्य यत्र पापं प्रणश्यति

Śrī Mārkaṇḍeya dit : « Tout près de là se trouve un tīrtha renommé, appelé Liṅgeśvara. Par le seul darśana du Dieu des dieux en ce lieu, le péché est anéanti. »

Verse 2

कृत्वा तु कदनं घोरं दानवानां युधिष्ठिर । वाराहं रूपमास्थाय नर्मदायां व्यवस्थितः

Ô Yudhiṣṭhira, après avoir infligé une terrible déroute aux Dānavas, il prit la forme de Varāha, le Sanglier, et se tint établi dans la Narmadā.

Verse 3

तत्र तीर्थे तु यः स्नानं कृत्वा देवं नमस्यति । स मुच्यते नृपश्रेष्ठ महापापैः पुराकृतैः

En ce tīrtha sacré, quiconque se baigne puis se prosterne devant le Seigneur est délivré, ô meilleur des rois, des grands péchés commis jadis.

Verse 4

द्वादश्यां कृष्णपक्षस्य शुक्ले च समुपोषितः । गन्धमाल्यैर्जगन्नाथं पूजयेत्पाण्डुनन्दन

Ô fils de Pāṇḍu, en observant le jeûne au tithi de Dvādaśī—dans la quinzaine sombre comme dans la quinzaine claire—qu’on adore Jagannātha, Seigneur de l’univers, avec parfums et guirlandes.

Verse 5

ब्राह्मणांश्च महाभाग दानसंमानभोजनैः । पूजयेत्परया भक्त्या तस्य पुण्यफलं शृणु

Ô noble fortuné, qu’on honore les brāhmaṇas par des dons, un accueil respectueux et la nourriture, les vénérant avec la bhakti suprême. Écoute maintenant le fruit méritoire qui en découle.

Verse 6

सत्रयाजिफलं जन्तुर्लभते द्वादशाब्दकैः । ब्राह्मणान्भोजयंस्तत्र तदेव लभते फलम्

Le fruit d’un satra-yajña, l’être ne l’obtient qu’au bout de douze ans ; mais là, en nourrissant les brāhmaṇas, on obtient ce même fruit.

Verse 7

तर्पयित्वा पितॄन् देवान् स्नात्वा तद्गतमानसः । जपेद्द्वादशनामानि देवस्य पुरतः स्थितः

Après avoir offert le tarpaṇa aux ancêtres et aux devas, puis s’être baigné l’esprit absorbé en cette dévotion, qu’on récite les douze noms du Dieu, debout devant la Déité.

Verse 8

मासि मासि निराहारो द्वादश्यां कुरुनन्दन । केशवं पूजयेन्नित्यं मासि मार्गशिरे बुधः

Mois après mois, en jeûnant au jour de Dvādaśī, ô fils des Kurus, le sage doit vénérer chaque jour Keśava durant le mois de Mārgaśīrṣa.

Verse 9

पौषे नारायणं देवं माघमासे तु माधवम् । गोविन्दं फाल्गुने मासि विष्णुं चैत्रे समर्चयेत्

En Pauṣa, qu’on adore le Seigneur Nārāyaṇa; en Māgha, Mādhava; en Phālguna, Govinda; et en Caitra, Viṣṇu, offrant chaque mois l’hommage qui convient.

Verse 10

वैशाखे मधुहन्तारं ज्येष्ठे देवं त्रिविक्रमम् । वामनं तु तथाषाढे श्रावणे श्रीधरं स्मरेत्

En Vaiśākha, qu’on se souvienne de Madhuhantṛ; en Jyeṣṭha, du Seigneur Trivikrama; en Āṣāḍha, de Vāmana; et en Śrāvaṇa, qu’on médite Śrīdhara.

Verse 11

हृषीकेशं भाद्रपदे पद्मनाभं तथाश्विने । दामोदरं कार्त्तिके तु कीर्तयन्नावसीदति

En Bhādrapada, qu’on chante Hṛṣīkeśa; en Āśvina, Padmanābha; et en Kārttika, Dāmodara. Celui qui célèbre ainsi ces noms ne sombre pas dans la détresse.

Verse 12

वाचिकं मानसं पापं कर्मजं यत्पुरा कृतम् । तन्नश्यति न सन्देहो मासनामानुकीर्तनात्

Les fautes commises jadis—par la parole, par la pensée ou issues des actes—sont détruites sans nul doute par la répétition des noms (du Seigneur) liés aux mois.

