Adhyaya 6
Vayaviya SamhitaUttara BhagaAdhyaya 631 Verses

Śiva’s Freedom from Bondage and His Cosmic Support (शिवस्य अबन्धत्वं तथा सर्वाधिष्ठानत्वम्)

Ce chapitre, sous forme d’exposé doctrinal d’Upamanyu, propose une analyse apophatique de Śiva : Śiva n’est soumis à aucune forme de lien—qu’il soit āṇava, māyīya, prākṛta, psychique ou cognitif, sensoriel, élémentaire ou subtil (tanmātra). Le discours nie aussi les déterminations limitantes telles que le temps (kāla), kalā, vidyā, niyati, ainsi que les afflictions affectives comme rāga et dveṣa, l’enchevêtrement karmique, sa maturation (vipāka) et les plaisirs et douleurs qui en résultent. En refusant les prédicats relationnels—ami/ennemi, contrôleur/instigateur, maître/enseignant/protecteur—le chapitre établit l’indépendance et l’inconditionnalité de Śiva. Il s’achève sur une thèse affirmative : Śiva, en tant que Paramātman, est entièrement auspicious et demeure le support inébranlable (adhiṣṭhāna) de tous, établi en sa propre nature par sa śakti ; ainsi est-il rappelé comme Sthāṇu, l’Immobile et le Constant.

Shlokas

Verse 1

उपमन्युरुवाच । नशिवस्याणवो बंधः कार्यो मायेय एव वा । प्राकृतो वाथ बोद्धा वा ह्यहंकारात्मकस्तथा

Upamanyu dit : «Pour Śiva, il n’existe aucune servitude : ni le lien āṇava, ni le lien issu du karma, ni le lien de māyā ; il n’y a pas davantage de lien ‘prākṛta’ (de la nature matérielle) ni ‘boddhā’ (du connaissant limité), car de tels liens prennent racine dans l’ahaṅkāra (l’egoïté), et cela ne Le concerne pas.»

Verse 2

नैवास्य मानसो बंधो न चैत्तो नेंद्रियात्मकः । न च तन्मात्रबंधो ऽपि भूतबंधो न कश्चन

Pour Lui, il n’y a ni lien du mental (manas), ni lien de la pensée (citta), ni lien des sens. Il n’y a pas non plus de lien par les tanmātras (éléments subtils), et aucun lien, quel qu’il soit, par les bhūtas (éléments grossiers).

Verse 3

न च कालः कला चैव न विद्या नियतिस्तथा । न रागो न च विद्वेषः शंभोरमिततेजसः

Pour Śambhu, à la splendeur incommensurable, il n’est ni Temps (kāla) ni kalā, part ou mesure limitante ; il n’est ni connaissance conditionnée (vidyā) ni niyati (destin). En Lui, ni attachement (rāga) ni haine (dveṣa).

Verse 4

न चास्त्यभिनिवेशो ऽस्य कुशला ऽकुशलान्यपि । कर्माणि तद्विपाकश्च सुखदुःखे च तत्फले

En Lui, il n’y a ni attachement ni crispation. Pour Lui, même les actes dits méritoires ou déméritoires—et leur maturation—ne l’enchaînent pas; et la joie comme la peine qui naissent en tant que fruits ne le contraignent point, car Il demeure établi dans la liberté du Seigneur Śiva.

Verse 5

आशयैर्नापि संबन्धः संस्कारैः कर्मणामपि । भोगैश्च भोगसंस्कारैः कालत्रितयगोचरैः

Il n’a de lien ni même avec les āśaya, les tendances latentes, ni avec les saṃskāra, les empreintes karmiques des actes. Ni avec les jouissances (bhoga) et les empreintes nées de la jouissance—réalités qui relèvent des trois temps : passé, présent et futur.

Verse 6

न तस्य कारणं कर्ता नादिरंतस्तथांतरम् । न कर्म करणं वापि नाकार्यं कार्यमेव च

Pour Lui, il n’y a ni cause ni agent; ni commencement ni fin, ni « dedans » ni « entre‑deux ». Il n’a ni action ni instrument d’action; pour Lui, il n’y a ni « à ne pas faire », ni même « à faire ».

Verse 7

नास्य बंधुरबंधुर्वा नियंता प्रेरको ऽपि वा । न पतिर्न गुरुस्त्राता नाधिको न समस्तथा

Pour Lui, il n’y a ni parent ni non‑parent; nul contrôleur ni instigateur au‑dessus de Lui. Il n’a pas de maître; nul n’est son guru ni son protecteur. Nul n’est plus grand que Lui—et nul n’est son égal.

Verse 8

न जन्ममरणे तस्य न कांक्षितमकांक्षितम् । न विधिर्न निषेधश्च न मुक्तिर्न च बन्धनम्

Pour Lui, il n’y a ni naissance ni mort; ni désiré ni indésiré. Pour Lui, il n’y a ni injonction ni interdiction; ni délivrance (mokṣa) ni lien d’asservissement.

