
Ce chapitre adopte la forme d’un entretien théologique en questions–réponses. Yudhiṣṭhira demande à Mārkaṇḍeya d’expliquer brièvement pourquoi un liṅga décrit comme « issu du corps d’une vache » se trouve sur la rive méridionale de la Narmadā, près de Maṇināga, et pour quelle raison il est réputé détruire les péchés. Mārkaṇḍeya raconte que Surabhi/Kapilā, la vache exemplaire, accomplit bhakti et contemplation de Maheśvara pour le bien des mondes ; Śiva, satisfait, se manifesta et consentit à demeurer en ce tīrtha, le rendant célèbre pour une purification rapide obtenue par un seul bain. Le texte codifie ensuite les règles éthiques du don rituel : le « Gopāreśvara-go-dāna » doit être accompli avec dévotion, en offrant à un brāhmaṇa qualifié une vache digne (avec or et parures selon les prescriptions), avec des indications de calendrier (telles que kṛṣṇa pakṣa caturdaśī/aṣṭamī, et une insistance particulière sur le mois de Kārttika). Sont aussi énumérés des rites annexes : le piṇḍadāna pour l’élévation du preta, le Rudra-namaskāra quotidien comme dissolvant du péché, et le vṛṣotsarga (libération/don d’un taureau) bénéfique aux pitṛs, accordant un honneur prolongé en Śiva-loka proportionnel au nombre de poils du taureau, puis une renaissance favorable. La conclusion réaffirme l’identité du lieu : Gopāreśvara sur la rive sud de la Narmadā, dont l’origine extraordinaire du liṅga marque la sainteté du tīrtha.
Verse 1
श्रीमार्कण्डेय उवाच । नर्मदादक्षिणे कूले तीर्थं परमशोभनम् । सर्वपापहरं पार्थ गोपारेश्वरमुत्तमम् । गोदेहान्निःसृतं लिङ्गं पुण्यं भूमितले नृप
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Sur la rive méridionale de la Narmadā se trouve un tīrtha d’une beauté suprême, ô Pārtha : Gopāreśvara, le plus excellent, qui détruit tous les péchés. Là, ô Roi, sur la terre repose un liṅga sacré, manifesté du corps d’une vache.
Verse 2
युधिष्ठिर उवाच । गोदेहान्निःसृतं कस्माल्लिङ्गं पापक्षयंकरम् । दक्षिणे नर्मदाकूले मणिनागसमीपतः । संक्षेपात्कथ्यतां विप्र गोपारेश्वरसम्भवम्
Yudhiṣṭhira dit : Pourquoi ce liṅga—issu du corps d’une vache—est-il devenu destructeur des péchés ? Près de Maṇināga, sur la rive méridionale de la Narmadā, raconte-moi brièvement, ô brāhmane, l’origine de Gopāreśvara.
Verse 3
श्रीमार्कण्डेय उवाच । कामधेनुस्तपस्तत्र पुरा पार्थ चकार ह । ध्यायते परया भक्त्या देवदेवं महेश्वरम्
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Jadis, ô Pārtha, Kāmadhenu y accomplit des austérités, méditant avec une dévotion suprême sur Maheśvara, le Dieu des dieux.
Verse 4
तुष्टस्तस्या जगन्नाथ कपिलाय महेश्वरः । निःसृतो देहमध्यात्तु अच्छेद्यः परमेश्वरः
Satisfait d’elle, le Seigneur du monde—Maheśvara—se manifesta à Kapilā, surgissant du milieu de son corps comme le Souverain suprême, indivisible.
Verse 5
तुष्टो देवि जगन्मातः कपिले परमेश्वरि । आराधनं कृतं यस्मात्तद्वदाशु शुभानने
Ô Déesse, Mère du monde—ô Kapilā, Souveraine suprême—puisque tu as accompli l’adoration, parle sans tarder, ô toi au beau visage, selon ton vœu.
Verse 6
सुरभ्युवाच । लोकानामुपकाराय सृष्टाहं परमेष्ठिना । लोककार्याणि सर्वाणि सिध्यन्ति मत्प्रसादतः
Surabhī dit : Pour le bien des mondes, j’ai été créée par Parameṣṭhin (Brahmā). Par ma grâce s’accomplissent toutes les œuvres et les buts des êtres en ce monde.
Verse 7
लोकाः स्वर्गं प्रयास्यन्ति मत्प्रसादेन शङ्कर । तीर्थे त्वं भव मे शम्भो लोकानां हितकाम्यया
Ô Śaṅkara, par ma grâce les hommes peuvent atteindre le ciel. Aussi, ô Śambhu, sois présent pour moi en ce tīrtha, par désir du bien des mondes.
Verse 8
तथेति भगवानुक्त्वा तीर्थे तत्रावसन्मुदा । तदाप्रभृति तत्तीर्थं विख्यातं वसुधातले । स्नानेनैकेन राजेन्द्र पापसङ्घं व्यपोहति
Disant : « Qu’il en soit ainsi », le Seigneur bienheureux demeura là, joyeux, en ce tīrtha. Dès lors, ce lieu sacré devint renommé sur la terre. Ô roi des rois, par un seul bain en ce lieu on efface une multitude de péchés.
Verse 9
गोपारेश्वरगोदानं यस्तु भक्त्या च कारयेत् । योग्ये द्विजोत्तमे देया योग्या धेनुः सकाञ्चना
Celui qui, avec dévotion, fait accomplir le don de la vache en l’honneur de Gopāreśvara, qu’il l’offre au plus digne des deux-fois-nés : une vache convenable avec de l’or.
