Adhyaya 3
Rudra SamhitaSrishti KhandaAdhyaya 359 Verses

नारदमोहवर्णनम् — Description of Nārada’s Delusion

L’Adhyāya 3 s’ouvre sur un dialogue : les ṛṣis demandent respectueusement au narrateur ce qui advint après le départ de Viṣṇu et où se rendit Nārada. La réponse, transmise selon la chaîne purāṇique (Vyāsa introduit la parole de Sūta), donne une cause śaiva : par la volonté de Śiva, Viṣṇu—maître de la māyā—projette aussitôt une illusion extraordinaire. Au milieu du chemin des sages apparaît une cité immense et enchanteresse, surpassant les mondes ordinaires par son charme et sa diversité, peuplée d’hommes et de femmes et organisée comme un ordre social complet selon le caturvarṇa. Elle est gouvernée par le roi Śīlanidhi, riche et puissant, qui célèbre une grande fête liée au svayaṃvara de sa fille. Des princes arrivent de toutes parts, magnifiquement vêtus, désireux de remporter la main de la jeune fille. Devant ce prodige, Nārada s’éprend et tombe dans le moha ; poussé par la curiosité et un désir accru, il s’approche de la porte royale, ouvrant la voie à l’enseignement moral et théologique sur la māyā, l’attrait et la discipline de l’orgueil par une expérience ordonnée par le Divin.

Shlokas

Verse 1

ऋषय ऊचुः । सूतसूत महाभाग व्यासशिष्य नमोऽस्तु ते । अद्भुतेयं कथा तात वर्णिता कृपया हि नः

Les sages dirent : «Ô noble Sūta, disciple de Vyāsa, salutations à toi. Cher ami, avec compassion tu nous as raconté ce récit merveilleux ; pour nous, poursuis et explique-le davantage».

Verse 2

मुनौ गते हरिस्तात किं चकार ततः परम् । नारदोपि गतः कुत्र तन्मे व्याख्यातुमर्हसि

Ô vénérable seigneur, lorsque le sage fut parti, que fit Hari ensuite ? Et où Nārada se rendit-il aussi ? Daigne me l’expliquer.

Verse 3

इति श्रीशिव महापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां प्रथमखंडे सृष्ट्युपाख्याने नारदमोहवर्णनं नाम तृतीयोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa—au sein de la deuxième Rudrasaṃhitā, dans la première section (khaṇḍa) du récit de la Création—s’achève le troisième chapitre intitulé «Description de l’illusion de Nārada».

Verse 4

सूत उवाच । मुनौ यदृच्छया विष्णुर्गते तस्मिन्हि नारदे । शिवेच्छया चकाराशु माया मायाविशारदः

Sūta dit : Lorsque Nārada s’en fut ainsi, par hasard, auprès du sage Viṣṇu (Brahmā), Viṣṇu—habile dans les œuvres de la māyā—façonna aussitôt une illusion, selon la volonté de Śiva.

Verse 5

मुनिमार्गस्य मध्ये तु विरेचे नगरं महत् । शतयोजनविस्तारमद्भुतं सुमनोहरम्

Au cœur du sentier sacré des sages resplendissait une grande cité nommée Vireca, merveilleuse et d’un charme exquis, s’étendant sur cent yojanas.

Verse 6

स्वलोकादधिकं रम्यं नानावस्तुविराजितम् । नरनारीविहाराढ्यं चतुर्वर्णाकुलं परम्

Elle était plus délicieuse que le monde même de Brahmā, resplendissante de merveilles diverses; riche des mouvements gracieux des hommes et des femmes, et sublime comme un royaume suprême rempli des quatre varṇa.

Verse 7

तत्र राजा शीलनिर्धिर्नामैश्वर्यसमन्वितः । सुतास्वयम्वरोद्युक्तो महोत्सवसमन्वितः

Là se trouvait un roi nommé Śīlanirdhi, comblé de prospérité et de puissance royale ; il préparait le svayaṃvara de sa fille, et l’occasion était ornée d’une grande fête solennelle.

