Adhyaya 24
Rudra SamhitaSati KhandaAdhyaya 2461 Verses

सती-शिवचरित्रप्रसङ्गः / The Account of Satī and Śiva’s Divine Conduct (Prelude to Detailed Narrative)

L’Adhyāya 24 s’ouvre sur une transition dialoguée : Nārada, après avoir entendu les louanges auspiciées de Śiva et de Satī, demande à Brahmā un récit plus complet de leur conduite ultérieure et de la dimension « plus haute » de leur renommée. Brahmā situe l’histoire dans la laukikī gati, un mode mondain adopté, et présente les événements comme une līlā, un jeu divin, plutôt que comme une causalité ordinaire. Le chapitre met en avant la tension doctrinale entre la séparation narrative et l’unité métaphysique : certains disent que Satī connut une séparation d’avec Śaṅkara, mais le texte affirme aussitôt leur inséparabilité essentielle, comme la parole et le sens (vāk-artha), rendant une disjonction littérale philosophiquement difficile. La résolution est que tout se déroule par intention et jeu divins, selon « les voies du monde » à des fins d’instruction. Le récit rappelle ensuite l’épisode du sacrifice : Satī, fille de Dakṣa, voyant le mépris envers Śiva lors du rite paternel et entendant l’irrespect envers Śambhu, abandonne son corps en ce lieu ; puis elle se manifeste de nouveau dans l’Himālaya comme Pārvatī et, par une grande tapas, obtient Śiva, l’union s’accomplissant par le mariage. Le cadre revient à la narration de Sūta : Nārada prie encore Brahmā/Vidhātṛ d’exposer en détail l’histoire de Śiva–Satī, conforme à la conduite mondaine et à sa signification profonde, préparant l’élaboration des vers suivants.

Shlokas

Verse 1

नारद उवाच । ब्रह्मन् विधे प्रजानाथ महाप्राज्ञ कृपाकर । श्रावितं शंकरयशस्सतीशंकरयोः शुभम्

Nārada dit : Ô Brahmā, ô Vidhi le Créateur, ô Seigneur des créatures—toi, si grand en sagesse et en compassion—raconte-moi la gloire auspicious et sacrée de Śaṅkara, ainsi que le récit béni de Satī et de Śaṅkara.

Verse 2

इदानीं ब्रूहि सत्प्रीत्या परं तद्यश उत्तमम् । किमकार्ष्टां हि तत्स्थौ वै चरितं दंपती शिवौ

À présent, dis-le avec une affection sincère : cette gloire suprême et excellente. En vérité, qu’accomplirent là-bas l’auguste couple divin—Śiva et Satī ? Décris leur récit sacré.

Verse 3

ब्रह्मोवाच । सतीशिवचरित्रं च शृणु मे प्रेमतो मुने । लौकिकीं गतिमाश्रित्य चिक्रीडाते सदान्वहम्

Brahmā dit : Ô sage, écoute-moi avec amour au sujet du récit sacré de Satī et de Śiva. Adoptant une manière d’agir mondaine, tous deux se divertissaient ensemble, jour après jour, sans cesse.

Verse 4

ततस्सती महादेवी वियोगमलभन्मुने । स्वपतश्शंकरस्येति वदंत्येके सुबुद्धयः

Alors, ô sage, Satī, la Grande Déesse, en vint à éprouver la séparation — la séparation d’avec son propre Seigneur, Śaṅkara ; ainsi le disent certains sages avisés.

Verse 5

वागर्थाविव संपृक्तौ शक्तोशौ सर्वदा चितौ । कथं घटेत च तयोर्वियोगस्तत्त्वतो मुने

Comme la parole et son sens, Śakti et Īśa sont à jamais conjoints—tous deux sont pure conscience. Ô sage, comment une séparation réelle pourrait-elle, en vérité, advenir entre eux ?

Verse 6

लीलारुचित्वादथ वा संघटेताऽखिलं च तत् । कुरुते यद्यदीशश्च सती च भवरीतिगौ

Ou bien encore, par le seul plaisir de sa līlā divine, le Seigneur peut rassembler tout cet ordre entier. Quoi que fasse l’Īśa suprême—et Satī de même—tous deux se meuvent selon le cours établi du bhava, le devenir du monde.

Verse 7

सा त्यक्ता दक्षजा दृष्ट्वा पतिना जनकाध्वरे । शंभोरनादरात्तत्र देहं तत्याज संगता

Là, au sacrifice de son père, la fille de Dakṣa (Satī)—se voyant délaissée dans l’honneur et voyant son époux Śambhu traité avec mépris—abandonna son corps, résolue dans son dessein.

