Adhyaya 49
Kashi KhandaUttara ArdhaAdhyaya 49

Adhyaya 49

Cet adhyāya se déploie en dialogue emboîté : Vyāsa rapporte à Sūta un récit lié à la question d’Agastya, et Skanda répond en décrivant le passage de Śiva d’un espace associé à la mukti/nirvāṇa vers le Śṛṅgāra-maṇḍapa. Śiva est présenté assis, tourné vers l’est, auprès d’Umā ; Brahmā et Viṣṇu se tiennent de part et d’autre, tandis qu’Indra, les ṛṣi et les gaṇa l’entourent en service dévot. Śiva dévoile la suprématie du Viśveśvara-liṅga comme « parama-jyotis », la Lumière suprême, et comme sa forme stable (sthāvara). Il caractérise aussi les Pāśupata exemplaires : disciplinés, purs, sans esprit de possession, voués à la liṅga-arcana (culte du liṅga) et fidèles à des règles éthiques austères. Le chapitre énumère ensuite une économie précise des mérites : entendre, se souvenir, se mettre en route, voir, toucher et offrir même peu au liṅga produisent des effets purificateurs et fastes croissants, comparés aux fruits de l’aśvamedha et du rājasūya. Il exalte Maṇikarṇikā et Kāśī comme d’une puissance unique dans les trois mondes, affirme la présence continue de Śiva en forme de liṅga pour les dévots, et se conclut par la remarque de Skanda : seule une part de la puissance du kṣetra a été dite, puis par le cadrage de Vyāsa sur la réponse contemplative d’Agastya.

Shlokas

Verse 1

व्यास उवाच । शृणु सूत यथा प्रोक्तं कुंभजे शरजन्मना । देवदेवस्य चरितं विश्वेशस्य परात्मनः

Vyāsa dit : « Écoute, ô Sūta, ce qui fut enseigné par le sage né du vase et par celui né des roseaux : les actes divins du Dieu des dieux, Viśveśa, le Soi suprême. »

Verse 2

अगस्त्य उवाच । सेनानीः कथय त्वं मे ततो निर्वाणमंडपात् । निर्गत्य देवो देवेंद्रैः सहितः किं चकार ह

Agastya dit : «Ô Commandant (Skanda), dis-le-moi : après que le Dieu eut quitté le Nirvāṇamaṇḍapa, accompagné des seigneurs des dieux, que fit-il ?»

Verse 3

स्कंद उवाच । मुक्तिमंडपतः शंभुर्ब्रह्मविष्णुपुरोगमः । शृंगारमंडपं प्राप्य यच्चकार वदामि तत्

Skanda dit : Du Pavillon de la Délivrance, Śaṃbhu—précédé de Brahmā et de Viṣṇu—parvint au Pavillon de Śṛṅgāra. Ce qu’il y fit, je vais à présent le dire.

Verse 4

प्राङ्मुखस्तूपविश्येशः सहास्माभिः सहेशया । ब्रह्मणाधिष्ठितः सव्ये वामपार्श्वेथ शार्ङ्गिणा

Tourné vers l’est, le Seigneur s’assit sur le siège surélevé, avec nous et avec la Déesse. À sa droite siégeait Brahmā, et à sa gauche se tenait Viṣṇu, porteur de l’arc Śārṅga.

Verse 5

वीज्यमानो महेंद्रेण ऋषिभिः परितो वृतः । गणैः पृष्ठप्रदेशस्थैर्जोषं तिष्ठद्भिरादरात्

Mahendra (Indra) l’éventait, tandis que les sages l’entouraient de toutes parts. Les Gaṇas, placés derrière, demeuraient avec respect, dans un silence attentif.

Verse 6

उदायुधैः सेव्यमानश्चावसन्मानभूरिभिः । ब्रह्मणे विष्णवे शंभुः पाणिमुत्क्षिप्य दक्षिणम्

Servi par des assistants armés et honoré de maintes façons, Śaṃbhu leva sa main droite vers Brahmā et Viṣṇu.

Verse 7

दर्शयामास देवेशो लिंगं पश्यत पश्यत । इदमेव परं ज्योतिरिदमेव परात्परम्

Le Seigneur des dieux révéla le Liṅga et dit : « Voyez—voyez ! Ceci seul est la Lumière suprême ; ceci seul est le Très-Haut, au-delà de tout ce qui est haut ».

