Adhyaya 29
Ekadasha SkandhaAdhyaya 2949 Verses

Adhyaya 29

Bhakti as the Easy and Supreme Yoga: Seeing Kṛṣṇa in All and Uddhava’s Departure to Badarikāśrama

Poursuivant les instructions culminantes de l’Uddhava-gītā, Uddhava avoue que la maîtrise du mental dans le yoga classique est difficile pour les esprits agités et demande une méthode plus simple et praticable (1–3). Il glorifie la śaraṇāgati exclusive, rappelant l’affection de Rāma pour Hanumān, supérieure même à celle accordée aux devas les plus élevés, et loue la miséricorde du Seigneur comme ācārya extérieur et Paramātmā intérieur (4–6). Kṛṣṇa répond en définissant le bhakti-sādhana qui vainc la mort : souvenir constant, offrande de ses devoirs au Seigneur, vie près des lieux saints et des dévots, et célébration des fêtes par le kīrtana et le culte public (8–11). La discipline centrale est le sama-darśana—voir l’Âme suprême en tous les êtres—ce qui engendre humilité, conduite respectueuse, et destruction rapide de l’envie et du faux ego ; jusqu’à la perfection, on continue d’adorer par le mental, la parole et le corps (12–19). Kṛṣṇa exalte cette voie comme établie par Lui-même, sans perte, et loue la diffusion et l’écoute fidèle, tout en réservant l’enseignement aux dévots qualifiés et humbles (20–32). Il conclut que tous les buts recherchés par le karma, le yoga, la politique ou le commerce se trouvent aisément en Lui pour le bhakta, et que l’abandon total apporte la libération et une opulence partagée (33–34). Submergé, Uddhava exprime sa gratitude et demande un attachement inébranlable ; Kṛṣṇa l’envoie à Badarikāśrama pour purification, austérité et méditation stable, puis Uddhava s’en va en larmes de séparation—reliant ce chapitre à la transition finale du chant : le retrait du Seigneur (nirodha) et la sauvegarde du savoir libérateur par la mission d’Uddhava (35–49).

Shlokas

Verse 1

श्रीउद्धव उवाच सुदुस्तरामिमां मन्ये योगचर्यामनात्मन: । यथाञ्जसा पुमान् सिद्ध्येत् तन्मे ब्रूह्यञ्जसाच्युत ॥ १ ॥

Śrī Uddhava dit : Ô Seigneur Acyuta, pour celui qui ne maîtrise pas son mental, la discipline du yoga que Tu as décrite me paraît très difficile. Je T’en prie, explique-moi simplement comment on peut l’accomplir plus aisément et parvenir à la réussite.

Verse 2

प्रायश: पुण्डरीकाक्ष युञ्जन्ते योगिनो मन: । विषीदन्त्यसमाधानान्मनोनिग्रहकर्शिता: ॥ २ ॥

Ô Seigneur aux yeux de lotus, en général les yogīs s’efforcent de fixer le mental ; mais, faute de parfaire le samādhi, ils se découragent et s’épuisent sous la peine du contrôle de l’esprit.

Verse 3

अथात आनन्ददुघं पदाम्बुजं हंसा: श्रयेरन्नरविन्दलोचन । सुखं नु विश्वेश्वर योगकर्मभि- स्त्वन्माययामी विहता न मानिन: ॥ ३ ॥

Ainsi, ô Seigneur de l’univers aux yeux de lotus, les hommes-cygnes, les paramahaṁsas, prennent avec joie refuge en Tes pieds de lotus, source de toute extase transcendante. Mais ceux qui s’enorgueillissent de leurs accomplissements en yoga et en karma ne se réfugient pas en Toi et sont vaincus par Ta māyā.

Verse 4

किं चित्रमच्युत तवैतदशेषबन्धोदासेष्वनन्यशरणेषु यदात्मसात्त्वम् । योऽरोचयत् सह मृगै: स्वयमीश्वराणांश्रीमत्किरीटतटपीडितपादपीठ: ॥ ४ ॥

Ô Acyuta, qu’y a-t-il d’étonnant à ce que Tu t’approches intimement de Tes serviteurs qui n’ont pris refuge qu’en Toi seul ? Lors de Ta venue comme Śrī Rāmacandra, tandis que Brahmā et les grands devas rivalisaient pour poser l’extrémité de leurs couronnes éclatantes sur le coussin où reposaient Tes pieds de lotus, Tu manifestas une affection particulière pour des singes tels qu’Hanumān, car ils s’étaient exclusivement abandonnés à Toi.