Verse 8

पुनर्हिमालये सैवाविर्भूता नामतस्सती । पार्वतीति शिवं प्राप तप्त्वा भूरि विवाहतः

De nouveau, elle se manifesta dans l’Himalaya, en tant que fille d’Himālaya. De nom, elle était cette même Satī, et l’on la connut sous le nom de Pārvatī. Après de nombreuses austérités, elle obtint le Seigneur Śiva pour époux par le saint mariage.

Verse 9

सूत उवाच । इत्याकर्ण्य वचस्तस्य ब्रह्मणस्स तु नारदः । पप्रच्छ च विधातारं शिवाशिवमहद्यशः

Sūta dit : Ayant ainsi entendu les paroles de Brahmā, le sage Nārada—dont la grande renommée touche à la fois l’auspicieux et le funeste—questionna de nouveau le Créateur.

Verse 10

नारद उवाच । विष्णुशिष्य महाभाग विधे मे वद विस्तरात् । शिवाशिवचरित्रं तद्भवाचारपरानुगम्

Nārada dit : « Ô noble, disciple de Viṣṇu ! Ô Vidhī (Brahmā), expose-moi en détail le récit sacré de Śiva et de Satī, ainsi que la conduite et les disciplines qui en procèdent et qu’il convient de suivre. »

Verse 11

किमर्थं शंकरो जायां तत्याज प्राणतः प्रियाम् । तस्मादाचक्ष्व मे तात विचित्रमिति मन्महे

« Pour quelle raison Śaṅkara abandonna-t-il son épouse, plus chère pour lui que la vie même ? Aussi, cher père, explique-le-moi ; nous tenons cela pour une chose merveilleuse. »

Verse 12

कुतोऽह्यध्वरजः पुत्रां नादरोभूच्छिवस्य ते । कथं तत्याज सा देहं गत्वा तत्र पितृक्रतौ

«Comment se fait-il que Dakṣa, maître du sacrifice, n’ait montré aucun respect envers Śiva, le Seigneur de ta fille ? Et comment, s’étant rendue au rite sacrificiel de son père, abandonna-t-elle son corps en ce lieu ? »

Verse 13

ततः किमभवत्तत्र किमकार्षीन्महेश्वरः । तत्सर्वं मे समाचक्ष्व श्रद्धायुक् तच्छुतावहम्

«Alors, que se passa-t-il là-bas, et qu’accomplit Maheśvara ? Dis-m’en tout en détail, car je suis rempli de foi et avide de l’entendre.»

Verse 14

ब्रह्मोवाच । शृणु तात परप्रीत्या मुनिभिस्सह नारद । सुतवर्य महाप्राज्ञ चरितं शशिमौलिनः

Brahmā dit : «Cher fils Nārada, écoute avec une joie suprême, en compagnie des sages. Ô le plus éminent des Sūtas, ô grandement sage, entends le récit sacré du Seigneur au croissant de lune (Śiva).»

Verse 15

नमस्कृत्य महेशानं हर्यादिसुरसेवितम् । परब्रह्म प्रवक्ष्यामि तच्चरित्रं महाद्भुतम्

Après m’être incliné devant Maheśāna—servi et vénéré par Hari (Viṣṇu) et les autres dieux—je vais maintenant proclamer le Parabrahman et son récit divin, merveille entre les merveilles.

Verse 16

सर्वेयं शिवलीला हि बहुलीलाकरः प्रभुः । स्वतंत्रो निर्विकारी च सती सापि हि तद्विधा

Tout ceci, en vérité, est la līlā divine de Śiva. Le Seigneur, qui déploie d’innombrables līlās, est parfaitement libre et immuable; et Satī est, elle aussi, de cette même nature.

Verse 17

अन्यथा कस्समर्थो हि तत्कर्मकरणे मुने । परमात्मा परब्रह्म स एव परमेश्वरः

Autrement, ô sage, qui pourrait vraiment accomplir cet acte ? Lui seul—Śiva, le Soi suprême, le Parabrahman—est en vérité le Parameśvara, le Seigneur suprême.

Verse 18

यं सदा भजते श्रीशोऽहं चापि सकलाः सुराः । मुनयश्च महात्मानः सिद्धाश्च सनकादयः

Celui que le Seigneur de Śrī (Viṣṇu) adore sans cesse—et que moi aussi, avec tous les dieux, je révère ; Celui que les sages magnanimes et les Siddha, à commencer par Sanaka, vénèrent continuellement.

