Adhyaya 56
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 56

Adhyaya 56

Le chapitre 56 propose, par la voix de Sūta, un enseignement théologique centré sur un tīrtha. Il s’ouvre en proclamant l’efficacité du darśana (la vision dévote) de Sāmbāditya/Sureśvara : le mortel qui contemple la divinité obtient les vœux cachés dans son cœur ; et, plus précisément, celui qui la vénère et la contemple au Māgha śukla saptamī tombant un dimanche est dit échapper aux destinées infernales. Vient ensuite un exemple : le sage brāhmane Gālava, discipliné dans l’étude, paisible dans sa conduite, compétent dans les rites et reconnaissant. Parvenu à la vieillesse sans fils, il est accablé de chagrin. Renonçant aux soucis domestiques, il entreprend un culte prolongé du Soleil en ce lieu, installe une image selon la procédure pañcarātra et pratique de longues austérités : observances saisonnières, maîtrise des sens et jeûnes. Au bout de quinze ans, le dieu Soleil apparaît près du banian (vaṭa), accorde une grâce et donne à Gālava un fils destiné à prolonger la lignée, en lien avec le jeûne de saptamī. L’enfant est nommé Vaṭeśvara (car accordé près du vaṭa) ; plus tard, il fait bâtir un temple agréable, et la divinité devient largement connue sous le nom de Vātāditya, célébrée comme dispensatrice de descendance. Les vers conclusifs étendent la phalaśruti : un culte accompli avec ordre au saptamī/dimanche, accompagné d’upavāsa (jeûne), procure un fils excellent aux chefs de maison, tandis qu’une adoration sans désir est présentée comme orientant vers la mokṣa. Une gāthā prononcée par Nārada amplifie encore le thème de la fécondité et de la progéniture, et place cette dévotion au-dessus d’autres moyens pour atteindre ce but.

Shlokas

Verse 1

। सूत उवाच । तस्यापि नातिदूरस्थं सांबादित्यं सुरेश्वरम् । दृष्ट्वा कामानवाप्नोति सर्वान्मर्त्यो हृदि स्थितान्

Sūta dit : Non loin de là se trouve Sāmbāditya, le Seigneur divin. En le contemplant, le mortel obtient tous les désirs qui demeurent au fond du cœur.

Verse 2

यस्तु माघस्य शुक्लायां सप्तम्यां रविवासरे । भक्त्या संपश्यते मर्त्यो नरकान्न स पश्यति

Mais le mortel qui, avec dévotion, le contemple le septième jour de la quinzaine claire de Māgha, lorsqu’il tombe un dimanche, ne verra pas les enfers.

Verse 3

आसीत्पूर्वं द्विजो नाम गालवः स महामुनिः । स्वाध्यायनिरतो नित्यं वेदवेदांगपारगः

Autrefois vivait un « deux-fois-né » nommé Gālava, grand muni. Toujours appliqué au svādhyāya, il avait pleinement traversé les Veda et leurs auxiliaires (vedāṅga).

Verse 4

शुचिव्रतपरः शांतो देवद्विजपरायणः । कृतज्ञश्च सुशीलश्च यज्ञकर्मविचक्षणः

Il était voué à des vœux de pureté, paisible de nature, fermement tourné vers les dieux et les deux-fois-nés ; reconnaissant, de belle conduite, et expert dans les rites sacrificiels du yajña.

Verse 5

तस्यैवं वर्तमानस्य संप्राप्तं पश्चिमं वयः । अपुत्रस्य द्विजश्रेष्ठास्ततो दुःखं व्यजायत

Comme il vivait ainsi, l’âge du déclin survint ; et, faute de fils, ô le meilleur des deux-fois-nés, la peine s’éleva en son cœur.

Verse 6

ततः सर्वं परित्यज्य गृहकृत्यं स भक्तिमान् । सूर्यमाराधयामास क्षेत्रेऽत्रैव समाहितः

Aussi, délaissant toutes les affaires du foyer, ce dévot adora Sūrya, l’esprit recueilli, ici même en ce lieu sacré.

Verse 7

वटवृक्षं समाश्रित्य श्रद्धया परया युतः । स्थापयित्वा रवेरर्चां यथोक्तां पंचरात्रिके

S’étant abrité sous un banian, doté d’une foi suprême, il installa une image pour le culte de Ravi (Sūrya), selon les prescriptions du Pañcarātra.

Verse 8

वर्षास्वाकाशशायी च हेमंते जलसंश्रयः । पंचाग्निसाधको ग्रीष्मे निराहारो जितेन्द्रियः

Pendant la saison des pluies, il demeurait couché sous le ciel ouvert ; en hiver, il se réfugiait dans l’eau ; en été, il pratiquait l’ascèse des cinq feux—jeûnant, les sens maîtrisés.

Verse 9

ततः पंचदशे वर्षे संप्राप्ते भगवान्रविः । वटवृक्षं समाश्रित्य समीपस्थमुवाच तम्

Puis, lorsque la quinzième année fut venue, le Bienheureux Seigneur Ravi apparut ; se tenant près du banian, il s’adressa à celui qui se tenait tout proche.

Verse 10

श्रीसूर्य उवाच । वरदोस्म्यद्य भद्रं ते वरं प्रार्थय गालव । अतिदुर्लभमप्याशु तव दास्याम्यसंशयम्

Śrī Sūrya dit : «Aujourd’hui je suis pour toi le dispensateur de grâces ; que cela te soit de bon augure. Demande, ô Gālava, le don que tu souhaites ; fût-il extrêmement difficile à obtenir, je te l’accorderai promptement, sans aucun doute.»