Verse 5

तं त्वाखिलात्मदयितेश्वरमाश्रितानां सर्वार्थदं स्वकृतविद् विसृजेत को नु । को वा भजेत् किमपि विस्मृतयेऽनु भूत्यै किं वा भवेन्न तव पादरजोजुषां न: ॥ ५ ॥

Tu es l’Âme de tous, l’Objet d’adoration le plus cher et le Seigneur suprême; à ceux qui prennent refuge en Toi, Tu accordes tous les buts et toutes les perfections. Qui donc oserait Te rejeter, connaissant Tes bienfaits ? Qui adorerait quoi que ce soit pour un plaisir matériel qui ne fait que Te faire oublier ? Et pour nous, engagés au service de la poussière de Tes pieds de lotus, quelle insuffisance pourrait-il rester ?

Verse 6

नैवोपयन्त्यपचितिं कवयस्तवेश ब्रह्मायुषापि कृतमृद्धमुद: स्मरन्त: । योऽन्तर्बहिस्तनुभृतामशुभं विधुन्वन्न आचार्यचैत्त्यवपुषा स्वगतिं व्यनक्ति ॥ ६ ॥

Ô Seigneur, ni les poètes transcendants ni les maîtres de la science spirituelle ne pourraient exprimer pleinement leur dette envers Toi, même s’ils recevaient une vie aussi longue que celle de Brahmā. Car Tu te manifestes en deux aspects : extérieurement comme l’ācārya, intérieurement comme la Paramātmā, afin de dissiper l’impur au-dedans et au-dehors des êtres incarnés et de leur indiquer la voie qui mène à Toi.

Verse 7

श्रीशुक उवाच इत्युद्धवेनात्यनुरक्तचेतसा पृष्टो जगत्क्रीडनक: स्वशक्तिभि: । गृहीतमूर्तित्रय ईश्वरेश्वरो जगाद सप्रेममनोहरस्मित: ॥ ७ ॥

Śukadeva Gosvāmī dit : Ainsi interrogé par Uddhava, dont le cœur était intensément attaché, le Seigneur Kṛṣṇa—maître des maîtres, qui fait de l’univers le jouet de Sa līlā et, par Ses puissances, assume les trois formes de Brahmā, Viṣṇu et Śiva—commença à répondre, offrant un sourire ravissant empreint d’amour.

Verse 8

श्रीभगवानुवाच हन्त ते कथयिष्यामि मम धर्मान् सुमङ्गलान् । यान् श्रद्धयाचरन् मर्त्यो मृत्युं जयति दुर्जयम् ॥ ८ ॥

La Personnalité Suprême de Dieu dit : Oui, Je vais te décrire Mes principes de bhakti, si propices et bénis ; en les pratiquant avec foi, le mortel triomphe de la mort, si difficile à vaincre.

Verse 9

कुर्यात् सर्वाणि कर्माणि मदर्थं शनकै: स्मरन् । मय्यर्पितमनश्चित्तो मद्धर्मात्ममनोरति: ॥ ९ ॥

En te souvenant toujours de Moi, accomplis tous tes devoirs pour Moi sans précipitation. L’esprit et l’intelligence offerts à Moi, fixe ton cœur, avec amour, dans Mon service de bhakti.

Verse 10

देशान् पुण्यानाश्रयेत मद्भ‍क्तै: साधुभि: श्रितान् । देवासुरमनुष्येषु मद्भ‍क्ताचरितानि च ॥ १० ॥

Prends refuge dans les lieux saints où demeurent Mes dévots, les sādhus. Et laisse-toi guider par les actes exemplaires de Mes bhaktas, qui apparaissent parmi les devas, les asuras et les humains.

Verse 11

पृथक् सत्रेण वा मह्यं पर्वयात्रामहोत्सवान् । कारयेद् गीतनृत्याद्यैर्महाराजविभूतिभि: ॥ ११ ॥

Seul ou dans des assemblées publiques, avec chants, danses et autres manifestations d’opulence royale, on doit organiser la célébration des jours saints, rites, pèlerinages et festivals réservés à Mon culte.

