Adhyaya 49
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 49

Adhyaya 49

Sūta décrit un sanctuaire au bord d’un étang nommé Kalaśeśvara, loué comme « destructeur de tous les péchés » ; il est dit que son darśana délivre l’homme du pāpa. Le récit enchaîne ensuite une légende d’origine, reliant la puissance du tīrtha à la justesse de l’hospitalité, à la discipline des vœux et à l’espérance de délivrance. Le roi Kalaśa, de la lignée des Yadu, est présenté comme un accomplisseur habile de yajña, un donateur généreux et un bienfaiteur du peuple. Lorsque le sage Durvāsas achève le vœu de Cāturmāsya, le roi l’accueille selon les rites : salut, prosternation, lavage des pieds, offrande d’arghya, puis il lui demande son besoin. Durvāsas réclame de la nourriture pour le pāraṇa, la clôture du jeûne. Le roi sert un repas somptueux où figure de la viande. Après avoir mangé, Durvāsas perçoit la présence/le goût de la viande et y voit une transgression des contraintes de son vœu ; sa colère éclate et il maudit le roi, qui deviendra un tigre féroce. Le roi implore, disant qu’il a agi par bhakti et par erreur involontaire, et demande un adoucissement. Durvāsas précise la règle : sauf dans des contextes tels que śrāddha et yajña, un brāhmaṇa observant un vœu ne doit pas manger de viande, surtout à la fin de Cāturmāsya ; en consommer rend le fruit du vœu vain. Il accorde toutefois une délivrance conditionnelle : lorsque la vache du roi, Nandinī, lui montrera un liṅga jadis honoré par une flèche (bāṇa-arcita liṅga), la libération viendra rapidement. Durvāsas s’en va ; le roi devient tigre, perd la mémoire ordinaire, attaque les êtres et s’enfonce dans une grande forêt, tandis que les ministres protègent le royaume en attendant la fin de la malédiction. Ainsi, le chapitre unit la gloire de Kalaśeśvara à l’exigence éthique de l’accueil, à la loi des vœux et à la voie de délivrance par la révélation du sanctuaire.

Shlokas

Verse 1

। सूत उवाच । तत्रैवास्ति महापुण्यो ह्रदतीरे व्यवस्थितः । कलशेश्वर इत्याख्यः सर्वपापप्रणाशनः

Sūta dit : « Là même, sur la rive du lac, se dresse un sanctuaire (de Śiva) au très grand mérite, nommé Kalaśeśvara, destructeur de tous les péchés. »

Verse 2

दृष्ट्वा प्रमुच्यते पापान्मनुष्यः कलशेश्वरम्

À la seule vue de Kalaśeśvara, l’homme est délivré de ses péchés.

Verse 3

पुरासीत्कलशोनाम यदुवंशसमुद्भवः । यज्वा दानपतिर्दक्षः सर्वलोकहिते रतः

Dans les temps anciens, il y eut un roi nommé Kalaśa, issu de la lignée des Yadu. Il accomplissait les sacrifices, excellait dans le don, était habile et compétent, et se vouait au bien de tous les êtres.

Verse 4

कस्यचित्त्वथ कालस्य दुर्वासा मुनि सत्तमः । चातुर्मास्यव्रतं कृत्वा तद्गृहं समुपस्थितः

Puis, à un certain moment, l’excellent sage Durvāsā—le meilleur des munis—ayant accompli le vœu de Cāturmāsya, se rendit à la demeure du roi.

Verse 5

अथोत्थाय नृपस्तूर्णं सम्मुखः प्रययौ मुदा । स्वागतं स्वागतं तेस्तु ब्रुवाण इति सादरम्

Alors le roi se leva aussitôt et s’avança avec joie pour l’accueillir, disant avec respect : « Sois le bienvenu, sois le bienvenu ! »

Verse 6

ततः प्रणम्य तं भक्त्या प्रक्षाल्य चरणौ स्वयम् । दत्त्वार्घमिति होवाच हर्षबाष्पाकुलेक्षणः

Puis, s’inclinant devant lui avec dévotion, il lava de ses propres mains les pieds du sage et lui offrit l’arghya ; en parlant, ses yeux, bouleversés, se remplirent de larmes de joie.

