
Sāvitrī’s Report and Nārada’s Prognosis (सावित्र्याख्यान—सत्यवान्-गुणवर्णनं तथा अल्पायुषः पूर्वसूचना)
Upa-parva: Sāvitrī-Upākhyāna (Narrative of Sāvitrī and Satyavān)
Mārkaṇḍeya frames a courtly scene: the Madra king Aśvapati sits with Devarṣi Nārada when Sāvitrī returns from visiting sacred sites and hermitages. She offers respectful obeisance to both. Nārada questions why the marriage has not been concluded; Aśvapati asks Sāvitrī to narrate her choice. Sāvitrī describes Dyumatsena, a righteous Śālva ruler who became blind, lost his kingdom to a prior enemy, and withdrew to the forest with his wife and young son. That son, Satyavān, raised in the ascetic grove, is chosen by Sāvitrī as her husband. Nārada then evaluates Satyavān with a structured encomium: luminous energy, intelligence, courage, patience, generosity, truthfulness, self-control, gentleness, and steadiness—yet discloses a single overriding constraint: Satyavān will die within a year. Aśvapati urges Sāvitrī to choose another; she articulates a normative maxim of irrevocability—certain acts are done once (a portion falls once, a maiden is given once, a promise ‘I give’ is spoken once)—and asserts that her decision was first settled in mind, then spoken, then enacted. Nārada endorses her steadfastness and recommends proceeding; he departs, and Aśvapati arranges the marriage rites.
Chapter Arc: युधिष्ठिर, मार्कण्डेय से पूछते हैं—हे ब्रह्मन्, दाशरथि राम और लक्ष्मण, तथा यशस्विनी मैथिली, वन के लिए कैसे प्रस्थित हुए? इस प्रश्न के साथ रामकथा का द्वार खुलता है। → मार्कण्डेय दशरथ के धर्मनिष्ठ, वृद्धसेवी, पुत्रप्रेमी स्वभाव का वर्णन करते हुए बताते हैं कि वृद्धावस्था के विचार से राजा ने राम के युवराज्याभिषेक की तैयारी की; मंत्रियों ने राम को ‘असाधुओं का नियन्ता’ और ‘धर्मचारियों का गोप्ता’ मानकर अनुमोदन किया—पर इसी शुभ संकल्प के भीतर वनगमन का बीज छिपा है। → कथा का शिखर उस निर्णायक मोड़ में है जहाँ राज्याभिषेक की तैयारी के विपरीत राम-लक्ष्मण-सीता का वनप्रस्थान घटित होता है—धर्म के लिए राजसुख का त्याग, और नियति का कठोर पलटाव। → वनगमन के बाद भरत चित्रकूट पहुँचकर तपस्वी-आभूषण धारण किए धनुर्धर राम को लक्ष्मण सहित देखते हैं; यह दर्शन भाई-भाई के धर्मसंवाद और त्याग की भूमि तैयार करता है। साथ ही आगे के राक्षस-वध (खर-दूषण आदि) और शूर्पणखा द्वारा रावण को राम-पराक्रम का वृत्तांत कहे जाने की दिशा भी संकेतित होती है। → चित्रकूट में भरत का राम से साक्षात्कार—क्या राम लौटेंगे या वनधर्म अटल रहेगा?