Verse 12

मामेव सर्वभूतेषु बहिरन्तरपावृतम् । ईक्षेतात्मनि चात्मानं यथा खममलाशय: ॥ १२ ॥

Avec un cœur pur, on doit Me voir, Moi l’Âme Suprême, présent en tous les êtres et en soi-même, au-dehors comme au-dedans; sans tache matérielle et partout présent, tel le ciel omniprésent.

Verse 13

इति सर्वाणि भूतानि मद्भ‍ावेन महाद्युते । सभाजयन् मन्यमानो ज्ञानं केवलमाश्रित: ॥ १३ ॥ ब्राह्मणे पुक्कसे स्तेने ब्रह्मण्येऽर्के स्फुलिङ्गके । अक्रूरे क्रूरके चैव समद‍ृक् पण्डितो मत: ॥ १४ ॥

Ô Uddhava éclatant : celui qui, de cette manière, voit tous les êtres avec l’idée que Je suis présent en chacun, et qui, s’abritant dans cette connaissance divine, rend à tous le respect qui leur est dû, est véritablement sage. Il voit d’un même regard le brāhmaṇa et l’exclu, le voleur et le protecteur de la culture brahmanique, le soleil et la minuscule étincelle, le doux et le cruel.

Verse 14

इति सर्वाणि भूतानि मद्भ‍ावेन महाद्युते । सभाजयन् मन्यमानो ज्ञानं केवलमाश्रित: ॥ १३ ॥ ब्राह्मणे पुक्कसे स्तेने ब्रह्मण्येऽर्के स्फुलिङ्गके । अक्रूरे क्रूरके चैव समद‍ृक् पण्डितो मत: ॥ १४ ॥

Ô Uddhava au grand éclat, celui qui considère tous les êtres en voyant Ma présence en chacun, et qui, s’abritant dans cette connaissance divine, rend à tous l’hommage qui leur est dû, est tenu pour véritablement sage. Il voit d’un même regard le brāhmane et l’intouchable, le voleur et le protecteur de la culture brāhmanique, le soleil et la petite étincelle de feu, le doux et le cruel.

Verse 15

नरेष्वभीक्ष्णं मद्भ‍ावं पुंसो भावयतोऽचिरात् । स्पर्धासूयातिरस्कारा: साहङ्कारा वियन्ति हि ॥ १५ ॥

Chez celui qui médite sans cesse Ma présence en tous les êtres, les tendances mauvaises — rivalité, jalousie, mépris — ainsi que le faux ego, sont très vite anéanties.

Verse 16

विसृज्य स्मयमानान् स्वान् द‍ृशं व्रीडां च दैहिकीम् । प्रणमेद् दण्डवद् भूमावाश्वचाण्डालगोखरम् ॥ १६ ॥

Sans tenir compte des moqueries des compagnons, il faut renoncer à l’identification au corps et à la honte qui l’accompagne. Puis, se prosternant sur le sol comme un bâton (daṇḍavat), on doit offrir ses hommages à tous — même aux chiens, aux intouchables, aux vaches et aux ânes —.

Verse 17

यावत् सर्वेषु भूतेषु मद्भ‍ावो नोपजायते । तावदेवमुपासीत वाङ्‍मन:कायवृत्तिभि: ॥ १७ ॥

Jusqu’à ce que l’on ait pleinement développé la capacité de Me voir en tous les êtres, il faut continuer à M’adorer ainsi par les actes de la parole, du mental et du corps.

Verse 18

सर्वं ब्रह्मात्मकं तस्य विद्ययात्ममनीषया । परिपश्यन्नुपरमेत् सर्वतो मुक्तसंशय: ॥ १८ ॥

Par cette connaissance transcendante du Seigneur suprême, qui pénètre tout, et par la sagesse du Soi, on voit la Vérité absolue partout. Ainsi libéré de tout doute, on renonce aux actes intéressés par leurs fruits.

