Adhyaya 2
Vayaviya SamhitaPurva BhagaAdhyaya 231 Verses

परस्य दुर्‍निर्णयः—षट्कुलीयमुनिविवादः तथा ब्रह्मदर्शनार्थं मेरुप्रयाणम् | The Dispute of the Six-Lineage Sages on the Supreme and Their Journey to Brahmā at Meru

L’Adhyāya 2 s’ouvre lorsque Sūta replace le récit dans le cycle récurrent d’un kalpa, au moment où l’activité de création recommence. Dans ce contexte, des sages dits “ṣaṭkulīya” (issus de six lignées) s’engagent dans une longue controverse sur ce qui mérite le nom de “param” (le Suprême) : chacun avance une proposition différente, sans conclusion définitive, car l’ultime est déclaré durnirūpya, difficile à déterminer et à définir. Pour sortir de l’impasse, ils se rendent auprès de Brahmā, le créateur cosmique, législateur impérissable, assis au milieu des louanges des dieux et de leurs adversaires. Le chapitre déploie ensuite un décor cosmographique éclatant : le sommet auspicious du mont Meru, peuplé de devas, dānavas, siddhas, cāraṇas, yakṣas et gandharvas, orné de joyaux, de bosquets, de grottes et de cascades. Dans ce paysage apparaît “Brahmavana”, une vaste forêt aux dimensions mesurées, avec des lacs d’eau pure et parfumée, des arbres en fleurs, et une grande cité rayonnante aux fortifications redoutables. Cette montée descriptive sert de seuil avant la résolution doctrinale, soulignant que la question du Suprême requiert l’approche d’une autorité cosmique reconnue dans un espace sacralisé.

Shlokas

Verse 1

सूत उवाच । पुरा कालेन महता कल्पेतीते पुनःपुनः । अस्मिन्नुपस्थिते कल्पे प्रवृत्ते सृष्ठिकर्मणि

Sūta dit : Jadis, après qu’un temps immense se fut écoulé et que maints kalpas se furent achevés maintes fois, lorsque ce kalpa advint et que l’acte de création commença, (le récit sacré prit naissance).

Verse 2

प्रतिष्ठितायां वार्तायां प्रबुद्धासु प्रजासु च । मुनीनां षट्कुलीयानां ब्रुवतामितरेतरम्

Lorsque l’entretien eut été dûment établi et que l’assemblée, l’esprit éveillé, écoutait avec attention, les sages des six lignées se mirent à converser entre eux.

Verse 3

इदं परमिदं नेति विवादस्सुमहानभूत् । परस्य दुर्निरूपत्वान्न जातस्तत्र निश्चयः

Alors s’éleva une très grande controverse : les uns disaient « Ceci est le Suprême », et les autres « Non, ce n’est pas cela ». Pourtant, nul jugement arrêté n’y fut obtenu, car le Suprême (Pati) est difficile à définir et ne se laisse pas saisir par les descriptions communes.

Verse 4

ते ऽभिजग्मुर्विधातारं द्रष्टुं ब्रह्माणमव्ययम् । यत्रास्ते भगवान् ब्रह्मा स्तूयमानस्सुरासुरैः

Alors ils allèrent voir l’Ordonnateur, Brahmā l’impérissable, là où le Bienheureux Seigneur Brahmā était assis, loué à la fois par les devas et les asuras.

Verse 5

मेरुशृंगे शुभे रम्ये देवदानवसंकुले । सिद्धचारणसंवादे यक्षगंधर्वसेविते

Sur le sommet auspiceux et ravissant du mont Meru—foisonnant de Devas et de Dānavas—là où les Siddhas et les Cāraṇas conversent, et que servent Yakṣas et Gandharvas.

Verse 6

विहंगसंघसंघुष्टे मणिविद्रुमभूषिते । निकुंजकंदरदरीगृहानिर्झरशोभिते

Le lieu retentissait des cris des volées d’oiseaux ; il était orné de gemmes et de corail ; et embelli par des bosquets, des grottes, des failles de la montagne, des retraites secrètes et des cascades étincelantes.

Verse 7

तत्र ब्रह्मवनं नाम नानामृगसमाकुलम् । दशयोजनविस्तीर्णं शतयोजनमायतम्

Là se trouvait une forêt nommée Brahmavana, foisonnante de bêtes sauvages de toutes sortes. Elle s’étendait sur dix yojanas de largeur et cent yojanas de longueur.

Verse 8

सुरसामलपानीयपूर्णरम्यसरोवरम् । मत्तभ्रमरसंछन्नरम्यपुष्पितपादपम्

C’était un lac ravissant, rempli d’une eau limpide et parfumée ; tout autour se dressaient de beaux arbres en pleine floraison, couverts d’abeilles enivrées.