Verse 1
हम आय न () है सप्तसप्तत्याथिकाद्वेशततमो< ध्याय: श्रीरामके राज्याभिषेककी तैयारी
Yudhiṣṭhira dit : « Ô brāhmane, tu as déjà raconté, l’un après l’autre, la naissance de Rāma et de ses frères. À présent, je souhaite entendre la cause de leur départ — dis-la-moi, je t’en prie. Pour quelle raison les vaillants fils de Daśaratha — Śrī Rāma et Lakṣmaṇa — ainsi que l’illustre Sītā, fille du roi de Mithilā, durent-ils gagner la forêt ? »
Verse 2
कथं दाशरथी वीरौ भ्रातरी रामलक्ष्मणौ । सम्प्रस्थितौ वने ब्रह्मन् मैथिली च यशस्विनी
Yudhiṣṭhira dit : « Ô brāhmane, comment les deux frères héroïques, Rāma et Lakṣmaṇa, fils de Daśaratha, partirent-ils pour la vie de forêt ? Et pourquoi l’illustre Maithilī (Sītā) dut-elle, elle aussi, gagner la solitude sauvage ? »
Verse 3
मार्कण्डेय उवाच जातपुत्रो दशरथ: प्रीतिमानभवन्नूप । क्रियारतिर्धर्मरत: सततं वृद्धसेविता
Mārkaṇḍeya dit : « Ô roi, lorsque ses fils naquirent, Daśaratha fut comblé de joie. Il demeurait toujours attaché aux actes justes, ferme dans le dharma, et sans cesse occupé à servir et à honorer les anciens. »
Verse 4
क्रमेण चास्य ते पुत्रा व्यवर्धन्त महौजस: । वेदेषु सरहस्येषु धनुर्वेदेषु पारगा:
Mārkaṇḍeya dit : « Avec le temps, ses fils, d’une grande vigueur, grandirent et s’épanouirent. Ils devinrent accomplis dans les Veda, avec leurs enseignements secrets, et atteignirent aussi la maîtrise de la science de l’arc (Dhanurveda). »
Verse 5
चरितब्रह्मचर्यास्ते कृतदाराश्च पार्थिव । यदा तदा दशरथ: प्रीतिमानभवत् सुखी
Mārkaṇḍeya dit : «Ô roi, ils vécurent selon la discipline du brahmacarya, l’état d’étudiant sacré, et, le moment venu, ils devinrent aussi maîtres de maison. Alors, au temps convenable, Daśaratha fut rempli de joie et vécut dans le bonheur.»
Verse 6
ज्येष्ठो रामो5भवत् तेषां रमयामास हि प्रजा: । मनोहरतया धीमान् पितुर्दयनन्दन:
Mārkaṇḍeya dit : «De ces quatre fils, Rāma était l’aîné. Par son charme et sa douceur, il réjouissait le peuple : le cœur de chacun trouvait en lui sa joie. De plus, il était une source de bonheur pour son père, augmentant son affection et sa satisfaction.»
Verse 7
ततः स राजा मतिमान् मत्वा55त्मानं वयोडथधिकम् | मन्त्रयामास सचिवेर्धर्मजैश्व पुरोहितैः
Alors ce roi avisé, se jugeant désormais avancé en âge, prit conseil auprès de ses ministres —hommes versés dans le dharma— et de ses prêtres de maison, afin de choisir une voie conforme à la droiture et à une gouvernance prudente.
Verse 8
प्राप्तकालं च ते सर्वे मेनिरे मन्त्रिसत्तमा:
Mārkaṇḍeya dit : «Tous ces ministres éminents jugèrent la proposition du roi opportune et convenable, et l’approuvèrent. Puis Rāma est dépeint comme le prince idéal : rayonnant de beauté, puissant de force, maître de lui-même, savant en dharma, et irrésistible même aux yeux des ennemis. Sa vaillance au combat, disait-on, n’était pas moindre que celle d’Indra ; pourtant il demeurait le protecteur des justes et le frein des méchants. En voyant sans cesse un tel fils —qui augmentait la joie de Kauśalyā— le cœur du roi Daśaratha se remplissait de délices.»
Verse 9
लोहिताक्षं महाबाहुं मत्तमातड्रगामिनम् । कम्बुग्रीवं महोरस्क॑ नीलकुज्चितमूर्थजम्
Mārkaṇḍeya dit : «Il avait les yeux rougeoyants, de puissants bras, et marchait avec l’ondulation fière d’un éléphant enivré ; son cou était tel une conque, sa poitrine large, et sa tête couronnée de sombres cheveux bouclés.»