Verse 19

अयं हि सर्वकल्पानां सध्रीचीनो मतो मम । मद्भ‍ाव: सर्वभूतेषु मनोवाक्कायवृत्तिभि: ॥ १९ ॥

Je tiens pour suprême cette voie : employer le mental, la parole et les actes du corps afin de Me réaliser au sein de tous les êtres vivants.

Verse 20

न ह्यङ्गोपक्रमे ध्वंसो मद्धर्मस्योद्धवाण्वपि । मया व्यवसित: सम्यङ्निर्गुणत्वादनाशिष: ॥ २० ॥

Cher Uddhava, entreprendre Mon dharma ne cause aucune perte, car Je l’ai Moi-même établi : il est au-delà des guṇas et sans mobile matériel. Celui qui l’adopte ne subit pas la moindre diminution.

Verse 21

यो यो मयि परे धर्म: कल्प्यते निष्फलाय चेत् । तदायासो निरर्थ: स्याद् भयादेरिव सत्तम ॥ २१ ॥

Ô Uddhava, le plus saint : si l’on conçoit un ‘dharma’ envers Moi pour un but stérile, l’effort est vain, tel la peur et les lamentations qui ne changent pas le péril. Mais l’acte offert à Moi sans intérêt personnel, fût-il extérieurement inutile, constitue la véritable voie de la religion.

Verse 22

एषा बुद्धिमतां बुद्धिर्मनीषा च मनीषिणाम् । यत् सत्यमनृतेनेह मर्त्येनाप्नोति मामृतम् ॥ २२ ॥

C’est l’intelligence suprême des intelligents et la finesse des plus fins : qu’en cette vie même, le mortel se serve du temporaire et de l’irréel pour atteindre Moi, la Réalité éternelle et immortelle.

Verse 23

एष तेऽभिहित: कृत्‍स्‍नो ब्रह्मवादस्य सङ्ग्रह: । समासव्यासविधिना देवानामपि दुर्गम: ॥ २३ ॥

Ainsi t’ai-Je exposé —brièvement et en détail— un exposé complet de la science du Brahman, la Vérité Absolue. Même pour les demi-dieux, cette science est difficile à saisir.

Verse 24

अभीक्ष्णशस्ते गदितं ज्ञानं विस्पष्टयुक्तिमत् । एतद् विज्ञाय मुच्येत पुरुषो नष्टसंशय: ॥ २४ ॥

Je t’ai maintes fois exposé cette connaissance avec un raisonnement limpide. Celui qui la comprend correctement se libère de tout doute et atteint la délivrance.

Verse 25

सुविविक्तं तव प्रश्न‍ं मयैतदपि धारयेत् । सनातनं ब्रह्मगुह्यं परं ब्रह्माधिगच्छति ॥ २५ ॥

Cette réponse à ta question est d’une grande clarté ; celui qui y fixe son esprit atteint le but éternel et secret des Védas : le Parabrahman, la Vérité absolue suprême.

Verse 26

य एतन्मम भक्तेषु सम्प्रदद्यात् सुपुष्कलम् । तस्याहं ब्रह्मदायस्य ददाम्यात्मानमात्मना ॥ २६ ॥

Celui qui répand largement cette connaissance parmi Mes dévots est un donateur du Brahman ; à lui, Je donne Mon propre Être.

Verse 27

य एतत् समधीयीत पवित्रं परमं शुचि । स पूयेताहरहर्मां ज्ञानदीपेन दर्शयन् ॥ २७ ॥

Celui qui récite à haute voix cette connaissance suprême, la plus pure et purificatrice, se purifie de jour en jour, car, par la lampe du savoir transcendant, il Me révèle aux autres.

Verse 28

य एतच्छ्रद्धया नित्यमव्यग्र: श‍ृणुयान्नर: । मयि भक्तिं परां कुर्वन् कर्मभिर्न स बध्यते ॥ २८ ॥

Quiconque écoute régulièrement cette connaissance avec foi et attention, tout en Me servant par une dévotion pure, ne sera jamais lié par les réactions du karma.

Verse 29

अप्युद्धव त्वया ब्रह्म सखे समवधारितम् । अपि ते विगतो मोह: शोकश्चासौ मनोभव: ॥ २९ ॥

Mon cher ami Uddhava, as-tu maintenant pleinement compris cette connaissance transcendante? La confusion et la lamentation nées dans ton esprit se sont-elles dissipées?