Verse 9

नास्ति यद्यदकल्याणं तत्तदस्य कदाचन । कल्याणं सकलं चास्ति परमात्मा शिवो यतः

Rien d’inauspice ne Lui appartient jamais. Toute auspiciosité demeure en Lui, car le Soi suprême est Śiva.

Verse 10

स शिवस्सर्वमेवेदमधिष्ठाय स्वशक्तिभिः । अप्रच्युतस्स्वतो भावः स्थितः स्थाणुरतः स्मृतः

Ce Śiva, soutenant tout cet univers par Ses propres Śakti, demeure sans déchéance et auto-existant dans Son être essentiel. Toujours ferme et immuable, Il est donc rappelé comme Sthāṇu, le Seigneur Inébranlable.

Verse 11

शिवेनाधिष्ठितं यस्माज्जगत्स्थावरजंगमम् । सर्वरूपः स्मृतश्शर्वस्तथा ज्ञात्वा न मुह्यति

Parce que tout cet univers—l’immobile et le mobile—est présidé et soutenu par Śiva, et parce que Śarva est rappelé comme Celui qui prend toutes les formes, celui qui connaît cette vérité ne tombe pas dans l’illusion.

Verse 12

शर्वो रुद्रो नमस्तस्मै पुरुषः सत्परो महान् । हिरण्यबाहुर्भगवान्हिरण्यपतिरीश्वरः

Hommage à Rudra—Śarva—le Purusha suprême, le Grand établi dans le Sat. Il est le Bhagavān aux bras d’or, le souverain de toute splendeur et prospérité, l’Īśvara suprême.

Verse 13

अंबिकापतिरीशानः पिनाकी वृषवाहनः । एको रुद्रः परं ब्रह्म पुरुषः कृष्णपिंगलः

Il est Īśāna, le Seigneur et l’époux d’Ambikā ; le porteur de l’arc Pināka, et Celui qui monte le taureau. Lui seul est Rudra—le Brahman Suprême, le Purusha transcendant—au teint sombre, irradiant d’une lueur fauve.

Verse 14

बालाग्रमात्रो हृन्मध्ये विचिंत्यो दहरांतरे । हिरण्यकेशः पद्माक्षो ह्यरुणस्ताम्र एव च

Dans le lotus du cœur, dans l’espace intérieur subtil (dahara), qu’on Le contemple plus petit que la pointe d’un cheveu : aux cheveux d’or, aux yeux de lotus, rayonnant d’une teinte rougeâtre, cuivrée.

Verse 15

यो ऽवसर्पत्य सौ देवो नीलग्रीवो हिरण्मयः । सौम्यो घोरस्तथा मिश्रश्चाक्षारश्चामृतो ऽव्ययः

Ce même Deva qui s’élance—à la gorge bleue, rayonnant comme l’or—apparaît comme le doux, le terrible et le mêlé ; Il est l’Imperissable, le Nectar d’immortalité, l’Immuable.

Verse 16

स पुंविशेषः परमो भगवानन्तकांतकः । चेतनचेतनोन्मुक्तः प्रपञ्चाच्च परात्परः

Il est la Personne suprême, transcendante : Bhagavān Śiva, le Destructeur de la Mort. Délivré des liens du conscient comme de l’inconscient, Il demeure au-delà de tout l’univers manifesté, plus haut encore que le plus haut.

Verse 17

शिवेनातिशयत्वेन ज्ञानैश्वर्ये विलोकिते । लोकेशातिशयत्वेन स्थितं प्राहुर्मनीषिणः

Quand on examine la connaissance et la souveraineté, les sages déclarent qu’elles sont établies dans une excellence sans égale grâce à Śiva ; et ils affirment que cette suprématie dépasse même la grandeur attribuée aux seigneurs des mondes.

Verse 18

प्रतिसर्गप्रसूतानां ब्रह्मणां शास्त्रविस्तरम् । उपदेष्टा स एवादौ कालावच्छेदवर्तिनाम्

Pour les Brahmās nés à chaque cycle successif de la création, c’est Lui seul qui, dès l’origine, déploie toute l’étendue des Écritures à ces êtres qui demeurent dans les limites du temps.

Verse 19

कालावच्छेदयुक्तानां गुरूणामप्यसौ गुरुः । सर्वेषामेव सर्वेशः कालावच्छेदवर्जितः

Il est le Guru même des maîtres soumis aux découpages du temps. Il est le Seigneur de tous les seigneurs, le Souverain de tous les êtres—Lui-même entièrement affranchi de toute limite imposée par le temps.

Verse 20

शुद्धा स्वाभाविकी तस्य शक्तिस्सर्वातिशायिनी । ज्ञानमप्रतिमं नित्यं वपुरत्यन्तनिर्मितम्

Sa Śakti est pure, innée, et surpasse tout. Sa Connaissance est incomparable et éternelle, et sa Forme est parfaitement et souverainement constituée—exempte de tout défaut ou limitation.

Verse 21

ऐश्वर्यमप्रतिद्वंद्वं सुखमात्यन्तिकं बलम् । तेजःप्रभावो वीर्यं च क्षमा कारुण्यमेव च

Souveraineté sans rival, béatitude suprême et sans fin, force; splendeur rayonnante, puissance héroïque; ainsi que pardon et compassion—telles sont les excellences divines évoquées ici.