Verse 10
दीप्यमान् श्रिया वीरं शक्रादनवरं रणे । पारगं सर्वरधर्माणां बृहस्पतिसमं मतौ
Mārkaṇḍeya dit : « C’était un héros, resplendissant d’une splendeur de bon augure ; au combat, sa vaillance n’était pas inférieure à celle d’Indra. Il avait atteint l’autre rive de tous les dharmas—parfaitement accompli dans la conduite juste—et, pour le conseil et l’intelligence, on le tenait pour l’égal de Bṛhaspati. »
Verse 11
सर्वनुरक्तप्रकृतिं सर्वविद्याविशारदम् । जितेन्द्रियममित्राणामपि दृष्टिमनोहरम्
Mārkaṇḍeya dit : « Par sa nature même, il attirait l’affection de tous et était parfaitement versé dans toutes les branches du savoir. Maître de lui-même et de ses sens, il était si captivant par sa beauté et sa présence que même ses ennemis sentaient leurs yeux et leur esprit se tourner vers lui. »
Verse 12
नियन्तारमसाधूनां गोप्तारं धर्मचारिणाम् | धृतिमन्तमनाधृष्यं जेतारमपराजितम्
Mārkaṇḍeya dit : « Il est celui qui réfrène les méchants et protège ceux qui marchent dans le dharma—ferme dans le courage, inattaquable, vainqueur qu’on ne saurait vaincre. »
Verse 13
पुत्र राजा दशरथ: कौसल्यानन्दवर्धनम् | संदृश्य परमां प्रीतिमगच्छत् कुरुनन्दन
Mārkaṇḍeya dit : « Ô joie des Kuru, le roi Daśaratha, en voyant son fils Rāma—celui qui accroissait le bonheur de Kauśalyā—fut rempli de la plus haute allégresse. »
Verse 14
चिन्तयंश्र॒ महातेजा गुणान् रामस्य वीर्यवान् । अभ्यभाषत भद्ं ते प्रीयमाण: पुरोहितम्
Mārkaṇḍeya dit : « Songeant aux vertus de Rāma, puissant et vaillant, le roi Daśaratha, rayonnant de splendeur et le cœur réjoui, s’adressa à son prêtre de famille : “Que le bien soit sur toi. Ô brahmane, aujourd’hui prévaut l’astérisme Puṣya, et cette nuit il s’unira à une conjonction souverainement faste et purificatrice. Prépare les objets requis pour la consécration royale et informe-en aussi Rāma.” »
Verse 15
अद्य पुष्यो निशि ब्रह्मन् पुण्यं योगमुपैष्यति । सम्भारा: सम्ध्रियन्तां मे रामश्नोपनिमन्त्रयताम्
Mārkaṇḍeya dit : «Ô brahmane, aujourd’hui la demeure lunaire Puṣya atteindra, dans la nuit, une conjonction d’une auspiciosité singulière. Que l’on rassemble pour moi les préparatifs, et que Rāma soit aussi invité selon le rite.» Dans le récit mémoré de Daśaratha, cela devient l’injonction joyeuse du roi à son prêtre : jugeant l’heure favorable tant au rituel qu’au dharma, il ordonne de préparer les objets du sacre et d’en avertir Rāma—un geste qui présente la royauté comme fondée sur le temps sacré, la procédure juste et la légitimité devant le peuple.
Verse 16
इति तद् राजवचन प्रतिश्रुत्याथ मन्थरा । कैकेयीमभिगम्येदं काले वचनमब्रवीत्,राजाकी यह बात मन्थराने भी सुन ली। वह ठीक समयपर कैकेयीके पास जाकर यों बोली--
Ainsi, après avoir entendu et accepté les paroles du roi, Mantharā se rendit auprès de Kaikeyī au moment opportun et lui parla. Le vers marque un tournant lourd d’enjeu moral : un conseil donné en privé, sciemment placé dans le temps, qui détournera l’intention royale et mettra en mouvement des conséquences pour le dharma, l’ordre familial et le royaume.
Verse 17
अद्य कैकेयि दौर्भाग्यं राज्ञा ते ख्यापितं महत् | आशीविष्त्त्वां संक्रुद्धश्वण्डो दशतु दुर्भगे
Mārkaṇḍeya dit : «Aujourd’hui, ô Kaikeyī, le roi a proclamé publiquement pour toi un grand malheur. Ô reine au destin funeste ! Mieux eût valu qu’un serpent venimeux, farouche et courroucé, te mordît.» L’énoncé porte une réprobation morale : la condamnation d’un souverain et le blâme jeté au grand jour sont décrits comme plus terribles qu’une atteinte du corps, car ils souillent la renommée et la tenue dans le dharma.
Verse 18
सुभगा खलु कौसल्या यस्या:पुत्रोडभिषेक्ष्यते कुतो हि तव सौभाग्य यस्या: पुत्रो न राज्यभाक्
Mārkaṇḍeya dit : «Vraiment, Kausalyā est fortunée, car son fils doit être consacré roi. Comment donc y aurait-il bonheur pour toi, quand ton fils n’est pas destiné à prendre part à la souveraineté ?»
