
Īśvara raconte à Mahādevī l’histoire d’un puits fameux sur la rive agréable de la Devikā, qualifié de “triloka-viśruta” (célèbre dans les trois mondes). Là, le sage Taṇḍī, établi sur la berge, accomplit des tapas avec une bhakti inébranlable envers Śiva. Un vieux cerf aveugle tombe dans une fosse profonde et desséchée. Touché de compassion mais fidèle à la retenue de l’ascète, le muni profère à plusieurs reprises le “huṁkāra”. Par la puissance de ce son, la fosse se remplit d’eau, permettant au cerf de s’en extraire péniblement. Le cerf prend alors forme humaine et interroge le sage, stupéfait du fruit karmique manifesté par cet acte. L’être transformé explique que sa chute dans la condition de cerf puis son retour à l’état humain se sont produits ici même, par la vertu de ce tīrtha. Désireux de vérifier, Taṇḍī prononce de nouveau le “huṁkāra”, et le puits se remplit comme auparavant. Il accomplit le snāna et le pitṛ-tarpaṇa, reconnaît le lieu comme un tīrtha éminent et atteint une “destination suprême” (parā gati). La phalaśruti affirme qu’encore aujourd’hui, lorsqu’on y fait le “huṁkāra”, un filet d’eau jaillit. Le dévot qui s’y rend—même s’il fut autrefois pécheur—n’obtient plus une autre naissance humaine sur la terre. Celui qui s’y baigne, se purifie et accomplit le śrāddha est délivré de tous les péchés, honoré au pitṛloka, et l’on dit qu’il élève sept lignées, passées et futures.
Verse 1
ईश्वर उवाच । ततो गच्छेन्महादेवि कूपं त्रैलोक्यविश्रुतम् । देविकायास्तटे रम्ये हुंकारेणैव पूर्यते
Īśvara dit : Ensuite, ô Grande Déesse, il faut se rendre à un puits renommé dans les trois mondes. Sur la belle rive de la Devikā, il se remplit rien qu’au son « huṃ ».
Verse 2
ततोऽधस्तात्पुनर्याति सलिलं तत्र भामिनि । तण्डीनाम पुरा प्रोक्तो देविकातटमास्थितः
Puis, ô dame rayonnante, l’eau de là redescend de nouveau. Jadis, on disait qu’un certain Taṇḍī demeurait sur la rive de la Devikā.
Verse 3
तपस्तेपे महादेवि शिवभक्तिपरायणः । तस्यैवं तप्यमानस्य तस्मिन्देशे वरानने
Ô Mahādevī, il accomplit des austérités, tout entier voué à la bhakti envers Śiva. Et tandis qu’il poursuivait ainsi sa pénitence en cette contrée, ô toi au beau visage—
Verse 4
आजगाम मृगो वृद्धस्तं देशमन्ध दृक्प्रिये । स पपात महागर्ते अगाधे जलवर्जिते
Ô bien-aimée au regard obscurci, un vieux cerf vint en ce lieu. Il tomba dans une grande fosse, très profonde et dépourvue d’eau.
Verse 5
तं दृष्ट्वा कृपयाविष्टः स मुनिर्मौनमास्थितः । हुंकारं कुरुते तत्र भूयोभूयश्च भामिनि
L’ayant vu, le muni, saisi de compassion, demeura dans le silence. Pourtant, là même, il proféra maintes fois le son « huṃ », ô radieuse dame.
Verse 6
अथ हुंकारशब्देन तस्य गर्तः प्रपूरितः । ततो मृगो विनिष्क्रांतः कृच्छ्रेण सलिलात्प्रिये
Alors, par le son « huṃ », cette fosse fut entièrement comblée. Puis le cerf, avec peine, sortit de l’eau, ô bien-aimée.
Verse 7
मानुषं रूपमाश्रित्य तमृषिं पर्यपृच्छत । विस्मयं परमं गत्वा काम्यदं कर्मणः फलम्
Prenant forme humaine, il interrogea ce rishi. Parvenu au comble de l’émerveillement, il parla du fruit de cet acte, qui accorde ce qui est désiré.
Verse 8
मृगत्वे पतितश्चात्र नरो भूत्वा विनिर्गतः । सोऽब्रवीत्तस्य माहात्म्यं सलिलस्य द्विजोत्तमः
Ici, un homme, tombé dans l’état de cerf, rejaillit de nouveau en tant qu’homme. Alors le meilleur des deux-fois-nés (le sage) déclara la grandeur de cette eau.
Verse 9
अतोऽहं नरतां प्राप्तो नान्यदस्तीह कारणम् । ततस्तत्सलिलं भूयः प्रविष्टं धरणीतले
«Ainsi ai-je obtenu la condition humaine : il n’y a ici nulle autre cause.» Ensuite, cette eau rentra de nouveau dans la terre.
Verse 10
ततो हुंकृतवान्भूयः स ऋषिः कौतुकान्वितः । आपूरितः पुनः कूपः सलिलेन पुरा यथा
Alors, saisi d’émerveillement, ce sage prononça de nouveau le « huṃ » sacré. Aussitôt le puits se remplit encore d’eau, comme jadis.
Verse 11
ततः स कृतवान्स्नानं तथा च पितृतर्पणम् । मत्वा तीर्थवरं तत्र ततः प्राप्तः परां गतिम्
Puis il s’y baigna et accomplit aussi le tarpaṇa, l’offrande d’eau aux ancêtres. Reconnaissant en ce lieu un tīrtha d’exception, il atteignit ensuite l’état suprême.
Verse 12
अद्यापि हुंकृते तस्मिन्सलिलौघः प्रवर्तते । तत्र गत्वा नरो भक्त्या अपि पापरतोऽपि यः
Aujourd’hui encore, lorsque l’on y prononce ce « huṃ », un flot d’eau se met à couler. Quiconque s’y rend avec dévotion — fût-il adonné au péché — est transfiguré par la puissance de ce tīrtha.
Verse 13
न मानुष्यं पुनर्जन्म प्राप्नोति जगतीतले । तत्र स्नात्वा शुचिर्भूत्वा यः श्राद्धं कुरुते नरः
Il n’obtient plus une nouvelle naissance humaine sur la terre. L’homme qui s’y baigne, devient pur et accomplit le śrāddha (rite aux ancêtres)…
Verse 14
मुच्यते सर्वपापेभ्यः पितृलोके महीयते । कुलानि तारयेत्सप्त अतीताऽनागतानि च
Il est délivré de tous les péchés et honoré dans le monde des ancêtres. Il sauve sept lignées, celles du passé comme celles à venir.