Verse 30

नैतत्त्वया दाम्भिकाय नास्तिकाय शठाय च । अशुश्रूषोरभक्ताय दुर्विनीताय दीयताम् ॥ ३० ॥

Ne transmets pas cet enseignement à l’hypocrite, à l’athée ou au fourbe; ni à celui qui n’écoute pas avec foi, qui n’est pas dévot ou qui manque d’humilité.

Verse 31

एतैर्दोषैर्विहीनाय ब्रह्मण्याय प्रियाय च । साधवे शुचये ब्रूयाद् भक्ति: स्याच्छूद्रयोषिताम् ॥ ३१ ॥

Cette connaissance doit être enseignée à celui qui est exempt de ces défauts, dévoué au bien des brāhmaṇas, bienveillant, saint et pur. Et si les gens simples et les femmes manifestent la bhakti envers le Seigneur Suprême, ils doivent aussi être reconnus comme auditeurs qualifiés.

Verse 32

नैतद् विज्ञाय जिज्ञासोर्ज्ञातव्यमवशिष्यते । पीत्वा पीयूषममृतं पातव्यं नावशिष्यते ॥ ३२ ॥

Quand l’aspirant comprend cette connaissance, il ne lui reste plus rien à connaître. Car celui qui a bu le nectar immortel, le plus suave, ne peut demeurer assoiffé.

Verse 33

ज्ञाने कर्मणि योगे च वार्तायां दण्डधारणे । यावानर्थो नृणां तात तावांस्तेऽहं चतुर्विध: ॥ ३३ ॥

Mon enfant, par la connaissance analytique, l’action rituelle, le yoga mystique, les affaires du monde et le pouvoir politique, les hommes recherchent dharma, artha, kāma et mokṣa. Mais parce que tu es Mon dévot, tout ce qu’ils peuvent accomplir par ces voies multiples, tu le trouveras très aisément en Moi.

Verse 34

मर्त्यो यदा त्यक्तसमस्तकर्मा निवेदितात्मा विचिकीर्षितो मे । तदामृतत्त्वं प्रतिपद्यमानो मयात्मभूयाय च कल्पते वै ॥ ३४ ॥

Quand le mortel renonce à toute action intéressée et s’offre entièrement à Moi, désireux de Me servir, il obtient la délivrance de la naissance et de la mort et participe à Mes propres opulences.

Verse 35

श्रीशुक उवाच स एवमादर्शितयोगमार्ग- स्तदोत्तम:श्लोकवचो निशम्य । बद्धाञ्जलि: प्रीत्युपरुद्धकण्ठो न किञ्चिदूचेऽश्रुपरिप्लुताक्ष: ॥ ३५ ॥

Śukadeva Gosvāmī dit : Ayant entendu ces paroles du Seigneur Kṛṣṇa, et le chemin entier du yoga lui ayant été ainsi montré, Uddhava joignit les mains en hommage. Mais la gorge serrée par l’amour et les yeux baignés de larmes, il ne put rien dire.

Verse 36

विष्टभ्य चित्तं प्रणयावघूर्णं धैर्येण राजन् बहु मन्यमान: । कृताञ्जलि: प्राह यदुप्रवीरं शीर्ष्णा स्पृशंस्तच्चरणारविन्दम् ॥ ३६ ॥

Ô roi ! Raffermissant par la constance son esprit bouleversé d’amour, Uddhava éprouva une immense gratitude envers Śrī Kṛṣṇa, le plus grand héros de la lignée des Yadu. Les mains jointes, il toucha de son front les pieds de lotus du Seigneur, puis il parla.

Verse 37

श्रीउद्धव उवाच विद्रावितो मोहमहान्धकारो य आश्रितो मे तव सन्निधानात् । विभावसो: किं नु समीपगस्य शीतं तमो भी: प्रभवन्त्यजाद्य ॥ ३७ ॥

Śrī Uddhava dit : Ô Seigneur non né, primordial ! La grande obscurité de l’illusion qui m’enveloppait a été dissipée par Ta présence miséricordieuse. Comment le froid, les ténèbres et la peur pourraient-ils agir sur celui qui s’est approché du soleil éclatant ?