Verse 7

इदं राज्यममी पुत्रा इमा नार्य इदं धनम् । ब्रूहि सर्वं मुने त्वं च तव कार्यं ददाम्यहम्

« Voici mon royaume ; voici mes fils ; voici mes épouses ; et voici mes richesses. Parle, ô sage : dis-moi tout. Quel que soit ton besoin, je te l’accorderai. »

Verse 8

दुर्वासा उवाच । युक्तमेतन्महाराज वक्तुं ते कार्यमीदृशम् । गृहागताय विप्राय व्रतिनेऽस्मद्विधाय च

Durvāsā dit : « Il est juste, ô grand roi, que tu exprimes une telle résolution : pour un brāhmane venu à la maison, pour un ascète observant un vœu, et pour quelqu’un comme moi. »

Verse 9

न मे किञ्चिद्धनैः कार्यं न राज्येन नृपोत्तम । चातुर्मास्यव्रतोऽतोऽहं पारणं कर्तृमुत्सहे

« Je n’ai besoin ni de richesses ni d’un royaume, ô meilleur des rois. J’observe le vœu de Cāturmāsya ; c’est pourquoi je souhaite accomplir le pāraṇa, le repas de clôture. »

Verse 10

तस्माद्यत्किञ्चिदन्नं ते सिद्धमस्ति गृहे नृप । तद्देहि भोजनार्थं मे बुभुक्षातीव वर्धते

Ainsi donc, ô roi, quel que soit le mets déjà cuit et prêt dans ta demeure, donne-le-moi pour me nourrir, car ma faim s’accroît avec une ardeur extrême.

Verse 11

सूत उवाच । ततः स पृथिवीपालो यथासिद्धं सुसंस्कृम् । अन्नं भोज्यकृते तस्मै प्रददौ स्वयमेव हि

Sūta dit : Alors le protecteur de la terre (le roi) lui remit de sa propre main, selon ce qui se trouvait là, une nourriture bien apprêtée pour qu’il mangeât.

Verse 12

व्यञ्जनानि विचित्राणि पक्वान्नानि बहूनि च । पेयं चोष्यं च खाद्यं च लेह्यमन्नमनेकधा । तथा मांसं विचित्रं च लवणाद्यैः सुसंस्कृतम्

Il y avait des mets variés et quantité de nourritures cuites : de quoi boire, sucer, mâcher et lécher, sous maintes formes ; et aussi des viandes diverses, bien apprêtées avec le sel et d’autres assaisonnements.

Verse 13

अथासौ बुभुजे विप्रः क्षुत्क्षामस्त्वरयान्वितः । अविन्दन्न रसास्वादं बृहद्ग्रासैर्मुदान्वितः

Alors ce brāhmane mangea, accablé par la faim et pressé. Prenant de grandes bouchées avec contentement, il ne discerna pas nettement la saveur.

Verse 14

अथ तृप्तेन मांसस्य ज्ञातस्तेन रसो द्विजाः । ततः कोपपरीतात्मा तं शशाप मुनीश्वरः

Ô brāhmanes, une fois rassasié, il reconnut alors la saveur de la viande. Aussitôt, le seigneur des sages, l’esprit envahi par la colère, maudit ce roi.

Verse 15

यस्मान्मांसं त्वया दत्त्वा व्रतभंगः कृतो मम । तस्मात्त्वमामिषाहारो रौद्रो व्याघ्रो भविष्यसि

«Parce que tu m’as donné de la viande, mon vœu sacré (vrata) a été rompu. C’est pourquoi tu deviendras un tigre farouche, vivant de chair»។

Verse 16

ततः स भूपतिर्भीतः प्रणम्य च मुनीश्वरम् । प्रोवाच दीनवदनो वेपमानः सुदुःखितः

Alors le roi, saisi d’effroi, se prosterna devant le seigneur des sages et parla, le visage abattu, tremblant et accablé de douleur.

Verse 17

तव क्षुत्क्षामकण्ठस्य मया भक्तिः कृता मुने । यथासिद्धेन भोज्येन तत्कस्माच्छप्तुमुद्यतः

Ô sage, voyant ta gorge desséchée par la faim, je t’ai servi avec dévotion (bhakti) et offert la nourriture disponible. Pourquoi donc veux-tu me maudire ?