Verse 11

गालव उवाच । अपुत्रोऽहं सुरश्रेष्ठ पश्चिमे वयसि स्थितः । तस्माद्देहि सुतं मह्यं वंशवृद्धिकरं परम्

Gālava dit : «Ô le meilleur des dieux, je suis sans fils et je me tiens au soir de la vie. Accorde-moi donc un fils, suprême, qui fasse croître et prospérer ma lignée.»

Verse 15

सप्तम्यश्च द्विजश्रेष्ठ निराहारस्तु भक्तितः या । स प्राप्स्यति न संदेहः पुत्रं वंशविवर्धनम्

Ô le meilleur des deux-fois-nés : quiconque, avec dévotion, observe le jeûne de Saptamī sans nourriture, obtiendra sans aucun doute un fils qui fera grandir sa lignée.

Verse 16

एवमुक्त्वा च सप्ताश्वो विरराम दिवाकरः । गालवोऽपि प्रहृष्टात्मा जगाम निजमंदिरम्

Après avoir ainsi parlé, Divākara—le Soleil attelé de sept coursiers—se tut. Et Gālava, l’âme réjouie, se rendit à sa demeure.

Verse 17

नातिदीर्घेण कालेन ततस्तस्याभव तत्सुतः । यथोक्तस्तेन देवेन सर्वलक्षणलक्षितः

Peu de temps après, un fils lui naquit—exactement comme l’avait annoncé la divinité—orné de tous les signes de bon augure.

Verse 18

ततश्चक्रे पिता नाम वटेश्वर इति स्वयम् । वटस्थेन यतो दत्तः संतुष्टेनांशुमालिना

Alors le père lui-même lui donna le nom de « Vaṭeśvara », car il avait été accordé par Aṃśumālī (le Soleil divin), satisfait tandis qu’il demeurait auprès du banian (vaṭa).

Verse 19

वटेश्वरसुतान्दृष्ट्वा पौत्रांश्च द्विजसत्तमाः । गालवः सूर्यमापन्नः कृत्वा सुविपुलं तपः

Ô le meilleur des brāhmaṇas ! Ayant vu les fils de Vaṭeśvara ainsi que ses petits-fils, Gālava atteignit le Soleil après avoir accompli une austérité d’une grandeur extrême.

Verse 20

वटेश्वरोऽपि संज्ञाय पित्रा संस्थापितं रविम् । तदर्थं कारयामास प्रासादं सुमनोहरम्

Vaṭeśvara, comprenant que son père avait établi là Ravi (le Soleil), fit construire à cette fin un sanctuaire d’une beauté exquise.

Verse 21

ततःप्रभृति लोके च स वटादित्यसंज्ञितः । पुत्रप्रदो ह्यपुत्राणां विख्यातो भुवनत्रये

Dès lors, dans le monde, il fut appelé « Vaṭāditya », renommé dans les trois mondes comme celui qui accorde des fils aux sans-enfants.

Verse 22

सप्तम्यां सूर्यवारेण उपवासपरायणः । यस्तं पूजयते भक्त्या सप्तर्मार्द्वादश क्रमात् । स प्राप्नोति सुतं श्रेष्ठं स्ववंशस्य विवर्धनम्

Le jour de Saptamī, lorsqu’il tombe un dimanche, celui qui s’adonne au jeûne et le vénère avec dévotion selon l’ordre prescrit (le rite en sept et la succession en douze) obtient un fils excellent, accroissant sa propre lignée.

Verse 23

निष्कामो वा नरो यस्तु तं पूजयति मानवः । स मोक्षमाप्नुयान्नूनं दुर्लभं त्रिदशैरपि

Mais si un homme, délivré du désir, L’adore, ce mortel obtient assurément la libération (mokṣa), chose rare même pour les dieux.

Verse 24

अथ गाथा पुरा गीता नारदेन सुरर्षिणा । दृष्ट्वा पुत्रप्रदं देवं वटादित्यं सुरेश्वरम्

Or, jadis, Nārada, le sage parmi les dieux, chanta une stance après avoir contemplé Vaṭāditya, le Seigneur divin, dispensateur de fils.

Verse 25

अपि वर्षशता नारी वंध्या वा दुर्भगापि वा । सांबसूर्यप्रसादेन सद्यो गर्भवती भवेत्

Quand bien même une femme serait stérile depuis cent ans, ou sans enfant, ou frappée de malchance, par la grâce de Sāmbasūrya elle peut concevoir sur-le-champ.

Verse 26

किं दानैः किं व्रतैर्ध्यानैः किं जपैः सोपवासकैः । पुत्रार्थं विद्यमानेऽथ सांबसूर्ये सुरेश्वरे

À quoi bon dons, vœux, méditations ou récitations accompagnées de jeûne, lorsque, pour obtenir un fils, Sāmbasūrya, le Seigneur parmi les dieux, est ici présent ?

Verse 27

वर्षमेकं नरो भक्त्या यः पश्येत्सूर्यवासरे । कृतक्षणोऽत्र पुत्रं स लभते चोत्तमं सुखम्

L’homme qui, avec dévotion, contemple (la Divinité) chaque dimanche durant une année entière—rendant fécond son séjour en ce lieu—obtient un fils et la félicité suprême.

Verse 28

तस्मात्सर्वप्रयत्नेन तं देवं यत्नतो द्विजाः । पश्येदात्महितार्थाय स्ववंशपरिवृद्धये

Ainsi donc, ô deux-fois-nés, avec tout effort et avec un soin attentif, que l’on contemple cette Divinité, pour son propre bien et pour l’accroissement de sa lignée.