Verse 19

शेषस्सदा यशो यस्य मुदा गायति नित्यशः । पारं न लभते तात स प्रभुश्शंकरः शिवः

Ô cher, même Shesha, qui chante toujours Sa gloire avec joie jour après jour, n'atteint pas Sa limite. Ce Seigneur est Shankara—Shiva, le Maître suprême.

Verse 20

तस्यैव लीलया सर्वोयमिति तत्त्वविभ्रमः । तत्र दोषो न कस्यापि सर्वव्यापी स प्रेरकः

Par Son propre jeu divin surgit l'illusion : « Tout ceci est une réalité (indépendante) ». En cela, aucun être individuel n'est en faute, car Lui, le Seigneur omniprésent, est l'impulseur intérieur de tout.

Verse 21

एकस्मिन्समये रुद्रस्सत्या त्रिभुवने भवः । वृषमारुह्य पर्याटद्रसां लीलाविशारदः

À une époque, Bhava—Rudra—accompagné de Satī, parcourait les trois mondes, monté sur le Taureau, se délectant du jeu divin et pleinement expert en ses merveilleuses expressions.

Verse 22

आगत्य दण्डकारण्यं पर्यटन् सागरांबराम् । दर्शयन् तत्र गां शोभां सत्यै सत्यपणः प्रभुः

Arrivant dans la forêt de Daṇḍaka, le Seigneur — fidèle à Sa parole donnée — erra sur la terre, vêtue pour ainsi dire de l'océan comme vêtement, montrant à Satī la splendeur et la beauté de cette terre.

Verse 23

तत्र रामं ददर्शासौ लक्ष्मणेनान्वितं हरः । अन्विष्यंतं प्रियां सीतां रावणेन हृता छलात्

Là, le Seigneur Hara (Śiva) vit Rāma accompagné de Lakṣmaṇa, cherchant sa bien-aimée Sītā, que Rāvaṇa avait enlevée par ruse.

Verse 24

इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां द्वितीये सतीखंडे रामपरीक्षावर्णनं नाम चतुर्विंशोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa — au Deuxième Livre, la Rudra Saṃhitā, dans la seconde section appelée Satī Khaṇḍa — s’achève le vingt-quatrième chapitre intitulé « Description de l’épreuve de Rāma ».

Verse 25

समिच्छंतं च तत्प्राप्तिं पृच्छंतं तद्गतिं हृदा । कुजादिभ्यो नष्टधियमत्रपं शोकविह्वलम्

Il désirait ardemment la rejoindre, et dans son cœur ne cessait de demander sa route et son lieu. Mais devant Kuja et les autres, il avait perdu toute stabilité d’esprit : sans retenue dans sa détresse, bouleversé par le chagrin.

Verse 26

सूर्यवंशोद्भवं वीरं भूपं दशरथात्मजम् । भरताग्रजमानंदरहितं विगतप्रभम्

Il vit le roi vaillant—issu de la dynastie solaire, fils de Daśaratha, frère aîné de Bharata—désormais privé de joie, la splendeur éteinte.

Verse 27

पूर्णकामो वराधीनं प्राणमत्स्म मुदा हरः । रामं भ्रमन्तं विपिने सलक्ष्मणमुदारधीः

Bien qu’à jamais comblé, le Seigneur Hara—ému de joie et selon sa propre grâce—s’inclina en hommage. Le Seigneur au cœur magnanime vit Rāma errant dans la forêt avec Lakṣmaṇa.

Verse 28

जयेत्युक्त्वाऽन्यतो गच्छन्नदात्तस्मै स्वदर्शनम् । रामाय विपिने तस्मिच्छंकरो भक्तवत्सलः

Disant « Victoire ! », puis s’en allant ailleurs, Śaṅkara—compatissant et toujours tendre envers ses dévots—lui accorda là, dans cette forêt, sa propre vision divine (darśana), pour Rāma.

Verse 29

इतीदृशीं सतीं दृष्ट्वा शिवलीलां विमोहनीम् । सुविस्मिता शिवं प्राह शिवमायाविमोहिता

Voyant Satī en un tel état et contemplant la līlā de Śiva, si envoûtante et troublante, elle fut saisie d’étonnement ; abusée par la propre Māyā de Śiva, elle s’adressa au Seigneur Śiva.

