
Mārkaṇḍeya enseigne à un destinataire royal de se rendre au tīrtha nommé Varāha, sur la rive nord de la Narmadā, décrit comme « celui qui efface tous les péchés ». Le chapitre présente Varāha/Dharāṇīdhara comme le soutien et créateur du monde (jagaddhātā), demeurant en ce lieu pour le bien des êtres (lokahita) et comme guide salvateur permettant de traverser le saṃsāra. Le rituel prescrit le bain au tīrtha, l’adoration de Varāha avec parfums et guirlandes, des acclamations de bon augure, et le jeûne—surtout au douzième jour lunaire (dvādaśī)—suivi d’une veille nocturne nourrie de récits sacrés. Le texte ajoute des règles de frontière sociale et rituelle : éviter le contact et le repas partagé avec ceux qui sont décrits comme engagés dans le péché, car l’impureté se transmettrait par la parole, le toucher, le souffle et la commensalité. Il ordonne aussi d’honorer les brāhmaṇas selon ses moyens et conformément à la règle. Quant au phala, il affirme que le simple darśana du visage de Varāha détruit rapidement même les fautes les plus tenaces, comme les serpents fuient Garuḍa ou l’obscurité se dissipe au soleil. Un minimalisme mantrique est mis en avant : « namo nārāyaṇāya » est donné comme formule universelle, et une seule prosternation devant Kṛṣṇa est tenue pour équivalente au mérite de grands sacrifices, menant au-delà de la renaissance. Enfin, les dévots disciplinés qui quittent leur corps en ce lieu atteignent la demeure suprême, sans tache, de Viṣṇu, au-delà de l’opposition périssable/impérissable.
Verse 1
श्रीमार्कण्डेय उवाच । ततो गच्छेत्तु राजेन्द्र उत्तरे नर्मदातटे । सर्वपापहरं तीर्थं वाराहं नाम नामतः
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Alors, ô meilleur des rois, rends-toi sur la rive nord de la Narmadā, au tīrtha renommé sous le nom de Vārāha, qui ôte tous les péchés.
Verse 2
तत्र देवो जगद्धाता वाराहं रूपमास्थितः । स्थितो लोकहितार्थाय संसारार्णवतारकः
Là demeure le Dieu, Créateur et Soutien du monde, ayant pris la forme de Vārāha ; il se tient pour le bien des êtres, celui qui fait traverser l’océan du saṃsāra.
Verse 3
तत्र तीर्थे तु यः स्नात्वा पूजयेद्धरणीधरम् । गन्धमाल्यविशेषैश्च जयशब्दादिमङ्गलैः
Quiconque se baigne en ce tīrtha et vénère le Porteur de la Terre (Vārāha), avec des parfums choisis et des guirlandes, et par des acclamations auspiciennes commençant par des cris de victoire—
Verse 4
उपवासपरो भूत्वा द्वादश्यां नृपसत्तम । वृषलाः पापकर्माणस्तथैवान्धपिशाचिनः
S’adonnant au jeûne le jour de dvādaśī, ô meilleur des rois, (qu’on évite) les impurs et les fauteurs de péché, ainsi que les piśācas « aveugles », compagnie déchue et tamasique.
Verse 5
आलापाद्गात्रसंपर्कान्निःश्वासात्सहभोजनात् । पापं संक्रमते यस्मात्तस्मात्तान् परिवर्जयेत्
Par la parole échangée, le contact des membres, même le souffle partagé et le repas pris ensemble, le péché se transmet, dit-on ; c’est pourquoi il faut éviter de telles personnes.
Verse 6
ब्राह्मणान् पूजयेद्भक्त्या यथाशक्त्या यथाविधि । रात्रौ जागरणं कार्यं कथायां तत्र भारत
Qu’on vénère les brāhmaṇas avec dévotion, selon ses moyens et selon le rite. Et la nuit, là, qu’on veille, absorbé dans la sainte kathā, ô Bhārata.
Verse 7
प्रभाते विमले स्नात्वा तत्र तीर्थे जगद्गुरुम् । ये पश्यन्ति जितक्रोधास्ते मुक्ताः सर्वपातकैः
À l’aube pure, après s’être baigné dans ce tīrtha sans tache, ceux qui ont vaincu la colère et y contemplent le Jagadguru sont délivrés de toutes fautes et déchéances.
Verse 8
यथा तु दृष्ट्वा भुजगाः सुपर्णं नश्यन्ति मुक्त्वा विषमुग्रतेजः । नश्यन्ति पापानि तथैव शीघ्रं दृष्ट्वा मुखं शूकररूपिणस्तु
De même que les serpents, voyant Garuḍa, périssent en abandonnant leur poison terrible et leur force farouche, ainsi les péchés périssent vite quand on contemple le visage du Seigneur ayant pris la forme du Sanglier (Varāha).
Verse 9
नभोगतं नश्यति चान्धकारं दृष्ट्वा रविं देववरं तथैव । नश्यन्ति पापानि सुदुस्तराणि दृष्ट्वा मुखं पार्थ धराधरस्य
Comme l’obscurité du ciel s’évanouit à la vue du soleil, le meilleur des dieux, ainsi, ô fils de Pṛthā, s’évanouissent même les péchés les plus difficiles à franchir quand on contemple le visage de Dharādhara (Viṣṇu).
Verse 10
किं तस्य बहुभिर्मन्त्रैर्भक्तिर्यस्य जनार्दने । नमो नारायणायेति मन्त्रः सर्वार्थसाधकः
À quoi bon de nombreux mantras, si l’on a la dévotion envers Janārdana ? Le mantra « namo nārāyaṇāya » accomplit tous les buts.
Verse 11
एकोऽपि कृष्णस्य कृतः प्रणामो दशाश्वमेधावभृथेन तुल्यः । दशाश्वमेधी पुनरेति जन्म कृष्णप्रणामी न पुनर्भवाय
Même une seule prosternation offerte à Kṛṣṇa équivaut au bain conclusif de dix sacrifices Aśvamedha. Celui qui accomplit dix Aśvamedhas renaît encore, mais celui qui s’incline devant Kṛṣṇa ne revient pas à la renaissance.
Verse 12
ध्यायमाना महात्मानो रूपं नारायणं हरेः । ये त्यजन्ति स्वकं देहं तत्र तीर्थे जितेन्द्रियाः
Ces grandes âmes, maîtresses de leurs sens, qui méditent la forme de Nārāyaṇa de Hari et qui quittent leur corps en ce même tīrtha,
Verse 13
ते गच्छन्त्यमलं स्थानं यत्सुरैरपि दुर्लभम् । क्षराक्षरविनिर्मुक्तं तद्विष्णोः परमं पदम्
Ils atteignent la demeure sans tache, difficile à obtenir même pour les dieux, affranchie du périssable et de l’impérissable : tel est le suprême séjour de Viṣṇu.
Verse 132
अध्याय
Chapitre (marque d’en-tête).