Verse 8

चतुर्दिग्भ्यः समायातैस्संयुतं नृपनन्दतैः । नानावेषैस्सुशोभैश्च तत्कन्यावरणोत्सुकैः

Des quatre directions arrivèrent des princes—fils de rois—rassemblés ensemble, splendides en maints atours, avides de conquérir la main de cette jeune fille.

Verse 9

एतादृशम्पुरं दृष्ट्वा मोहम्प्राप्तोऽथ नारदः । कौतुकी तन्नृपद्वारं जगाम मदनेधितः

Voyant une cité si merveilleuse, Nārada fut saisi de trouble. Poussé par la curiosité—et plus encore attisé par le désir—il se rendit à la porte du roi.

Verse 10

आगतं मुनिवर्यं तं दृष्ट्वा शीलनिधिर्नृपः । उपवेश्यार्चयांचक्रे रत्नसिंहासने वरे

Voyant arriver ce sage éminent, le roi Śīlanirdhi, modèle de noble conduite, le fit asseoir sur un trône précieux serti de joyaux et l’honora comme il se doit par une vénération rituelle.

Verse 11

अथ राजा स्वतनयां नामतश्श्रीमतीं वराम् । समानीय नारदस्य पादयोस्समपातयत्

Alors le roi fit venir sa propre fille, l’excellente jeune fille nommée Śrīmatī, et la fit se prosterner aux pieds de Nārada.

Verse 12

तत्कन्यां प्रेक्ष्य स मुनिर्नारदः प्राह विस्मितः । केयं राजन्महाभागा कन्या सुरसुतोपमा

À la vue de cette jeune fille, le sage Nārada s’exclama, émerveillé : « Ô Roi, qui est cette jeune fille si fortunée, semblable à une fille des dieux ? »

Verse 13

तस्य तद्वचनं श्रुत्वा राजा प्राह कृतांजलिः । दुहितेयं मम मुने श्रीमती नाम नामतः

Entendant ces paroles, le roi, les mains jointes avec dévotion, répondit : « Ô sage, voici ma fille ; son nom est Śrīmatī. »

Verse 14

प्रदानसमयं प्राप्ता वरमन्वेषती शुभम् । सा स्वयंवरसंप्राप्ता सर्वलक्षणलक्षिता

Quand vint le moment de la donner en mariage, elle rechercha un époux de bon augure. Pourvue de tous les signes nobles et de toute excellence, elle se rendit au svayaṃvara afin de choisir elle-même son époux.

Verse 15

अस्या भाग्यं वद मुने सर्वं जातकमादरात् । कीदृशं तनयेयं मे वरमाप्स्यति तद्वद

«Ô sage, dis-moi avec soin toute sa destinée et le récit complet de son thème natal. Quel époux cette fille mienne obtiendra-t-elle ? Je t’en prie, parle et dis-le-moi.»

Verse 16

इत्युक्तो मुनिशार्दूलस्तामिच्छुः कामविह्वलः । समाभाष्य स राजानं नारदो वाक्यमब्रवीत्

Ainsi interpellé, Nārada—tigre parmi les sages—la désirant et ébranlé par le désir, après s’être entretenu avec courtoisie avec le roi, prononça ces paroles.

Verse 17

सुतेयं तव भूपाल सर्वलक्षणलक्षिता । महाभाग्यवती धन्या लक्ष्मीरिव गुणालया

Ô roi, cette fille qui est la tienne est parée de tous les signes de bon augure. Elle est extrêmement fortunée et bénie—telle Lakṣmī elle-même, demeure des nobles vertus.

Verse 18

सर्वेश्वरोऽजितो वीरो गिरीशसदृशो विभुः । अस्याः पतिर्ध्रुवं भावी कामजित्सुरसत्तमः

Il est le Seigneur de tout, invaincu et héroïque, omniprésent, semblable à Girīśa (Śiva) lui-même. Il deviendra assurément son époux : vainqueur du désir, le plus éminent parmi les dieux.