Verse 13

स्वयं विनुद्धः सततमुन्मिषन्निमिषंस्तथा । शीघ्रं प्रपश्य भुञ्जानो मन्त्रहीनं समुद्गिरेत्

Même si l’on est soi-même entravé et troublé—clignant sans cesse des yeux et regardant de tous côtés—en mangeant, qu’on prononce vite le Nom divin, même sans mantras rituels.

Verse 14

परमापद्गतस्यापि जन्तोरेषा प्रतिक्रिया । यन्मासाधिपतेर्विष्णोर्मासनामानुकीर्तनम्

Même pour celui qui est tombé dans l’extrême détresse, voici le remède : la répétition des noms des mois de Viṣṇu, le Seigneur qui préside aux mois.

Verse 15

ता निशास्ते च दिवसास्ते मासास्ते च वत्सराः । नराणां सफला येषु चिन्तितो भगवान्हरिः

Seules ces nuits et ces jours, ces mois et ces années, sont vraiment féconds pour les hommes, où le Seigneur Hari est rappelé à la mémoire et contemplé.

Verse 16

परमापद्गतस्यापि यस्य देवो जनार्दनः । नावसर्पति हृत्पद्मात्स योगी नात्र संशयः

Même dans la plus grande calamité, si le dieu Janārdana ne glisse pas hors du lotus du cœur, cette personne est vraiment un yogin ; il n’y a là aucun doute.

Verse 17

ते भाग्यहीना मनुजाः सुशोच्यास्ते भूमिभाराय कृतावताराः । अचेतनास्ते पशुभिः समाना ये भक्तिहीना भगवत्यनन्ते

Sans fortune sont ces hommes—vraiment dignes de lamentation—qui ne naissent que comme fardeau de la terre. Inconscients, pareils aux bêtes, sont ceux qui sont sans dévotion envers le Seigneur bienheureux Ananta.

Verse 18

ते पूर्णकार्याः पुरुषाः पृथिव्यां ते स्वाङ्गपाताद्भुवनं पुनन्ति । विचक्षणा विश्वविभूषणास्ते ये भक्तियुक्ता भगवत्यनन्ते

Sur la terre, seuls ces hommes ont accompli leur fin ; par la chute même de leur corps ils purifient le monde. Clairvoyants et parure de l’univers sont ceux qui, unis par la bhakti, se vouent au Bienheureux Seigneur Ananta.

Verse 19

स एव सुकृती तेन लब्धं जन्मतरोः फलम् । चित्ते वचसि काये च यस्य देवो जनार्दनः

Lui seul est vraiment riche de mérite ; en lui s’obtient le fruit de l’arbre de la naissance humaine : celui dont le cœur, la parole et le corps sont consacrés au Seigneur divin Janārdana.

Verse 20

एतत्तीर्थवरं पुण्यं लिङ्गो यत्र जनार्दनः । वञ्चयित्वा रिपून्संख्ये क्रोधो भूत्वा सनातनः

Voici un tīrtha très excellent et saint, où Janārdana demeure sous la forme de liṅga. Ayant déjoué les ennemis au combat, l’Éternel se manifesta comme la colère elle-même, immémoriale.

Verse 21

उपप्लवे चन्द्रमसो रवेश्च यो ह्यष्टकानामयनद्वये च । पानीयमप्यत्र तिलैर्विमिश्रं दद्यात्पितृभ्यः प्रयतो मनुष्यः

Lors des éclipses de la lune et du soleil, ainsi qu’aux jours d’Aṣṭakā et aux deux passages d’ayana, l’homme recueilli doit offrir ici aux Pitṛs, fût-ce de l’eau, mêlée de graines de sésame.

Verse 22

घोणोन्मीलितमेरुरन्ध्रनिवहो दुःखाब्धिमज्जत्प्लवः प्रादुर्भूतरसातलोदरबृहत्पङ्कार्धमग्नक्षुरः । फूत्कारोत्करनुन्नवातविदलद्दिग्दन्तिनादश्रुतिन्यस्तस्तब्धवपुः श्रुतिर्भवतु वः क्रोडो हरिः शान्तये

Que Hari, en son incarnation de Sanglier, soit votre paix : dont le groin ouvrit les fissures du Meru ; radeau pour les êtres qui sombrent dans l’océan de la douleur ; dont la défense, lorsqu’il apparut, fut à demi engloutie dans l’immense bourbier de Rasātala ; et dont le corps ferme, immobile en sa majesté, est célébré par les śruti au milieu du fracas des éléphants des directions et des vents chassés par ses puissants souffles.

Verse 149

अध्याय

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