Verse 8

इदमेव हि मे रूपं स्थावरं चाति सिद्धिदम् । एते पाशुपता सिद्धा आबाल ब्रह्मचारिणः

« Ceci est vraiment ma propre forme—stable et immobile—et pourtant elle accorde des accomplissements extraordinaires. Ceux-ci sont les Pāśupatas parfaits, brahmacārins depuis l’enfance ».

Verse 9

जितेंद्रियास्तपोनिष्ठाः पंचार्थज्ञाननिर्मलाः । भस्मकूटशया दाताः सुशीला ऊर्ध्वरेतसः

Ils ont vaincu les sens, demeurent fermes dans l’austérité, purifiés par la connaissance des cinq principes ; ils dorment sur des monceaux de cendre, sont généreux donateurs, de conduite irréprochable, et conservent leur énergie vitale tournée vers le haut (chasteté parfaite).

Verse 10

लिंगार्चनरता नित्यमनन्येंद्रियमानसाः । सदैव वारुणाग्नेय स्नानद्वय सुनिर्मलाः

Toujours voués à l’adoration du Liṅga, les sens et l’esprit sans déviation (fixés sur Śiva), ils demeurent sans cesse purifiés par le double bain : d’eau et de feu.

Verse 11

कंदमूलफलाहाराः परतत्त्वार्पितेक्षणाः । सत्यवंतो जितक्रोधा निर्मोहा निष्परिग्रहाः

Ils se nourrissent de bulbes, de racines et de fruits, le regard offert à la Réalité suprême ; ils sont véridiques, ont vaincu la colère, sont sans illusion et sans esprit d’accumulation.

Verse 12

निरीहा निष्प्रपंचाश्च निरातंका निरामयाः । निर्भगा निरुपायाश्च निःसंगा निर्मलाशयाः

Sans désir et au-delà des entraves du monde, ils sont libres de peur et de maladie; sans revendication de fortune, sans calcul mondain, détachés et d’intention pure.

Verse 13

निस्तीर्णोदग्रसंसारा निर्विकल्पा निरेनसः । निर्द्वंद्वा निश्चितार्थाश्च निरहंकारवृत्तयः

Ils ont traversé l’océan tumultueux du saṃsāra; ils sont sans hésitation ni péché. Au-delà des paires d’opposés, fermes dans leur visée spirituelle, leur conduite est sans ego.

Verse 14

सदैव मे महाप्रीता मत्पुत्रा मत्स्वरूपिणः । एते पूज्या नमस्याश्च मद्बुद्ध्यामत्परायणैः

Ils me sont à jamais infiniment chers—mes propres fils, portant ma nature même. Ceux qui me sont dévoués, l’esprit fixé sur moi, doivent les honorer et se prosterner devant eux.

Verse 15

अर्चितेष्वेष्वहं प्रीतो भविष्यामि न संशयः । अस्मिन्वैश्वेश्वरे क्षेत्रे संभोज्याः शिवयोगिनः

Lorsqu’ils sont honorés, je serai comblé—sans aucun doute. En ce saint domaine de Vaiśveśvara (Viśveśvara), les yogin de Śiva doivent être nourris et accueillis avec hospitalité.

Verse 16

कोटिभोज्यफलं सम्यगेकैक परिसंख्यया । अयं विश्वेश्वरः साक्षात्स्थावरात्मा जगत्प्रभुः

Selon un juste décompte, chaque acte accompli ici donne le fruit de nourrir des crores. Ce Viśveśvara est manifestement le Seigneur du monde, dont l’essence demeure dans la forme immobile (du liṅga).

Verse 17

सर्वेषां सर्वसिद्धीनां कर्ता भक्तिजुषामिह । अहं कदाचिद्दृश्यः स्यामदृश्यः स्यां कदाचन

Ici, pour ceux qui vivent dans la dévotion, Je suis le dispensateur de toute réalisation et de toute perfection. Tantôt Je puis être visible, tantôt Je demeure invisible.

Verse 18

आनंदकानने चात्र स्वैरं तिष्ठामि देवताः । अनुग्रहाय सर्वेषां भक्तानामिह सर्वदा

Et ici, dans l’Ānandakānana, Je demeure en toute liberté, ô dieux—toujours en ce lieu, pour la grâce et l’élévation de tous les dévots.

