
Dans ce chapitre, Mārkaṇḍeya enseigne sous forme d’itinéraire la venue à Somatīrtha, tīrtha incomparable où Soma accomplit le tapas et obtint la voie céleste des nakṣatras. Il y prescrit un enchaînement rituel : bain sacré au tīrtha, puis ācamana et japa selon la règle, et enfin méditation contemplative sur Ravi, le Soleil. Le discours énonce ensuite des mérites comparatifs : la pratique en ce lieu est tenue pour équivalente aux fruits attribués à la récitation des trois Veda (Ṛg, Yajur, Sāma) et de la Gāyatrī. Une large part est consacrée à l’hospitalité conforme au dharma : nourrir des brahmanes aux profils d’étude précis (Bahvṛca, Adhvaryu, Chāndoga ; ceux qui ont achevé leur formation) et offrir aux brahmanes éminents des dons—chaussures, sandales, ombrelle, vêtements, couvertures, chevaux—chaque acte étant loué par un langage de mérite à l’échelle des « koti ». L’enseignement s’achève sur l’éthique ascétique : partout où un muni maîtrise ses sens, ce lieu vaut Kurukṣetra, Naimiṣa et Puṣkara ; d’où l’insistance à honorer les yogin lors des éclipses, des saṅkrānti et des vyatīpāta. Celui qui embrasse la renonciation en ce tīrtha gagne le ciel en vimāna, devient serviteur de Soma et partage sa félicité céleste.
Verse 1
श्रीमार्कण्डेय उवाच । ततो गच्छेन्महाराज सोमतीर्थमनुत्तमम् । यत्र सोमस्तपस्तप्त्वा नक्षत्रपथमास्थितः
Śrī Mārkaṇḍeya dit : «Ensuite, ô grand roi, qu’on se rende au Somatīrtha sans égal, où Soma (la Lune), après avoir accompli des austérités, obtint sa voie parmi les constellations».
Verse 2
तत्र तीर्थे तु यः स्नायादाचम्य विधिपूर्वकम् । कृतजाप्यो रविं ध्यायेत्तस्य पुण्यफलं शृणु
En ce tīrtha, celui qui se baigne puis accomplit l’ācamana selon la règle, après avoir achevé le japa, doit méditer sur Ravi (le Soleil). Écoute le fruit de mérite qui en découle.
Verse 3
ऋग्वेदयजुर्वेदाभ्यां सामवेदेन भारत । जपतो यत्फलं प्रोक्तं गायत्र्या चात्र तत्फलम्
Ô Bhārata, le fruit proclamé pour celui qui récite le Ṛgveda, le Yajurveda et le Sāmaveda, ici ce même fruit s’obtient aussi par la récitation de la Gāyatrī.
Verse 4
तत्र तीर्थे तु यो भक्त्या ब्राह्मणान् भोजयेच्छुचिः । तेन सम्यग्विधानेन कोटिर्भवति भोजिता
En ce tīrtha, quiconque, demeurant pur, nourrit avec dévotion les brāhmaṇas, par ce rite accompli selon la juste ordonnance obtient un mérite comme s’il en avait nourri un koṭi (dix millions).
Verse 5
पादुकोपानहौ छत्रं वस्त्रकम्बलवाजिनः । यो दत्ते विप्रमुख्याय तस्य तत्कोटिसंमितम्
Quiconque donne à un brāhmaṇa éminent sandales et chaussures, un parasol, des vêtements, des couvertures ou un cheval, son mérite est compté par koṭis, en crores.
Verse 6
सहस्रं तु सहस्राणामनृचां यस्तु भोजयेत् । एकस्य मन्त्रयुक्तस्य कलां नार्हति षोडशीम्
Quand bien même on nourrirait des milliers et des milliers de brāhmaṇas dépourvus de récitation du Ṛgveda, cela n’atteindrait pas même le seizième du mérite de nourrir un seul homme doté de mantra (maîtrise védique).
Verse 7
एवं तु भोजयेत्तत्र बह्वृचं वेदपारगम् । शाखान्तर्गमथाध्वर्युं छन्दोगं वा समाप्तिगम्
Ainsi, là-bas, qu’on nourrisse un Bahvṛca, spécialiste du Ṛgveda ayant atteint l’autre rive du Veda; de même un Adhvaryu d’une branche reconnue, ou un Chāndoga ayant achevé son étude.
Verse 8
अग्निहोत्रसहस्रस्य यत्फलं प्राप्यते बुधैः । समं तद्वेदविदुषा तीर्थे सोमस्य तत्फलम्
Le fruit que les sages obtiennent en accomplissant mille Agnihotra, ce même fruit est acquis par un connaisseur du Veda au tīrtha de Soma; telle est la vertu méritoire de ce lieu.
Verse 9
भोजयेद्यः शतं तेषां सहस्रं लभते नरः । एकस्य योगयुक्तस्य तत्फलं कवयो विदुः
Celui qui nourrit cent d’entre eux obtient le fruit d’en avoir nourri mille ; mais les sages savent que le mérite de nourrir un seul être établi dans le yoga dépasse cette mesure.
Verse 10
संनिरुध्येन्द्रियग्रामं यत्रयत्र वसेन्मुनिः । तत्रतत्र कुरुक्षेत्रं नैमिषं पुष्कराणि च
Partout où demeure un muni, ayant maîtrisé la troupe des sens, là même se trouvent Kurukṣetra, Naimiṣa et aussi Puṣkara.
Verse 11
तस्मात्सर्वप्रयत्नेन ग्रहणे चन्द्रसूर्ययोः । संक्रान्तौ च व्यतीपाते योगी भोज्यो विशेषतः
Ainsi donc, avec tout effort—surtout lors des éclipses de la Lune et du Soleil, à la saṅkrānti du Soleil et au vyatīpāta-yoga—il convient de nourrir un yogin comme un mérite tout particulier.
Verse 12
संन्यासं कुरुते यस्तु तत्र तीर्थे युधिष्ठिर । विमानेन महाभागाः स याति त्रिदिवं नरः
Mais l’homme qui prend le renoncement (saṃnyāsa) en ce tīrtha sacré, ô Yudhiṣṭhira, lui, grandement fortuné, s’en va au ciel porté par un vimāna céleste.
Verse 13
सोमस्यानुचरो भूत्वा तेनैव सह मोदते
Devenu l’assistant de Soma (la Lune), il se réjouit avec lui.
Verse 139
। अध्याय
Chapitre — marque de colophon manuscrit indiquant la fin ou l’en-tête d’un adhyāya.