Verse 19
“रानी कौसल्याका भाग्य अवश्य अच्छा है, जिनके पुत्रका राज्याभिषेक होगा। तुम्हारा ऐसा सौभाग्य कहाँ? जिसका पुत्र राज्यका अधिकारी ही नहीं है' ।।
Mārkaṇḍeya dit : «La fortune de la reine Kausalyā est assurément excellente, puisque son fils sera consacré à la royauté. Mais où serait pour toi un tel bonheur, toi dont le fils n’a aucun droit au trône ?» Ayant entendu les paroles de Mantharā, la reine Kaikeyī—à la taille fine, parée de tous ses ornements—revêtit sa beauté la plus captivante et se rendit en secret auprès de son époux. Son sourire laissait deviner la pureté apparente de son affection ; riant doucement et feignant l’amour, elle commença à parler d’une voix suave.
Verse 20
विविक्ते पतिमासाद्य हसन्तीव शुचिस्मिता । प्रणयं व्यज्जयन्तीव मधुरं वाक्यमब्रवीत्
Mārkaṇḍeya dit : Ayant trouvé son époux en un lieu retiré, elle—souriant d’un sourire pur et doux—prononça des paroles suaves, comme si elle riait tout en laissant paraître une tendre intimité. La scène montre combien la parole persuasive et le charme extérieur peuvent infléchir la résolution d’un roi, et fait naître une tension morale entre l’influence de l’épouse et les exigences de la royauté juste selon le dharma.
Verse 21
“सच्ची प्रतिज्ञा करनेवाले महाराज! आपने पहले जो “तेरा मनोरथ सफल करूँगा! ऐसा वर दिया था, उसे आज पूर्ण कीजिये और उस संकटसे मुक्त हो जाइये'
Mārkaṇḍeya dit : «Ô grand roi, fidèle à tes vœux de vérité ! Le don que tu accordas jadis — “j’accomplirai ton désir” — doit être mené à son terme aujourd’hui. Fais-le dès ce jour, et délivre-toi de ce péril.»
Verse 22
राजोवाच वरं ददानि ते हन्त तद् गृहाण यदिच्छसि । अवध्यो वध्यतां कोडउ्द्य वध्य: कोउ्द्य विमुच्यताम्
Le roi dit : «Viens, je t’accorde un don : prends ce que tu désires. Dis-moi : qui, aujourd’hui, dois-je châtier bien qu’il ne soit pas d’ordinaire passible de châtiment, et qui, bien que passible, dois-je relâcher ? (Parle, et il en sera ainsi.)» Cette parole présente le pouvoir royal comme relevant du discernement, tout en éprouvant implicitement si la demande s’accordera au dharma plutôt qu’à l’impulsion ou au favoritisme.
Verse 23
सत्यप्रतिज्ञ यन्मे त्वं काममेक॑ निसृष्टवान् । उपाकुरुष्व तद् राजंस्तस्मान्मुच्यस्व संकटात्
Mārkaṇḍeya dit : «Puisque toi, ô roi fidèle à ta promesse, m’as accordé un seul don selon mon choix, accomplis-le, ô roi, et délivre-toi de ce péril. Qui dois-je faire appeler aujourd’hui pour recevoir des richesses ? Ou qui, encore, dois-je convoquer ? Tout ce que je possède — ici ou ailleurs —, hormis ce qui appartient aux brahmanes, est à ta disposition.»
Verse 24
पृथिव्यां राजराजोस्मि चातुर्वर्ण्यस्य रक्षिता । यस्तेडभिलषित: कामो ब्रूहि कल्याणि मा चिरम्
Mārkaṇḍeya dit : «Sur cette terre, je suis le souverain parmi les rois, le gardien de l’ordre des quatre varṇa. Dis-moi, dame de bon augure, quel désir tu veux voir accompli — ne tarde pas.»
Verse 25
मैं इस समय इस भूमण्डलका राजराजेश्वर हूँ चारों वर्णोकी रक्षा करनेवाला हूँ। कल्याणि! तुम्हारा जो भी अभिलषित मनोरथ हो, उसे बताओ, देर न करो ।।
«En cet instant, je suis le souverain suprême de toute la terre, le protecteur des quatre ordres. Ô dame de bon augure, quel que soit le désir que tu portes en ton cœur, dis-le; ne tarde pas.» Ayant compris ces paroles, et s’étant assurée de l’engagement du roi de toutes les manières, tout en mesurant avec justesse sa propre force, Kaikeyī lui adressa alors la parole.
Verse 26
आभिषेचनिकं यत् ते रामार्थमुपकल्पितम् । भरतस्तदवाप्रोतु वनं गच्छतु राघव:,“महाराज! आपने श्रीरामके लिये जो राज्याभिषेकका सामान तैयार कराया है, वह भरतको प्राप्त हो और राम वनमें चले जाये
«Ô grand roi, que les apprêts de l’onction royale que tu as préparés pour Rāma reviennent à Bharata; et que Rāghava (Rāma) parte pour la forêt.»