Verse 19

स्थास्यामि लिंगरूपेण चिंतितार्थफलप्रदः । स्वयंभून्यस्वयंभूनि यानि लिंगानि सर्वतः । तानि सर्वाणि चायांति द्रष्टुं लिंगमिदं सदा

Je demeurerai sous la forme du liṅga, accordant le fruit des désirs conçus dans l’esprit. Tous les liṅgas, partout—qu’ils soient auto-manifestés ou consacrés—semblent venir sans cesse contempler ce liṅga.

Verse 20

अहं सर्वेषु लिंगेषु तिष्ठा्म्येव न संशयः । परं त्वियं परामूर्तिर्मम लिंगस्वरूपिणी

Je demeure assurément en tous les liṅgas—il n’y a là aucun doute. Pourtant, celui-ci est ma manifestation suprême, portant en lui ma nature même de liṅga.

Verse 21

येन लिंगमिदं दृष्टं श्रद्धया शुद्धचक्षुषा । साक्षात्कारेण तेनाहं दृष्ट एव दिवौकसः

Quiconque contemple ce liṅga avec foi et regard purifié—par cette réalisation même, il Me voit en vérité, ô habitants du ciel.

Verse 22

श्रवणादस्य लिंगस्य पातकं जन्मसंचितम् । क्षणात्क्षयति शृण्वंतु देवा ऋषिगणैः सह

Par le seul fait d’entendre parler de ce Liṅga, les péchés amassés au fil des naissances sont anéantis en un instant. Que les dieux l’entendent, avec les assemblées des ṛṣi.

Verse 23

स्मरणादस्य लिंगस्य पापं जन्मद्वयार्जितम् । अवश्यं नश्यति क्षिप्रं मम वाक्यान्न संशयः

Par le seul souvenir de ce Liṅga, le péché amassé en deux naissances périt assurément et sur-le-champ. Telle est Ma parole; nul doute.

Verse 24

एतल्लिंगं समुद्दिश्य गृहान्निष्क्रमणक्षणात् । विलीयते महापापमपि जन्मत्रयार्जितम्

Si l’on tourne son intention vers ce Liṅga, dès l’instant même où l’on franchit le seuil de la maison, même les grands péchés amassés en trois naissances se dissolvent.

Verse 25

दर्शनादस्य लिंगस्य हयमेधशतोद्भवम् । पुण्यं लभेत नियतं ममानुग्रहतोमराः

Par la seule vision de ce Liṅga, on obtient à coup sûr le mérite né de cent sacrifices Aśvamedha—ô Immortels—par Ma grâce.

Verse 26

स्वयंभुवोस्य लिंगस्य मम विश्वेशितुः सुराः । राजसूयसहस्रस्य फलं स्यात्स्पर्शमात्रतः

Ô dieux, ce Liṅga Svayambhū, auto-manifesté, est le Mien—le Mien, Seigneur de l’Univers—et par le seul toucher il confère le fruit de mille sacrifices Rājasūya.

Verse 27

पुष्पमात्र प्रदानाच्च चुलुकोदकपूवर्कम् । शतसौवर्णिकं पुण्यं लभते भक्तियोगतः

En offrant ne fût-ce qu’une seule fleur—précédée d’une poignée d’eau—on obtient, par le yoga de la dévotion, un mérite égal à cent dons d’or.

Verse 28

पूजामात्रं विधायास्य लिंगराजस्य भक्तितः । सहस्रहेमकमलपूजाफलमवाप्यते

En accomplissant ne fût-ce qu’un culte simple envers ce «Roi des Liṅgas» avec dévotion, on obtient le fruit d’une adoration faite avec mille lotus d’or.

Verse 29

विधाय महती पूजां पंचामृतपुरःसराम् । अस्य लिंगस्य लभते पुरुषार्थचतुष्टयम्

Après avoir accompli une grande adoration de ce Liṅga, avec le pañcāmṛta comme offrande première, on obtient les quatre buts de la vie humaine.

Verse 30

वस्त्रपूतजलैर्लिंगं स्नापयित्वा ममामराः । लक्षाश्वमेधजनितं पुण्यमाप्नोति सत्तमः

Ô mes Immortels : le meilleur des hommes, après avoir baigné le Liṅga avec une eau filtrée à travers un tissu, obtient le mérite né de cent mille sacrifices Aśvamedha.

Verse 31

सुगंधचंदनरसैर्लिंगमालिप्य भक्तितः । आलिप्यते सुरस्त्रीभिः सुगंधैर्यक्षकर्दमैः

En oignant le Liṅga d’une pâte de santal au parfum suave, avec dévotion, on accomplit l’acte même pour lequel les femmes célestes l’oignent de fragrances, tels des onguents des yakṣas.