Verse 9

तरुणादित्यसंकाशं तत्र चारु महत्पुरम् । दुर्धर्षबलदृप्तानां दैत्यदानवरक्षसाम्

Là se dressait une cité immense et splendide, rayonnante comme le jeune soleil levant—demeure des Daitya, des Dānava et des Rākṣasa, enivrés d’une puissance redoutable et imprenable.

Verse 10

तप्तजांबूनदमयं प्रांशुप्राकारतोरणम् । निर्व्यूहवलभीकूटप्रतोलीशतमंडितम्

Elle était façonnée d’or Jāmbūnada chauffé à blanc, avec de hauts remparts et des portiques voûtés; ornée de galeries en saillie, de faîtes de toits élevés et de centaines de portes splendides.

Verse 11

महार्हमणिचित्राभिर्लेलिहानमिवांबरम् । महाभवनकोटीभिरनेकाभिरलंकृतम्

Le ciel semblait scintiller et danser, comme peint de gemmes précieuses et inestimables; et la cité était parée d’innombrables grands palais, en myriades.

Verse 12

तस्मिन्निवसति ब्रह्मा सभ्यैः सार्धं प्रजापतिः । तत्र गत्वा महात्मानं साक्षाल्लोकपितामहम्

En ce lieu demeurait Prajāpati Brahmā, avec les anciens assemblés. S’y rendant, il s’approcha du grand d’âme—du véritable Aïeul des mondes, manifesté devant eux.

Verse 13

दद्दशुर्मुनयो देवा देवर्षिगणसेवितम् । शुद्धचामीकरप्रख्यं सर्वाभरणभूषितम्

Les sages et les dieux virent cette présence divine, entourée et servie par des cohortes de devarṣi—resplendissante comme l’or pur et parée de tous les ornements.

Verse 14

प्रसन्नवदनं सौम्यं पद्मपत्रायतेक्षणम् । दिव्यकांतिसमायुक्तं दिव्यगंधानुलेपनम्

Il était doux et de bon augure, le visage serein et souriant, les yeux pareils aux pétales du lotus; revêtu d’une splendeur divine et oint de parfums célestes.

Verse 15

दिव्यशुक्लांबरधरं दिव्यमालाविभूषितम् । सुरासुरेन्द्रयोगींद्रवंद्यमानपदांबुजम्

Revêtu d’éclatants vêtements blancs et paré d’une guirlande céleste, Il est le Seigneur dont les pieds de lotus reçoivent l’hommage incliné des chefs des dieux, des seigneurs des asuras et des yogins suprêmes.

Verse 16

सर्वलक्षणयुक्तांग्या लब्धचामरहस्तया । भ्राजमानं सरस्वत्या प्रभयेव दिवाकरम्

Pourvue de tous les signes de bon augure et tenant en main un cāmara, l’éventail de queue de yak, Sarasvatī resplendissait avec éclat—telle la radiance même du soleil.

Verse 17

तं दृष्ट्वा मुनयस्सर्वे प्रसन्नवदनेक्षणाः । शिरस्यंजलिमाधाय तुष्टुवुस्सुरपुंगवम्

En le voyant, tous les sages — le visage radieux et le regard joyeux — joignirent les paumes et les portèrent sur la tête en signe de révérence, puis louèrent le plus éminent des dieux.

Verse 18

मुनय ऊचुः । नमस्त्रिमूर्तये तुभ्यं सर्गस्थित्यंतहेतवे । पुरुषाय पुराणाय ब्रह्मणे परमात्मने

Les sages dirent : Hommage à Toi, Seigneur de la Trimūrti, cause de la création, du maintien et de la dissolution. Hommage à Toi, Purusha primordial, l’Ancien : Brahman lui-même, le Soi suprême (Paramātman).

Verse 19

नमः प्रधानदेहाय प्रधानक्षोभकारिणे । त्रयोविंशतिभेदेन विकृतायाविकारिणे

Hommage à Celui dont le corps est le Pradhāna (Nature primordiale), qui ébranle le Pradhāna pour le faire se manifester; qui se montre comme les évoluts en vingt-trois divisions, tout en demeurant Lui-même immuable et sans altération.

Verse 20

नमो ब्रह्माण्डदेहाय ब्रह्मांडोदरवर्तिने । तत्र संसिद्धकार्याय संसिद्धकरणाय च

Hommage à Celui dont le corps est le Brahmāṇḍa (l’œuf cosmique), qui demeure dans le sein de l’univers; hommage à Celui qui, en lui, est la fin parfaitement accomplie et aussi le moyen parfait de l’accomplir.