Verse 19

इत्युक्त्वा नृपमामंत्र्य ययौ यादृच्छिको मुनिः । बभूव कामविवशश्शिवमाया विमोहितः

Après avoir ainsi parlé, le sage Yādṛcchika prit congé du roi et s’en alla. Puis, dominé par le désir, il fut égaré et illusionné par la Māyā de Śiva.

Verse 20

चित्ते विचिन्त्य स मुनिराप्नुयां कथमेनकाम् । स्वयंवरे नृपालानामेकं मां वृणुयात्कथम्

Réfléchissant en son cœur, le sage se dit : «Comment pourrais-je obtenir cette jeune fille tant désirée ? Dans le svayaṃvara, parmi tant de rois, comment me choisirait-elle, moi seul ?»

Verse 21

सौन्दर्यं सर्वनारीणां प्रियं भवति सर्वथा । तद्दृष्ट्वैव प्रसन्ना सा स्ववशा नात्र संशयः

La beauté est, en toute manière, chère à toutes les femmes. À sa seule vue, elle se réjouit et tombe sous son influence — il n’y a là aucun doute.

Verse 22

विधायेत्थं विष्णुरूपं ग्रहीतुं मुनिसत्तमः । विष्णुलोकं जगामाशु नारदः स्मरविह्वलः

Ayant ainsi décidé de prendre la forme de Viṣṇu, le plus éminent des sages—Nārada—se rendit promptement au séjour de Viṣṇu, l’esprit agité par le désir amoureux. Selon la perspective śaiva, même de tels êtres exaltés demeurent mus par les élans de la māyā, jusqu’à ce que la grâce de Pati (Śiva) affermisse le cœur.

Verse 23

प्रणिपत्य हृषीकेशं वाक्यमेतदुवाच ह । रहसि त्वां प्रवक्ष्यामि स्ववृत्तान्तमशेषतः

S’étant prosterné devant Hṛṣīkeśa (Seigneur des sens), il prononça ces mots : «En secret, je te dirai entièrement—sans rien omettre—tout le récit de mon histoire».

Verse 24

तथेत्युक्ते तथा भूते शिवेच्छा कार्यकर्त हि । ब्रूहीत्युक्तवति श्रीशे मुनिराह च केशवम्

Lorsqu’il dit : « Qu’il en soit ainsi », et que cela advint de la sorte, ce fut en vérité la volonté de Śiva qui accomplit l’œuvre. Puis, lorsque Śrīśa (Viṣṇu, Seigneur de Lakṣmī) dit : « Parle », le sage s’adressa à Keśava (Viṣṇu).

Verse 25

नारद उवाच । त्वदीयो भूपतिः शीलनिधिस्स वृषतत्परः । तस्य कन्या विशालाक्षी श्रीमतीवरवर्णिनी

Nārada dit : « Ton roi est un trésor de noble conduite, toujours voué au dharma. Il a une fille aux grands yeux, de bon augure et illustre, au teint d’une beauté parfaite. »

Verse 26

जगन्मोहिन्यभिख्याता त्रैलोक्येप्यति सुन्दरी । परिणेतुमहं विष्णो तामिच्छाम्यद्य मा चिरम्

Ô Viṣṇu, elle est renommée comme « l’Enchanteresse des mondes », d’une beauté extrême même dans les trois sphères. Je désire l’épouser aujourd’hui, sans tarder.

Verse 27

स्वयंवरं चकरासौ भूपतिस्तनयेच्छया । चतुर्दिग्भ्यः समायाता राजपुत्रास्सहस्रशः

«Désireux d’exaucer le vœu de sa fille, ce roi organisa un svayaṃvara. Des quatre directions affluèrent des milliers de princes.»

Verse 28

यदि दास्यसि रूपं मे तदा तां प्राप्नुयां ध्रुवम् । त्वद्रूपं सा विना कंठे जयमालां न धास्यति

«Si tu m’accordes ta forme, alors je l’obtiendrai à coup sûr. Sans ta forme, elle ne déposera pas à mon cou la guirlande de la victoire.»