Verse 32

सामोद धूपदानैश्च दिव्यगंधाश्रयो भवेत् । घृतदीपप्रबोधैश्च ज्योतीरूप विमानगः

En offrant un encens au doux parfum, on devient porteur de fragrance divine ; et en allumant des lampes de ghee, on obtient une forme de lumière et l’on se meut dans un resplendissant char céleste.

Verse 33

कर्पूरवर्तिदीपेन सकृद्दत्तेन भक्तितः । कर्पूरदेहगौरश्रीर्भवेद्भालविलोचनः

Celui qui, ne fût-ce qu’une seule fois et avec dévotion, offre une lampe à mèche de camphre (à Viśveśvara à Kāśī) obtient une splendeur corporelle claire et rayonnante comme le camphre, et une présence de bon augure, comme dotée d’un œil divin au front.

Verse 34

दत्त्वा नैवेद्यमात्रं तु सिक्थेसिक्थे युगंयुगम् । कैलासाद्रौ वसेद्धीमान्महाभोगसमन्वितः

En offrant ne fût-ce qu’un simple naivedya (offrande de nourriture), d’âge en âge, encore et encore, le sage vient demeurer sur le mont Kailāsa, comblé de grandes jouissances et de prospérité.

Verse 35

विश्वेशे परमान्नं यो दद्यात्साज्य सशर्करम् । त्रैलोक्यं तर्पितं तेन सदेवपितृमानवम्

Quiconque offre à Viśveśvara la meilleure nourriture cuite, avec du ghee et du sucre, par cet acte rassasie les trois mondes — dieux, ancêtres et humains tout ensemble.

Verse 36

मुखवासं तु यो दद्याद्दर्पणं चारुचामरम् । उल्लोचं सुखपर्यंकं तस्य पुण्यफलं महत्

Celui qui donne des parfums pour la bouche (tāmbūla et autres), un miroir, un bel éventail, un repose-pieds et une couche confortable, reçoit un fruit de mérite vraiment immense.

Verse 37

संख्या सागररत्नानां कथंचित्कर्तुमिष्यते । मुखवासादिदानस्य कः संख्यामत्र कारयेत्

On pourrait, d’une manière ou d’une autre, tenter de compter les joyaux de l’océan ; mais qui donc ici saurait mesurer le mérite né des dons tels que le parfum de la bouche et autres offrandes semblables, présentés avec dévotion ?

Verse 38

पूजोपकरणद्रव्यं यो घंटा गडुकादिकम् । भक्त्या मे भवने दद्यात्स वसेदत्र मेंतिके

Quiconque, avec dévotion, offre dans Mon temple des objets et matières de culte—tels qu’une cloche, un pot à eau et autres semblables—demeurera ici, tout près de Moi.

Verse 39

यो गीतवाद्यनृत्यानामेकं मत्प्रीतये व्यधात् । तस्याग्रतो दिवारात्रं भवेत्तौर्यत्रिकं महत्

Quiconque, pour Me plaire, accomplit ne fût-ce qu’une seule chose—chant, musique instrumentale ou danse—verra devant lui, jour et nuit, une grande célébration au triple art musical.

Verse 40

चित्रलेखनकर्मादि प्रासादे मेऽत्र कारयेत् । यः सचित्रान्महाभोगान्भुंक्ते मत्पुरतः स्थितः

Celui qui fait exécuter dans Mon temple d’ici des peintures, des écritures ornementales et autres ouvrages semblables, se tenant en Ma présence, jouira de grandes prospérités, parées d’éclat et de beauté.

Verse 41

सकृद्विश्वेश्वरं नत्वा मध्ये जन्मसुधीर्नरः । त्रैलोक्यवंदितपदो जायते वसुधापतिः

L’homme avisé qui, au milieu de sa vie, se prosterne ne fût-ce qu’une fois devant Viśveśvara, renaît ensuite comme seigneur de la terre, les pieds honorés dans les trois mondes.

Verse 42

यस्तु विश्वेवरं दृष्ट्वा ह्यन्यत्रापि विपद्यते । तस्य जन्मांतरे मोक्षो भवत्येव न संशयः

Mais si quelqu’un, après avoir reçu le darśana de Viśveśvara, venait à subir un malheur ailleurs, pour lui la délivrance (mokṣa) naîtra assurément dans une autre naissance—sans aucun doute.