Verse 38

प्रत्यर्पितो मे भवतानुकम्पिना भृत्याय विज्ञानमय: प्रदीप: । हित्वा कृतज्ञस्तव पादमूलं कोऽन्यं समीयाच्छरणं त्वदीयम् ॥ ३८ ॥

Par Ta compassion, en retour de ma faible reddition, Tu as accordé à moi, Ton serviteur, le flambeau de la connaissance transcendante. Dès lors, quel dévot reconnaissant pourrait quitter Tes pieds de lotus pour chercher refuge auprès d’un autre maître ?

Verse 39

वृक्णश्च मे सुद‍ृढ: स्‍नेहपाशो दाशार्हवृष्ण्यन्धकसात्वतेषु । प्रसारित: सृष्टिविवृद्धये त्वया स्वमायया ह्यात्मसुबोधहेतिना ॥ ३९ ॥

La corde solidement nouée de mon affection pour les familles des Dāśārhas, Vṛṣṇis, Andhakas et Sātvatas—que Tu avais déployée par Ta svamāyā pour l’essor de la création—est maintenant tranchée par l’arme de la connaissance du Soi.

Verse 40

नमोऽस्तु ते महायोगिन् प्रपन्नमनुशाधि माम् । यथा त्वच्चरणाम्भोजे रति: स्यादनपायिनी ॥ ४० ॥

Hommage à Toi, ô Mahāyogī. Moi qui me suis réfugié en Toi, instruis-moi afin que mon attachement aux lotus de Tes pieds demeure inébranlable et ne s’éteigne jamais.

Verse 41

श्रीभगवानुवाच गच्छोद्धव मयादिष्टो बदर्याख्यं ममाश्रमम् । तत्र मत्पादतीर्थोदे स्‍नानोपस्पर्शनै: शुचि: ॥ ४१ ॥ ईक्षयालकनन्दाया विधूताशेषकल्मष: । वसानो वल्कलान्यङ्ग वन्यभुक् सुखनि:स्पृह: ॥ ४२ ॥ तितिक्षुर्द्वन्द्वमात्राणां सुशील: संयतेन्द्रिय: । शान्त: समाहितधिया ज्ञानविज्ञानसंयुत: ॥ ४३ ॥ मत्तोऽनुशिक्षितं यत्ते विविक्तमनुभावयन् । मय्यावेशितवाक्‌चित्तो मद्धर्मनिरतो भव । अतिव्रज्य गतीस्तिस्रो मामेष्यसि तत: परम् ॥ ४४ ॥

Le Seigneur Suprême dit : « Cher Uddhava, obéis à Mon ordre et rends-toi à Mon āśrama nommé Badarikā. Là, purifie-toi en touchant et en te baignant dans les eaux saintes issues de Mes pieds de lotus ; et par la seule vision de la rivière sacrée Alakanandā, efface toute souillure de péché. Vêts-toi d’écorce et nourris-toi de ce que la forêt offre naturellement ; demeure satisfait et sans désir. Sois patient face aux dualités, de bonne nature, maître de tes sens, paisible, l’esprit recueilli, pourvu de connaissance et de réalisation transcendantes. Médite sans cesse, dans la solitude, l’essence des enseignements que Je t’ai donnés ; fixe ta parole et ta pensée en Moi et applique-toi à Mon dharma. Ainsi tu franchiras les destinations des trois guṇas et, finalement, tu reviendras à Moi. »

Verse 42

श्रीभगवानुवाच गच्छोद्धव मयादिष्टो बदर्याख्यं ममाश्रमम् । तत्र मत्पादतीर्थोदे स्‍नानोपस्पर्शनै: शुचि: ॥ ४१ ॥ ईक्षयालकनन्दाया विधूताशेषकल्मष: । वसानो वल्कलान्यङ्ग वन्यभुक् सुखनि:स्पृह: ॥ ४२ ॥ तितिक्षुर्द्वन्द्वमात्राणां सुशील: संयतेन्द्रिय: । शान्त: समाहितधिया ज्ञानविज्ञानसंयुत: ॥ ४३ ॥ मत्तोऽनुशिक्षितं यत्ते विविक्तमनुभावयन् । मय्यावेशितवाक्‌चित्तो मद्धर्मनिरतो भव । अतिव्रज्य गतीस्तिस्रो मामेष्यसि तत: परम् ॥ ४४ ॥

Par la vision de la rivière Alakanandā, que toute souillure soit dissipée ; vêts-toi d’écorce, nourris-toi de ce que la forêt offre naturellement, et demeure sans désir même face au plaisir.