Verse 29

स्वरूपं देहि मे नाथ सेवकोऽहं प्रियस्तव । वृणुयान्मां यथा सा वै श्रीमती क्षितिपात्मजा

«Ô Seigneur, révèle-moi ta forme véritable. Je suis ton serviteur et l’aimé de ton cœur. Fais que Śrīmatī, l’illustre fille de la Terre, m’accepte, comme elle accepta celui qu’elle choisit.»

Verse 30

सुत उवाच वचः श्रुत्वा मुनेरित्थं विहस्य मधुसूदनः । शांकरीं प्रभुतां बुद्ध्वा प्रत्युवाच दयापरः

Sūta dit : Ayant entendu ainsi les paroles du sage, Madhusūdana (Viṣṇu) sourit. Reconnaissant la souveraineté suprême de Śaṅkarī (la Śakti de Śiva), le Compatissant répondit à son tour.

Verse 31

विष्णुरुवाच । स्वेष्टदेशं मुने गच्छ करिष्यामि हितं तव । भिषग्वरो यथार्त्तस्य यतः प्रियतरोऽसि मे

Viṣṇu dit : «Ô sage, va au lieu que tu désires. J’accomplirai ce qui t’est salutaire, car tu m’es très cher, comme le meilleur médecin l’est à celui qui souffre.»

Verse 32

इत्युक्त्वा मुनये तस्मै ददौ विष्णुर्मुखं हरे । स्वरूपमनुगृह्यास्य तिरोधानं जगाम सः

Après avoir ainsi parlé au sage, Viṣṇu accorda à Hari son propre visage divin. Puis, par grâce, il lui révéla sa forme véritable, se déroba aux regards et s’en alla.

Verse 33

एवमुक्तो मुनिर्हृष्टः स्वरूपं प्राप्य वै हरेः । मेने कृतार्थमात्मानं तद्यत्नं न बुबोध सः

Ainsi averti, le sage se réjouit ; ayant vraiment obtenu la forme de Hari, il se crut pleinement accompli. Mais il ne comprit pas l’intention plus profonde de cet effort.

Verse 34

अथ तत्र गतः शीघ्रन्नारदो मुनिसत्तमः । चक्रे स्वयम्वरं यत्र राजपुत्रैस्समाकुलम्

Alors le grand sage Nārada s’y rendit promptement. Là où se pressaient les princes, il organisa lui-même le svayaṃvara (la cérémonie où l’épouse choisit d’elle-même).

Verse 35

स्वयम्वरसभा दिव्या राजपुत्रसमावृता । शुशुभेऽतीव विप्रेन्द्रा यथा शक्रस भा परा

Ô le meilleur des brāhmanes, cette salle divine du svayaṃvara, entourée de princes, resplendissait à l’excès, splendide comme l’auguste salle d’assemblée d’Indra.

Verse 36

तस्यां नृपसभायां वै नारदः समुपाविशत् । स्थित्वा तत्र विचिन्त्येति प्रीतियुक्तेन चेतसा

Dans cette assemblée royale, Nārada prit véritablement place. Demeurant là, il réfléchit en lui-même, l’esprit rempli de joie et d’une dévotion tendre.

Verse 37

मां वरिष्यति नान्यं सा विष्णुरूपधरन्ध्रुवम् । आननस्य कुरूपत्वं न वेद मुनिसत्तमः

«C’est moi qu’elle choisira pour époux—assurément nul autre—bien que je porte la forme de Viṣṇu. Ô le plus excellent des sages, elle ne connaît pas la laideur de mon visage.»

Verse 38

पूर्वरूपं मुनिं सर्वे ददृशुऽस्तत्र मानवाः । तद्भेदं बुबुधुस्ते न राजपुत्रादयो द्विजाः

Là, tous virent le sage dans son apparence première; pourtant ils ne reconnurent pas le changement en lui, et les deux-fois-nés, à commencer par les princes, ne saisirent pas la différence.

Verse 39

तत्र रुद्रगणौ द्वौ तद्रक्षणार्थं समागतौ । विप्ररूपधरौ गूढौ तत्रेदं जज्ञतुः परम्

Là, deux serviteurs de Rudra vinrent afin de protéger cela. Cachés et revêtant la forme de brāhmaṇas, ces deux-là y connurent la réalité suprême.