Verse 43

विश्वेशाख्या तु जिह्वाग्रे विश्वनाथकथाश्रुतौ । विश्वेशशीलनं चित्ते यस्य तस्य जनिः कुतः

Car celui dont la langue porte le Nom même « Viśveśa », dont les oreilles boivent les récits de Viśvanātha, et dont le cœur contemple sans cesse Viśveśa—comment un tel être pourrait-il être soumis à la renaissance ?

Verse 44

लिंगं मे विश्वनाथस्य दृष्ट्वा यश्चानुमोदते । स मे गणेषु गण्येत महापुण्यबलाश्रितः

Quiconque contemple mon Liṅga de Viśvanātha et s’en réjouit avec assentiment—celui-là doit être compté parmi mes gaṇas, soutenu par la puissance d’un mérite immense.

Verse 46

ममापीदं महालिंगं सदा पूज्यतमं सुराः । तस्मात्सर्वप्रयत्नेन पूज्यं देवर्षि मानवैः

Ce grand Liṅga qui est mien demeure à jamais le plus digne d’adoration, même pour les dieux ; c’est pourquoi, avec tous les efforts, il doit être vénéré par les dieux, les ṛṣi et les humains.

Verse 47

यैर्न विश्वेश्वरो दृष्टो यैर्न विश्वेश्वरः स्मृतः । कृतांतदूतैस्ते दृष्टास्तैः स्मृता गर्भवेदना

Ceux qui n’ont pas vu Viśveśvara et qui ne se sont pas souvenus de Viśveśvara—ceux-là sont aperçus par les messagers de Yama, et pour eux se rappelle à nouveau la douleur du sein maternel.

Verse 48

यैरिदं प्रणतं लिंगं प्रणतास्ते सुरासुरैः । यस्यै केन प्रणामेन दिक्पालपदमल्पकम् । दिक्पालपदतः पातः पातः शिवनतेर्नहि

Ceux qui se prosternent devant ce Liṅga, devant eux se prosternent aussi bien les dieux que les asura. Par un autre hommage, on n’obtient qu’une charge minime, telle celle de gardien des directions; de cette charge on peut déchoir, mais de la prosternation à Śiva il n’est point de chute.

Verse 49

शृण्वंतु देवर्षिगणाः समस्तास्तथ्यं ब्रुवे तच्च परोपकृत्यै । न भूर्भुवः स्वर्गमहर्जनांतर्विश्वेशतुल्यं क्वचिदस्ति लिंगम्

Que toutes les assemblées des rishis divins écoutent : je dis une vérité pour le bien d’autrui. Dans Bhūḥ, Bhuvaḥ, Svarga, Maharloka ou Janaloka, nulle part il n’existe de Liṅga égal à Viśveśa.

Verse 50

न सत्यलोके न तपस्यहो सुरा वैकुंठकैलासरसातलेषु । तीर्थं क्वचिद्वै मणिकर्णिकासमं लिंगं च विश्वेश्वरतुल्यमन्यतः

Ô dieux, ni dans Satyaloka ni dans Tapoloka, ni dans Vaikuṇṭha, Kailāsa ou Rasātala, il n’existe nulle part de tīrtha égal à Maṇikarṇikā; et nulle part ailleurs de Liṅga égal à Viśveśvara.

Verse 51

न विश्वनाथस्य समं हि लिंगं न तीर्थमन्यन्मणिकर्णिकातः । तपोवनं कुत्रचिदस्ति नान्यच्छुभं ममानंदवनेन तुल्यम्

Il n’est point de Liṅga égal à Viśvanātha, ni de tīrtha autre que Maṇikarṇikā. Nulle part il n’existe un autre bois d’austérité (tapo-vana) ; rien de propice n’égale mon Ānandavana, Kāśī.

Verse 52

वाराणसी तीर्थमयी समस्ता यस्यास्तुनामापि हि तीर्थतीर्थम् । तत्रापि काचिन्मम सौख्यभूमिर्महापवित्रा मणिकर्णिकासौ

Vārāṇasī est tout entière faite de tīrthas ; jusqu’à son nom même est un « tīrtha parmi les tīrthas ». Et en son sein se trouve un lieu particulier, ma terre de délice : Maṇikarṇikā, souverainement purificatrice.