Verse 43

श्रीभगवानुवाच गच्छोद्धव मयादिष्टो बदर्याख्यं ममाश्रमम् । तत्र मत्पादतीर्थोदे स्‍नानोपस्पर्शनै: शुचि: ॥ ४१ ॥ ईक्षयालकनन्दाया विधूताशेषकल्मष: । वसानो वल्कलान्यङ्ग वन्यभुक् सुखनि:स्पृह: ॥ ४२ ॥ तितिक्षुर्द्वन्द्वमात्राणां सुशील: संयतेन्द्रिय: । शान्त: समाहितधिया ज्ञानविज्ञानसंयुत: ॥ ४३ ॥ मत्तोऽनुशिक्षितं यत्ते विविक्तमनुभावयन् । मय्यावेशितवाक्‌चित्तो मद्धर्मनिरतो भव । अतिव्रज्य गतीस्तिस्रो मामेष्यसि तत: परम् ॥ ४४ ॥

Sois patient face aux dualités, de bonne nature, maître de tes sens ; demeure paisible, l’esprit recueilli, pourvu de connaissance et de réalisation.

Verse 44

श्रीभगवानुवाच गच्छोद्धव मयादिष्टो बदर्याख्यं ममाश्रमम् । तत्र मत्पादतीर्थोदे स्‍नानोपस्पर्शनै: शुचि: ॥ ४१ ॥ ईक्षयालकनन्दाया विधूताशेषकल्मष: । वसानो वल्कलान्यङ्ग वन्यभुक् सुखनि:स्पृह: ॥ ४२ ॥ तितिक्षुर्द्वन्द्वमात्राणां सुशील: संयतेन्द्रिय: । शान्त: समाहितधिया ज्ञानविज्ञानसंयुत: ॥ ४३ ॥ मत्तोऽनुशिक्षितं यत्ते विविक्तमनुभावयन् । मय्यावेशितवाक्‌चित्तो मद्धर्मनिरतो भव । अतिव्रज्य गतीस्तिस्रो मामेष्यसि तत: परम् ॥ ४४ ॥

Le Seigneur Suprême dit : « Cher Uddhava, reçois Mon ordre et rends-toi à Mon āśrama nommé Badarikā. Là, purifie-toi en touchant et en te baignant dans les eaux saintes issues de Mes pieds de lotus. Par la seule vision de l’Alakanandā, toutes les souillures du péché seront dissipées. Vêts-toi d’écorce, nourris-toi de ce que la forêt offre naturellement ; demeure content et sans désir. Sois patient face aux dualités, d’humeur douce, maître de tes sens, paisible, et pourvu de connaissance et de réalisation spirituelles. Médite avec attention l’essence des enseignements que Je t’ai donnés ; fixe ta parole et ton esprit sur Moi, et applique-toi à Mon dharma. Ainsi tu franchiras les destinations des trois guṇa et, finalement, tu viendras à Moi. »

Verse 45

श्रीशुक उवाच स एवमुक्तो हरिमेधसोद्धव: प्रदक्षिणं तं परिसृत्य पादयो: । शिरो निधायाश्रुकलाभिरार्द्रधी- र्न्यषिञ्चदद्वन्द्वपरोऽप्यपक्रमे ॥ ४५ ॥

Śukadeva Gosvāmī dit : Ainsi, après avoir été exhorté par Śrī Hari, dont l’intelligence dissipe les souffrances de la vie matérielle, Uddhava fit la circumambulation du Seigneur puis se prosterna, posant sa tête sur Ses pieds. Bien qu’Uddhava fût au-delà de toute dualité, au moment du départ son cœur se brisait, et l’esprit noyé de larmes, il trempa les pieds de lotus du Seigneur de ses pleurs.