Verse 30

सत्युवाच । देव देव परब्रह्म सर्वेश परमेश्वर । सेवंते त्वां सदा सर्वे हरिब्रह्मादयस्सुराः

Satī dit : «Ô Dieu des dieux, ô Brahman suprême — ô Seigneur de tout, ô Souverain suprême — tous les dieux, à commencer par Hari (Viṣṇu) et Brahmā, te vénèrent et te servent sans cesse.»

Verse 31

त्वं प्रणम्यो हि सर्वेषां सेव्यो ध्येयश्च सर्वदा । वेदांतवेद्यो यत्नेन निर्विकारी परप्रभुः

Tu es vraiment digne de l’hommage de tous ; toujours digne d’être servi et sans cesse objet de méditation. Par le Vedānta on Te connaît au prix d’un effort fervent : immuable, Seigneur suprême au-delà de tout.

Verse 32

काविमौ पुरुषौ नाथ विरहव्याकुलाकृती । विचरंतौ वने क्लिष्टौ दीनौ वीरौ धनुर्धरौ

Ô Seigneur, ces deux hommes, dont l’aspect est bouleversé par la douleur de la séparation, errent dans la forêt, épuisés et accablés ; bien qu’ils soient de vaillants archers, ils paraissent abattus et misérables.

Verse 33

तयोर्ज्येष्ठं कंजश्यामं दृष्ट्वा वै केन हेतुना । सुदितस्सुप्रसन्नात्माऽभवो भक्त इवाऽधुना

En voyant l’aîné d’entre eux, sombre comme le lotus, pour quelle raison donc Sudita devint-il aussitôt paisible au-dedans et rayonnant de joie, comme s’il était alors un dévot de Śiva ?

Verse 34

इति मे संशयं स्वामिञ्शंकर छेत्तुमर्हसि । सेव्यस्य सेवकेनैव घटते प्रणतिः प्रभो

Ainsi, ô Maître, ô Śaṅkara, daigne dissiper mon doute. Ô Seigneur, il convient en vérité que le serviteur offre une prosternation révérencieuse à Celui qui doit être adoré.

Verse 35

ब्रह्मोवाच । आदिशक्तिस्सती देवी शिवा सा परमेश्वरी । शिवमायावशीभूत्वा पप्रच्छेत्थं शिवं प्रभुम्

Brahmā dit : Satī Devī — l’Ādiśakti, Śivā, la Déesse suprême — étant passée sous l’emprise de la māyā de Śiva, interrogea ainsi le Seigneur Śiva, le Souverain Maître.

Verse 36

तदाकर्ण्य वचस्सत्याश्शंकरः परमेश्वरः । तदा विहस्य स प्राह सतीं लीलाविशारदः

Entendant les paroles de Satī, Śaṅkara — le Seigneur suprême — sourit. Habile dans la līlā, il s’adressa alors à Satī.

Verse 37

परमेश्वर उवाच । शृणु देवि सति प्रीत्या यथार्थं वच्मि नच्छलम् । वरदानप्रभावात्तु प्रणामं चैवमादरात्

Parameśvara, le Seigneur Śiva, dit : «Écoute, ô Devī Satī, avec une attention aimante. Je dirai la vérité telle qu’elle est, sans tromperie. Par la puissance du don accordé, cette salutation révérencieuse est offerte ainsi, avec tout le respect requis».

Verse 38

रामलक्ष्मणनामानौ भ्रातरौ वीरसम्मतौ । सूर्यवंशोद्भवौ देवि प्राज्ञौ दशरथात्मजौ

Ô Devī, les deux frères nommés Rāma et Lakṣmaṇa—tenus pour de véritables héros—naquirent dans la dynastie solaire, le Sūryavaṃśa ; ils étaient sages et fils de Daśaratha.

Verse 39

गौरवर्णौ लघुर्बंधुश्शेषेशो लक्ष्मणाभिधः । ज्येष्ठो रामाभिधो विष्णुः पूर्णांशो निरुपद्रवः

Le cadet, au teint clair, était Śeṣa lui-même, connu sous le nom de Lakṣmaṇa. L’aîné, nommé Rāma, était Viṣṇu, portion divine entière, sans défaut et exempt de toute affliction.

Verse 40

अवतीर्णं क्षितौ साधुरक्षणाय भवाय नः । इत्युक्त्वा विररामाऽसौ शंभुस्मृतिकरः प्रभुः

«Il est descendu sur la terre pour protéger les vertueux et pour notre bien». Ayant ainsi parlé, ce Seigneur, qui éveille en tous le souvenir de Śambhu (Śiva), se tut.