Verse 10
सवत्सा तरुणी शुभ्रा बहुक्षीरा सवस्त्रका । कृष्णपक्षे चतुर्दश्यामष्टम्यां वा प्रदापयेत्
Qu’on donne une jeune vache blanche, avec son veau, riche en lait et accompagnée d’un vêtement ; qu’on l’offre au quatorzième jour de la quinzaine sombre, ou bien au huitième.
Verse 11
सर्वेषु चैव मासेषु कार्त्तिके च विशेषतः । दापयेत्परया भक्त्या द्विजे स्वाध्यायतत्परे
En tous les mois—et tout particulièrement au mois de Kārttika—qu’on fasse, avec une dévotion suprême, des dons à un dvija voué à l’étude sacrée (svādhyāya).
Verse 12
विधिना च प्रदद्याद्यो विधिना यस्तु गृह्णते । तावुभौ पुण्यकर्माणौ प्रेक्षकः पुण्यभाजनम्
Celui qui donne selon le rite prescrit, et celui qui reçoit selon le rite prescrit : tous deux accomplissent une œuvre méritoire ; même le spectateur devient un réceptacle de mérite.
Verse 13
पिण्डदानं प्रकुर्याद्यः प्रेतानां भक्तिसंयुतः । पिण्डेनैकेन राजेन्द्र प्रेता यान्ति परां गतिम्
Celui qui accomplit l’offrande de piṇḍa pour les défunts, uni à la dévotion—ô le meilleur des rois—, par un seul piṇḍa même, les esprits des morts atteignent l’état suprême.
Verse 14
भक्त्या प्रणामं रुद्रस्य ये कुर्वन्ति दिने दिने । तेषां पापं प्रलीयेत भिन्नपात्रे जलं यथा
Ceux qui, jour après jour, se prosternent devant Rudra avec bhakti—leur péché se dissout, comme l’eau dans un vase fendu.
Verse 15
तत्र तीर्थे तु यो राजन्वृषभं च समुत्सृजेत् । पितरश्चोद्धृतास्तेन शिवलोके महीयते
Ô roi, quiconque, en ce tīrtha, relâche un taureau en don (vṛṣotsarga)—par lui les ancêtres sont relevés, et il est honoré dans le monde de Śiva.
Verse 16
युधिष्ठिर उवाच । वृषोत्सर्गे कृते तात फलं यज्जायते नृणाम् । तत्सर्वं कथयस्वाशु प्रयत्नेन द्विजोत्तम
Yudhiṣṭhira dit : «Ô vénérable, ô meilleur des brāhmaṇas—dis-moi vite, avec soin, tout le fruit qui échoit aux hommes lorsque le vṛṣotsarga est accompli».
Verse 17
श्रीमार्कण्डेय उवाच । सर्वलक्षणसम्पूर्णे वृषे चैव तु यत्फलम् । तदहं सम्प्रवक्ष्यामि शृणुष्व धर्मनन्दन
Śrī Mārkaṇḍeya dit : «Le fruit qui naît du lâcher d’un taureau pourvu de tous les signes de bon augure—je vais à présent l’énoncer. Écoute, ô fils du Dharma».
Verse 18
कार्त्तिके चैव वैशाखे पूर्णिमायां नराधिप । रुद्रस्य सन्निधौ भूत्वा शुचिः स्नातो जितेन्द्रियः
Au mois de Kārttika et aussi de Vaiśākha, le jour de pleine lune, ô seigneur des hommes—s’étant rendu en la présence de Rudra, pur, baigné et maître de ses sens—
Verse 19
वृषस्यैव समुत्सर्गं कारयेत्प्रीयतां हरः । सांनिध्ये कारयेत्पुत्र चतस्रो वत्सिकाः शुभाः
Qu’on fasse le lâcher du taureau en offrande, afin que Hara (Śiva) soit satisfait. Et en cette même présence, ô fils, qu’on prépare aussi quatre génisses auspicieuses.
Verse 20
दत्त्वा तु विप्रमुख्याय सर्वलक्षणसंयुताः । प्रीयतां च महादेवो ब्रह्मा विष्णुर्महेश्वरः
Les ayant offertes à un Brāhmane éminent, pourvues de tous les signes favorables, que Mahādeva soit satisfait ; et que Brahmā, Viṣṇu et Maheśvara le soient aussi.
Verse 21
वृषभे रोमसंख्या या सर्वाङ्गेषु नराधिप । तावद्वर्षप्रमाणं तु शिवलोके महीयते
Ô roi, autant d’années qu’il y a de poils sur tout le corps d’un taureau, pour cette même durée l’on est honoré et exalté dans le monde de Śiva.
Verse 22
शिवलोके वसित्वा तु यदा मर्त्येषु जायते । कुले महति सम्भूतिर्धनधान्यसमाकुले
Et après avoir demeuré dans le monde de Śiva, lorsqu’on renaît parmi les mortels, on naît dans une grande lignée, abondante en richesses et en grains.
Verse 23
नीरोगो रूपवांश्चैव विद्याढ्यः सत्यवाक्शुचिः । गोपारेश्वरमाहात्म्यं मया ख्यातं युधिष्ठिर । गोदेहान्निःसृतं लिङ्गं नर्मदादक्षिणे तटे
On devient sain, beau, riche de science, véridique en parole et pur. Ô Yudhiṣṭhira, j’ai ainsi proclamé la grandeur de Gopāreśvara : le liṅga issu du corps d’une vache sur la rive méridionale de la Narmadā.
Verse 73
। अध्याय
Fin du chapitre (colophon, marque de clôture).