Verse 18

तस्मात्कुरु प्रसादं मे भक्तस्य विनतस्य च । शापस्यानुग्रहेणैव शीघ्रं ब्राह्मणसत्तम

C’est pourquoi, ô le meilleur des brāhmaṇas, accorde-moi ta faveur, à moi ton dévot et humble suppliant, et par ta grâce, adoucis promptement cette malédiction.

Verse 19

दुर्वासा उवाच । मुक्त्वा श्राद्धं तथा यज्ञं न मांसं भक्षयेद्द्विजः । विशेषेण व्रतस्यांते चातुर्मास्योद्भवस्य च

Durvāsā dit : Hormis lors du śrāddha et du sacrifice (yajña), un « deux-fois-né » (dvija) ne doit pas manger de viande — surtout à la fin d’un vœu (vrata), et plus particulièrement de celui lié au Cāturmāsya.

Verse 20

उपवासपरो भूत्वा मांसमश्नाति यो द्विजः । वृथामांसाद्वृथा तस्य तद्व्रतं जायते ध्रुवम्

Si un dvija, se disant voué au jeûne et à l’ascèse, mange de la viande, alors, par cette vaine consommation de viande, son vœu (vrata) devient vain—assurément.

Verse 21

तस्माद्व्रतं प्रणष्टं मे चातुर्मास्यसमुद्भवम् । तेन शप्तोऽसि राजेंद्र मया कोपेन सांप्रतम्

Ainsi, mon vœu né du Cāturmāsya est ruiné. Pour cette raison, ô le meilleur des rois, je te maudis à présent dans ma colère.

Verse 22

राजोवाच । तथापि कुरु मे विप्र शापस्यांतं यथेप्सितम् । भक्तियुक्तस्य दीनस्य निर्दोषस्य विशेषतः

Le roi dit : Malgré cela, ô brāhmane, ordonne pour moi la fin de cette malédiction comme il te plaira—d’autant plus que je suis dévot, accablé et sans faute.

Verse 23

दुर्वासा उवाच । यदा ते नंदिनी धेनुर्लिंगं बाणार्चितं पुरा । दर्शयिष्यति ते मुक्तिस्तदा तूर्णं भविष्यति

Durvāsā dit : Lorsque ta vache Nandinī te montrera le liṅga jadis adoré par Bāṇa, alors ta délivrance (mukti) surviendra promptement.

Verse 24

एवमुक्त्वा स विप्रेन्द्रो जगाम निजमाश्रमम् । बभूव सोऽपि भूपालो व्याघ्रो रौद्रतमाकृतिः

Après avoir ainsi parlé, le meilleur des brāhmanes retourna à son propre āśrama. Et le roi, lui aussi, devint un tigre, d’une forme des plus terrifiantes.

Verse 25

नष्टस्मृतिस्ततस्तूर्णं दृष्ट्वा जंतून्पुरःस्थितान् । जघानोच्चाटितोन्यैश्च प्रविवेश महावनम्

Alors, ayant perdu la mémoire, il attaqua aussitôt les êtres qui se tenaient devant lui ; repoussé par d’autres, il entra dans la grande forêt.

Verse 26

अथ ते मंत्रिणस्तस्य शापस्यातं महीपतेः । वांछतस्तस्य तद्राज्यं चक्रुरेव सुरक्षितम्

Alors ses ministres, désirant la fin de la malédiction du roi, gardèrent ce royaume soigneusement protégé.

Verse 49

इति श्रीस्कान्दे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे श्रीहाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये कलशेश्वराख्याने कलशनृपतेर्दुर्वाससः शापेन व्याघ्रत्वप्राप्तिवर्णनंनामैकोनपञ्चाशत्तमोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la saṃhitā de quatre-vingt-un mille vers—dans le sixième Nāgara Khaṇḍa, dans le Māhātmya du saint domaine de Śrī Hāṭakeśvara, dans le récit nommé « Kalaśeśvara », s’achève le quarante-neuvième chapitre, intitulé : « Récit de l’obtention par le roi Kalaśa de l’état de tigre, sous l’effet de la malédiction de Durvāsas ».