Verse 40

मूढ मत्वा मुनिं तौ तन्निकटं जग्मतुर्गणौ । कुरुतस्तत्प्रहासं वै भाषमाणौ परस्परम्

Le prenant pour un sot, les deux serviteurs s’approchèrent du muni ; se parlant l’un à l’autre, ils se moquèrent ouvertement de lui et éclatèrent de rire.

Verse 41

पश्य नारद रूपं हि विष्णोरिव महोत्तमम् । मुखं तु वानरस्येव विकटं च भयंकरम्

«Vois, ô Nārada : cette forme est souverainement sublime, telle celle de Viṣṇu ; mais son visage est comme celui d’un singe, difforme et terrifiant.»

Verse 42

इच्छत्ययं नृपसुता वृथैव स्मरमोहितः । इत्युक्त्वा सच्छलं वाक्यमुपहासं प्रचक्रतुः

«La fille du roi le désire, mais c’est en vain, car il est égaré par Kāma.» Ainsi parlant, tous deux prononcèrent des paroles trompeuses et se mirent à le railler.

Verse 43

न शुश्राव यथार्थं तु तद्वाक्यं स्मरविह्वलः । पर्यैक्षच्छ्रीमतीं तां वै तल्लिप्सुर्मोहितो मुनिः

Troublé par le désir, le sage ne saisit pas vraiment le sens de ses paroles. Égaré et avide de la posséder, il ne cessait de regarder cette dame illustre, encore et encore.

Verse 44

एतस्मिन्नंतरे भूपकन्या चांतःपुरात्तु सा । स्त्रीभिस्समावृता तत्राजगाम वरवर्णिनी

Cependant, la fille du roi, au teint éclatant, sortit des appartements intérieurs du palais et s’y rendit, entourée de femmes de service.

Verse 45

मालां हिरण्मयीं रम्यामादाय शुभ क्षणा । तत्र स्वयम्बरे रेजे स्थिता मध्ये रमेव सा

En cet instant propice, elle prit une ravissante guirlande d’or. Debout au milieu de l’assemblée du svayaṃvara, elle y resplendissait—telle Lakṣmī elle-même.

Verse 46

बभ्राम सा सभां सर्वां मालामादाय सुव्रता । वरमन्वेषती तत्र स्वात्माभीष्टं नृपात्मजा

Tenant la guirlande en main, cette princesse vertueuse parcourut toute l’assemblée, y cherchant l’époux véritablement désiré par son propre cœur.

Verse 47

वानरास्यं विष्णुतनुं मुनिं दृष्ट्वा चुकोप सा । दृष्टिं निवार्य च ततः प्रस्थिता प्रीतमानसा

Voyant le muni au visage de singe et au corps semblable à celui de Viṣṇu, elle s’emporta. Puis, retenant son regard, elle s’en alla de là, l’esprit revenu au calme.

Verse 48

न दृष्ट्वा स्ववरं तत्र त्रस्तासीन्मनसेप्सितम् । अंतस्सभास्थिता कस्मिन्नर्पयामास न स्रजम्

Ne voyant pas là l’époux de son choix—celui que désirait son cœur—elle fut saisie d’effroi. Debout dans la salle de l’assemblée, elle ne put poser la guirlande sur personne.

Verse 49

एतस्मिन्नंतरे विष्णुराजगाम नृपाकृतिः । न दृष्टः कैश्चिदपरैः केवलं सा ददर्श हि

Entre-temps, Viṣṇu arriva en ce lieu, prenant l’apparence d’un roi. Nul autre ne le vit—en vérité, elle seule le contempla.

Verse 50

अथ सा तं समालोक्य प्रसन्नवदनाम्बुजा । अर्पयामास तत्कण्ठे तां मालां वरवर्णिनी

Alors elle le contempla, et son visage, tel un lotus, rayonna de joie. La dame, la plus accomplie et au teint lumineux, posa cette guirlande à son cou.