Verse 27
स तद् राजा वच: श्रुत्वा विप्रियं दारुणोदयम् । दुःखारतोीं भरतश्रेष्ठ न किंचिद् व्याजहार ह
Mārkaṇḍeya dit : En entendant ces paroles—odieuses et lourdes de conséquences funestes—le roi Daśaratha fut submergé par la douleur. Ô meilleur des Bhārata, il ne put proférer un seul mot.
Verse 28
|) |] ततस्तथोक्त पितरं रामो विज्ञाय वीर्यवान् वन प्रतस्थे धर्मात्मा राजा सत्यो भवत्विति
Alors Rāma—héros puissant et tout entier voué au dharma—ayant compris ce qui avait été ainsi énoncé par son père, partit de lui-même pour la forêt, afin que la parole du roi demeure vraie : «Que le roi soit fidèle à sa vérité.»
Verse 29
तमन्वगच्छल्लक्ष्मीवान् धनुष्मॉल्लक्ष्मणस्तदा | सीता च भार्या भद्रं ते वैदेही जनकात्मजा
Mārkaṇḍeya dit : Alors Lakṣmaṇa—rayonnant d’un éclat de bon augure et portant son arc—le suivit. Et Sītā aussi, son épouse, la noble Vaidehī, fille de Janaka, l’accompagna. Ô roi, que le bien-être soit sur toi.
Verse 30
ततो वन॑ गते रामे राजा दशरथस्तदा । समयुज्यत देहस्य कालपर्यायधर्मणा,श्रीरामचन्द्रजीके वनमें चले जानेपर (उनके वियोगमें) राजा दशरथने शरीर त्याग दिया
Alors, lorsque Rāma fut parti pour la forêt, le roi Daśaratha—accablé par la loi du Temps, qui fait tourner la vie selon son cycle—se sépara de son corps.
Verse 31
राम॑ तु गतमाज्ञाय राजानं च तथागतम् | आनाय्य भरतं देवी कैकेयी वाक्यमब्रवीत्,श्रीरामचन्द्रजी वनमें चले गये तथा राजा परलोकवासी हो गये, यह देखकर कैकेयीने भरतको ननिहालसे बुलवाया और इस प्रकार कहा--
Mārkaṇḍeya dit : Lorsque la reine Kaikeyī apprit que Rāma était parti pour la forêt et que le roi, lui aussi, avait passé de même, elle fit venir Bharata de la demeure de sa parenté maternelle et prononça ces paroles.
Verse 32
गतो दशरथ: स्वर्ग वनस्थौ रामलक्ष्मणौ । गृहाण राज्यं विपुलं क्षेमं निहतकण्टकम्
«Daśaratha est monté au svarga ; Rāma et Lakṣmaṇa demeurent dans la forêt. Reçois donc ce vaste royaume, paisible et sûr, désormais sans épines.»
Verse 33
तामुवाच स धर्मात्मा नृशंसं बत ते कृतम् । पतिं हत्वा कुलं चेदमुत्साद्य धनलुब्धया
Cet homme de dharma lui dit : «Hélas, quel acte cruel as-tu commis ! Poussée par la convoitise des richesses, tu as tué ton époux et précipité à la ruine toute cette lignée.»
Verse 34
अयश: पातसयित्वा मे मूर्थ्नि त्वं कुलपांसने । सकामा भव मे मातरित्युक्त्वा प्रसुरोद ह
Mārkaṇḍeya dit : «Ô toi qui souilles la lignée ! Tu as déjà posé sur mon front la marque de l’infamie ; sois donc satisfaite, mère.» Sur ces mots, Bharata éclata en sanglots.
Verse 35
स चारित्रं विशोध्याथ सर्वप्रकृतिसंनिधौ । अन्वयाद् भ्रातरं रामं विनिवर्तनलालस:
Alors, après avoir lavé sa conduite aux yeux de tout le peuple et des plus hautes autorités, il suivit le chemin même qu’avait emprunté son frère Rāma, brûlant du désir de le ramener de la forêt.