Verse 22

परिपूर्णस्य सर्गाद्यैर्नात्मनो ऽस्ति प्रयोजनम् । परानुग्रह एवास्य फलं सर्वस्य कर्मणः

Pour le Soi toujours accompli, il n’existe aucun besoin personnel dans des actes tels que la création et le reste. Le seul fruit de toute son activité est, en vérité, la grâce accordée aux autres êtres.

Verse 23

प्रणवो वाचकस्तस्य शिवस्य परमात्मनः । शिवरुद्रादिशब्दानां प्रणवो हि परस्स्मृतः

Le Praṇava (Om) est l’appellation révélatrice de ce Soi suprême, Śiva. En vérité, parmi des mots tels que « Śiva », « Rudra » et les autres, le Praṇava est tenu pour le plus élevé.

Verse 24

शंभो प्रणववाच्यस्य भवनात्तज्जपादपि । या सिद्धिस्सा परा प्राप्या भवत्येव न संशयः

Ô Śambhu, en contemplant Celui que désigne la syllabe sacrée Oṃ, et de même en répétant (japa) ce Praṇava, l’accomplissement suprême—quelle que soit la plus haute siddhi—devient assurément accessible ; il n’y a nul doute.

Verse 25

तस्मादेकाक्षरं देवमाहुरागमपारगाः । वाच्यवाचकयोरैक्यं मन्यमाना मनस्विनः

Ainsi, les sages parvenus à l’autre rive des Āgamas déclarent que la Divinité d’une seule syllabe (Śiva) est suprême, tenant pour vrai que le sens exprimé et le son qui l’exprime ne font qu’un.

Verse 26

अस्य मात्राः समाख्याताश्चतस्रो वेदमूर्धनि । अकारश्चाप्युकारश्च मकारो नाद इत्यपि

Au faîte du Veda (l’enseignement sacré), quatre mesures (mātrā) de cela ont été proclamées : le son « A », le son « U », le son « M », et aussi la vibration résonnante appelée Nāda.

Verse 27

अकारं बह्वृचं प्राहुरुकारो यजुरुच्यते । मकारः सामनादोस्य श्रुतिराथर्वणी स्मृताः

Ils déclarent que la syllabe « A » est le Ṛgveda (Bahvṛc), que « U » est appelé Yajurveda, et que « M » est son son Sāma ; et sa Śruti est tenue pour l’Atharvaveda.

Verse 28

अकारश्च महाबीजं रजः स्रष्टा चतुर्मुखः । उकारः प्रकृतिर्योनिः सत्त्वं पालयिता हरिः

« A » est la grande semence (mahābīja), le guṇa rajas et le créateur aux quatre visages (Brahmā). « U » est Prakṛti, le yoni (matrice), le guṇa sattva et Hari (Viṣṇu), le préservateur.

Verse 29

मकारः पुरुषो बीजं तमः संहारको हरः । नादः परः पुमानीशो निर्गुणो निष्क्रियः शिवः

La syllabe « Ma » est le Puruṣa, la semence (bīja). Il est Hara, le destructeur qui résorbe (les mondes) par le tamas. Il est le Nāda transcendant, le Seigneur suprême, la Personne la plus haute : Śiva, sans qualités (nirguṇa) et sans acte (niṣkriya).

Verse 30

सर्वं तिसृभिरेवेदं मात्राभिर्निखिलं त्रिधा । अभिधाय शिवात्मानं बोधयत्यर्धमात्रया

Tout ceci—l’univers entier dans sa triple division—est exprimé par les trois mātrās (de Oṃ). Mais par la demi-mātrā, on est éveillé à la réalisation que Śiva est le Soi même : le Seigneur transcendant au-delà de la triade, dispensateur de la connaissance libératrice.

Verse 31

यस्मात्परं नापरमस्ति किंचिद्यस्मान्नाणीयो न ज्यायो ऽस्ति किंचित् । वृक्ष इव स्तब्धो दिवि तिष्ठत्येकस्तेनेदं पूर्णं पुरुषेण सर्वम्

Au-delà de Lui, rien n’est plus haut, et en dehors de Lui, rien n’existe. Rien n’est plus subtil ni plus grand que Lui. Tel un arbre immobile, l’Unique demeure établi dans l’étendue céleste ; par ce Puruṣa suprême, tout cet univers est entièrement pénétré et rendu plénier.

Frequently Asked Questions

The sampled portion is primarily a philosophical discourse rather than a narrated mythic episode; it frames Śiva’s nature through systematic negation of bonds and limiting categories.

By rejecting every proposed bond—psychic, sensory, elemental, karmic, and cosmological—the text marks Śiva as the absolute reality beyond all upādhis, positioning liberation as grounded in recognizing Śiva’s unconditioned sovereignty and auspiciousness.

Śiva is highlighted as Paramātman and as Sthāṇu (the unwavering one), sustaining all existence through his śaktis while remaining apracyuta—unfallen from his own essential nature.