Verse 41

श्रुत्वापीत्थं वचश्शम्भोर्न विशश्वास तन्मनः । शिवमाया बलवती सैव त्रैलोक्यमोहिनी

Même après avoir entendu de telles paroles de Śambhu (Śiva), son esprit n’y accorda pas foi. Car la Māyā de Śiva est d’une puissance extrême : c’est elle qui égare les trois mondes.

Verse 42

अविश्वस्तं मनो ज्ञात्वा तस्याश्शंभुस्सनातनः । अवोचद्वचनं चेति प्रभुलीलाविशारदः

Sachant que son esprit n’avait pas encore pleine confiance, l’Éternel Śambhu—expert dans le jeu divin du Seigneur—lui adressa alors des paroles.

Verse 43

शिव उवाच । शृणु मद्वचनं देवि न विश्वसिति चेन्मनः । तव रामपरिक्षां हि कुरु तत्र स्वया धिया

Śiva dit : «Écoute mes paroles, ô Déesse. Si ton esprit n’y met pas foi, alors, par ton propre discernement, entreprends là-bas une épreuve au sujet de Rāma.»

Verse 44

विनश्यति यथा मोहस्तत्कुरु त्वं सति प्रिये । गत्वा तत्र स्थितस्तावद्वटे भव परीक्षिका

«Satī bien-aimée, fais ce par quoi l’illusion se dissipe. Va là-bas, demeure un moment près du banian, et deviens celle qui éprouve et atteste la vérité.»

Verse 45

ब्रह्मोवाच । शिवाज्ञया सती तत्र गत्वाचिंतयदीश्वरी । कुर्यां परीक्षां च कथं रामस्य वनचारिणः

Brahmā dit : Sur l’ordre de Śiva, Satī s’y rendit ; et la Déesse souveraine songea : «Comment donc éprouver Rāma, lui qui demeure dans la forêt ?»

Verse 46

सीतारूपमहं धृत्वा गच्छेयं रामसन्निधौ । यदि रामो हरिस्सर्वं विज्ञास्यति न चान्यथा

Prenant la forme de Sītā, j’irai en la présence de Rāma. Si Rāma—qui est Hari—connaît vraiment tout, il reconnaîtra la vérité entière, et non autrement.

Verse 47

इत्थं विचार्य सीता सा भूत्वा रामसमीपतः । आगमत्तत्परीक्षार्थं सती मोहपरायणा

Ayant ainsi réfléchi, Satī, prenant la forme de Sītā, s’approcha de Rāma ; poussée par l’illusion, elle vint là pour l’éprouver.

Verse 48

सीतारूपां सतीं दृष्ट्वा जपन्नाम शिवेति च । विहस्य तत्प्रविज्ञाय नत्वावोचद्रघूद्वहः

Voyant Satī sous la forme de Sītā et l’entendant murmurer doucement le nom « Śiva », Rāma—le meilleur de la lignée des Raghu—sourit, reconnut la vérité, s’inclina devant elle, puis parla.

Verse 49

राम उवाच । प्रेमतस्त्वं सति ब्रूहि क्व शंभुस्ते नमोगतः । एका हि विपिने कस्मादागता पतिना विना

Rāma dit : « Ô Satī, dis-le-moi avec affection et en vérité : où est allé ton Śambhu ? Pourquoi es-tu venue seule dans cette forêt, sans ton époux ? »

Verse 50

त्यक्त्वा स्वरूपं कस्मात्ते धृतं रूपमिदं सति । ब्रूहि तत्कारणं देवि कृपां कृत्वा ममोपरि

Ô Satī, pourquoi as-tu délaissé ta forme véritable pour revêtir cette forme-ci ? Ô Déesse, par compassion pour moi, révèle-m’en la cause.

Verse 51

ब्रह्मोवाच । इति रामवचः श्रुत्वा चकितासीत्सती तदा । स्मृत्वा शिवोक्तं मत्वा चावितथं लज्जिता भृशम्

Brahmā dit : Entendant les paroles de Rāma, Satī fut saisie de stupeur à l’instant même. Se rappelant ce que Śiva avait dit et le reconnaissant infailliblement vrai, elle éprouva une honte profonde.