Verse 36
कौसलयां च सुमित्रां च कैकेयीं च सुदु:ःखित: । अग्रे प्रस्थाप्य यानै: स शत्रुघ्नसहितो ययौ
Mārkaṇḍeya dit : Accablé d’une profonde douleur, il fit d’abord partir en avant Kausalyā, Sumitrā et Kaikeyī sur des chars; puis, accompagné de Śatrughna, il se mit lui-même en route (à pied), portant le poids du devoir au cœur du chagrin.
Verse 37
वसिष्ठवामदेवा भ्यां विप्रैश्षान्यी: सहस्रशः । पौरजानपदै: सार्थ रामानयनकाड्क्षया
Mārkaṇḍeya dit : Avec Vasiṣṭha et Vāmadeva, accompagnés de milliers de brāhmaṇas, ainsi que des citadins et des gens des campagnes, ils se mirent en route, poussés par le désir de ramener Rāma.
Verse 38
ददर्श चित्रकूटस्थं स रामं सहलक्ष्मणम् | तापसानामलंकारं धारयन्तं धनुर्धरम्,चित्रकूट पहुँचकर भरतने लक्ष्मणसहित श्रीरामको धनुष हाथमें लिये तपस्वीजनोंकी वेष-भूषा धारण किये देखा
Mārkaṇḍeya dit : Parvenu à Chitrakūṭa, il y vit Rāma avec Lakṣmaṇa—Rāma l’archer, l’arc à la main, revêtu de la tenue simple et des marques extérieures des ascètes.
Verse 39
(श्रीरम उवाच गच्छ तात प्रजा रक्ष्या: सत्य॑ रक्षाम्यहं पितु: ।) विसर्जित: स रामेण पितुर्वचनकारिणा । नन्दिग्रामे5करोद्ू राज्यं पुरस्कृत्यास्य पादुके
Śrī Rāma dit : «Va, mon cher. Le peuple doit être protégé ; quant à moi, je sauvegarde la vérité de mon père (la parole qu’il a donnée).» Ayant ainsi parlé, Rāma, fidèle exécutant du commandement paternel, le renvoya. Alors Bharata revint et, plaçant en avant les sandales de Rāma comme symbole de la souveraineté légitime, demeura à Nandigrāma et gouverna le royaume depuis ce lieu.
Verse 40
रामस्तु पुनराशड्क्य पौरजानपदागमम् | प्रविवेश महारण्यं शरभड्डश्रमं प्रति,श्रीरामचन्द्रजीने वहाँ नगर और जनपदके लोगोंके बराबर आने-जानेकी आशंकासे शरभंग मुनिके आश्रमके पास विशाल वनमें प्रवेश किया
Rāma, craignant de nouveau que les citadins et les gens des campagnes ne viennent et ne repartent sur ses traces, pénétra dans la vaste forêt, se dirigeant vers l’ermitage du sage Śarabhāṅga.
Verse 41
सत्कृत्य शरभज्ुं स दण्डकारण्यमाश्रित: । नदीं गोदावरीं रम्यामाश्रित्य न्यवसत् तदा,वहाँ शरभंग मुनिका सत्कार करके वे दण्डकारण्यमें चले गये और वहाँ सुरम्य गोदावरी नदीके तटका आश्रय लेकर रहने लगे
Après avoir rendu les honneurs dus au sage Śarabhāṅga, il se retira dans la forêt de Daṇḍaka. Là, prenant refuge sur les belles rives de la Godāvarī, il établit sa demeure.
Verse 42
वसतस्तस्य रामस्य तत: शूर्पणखाकृतम् । खरेणासीन्महद् वैरं जनस्थाननिवासिना
Tandis que Rāma demeurait en ce lieu, à cause de ce qui fut fait à Śūrpaṇakhā (le tranchant de son nez, de ses oreilles et de ses lèvres), une grande inimitié naquit entre Rāma et Khara, le rākṣasa établi à Jana-sthāna.
Verse 43
रक्षार्थ तापसानां तु राघवो धर्मवत्सल: । चतुर्दश सहस्राणि जघान भुवि रक्षसाम्
Pour la protection des ascètes, Rāghava, dévoué au dharma, abattit sur la terre quatorze mille rākṣasas.
Verse 44
दूषणं च खरं चैव निहत्य सुमहाबलौ । चक्रे क्षेमं पुनर्थीमान् धर्मारण्यं स राघव:
Après avoir tué les très puissants Dūṣaṇa et Khara, le sage Rāghava rendit de nouveau cette forêt sûre, la rétablissant comme une « forêt du dharma ».