Verse 21

नमोस्तु सर्वलोकाय सर्वलोकविधायिने । सर्वात्मदेहसंयोग वियोगविधिहेतवे

Hommage à Toi qui es tous les mondes, et à Toi qui établis l’ordre de tous les mondes; à Toi, cause même de la loi qui opère l’union et la séparation des corps de tous les êtres avec le Soi intérieur (Ātman).

Verse 22

त्वयैव निखिलं सृष्टं संहृतं पालितं जगत् । तथापि मायया नाथ न विद्मस्त्वां पितामह

Par Toi seul, l’univers tout entier est créé, maintenu et résorbé. Et pourtant, ô Seigneur (Nātha), par Ta māyā nous ne Te connaissons pas vraiment—ô Pitāmaha (Brahmā, l’Aïeul).

Verse 23

सूत उवाच । एवं ब्रह्मा महाभागैर्महर्षिभिरभिष्टुतः । प्राह गंभीरया वाचा मुनीन् प्रह्लादयन्निव

Sūta dit : Ainsi loué par les nobles grands ṛṣi, Brahmā parla d’une voix profonde et résonnante, comme pour réjouir et rassurer les muni.

Verse 24

ब्रह्मोवाच । ऋषयो हे महाभागा महासत्त्वा महौजसः । किमर्थं सहितास्सर्वे यूयमत्र समागताः

Brahmā dit : «Ô ṛṣi, vous les plus fortunés, aux grandes âmes, rayonnants de puissance spirituelle, pour quelle raison vous êtes-vous tous assemblés et venus ici ?»

Verse 25

तमेवंवादिनं देवं ब्रह्माणं ब्रह्मवित्तमाः । वाग्भिर्विनयगर्भाभिस्सर्वे प्रांजलयो ऽब्रुवन्

Ainsi parla le divin Brahmā ; alors tous ces éminents connaisseurs du Brahman, les paumes jointes en signe de vénération, lui répondirent par des paroles empreintes d’humilité.

Verse 26

मुनय ऊचुः । भगवन्नंधकारेण महता वयमावृताः । खिन्ना विवदमानाश्च न पश्यामो ऽत्र यत्परम्

Les sages dirent : «Ô Bienheureux, une grande obscurité nous enveloppe. Nous sommes las et pris dans la controverse, et ici nous ne discernons pas le Suprême, ce qui est au-delà.»

Verse 27

त्वं हि सर्वजगद्धाता सर्वकारणकारणम् । त्वया ह्यविदितं नाथ नेह किंचन विद्यते

Tu es, en vérité, le soutien de l’univers entier, la cause de toutes les causes. Ô Seigneur (Nātha), il n’existe ici rien qui Te soit inconnu.

Verse 28

कः पुमान् सर्वसत्त्वेभ्यः पुराणः पुरुषः परः । विशुद्धः परिपूर्णश्च शाश्वतः परमेश्वरः

Qui est cette Personne suprême—plus ancienne que tous les êtres—transcendante, parfaitement pure, pleinement accomplie, éternelle, et le Seigneur suprême (Parameśvara) ?

Verse 29

केनैव चित्रकृत्येन प्रथमं सृज्यते जगत् । तत्त्वं वद महाप्राज्ञ स्वसंदेहापनुत्तये

«Par quel acte merveilleux cet univers est-il d’abord manifesté ? Ô grand sage à l’intelligence profonde, dis-moi le principe véritable (tattva), afin que mon doute soit dissipé.»

Verse 30

एवं पृष्टस्तदा ब्रह्मा विस्मयस्मेरवीक्षणः । देवानां दानवानां च मुनीनामपि सन्निधौ

Ainsi questionné, Brahmā—le regard brillant d’émerveillement et le sourire doux—, en la présence même des dieux, des Dānavas et des sages, se disposa à répondre.

Verse 31

उत्थाय सुचिरं ध्यात्वा रुद्र इत्युद्धरन् गिरिम् । आनंदक्लिन्नसर्वांगः कृतांजलिरभाषत

S’étant levé et ayant longtemps médité, il souleva la montagne en prononçant « Rudra ». Tout son corps était baigné de béatitude ; les paumes jointes en vénération, il parla alors.

Frequently Asked Questions

A group of ṣaṭkulīya sages become embroiled in a major dispute over which reality is “param” (supreme). Unable to decide, they go to Brahmā—praised by devas and asuras—at Meru, entering the sacral space of Brahmavana.

It dramatizes the epistemic limit that the ultimate cannot be conclusively fixed by rival assertions alone; the “param” is durnirūpya, prompting recourse to higher authority/revelation and a structured hierarchy of knowledge sources.

Meru’s peak and Brahmavana are foregrounded, populated by devas, asuras/dānavas, siddhas, cāraṇas, yakṣas, and gandharvas, along with lakes, jeweled ornamentation, and a radiant fortified city—marking a cosmographic prelude to doctrinal resolution.