Verse 46

सुदुस्त्यजस्‍नेहवियोगकातरो न शक्नुवंस्तं परिहातुमातुर: । कृच्छ्रं ययौ मूर्धनि भर्तृपादुके बिभ्रन्नमस्कृत्य ययौ पुन: पुन: ॥ ४६ ॥

En proie à l’angoisse de la séparation, tant son attachement était difficile à quitter, Uddhava ne parvenait pas à abandonner la compagnie du Seigneur. Finalement, dans une grande douleur, il se prosterna encore et encore, posa les sandales de son Maître sur sa tête et s’en alla, le cœur accablé.

Verse 47

ततस्तमन्तर्हृदि सन्निवेश्य गतो महाभागवतो विशालाम् । यथोपदिष्टां जगदेकबन्धुना तप: समास्थाय हरेरगाद् गतिम् ॥ ४७ ॥

Alors Uddhava, grand dévot, plaça le Seigneur au plus profond de son cœur et se rendit à Badarikāśrama. Là, en pratiquant l’austérité selon l’instruction de Kṛṣṇa, l’unique ami de l’univers, il atteignit la destination suprême : la demeure personnelle de Hari.

Verse 48

य एतदानन्दसमुद्रसम्भृतं ज्ञानामृतं भागवताय भाषितम् । कृष्णेन योगेश्वरसेविताङ्‍‍घ्रिणा सच्छ्रद्धयासेव्य जगद् विमुच्यते ॥ ४८ ॥

Voici le nectar de la connaissance, vaste comme un océan de félicité spirituelle, que Kṛṣṇa —dont les pieds de lotus sont servis par les grands maîtres du yoga— a transmis à Son dévot. Quiconque accueille ce récit avec une foi authentique, en l’écoutant ou en le mettant en pratique, est assuré de la libération au sein de cet univers.

Verse 49

भवभयमपहन्तुं ज्ञानविज्ञानसारं निगमकृदुपजह्रे भृङ्गवद् वेदसारम् । अमृतमुदधितश्चापाययद् भृत्यवर्गान् पुरुषमृषभमाद्यं कृष्णसंज्ञं नतोऽस्मि ॥ ४९ ॥

J’offre mes prosternations à Śrī Kṛṣṇa, le Purusha originel et suprême. Pour dissiper la crainte de l’existence matérielle chez Ses dévots, l’Auteur des Veda, tel une abeille, a recueilli l’essence védique — le nectar de jñāna et de vijñāna — puis, de l’océan de félicité, l’a fait boire à Ses serviteurs par Sa miséricorde.

Frequently Asked Questions

Uddhava observes that many yogīs become frustrated trying to steady the mind and perfect samādhi. Kṛṣṇa therefore presents bhakti-centered yoga: remembrance of Him, offering all duties to Him, associating with devotees, celebrating His worship through kīrtana and festivals, and cultivating Paramātmā-darśana—seeing Him within all beings—so the mind becomes naturally absorbed by devotion rather than forced restraint.

It is operationalized through conduct: honoring every being because the Lord is present within, abandoning rivalry and envy, and practicing radical humility (daṇḍavat obeisances even to socially disregarded beings). The text states that until this vision is fully mature, one should continue deliberate worship with speech, mind, and body—so inner realization and outer discipline reinforce each other.

Kṛṣṇa restricts it from hypocritical, atheistic, dishonest, non-devotional, faithless, or proud hearers. It should be taught to the pure and saintly, kindly disposed, and dedicated to the welfare of brāhmaṇas; additionally, common workers and women are included if they possess devotion—indicating bhakti as the decisive qualification (adhikāra), not social status.

Badarikāśrama is prescribed as a place of purification and steady sādhana: bathing in sacred waters (Alakanandā), living simply, tolerating dualities, and meditating on Kṛṣṇa’s instructions with fixed attention. The outcome is transcendence of the three guṇas and return to the Lord’s abode—showing a concrete post-instruction regimen that stabilizes realization and completes the path to mukti.

It dramatizes viraha-bhakti (devotion in separation) and marks the narrative pivot into nirodha: as Kṛṣṇa’s earthly līlā nears withdrawal, the Lord entrusts His essence-teaching to Uddhava, who carries it forward through practice and transmission. The devotee’s grief is not ignorance but intensified love, while the instruction ensures liberation for faithful hearers.