Verse 45
ः है पर 524 / ४. हतेषु तेषु रक्ष:सु ततः शूर्पणखा पुनः । ययौ निकृत्तनासोष्ठी लड़कां भ्रातुर्निविशनम्
Lorsque ces rākṣasas eurent été abattus, Śūrpaṇakhā —le nez et les lèvres tranchés— retourna à Laṅkā, à la demeure de son frère.
Verse 46
ततो रावणमभ्येत्य राक्षसी दुःखमूर्च्छिता । पपात पादयोर्भ्रातु: संशुष्करुधिरानना,रावणके पास पहुँचकर वह राक्षसी दु:खसे मूर्च्छित हो भाईके चरणोंमें गिर पड़ी। उसके मुखपर रक्त बहकर सूख गया था
Puis, s’approchant de Rāvaṇa, la rākṣasī —accablée et défaillante de chagrin— tomba aux pieds de son frère. Son visage était maculé de sang, coulé puis séché.
Verse 47
तां तथा विकृतां दृष्टवा रावण: क्रोधमूर्च्छित: । उत्पपातासनात क्रुद्धो दन्तैर्दन्तानुपस्पृशन्
La voyant ainsi défigurée, Rāvaṇa —hébété par la colère— bondit de son siège, furieux, grinçant des dents.
Verse 48
स्वानमात्यान् विसृज्याथ विविक्ते तामुवाच स: । केनास्येवं कृता भद्रे मामचिन्त्यावमन्य च
Après avoir congédié ses ministres, il lui parla en secret : «Ô douce dame, qui t’a réduite à cet état, sans égard pour moi et me couvrant d’un mépris total ?»
Verse 49
कः शूलं तीक्षणमासाद्य सर्वगान्रैर्निषेवते । कः: शिरस्यग्निमाधाय विश्वस्त: स्वपते सुखम्
«Qui s’approcherait d’une lance acérée pour la presser de son plein gré contre tous ses membres ? Qui, dans sa folie, poserait du feu sur sa propre tête et dormirait pourtant en paix, se croyant en sûreté ?»
Verse 50
आशीविषं घोरतरं पादेन स्पृशतीह कः । सिंहं केसरिणं कश्च दंष्टायां स्पृश्य तिष्तति,“कौन अत्यन्त भयंकर विषधर सर्पको पैरसे कुचल रहा है? तथा कौन केसरी सिंहकी दाढ़ोंमें हाथ डालकर निश्चिन्त खड़ा है?”
Qui donc, ici, oserait poser le pied sur un serpent venimeux des plus terribles ? Et qui pourrait demeurer calme après avoir glissé la main dans les mâchoires d’un lion à la crinière épaisse ? (Rāma use de ces images pour montrer que provoquer un péril écrasant est folie ; le sage n’appelle pas la ruine en touchant témérairement ce qui blesse à coup sûr.)
Verse 51
इत्येवं ब्रुवतस्तस्य स््रोतो भ्यस्तेजसो<र्चिष: । निश्चैरुर्दहातो रात्रौ वृक्षस्येव स्वरन्ध्रत:
Tandis qu’il parlait ainsi, l’éclat de son tejas déborda : des ouvertures de ses oreilles, de son nez, de ses yeux et des autres orifices jaillirent des étincelles, comme, la nuit, les flammes s’échappent des creux d’un arbre en feu.
Verse 52
तस्य तत् सर्वमाचख्यौ भगिनी रामविक्रमम् । खरदूषणसंयुक्तं राक्षसानां पराभवम्,तब रावणकी बहिन शूर्पणखाने श्रीरामके उस पराक्रम और खर-दूषणसहित समस्त राक्षसोंके संहारका (सारा) वृत्तान्त कह सुनाया
Alors sa sœur Śūrpaṇakhā rapporta à Rāvaṇa tout le récit de la vaillance de Rāma : comment les rākṣasas, avec Khara et Dūṣaṇa, furent entièrement défaits et exterminés.
Verse 53
स निश्चित्य ततः कृत्यं स्वसारमुपसान्त्व्य च | ऊर्ध्वमाचक्रमे राजा विधाय नगरे विधिम्
Ayant ainsi arrêté la conduite à tenir, le roi consola sa sœur ; puis, après avoir établi dans la cité les règles et les défenses nécessaires, il s’élança vers les hauteurs, prenant la voie des airs.