Verse 53

स्थानादमुष्मान्ममराजसौधात्प्राच्यां मनागीशसमाश्रितायाम् । सव्येपसव्ये च कराः क्रमेण शतत्रयी यापि शतद्वयी च

Depuis ce lieu—mon palais royal—vers l’orient, légèrement incliné et établi près du Seigneur : à gauche et à droite, selon l’ordre prescrit, se trouvent les « mains » (extensions/terrasses/degrés), l’une au nombre de trois cents, l’autre de deux cents.

Verse 54

हस्ताः शतं पंच सुरापगायामुदीच्यवाच्योर्मणिकर्णिकेयम् । सारस्त्रिलोक्याः परकोशभूमिर्यैः सेविता ते मम हृच्छया हि

Cette Maṇikarṇikā — située sur le fleuve céleste, entre le nord et le nord-est — s’étend sur cent cinq hastas. Elle est l’essence des trois mondes, le sol-trésor suprême ; ceux qui l’ont servie sont vraiment chéris dans Mon cœur.

Verse 55

अस्मिन्ममानंदवने यदेतल्लिंगं सुधाधाम सुधामधाम । आसप्त पातालतलात्स्वयंभु समुत्थितं भक्तकृपावशेन

Dans Mon Ānandavana, ce Liṅga même — demeure du nectar, maison de l’immortalité — s’est élevé de lui-même depuis les profondeurs des sept niveaux de Pātāla, mû par la compassion envers les dévots.

Verse 56

येस्मिञ्जनाः कृत्रिमभावबुद्ध्या लिंगं भजिष्यंति च हेतुवादैः । तेषां हि दंडः पर एष एव नगर्भवासाद्विरमंति ते ध्रुवम्

Ceux qui s’approchent du Liṅga avec des sentiments fabriqués et des raisonnements querelleurs : ceci seul est leur châtiment suprême ; assurément, ils ne cessent pas de demeurer dans le sein (le cycle des renaissances).

Verse 57

यद्यद्धितं स्वस्य सदैव तत्तल्लिंगेत्र देयं मम भक्तिमद्भिः । इहाप्यमुत्रापि न तस्य संक्षयो यथेह पापस्य कृतस्य पापिभिः

Tout ce que l’on tient pour véritablement salutaire pour soi, que Mes dévots l’offrent toujours à ce Liṅga. Son mérite ne s’amoindrit ni ici ni dans l’au-delà ; de même que le péché commis par les pécheurs ne s’efface pas simplement en ce monde.

Verse 58

दूरस्थितैरप्यधिबुद्धिभिर्यैर्लिंगं समाराधि ममेदमत्र । मयैव दत्तैः शुभवस्तुजातैर्निःश्रेयसः श्रीर्वसं येत्सतस्तान्

Même ceux qui sont au loin, s’ils adorent ici Mon Liṅga avec une intelligence élevée, sur ces êtres vertueux demeure sans cesse, grâce aux offrandes auspiciouses que Je leur accorde, la prospérité de la délivrance ultime.

Verse 59

शृणुष्व विष्णो शृणु सृष्टिकर्तः शृण्वंतु देवर्षिगणाः समस्ताः । इदं हि लिंगं परसिद्धिदं सतां भेदो मनागत्र न मत्सकाशतः

Écoute, ô Viṣṇu ; écoute, ô Créateur : que toutes les assemblées des devarṣis entendent. Car ce Liṅga accorde la perfection suprême aux justes ; ici, il n’y a pas la moindre différence d’avec Ma propre présence.

Verse 60

अस्मिन्हि लिंगेऽखिलसिद्धिसाधने समर्पितं यैः सुकृतार्जितं वसु । तेभ्योतिमात्राखिलसौख्यसाधनं ददामि निर्वाणपदं सुनिर्भयम्

À ceux qui, en ce Liṅga—instrument d’accomplissement de toutes les siddhis—offrent la richesse acquise par les œuvres méritoires, Je donne en surabondance la source de toute félicité : l’état de nirvāṇa, parfaitement sans crainte.

Verse 61

उत्क्षिप्य बाहुं त्वसकृद्ब्रवीमि त्रयीमयेऽस्मिंस्त्रयमेव सारम् । विश्वेश लिंगं मणिकर्णिकांबु काशीपुरी सत्यमिदं त्रिसत्यम्

Levant Mon bras, Je proclame encore et encore : en ce domaine façonné des trois Védas, trois seules choses sont l’essence — le Liṅga de Viśveśvara, les eaux de Maṇikarṇikā et la cité de Kāśī. Ceci est vérité — triple vérité.