Verse 52

रामं विज्ञाय विष्णुं तं स्वरूपं संविधाय च । स्मृत्वा शिवपदं चित्ते सत्युवाच प्रसन्नधीः

Reconnaissant que Rāma était bien Viṣṇu et comprenant sa nature véritable, il se souvint en son cœur de la demeure suprême de Śiva ; puis, l’esprit apaisé, il dit la vérité.

Verse 53

शिवो मया गणैश्चैव पर्यटन् वसुधां प्रभुः । इहागच्छच्च विपिने स्वतंत्रः परमेश्वरः

Le Seigneur Śiva—suprême et tout-puissant—parcourait la terre avec moi et avec ses gaṇas ; et ce Parameśvara, pleinement indépendant, est venu ici, dans cette forêt.

Verse 54

अपश्यदत्र स त्वां हि सीतान्वेषणतत्परम् । सलक्ष्मणं विरहिणं सीतया श्लिष्टमानसम्

Là, il te vit—tout entier appliqué à la recherche de Sītā—avec Lakṣmaṇa, accablé par la séparation, l’esprit attaché à Sītā seule.

Verse 55

नत्वा त्वां स गतो मूले वटस्य स्थित एव हि । प्रशंसन् महिमानं ते वैष्णवं परमं मुदा

S’étant prosterné devant Toi, il se rendit au pied du banian, et y demeura réellement, louant avec joie Ta majesté suprême, semblable à celle de Viṣṇu.

Verse 56

चतुर्भुजं हरिं त्वां नो दृष्ट्वेव मुदितोऽभवत् । यथेदं रूपममलं पश्यन्नानंदमाप्तवान्

En Te voyant sous la forme de Hari (Viṣṇu) aux quatre bras, il fut aussitôt transporté de joie. Contemplant cette forme immaculée et de bon augure, il atteignit une béatitude profonde.

Verse 57

तच्छ्रुत्वा वचनं शंभौर्भ्रममानीय चेतसि । तदाज्ञया परीक्षां ते कृतवत्य स्मि राघव

Ayant entendu cette parole de Śambhu, j’ai volontairement fait naître un doute en mon esprit ; et, sur Son ordre, ô Rāghava, j’ai accompli une épreuve à ton égard.

Verse 58

ज्ञातं मे राम विष्णुस्त्वं दृष्टा ते प्रभुताऽखिला । निःसशंया तदापि तच्छृणु त्वं च महामते

Ô Rāma, je sais désormais que tu es véritablement Viṣṇu ; j’ai vu la pleine mesure de ta puissance souveraine. Je suis sans aucun doute—et pourtant, ô grand d’esprit, écoute ce que j’ai à dire.

Verse 59

कथं प्रणम्यस्त्वं तस्य सत्यं ब्रूहि ममाग्रतः । कुरु निस्संशयां त्वं मां शमलं प्राप्नुहि द्रुतम्

«Comment se fait-il que tu sois digne de te prosterner devant Lui ? Dis la vérité devant moi. Dissipe entièrement mon doute ; sinon, tu encourras vite le blâme (le péché).»

Verse 60

ब्रह्मोवाच । इत्याकर्ण्य वचस्तस्या रामश्चोत्फुल्ललोचनः । अस्मरत्स्वं प्रभुं शंभुं प्रेमाभूद्धृदि चाधिकम्

Brahmā dit : En entendant ses paroles, les yeux de Rāma s’épanouirent de joie. Il se souvint de son propre Seigneur, Śambhu (Śiva), et un amour plus grand encore s’éleva dans son cœur.

Verse 61

सत्या विनाज्ञया शंभुसमीपं नागमन्मुने । संवर्ण्य महिमानं च प्रावोचद्राघवस्सतीम्

Ô sage, sans la permission de Satyā, Rāghava ne s’approcha pas de Śambhu. Après avoir célébré la gloire de Śiva, il s’adressa alors à Satī.

Frequently Asked Questions

It references the Dakṣa-yajña crisis: Satī goes to her father’s sacrifice, confronts the dishonor toward Śiva/Śambhu, and abandons her body there; it also notes her later manifestation as Pārvatī in Himālaya and her marriage to Śiva after tapas.

The chapter treats separation as narrative appearance within līlā and laukikī gati; philosophically Śiva and Śakti remain inseparable (like word and meaning), so the story instructs devotees without implying ontological disunion.

Satī’s continuity across forms is emphasized: Satī as Dakṣa’s daughter, then re-manifesting as Pārvatī in Himālaya; Śiva is invoked through names Śaṅkara and Śambhu, underscoring his transcendent yet relational role.