Verse 54
त्रिकू्टं समतिक्रम्य कालपर्वतमेव च । ददर्श मकरावासं गम्भीरोदं महोदधिम्,त्रिकूट और कालपर्वतको लाँधकर उसने मगरोंके निवासस्थान गहरे महासागरको देखा
Après avoir franchi le mont Trikūṭa et le mont Kāla, il aperçut le grand océan : aux eaux profondes, renommé pour être la demeure des makaras.
Verse 55
तमतीत्याथ गोकर्णमभ्यगच्छद् दशानन: । दयितं स्थानमव्यग्रं शूलपाणेमहात्मन:,उसे ऊपर-ही-ऊपर लाँधकर दशमुख रावण गोकर्णतीर्थमें गया, जो परमात्मा शूलपाणि शिवका प्रिय एवं अविचल स्थान है
Ayant dépassé cette contrée, Daśānana, Rāvaṇa aux dix têtes, s’approcha de Gokarṇa. C’est un séjour sacré, aimé et sans trouble, du magnanime Śūlapāṇi (Śiva). Le récit souligne que même un puissant artisan de désordre traverse des terres empreintes de sainteté divine, faisant ressortir le contraste entre la stabilité du sacré et la tourmente qu’apporte l’adharma.
Verse 56
तत्राभ्यगच्छन्मारीचं पूर्वामात्यं दशानन: । पुरा रामभयादेव तापस्यं समुपाश्रितम्,वहाँ रावण अपने भूतपूर्व मन्त्री मारीचसे मिला, जो श्रीरामचन्द्रजीके भयसे ही पहलेसे उस स्थानमें आकर तपस्या करता था
Là, Daśānana (Rāvaṇa) alla rencontrer Mārīca, son ancien ministre, qui jadis s’était réfugié dans la vie d’ascète précisément par crainte de Rāma. L’épisode souligne que la peur de la puissance du juste peut pousser même les violents vers une austérité de façade, tandis que le fauteur d’adharma cherche encore à les exploiter pour ses desseins.
Verse 276
इस प्रकार श्रीमह्ाभारत वनपर्वके अन्तर्गत रामोपाख्यानपर्वमें वानर आदिकी उत्पत्तिये सम्बन्धित दो सौ छिद्वत्तरवाँ अध्याय पूरा हुआ
Ainsi s’achève le deux-cent-soixante-seizième chapitre du Rāmopākhyāna, au sein du Vana Parva du Śrī Mahābhārata, traitant de l’origine des singes et des êtres apparentés. Cette clausule marque l’achèvement de cette unité thématique et présente le récit comme un exemple édifiant dans le discours moral de l’épopée.
Verse 277
इति श्रीमहाभारते वनपर्वणि रामोपाख्यानपर्वणि रामवनाभिगमने सप्तसप्तत्यधिकद्धिशततमो<ध्याय:
Ainsi s’achève, dans le Śrī Mahābhārata, au sein du Vana Parva et de la section dite Rāmopākhyāna, le chapitre décrivant l’approche de Rāma vers la forêt—le chapitre 277 (deux-cent-soixante-dix-sept).
Verse 713
अभिषेकाय रामस्य यौवराज्येन भारत । युधिष्ठिर! राजा दशरथ बड़े बुद्धिमान् थे। उन्होंने यह सोचकर कि अब मेरी अवस्था बहुत अधिक हो गयी; अतः श्रीरामको युवराजपदपर अभिषिक्त कर देना चाहिये; इस विषयमें अपने मन्त्री और धर्मज्ञ पुरोहितोंसे सलाह ली
Mārkaṇḍeya dit : «Ô Bhārata, au sujet de la consécration de Rāma comme Yuvarāja. Ô Yudhiṣṭhira, le roi Daśaratha était d’une grande sagesse. Songeant que l’âge l’avait fort avancé, il conclut que Śrī Rāma devait être établi et oint comme prince héritier. À ce propos, il prit conseil auprès de ses ministres et des prêtres instruits dans le dharma.»
Whether a dharmically chosen marriage partner should be abandoned when authoritative counsel reveals a severe future constraint (imminent death), testing the balance between prudential avoidance and commitment to a considered vow.
The chapter advances the ethic that deliberation must precede commitment; once a decision is made with clarity and endorsed by conscience, steadfastness (dhṛti) becomes a form of dharma rather than mere stubbornness.
No explicit phalaśruti appears here; the meta-function is structural—Mārkaṇḍeya’s embedded narrative models how exemplary cases are used to teach dharma through dialogue, evaluation of character, and tested resolve.