Verse 62

उत्थाय देवोथ स शक्तिरीशस्तस्मिन्हि लिंगे कृतचारुपूजः । ययौ लयं ते च सुरा जयेति जयेति चोक्त्वा नुनुवुस्तमीशम्

Alors le Seigneur—avec Sa Śakti—se leva et accomplit une belle adoration auprès de ce Liṅga. Ensuite ils entrèrent dans la quiétude ; et les dieux, criant « Victoire ! Victoire ! », louèrent ce Seigneur.

Verse 63

स्कंद उवाच । क्षेत्रस्य मैत्रावरुणे विमुक्तस्य महामते । प्रभावस्यैकदेशोयं कथितः कल्मषापहः

Skanda dit : Ô âme magnanime, ceci n’est qu’une parcelle de la gloire du kṣetra sacré de Maîtrāvaruṇa, délivré ; il est proclamé comme celui qui efface les souillures.

Verse 64

तवाग्रे तु यथाबुद्धि काशीविश्लेषतापि नः । अचिरेणैव कालेन काशीं प्राप्स्यस्यनुत्तमाम्

Même si, selon ta pensée, nous devons endurer quelque temps la séparation d’avec Kāśī, très bientôt, en vérité, tu atteindras de nouveau cette Kāśī sans égale.

Verse 65

अस्ताचलस्य शिखरं प्राप्तवानेष भानुमान् । तवापि हि ममाप्येष मौनस्य समयोऽभवत्

Le Soleil a atteint le sommet de la montagne d’Occident ; pour toi—et pour moi aussi—voici venu le temps du mauna, le silence sacré.

Verse 66

व्यास उवाच । श्रुत्वेति स मुनिः सूत संध्योपास्त्यै विनिर्गतः । प्रणम्यौ मेयमसकृल्लोपामुद्रा समन्वितः

Vyāsa dit : Ayant entendu cela, ce sage, ô Sūta, sortit pour accomplir l’adoration du crépuscule (sandhyā-upāsanā). À maintes reprises il se prosterna, accompagné de Lopāmudrā.

Verse 67

रहस्यं परिविज्ञाय क्षेत्रस्य शशिमौलिनः । अगस्त्यो निश्चितमनाः शिवध्यानपरोभवत्

Ayant pleinement saisi le secret du kṣetra du Seigneur au croissant de lune, Agastya—l’esprit fermement résolu—se voua entièrement à la méditation sur Śiva.

Verse 68

आनंदकाननस्येह महिमानं महत्तरम् । कोत्र वर्णयितुं शक्तः सूत वर्षशतैरपि

Ici, la grandeur d’Ānandakānana est souverainement immense. Qui donc, ô Sūta, pourrait la décrire, fût-ce au cours de centaines d’années ?

Verse 69

यथा देव्यै समाख्यायि शिवेन परमात्मना । तथा स्कंदेन कथितं माहात्म्यं कुंभसंभवे

De même que Śiva, le Soi suprême, l’exposa à la Déesse, ainsi Skanda rapporta ce māhātmya à Agastya, né de la jarre.

Verse 70

तवाग्रे च समाख्यातं शुकादीनां च सत्तम । इदानीं प्रष्टुकामोसि किं तत्पृच्छ वदामि ते

En ta présence cela a été raconté—et aussi devant les nobles tels que Śuka, ô le meilleur des êtres. À présent tu veux interroger ; demande ce que tu veux, et je te le dirai.

Verse 71

श्रुत्वाध्यायमिमं पुण्यं सर्वकल्मषनाशनम् । समस्तचिंतितफलप्रदं मर्त्यो भवेत्कृती

Ayant entendu ce chapitre saint, qui détruit toutes les souillures, le mortel devient accompli, car il accorde tous les fruits désirés.

Verse 99

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीति साहस्र्यां संहितायां चतुर्थे काशीखंड उत्तरार्धे विश्वेश्वरलिंगमहिमाख्यो नाम नवनवतितमोऽध्यायः

Ainsi, dans le saint Skanda Mahāpurāṇa, dans la quatrième Saṃhitā de quatre-vingt-un mille vers, au sein du Kāśīkhaṇḍa (Uttarārdha), s’achève le quatre-vingt-dix-neuvième chapitre, intitulé « La Grandeur du Liṅga de Viśveśvara ».