Verse 51

तामादाय ततो विष्णू राजरूपधरः प्रभुः । अंतर्धानमगात्सद्यस्स्वस्थानं प्रययौ किल

Alors le Seigneur Viṣṇu, revêtu de la forme d’un roi, l’emmena avec lui. Aussitôt il devint invisible et, en vérité, partit vers sa propre demeure.

Verse 52

सर्वे राजकुमाराश्च निराशाः श्रीमतीम्प्रति । मुनिस्तु विह्वलोऽतीव बभूव मदनातुरः

Tous les princes furent sans espoir à l’égard de Śrīmatī. Mais le sage, tout bouleversé, fut tourmenté par Kāma, la fièvre du désir.

Verse 53

तदा तावूचतुस्सद्यो नारदं स्वरविह्वलम् । विप्ररूपधरौ रुद्रगणौ ज्ञानविशारदौ

Alors, ces deux Rudra-gaṇa—experts en la connaissance spirituelle et revêtus de la forme de sages brāhmanes—s’adressèrent aussitôt à Nārada, dont la voix tremblait d’émotion.

Verse 54

गणावूचतुः । हे नारदमुने त्वं हि वृथा मदनमोहितः । तल्लिप्सुस्स्वमुखं पश्य वानरस्येव गर्हितम्

Les Gaṇa dirent : «Ô sage Nārada, tu es vainement abusé par Kāma, le dieu du désir. Si tu la convoites, regarde ton propre visage : méprisable comme celui d’un singe.»

Verse 55

सूत उवाच । इत्याकर्ण्य तयोर्वाक्यं नारदो विस्मितोऽभवत् । मुखं ददर्श मुकुरे शिवमायाविमोहितः

Sūta dit : Ayant entendu les paroles de ces deux-là, Nārada fut saisi d’étonnement. Troublé par la māyā de Śiva, il regarda dans un miroir et vit son propre visage.

Verse 56

स्वमुखं वानरस्येव दृष्ट्वा चुक्रोध सत्वरम् । शापन्ददौ तयोस्तत्र गणयोर्मोहितो मुनिः

Voyant son propre visage comme celui d’un singe, le sage s’emporta aussitôt. Trompé sur-le-champ par ces deux gaṇa, il prononça alors une malédiction contre eux.

Verse 57

युवां ममोपहासं वै चक्रतुर्ब्राह्मणस्य हि । भवेतां राक्षसौ विप्रवीर्यजौ वै तदाकृती

Vous vous êtes moqués de moi, un brāhmaṇa. Par conséquent, puissiez-vous devenir des rākṣasas — nés du pouvoir d'un brāhmaṇa — et assumer cette forme même.

Verse 58

श्रुत्वा हरगणावित्थं स्वशापं ज्ञानिसत्तमौ । न किंचिदूचतुस्तौ हि मुनिमाज्ञाय मोहितम्

En apprenant par les serviteurs de Śiva leur propre malédiction, ces deux sages parmi les plus éminents ne dirent rien, comprenant que le sage avait été égaré par une puissance supérieure.

Verse 59

स्वस्थानं जग्मतुर्विप्रा उदासीनौ शिवस्तुतिम् । चक्रतुर्मन्यमानौ वै शिवेच्छां सकलां सदा

Ces sages brahmanes retournèrent dans leur propre demeure, restant détachés ; et ils entonnèrent des hymnes à la louange de Śiva, considérant toujours que tout, dans sa totalité, ne procède que par la volonté de Śiva.

Frequently Asked Questions

Nārada encounters an astonishing, magically manifested city and royal svayaṃvara setting; captivated by it, he enters a state of moha—an episode initiated through Śiva’s will and executed via māyā.

It dramatizes how even an exalted sage can be drawn into desire and fascination when māyā operates; the narrative functions as a corrective lesson, showing moha as a divinely permitted veil that ultimately redirects the aspirant toward higher discernment.

Māyā as a world-forming power (creating a full city, social order, and festival) and Śivecchā as the superior directive principle behind the event; Viṣṇu appears as māyāviśārada, the adept instrument through whom the illusion is produced.