Adhyaya 42
Rudra SamhitaYuddha KhandaAdhyaya 4249 Verses

अन्धक-प्रश्नः — Inquiry into Andhaka (Genealogy and Nature)

L’Adhyāya 42 s’ouvre sur Nārada, comblé après avoir entendu la mise à mort de Śaṅkhacūḍa, louant Mahādeva pour sa conduite brahmaṇya et pour sa māyā-līlā qui réjouit les dévots. Brahmā rappelle qu’après avoir appris la mort de Jalaṃdhara, Vyāsa interrogea le sage Sanatkumāra, né de Brahmā, sur le même point théologique : la grandeur merveilleuse de Śiva, protecteur de ceux qui prennent refuge, et Seigneur aimant des bhaktas aux multiples līlās. Sanatkumāra invite Vyāsa à écouter un carita auspicious expliquant comment Andhaka obtint le gaṇapatya (fonction parmi les gaṇas de Śiva) grâce à des propitiations répétées, après un grand conflit antérieur. Vyāsa demande alors officiellement : qui est Andhaka, de quelle lignée vient-il, quelle est sa nature, et de qui est-il le fils ; bien qu’il ait déjà beaucoup appris de Skanda, il sollicite, par la grâce de Sanatkumāra, un récit complet et porteur de secrets. Le chapitre pose ainsi le cadre de l’enquête sur l’origine et l’identité d’Andhaka, et sur la logique dévotionnelle par laquelle même des êtres redoutables sont intégrés à l’ordre de Śiva.

Shlokas

Verse 1

नारद उवाच । शंखचूडवधं श्रुत्वा चरितं शशिमौलिनः । अयं तृप्तोऽस्मि नो त्वत्तोऽमृतं पीत्वा यथा जनः

Nārada dit : «Ayant entendu le récit de la mise à mort de Śaṅkhacūḍa et les exploits sacrés du Seigneur au croissant de lune (Śiva), je suis comblé — comme l’homme qui, ayant bu de toi le nectar, se trouve rassasié».

Verse 2

ब्रह्मन्यच्चरितं तस्य महेशस्य महात्मनः । मायामाश्रित्य सल्लीलां कुर्वतो भक्तमोददाम्

Ô brahmane, telles sont les actions sacrées, bénies par Brahman, de ce Mahesha au grand Soi : s’appuyant sur sa Māyā divine, il accomplit des līlās de bon augure qui donnent joie à ses dévots.

Verse 3

ब्रह्मोवाच । जलंधरवधं श्रुत्वा व्यासस्सत्यवतीसुतः । अप्राक्षीदिममेवार्थं ब्रह्मपुत्रं मुनीश्वरम्

Brahmā dit : «Après avoir entendu la mise à mort de Jalandhara, Vyāsa, fils de Satyavatī, interrogea sur ce point même le grand sage, fils de Brahmā».

Verse 4

सनत्कुमारः प्रोवाच व्यासं सत्यवतीसुतम् । सुप्रशंस्य महेशस्य चरितं मंगलायनम्

Sanatkumāra s’adressa à Vyāsa, fils de Satyavatī ; puis, après avoir magnifié par de hautes louanges les actes auspiciateurs et dispensateurs de grâce de Maheśa (le Seigneur Śiva), il poursuivit son récit.

Verse 5

सनत्कुमार उवाच । शृणु व्यास महेशस्य चरितं मंगलायनम् । यथान्धको गाणपत्यं प्राप शंभोः परात्मनः

Sanatkumāra dit : « Écoute, ô Vyāsa, le récit de Maheśa, auspicious et dispensateur de mérite : comment Andhaka obtint de Śambhu, le Soi suprême, la seigneurie sur les gaṇas de Śiva ».

Verse 6

कृत्वा परमसंग्रामं तेन पूर्वं मुनीश्वर । प्रसाद्य तं महेशानं सत्त्वभावात्पुनः पुनः

Ô le meilleur des sages ! Après avoir jadis livré un combat des plus redoutables, il chercha, encore et encore, à plaire au Seigneur Maheśāna, L’apaisant d’un cœur pur, animé d’une disposition sāttvika.

Verse 7

माहात्म्यमद्भुतं शंभोश्शरणागतरक्षिणः । सुभक्तवत्सलस्यैव नानालीलाविहारिणः

Merveilleuse est la gloire de Śambhu : protecteur de ceux qui prennent refuge en Lui ; toujours plein de tendresse envers Ses véritables bhaktas ; et se mouvant dans d’innombrables līlās divines.

Verse 8

माहात्म्यमेतद्वृषभध्वजस्य श्रुत्वा मुनिर्गंधवतीसुतो हि । वचो महार्थं प्रणिपत्य भक्त्या ह्युवाच तं ब्रह्मसुतं मुनींद्रम्

Ayant entendu ce récit de la gloire du Seigneur à l’étendard du Taureau (Śiva), le sage—fils de Gaṃdhavatī—se prosterna avec bhakti. Puis, honorant la portée profonde de ces paroles, il s’adressa au plus éminent des munis, le fils de Brahmā.

Verse 9

व्यास उवाच । को ह्यंधको वै भगवन्मुनीश कस्यान्वये वीर्यवतः पृथिव्याम् । जातो महात्मा बलवान् प्रधानः किमात्मकः कस्य सुतोंऽधकश्च

Vyāsa dit : «Ô seigneur béni parmi les sages, qui est donc cet Andhaka ? Dans quelle lignée est né sur la terre cet être magnanime, puissant et éminent ? Quelle est sa nature, et de qui Andhaka est-il le fils ?»

Verse 10

एतत्समस्तं सरहस्यमद्य ब्रवीहि मे ब्रह्मसुतप्रसादात् । स्कंदान्मया वै विदितं हि सम्यक् महेशपुत्रादमितावबोधात्

Ainsi, dis-moi aujourd’hui toute cette affaire dans son entier, avec son secret intérieur, par la grâce du fils de Brahmā. Car je l’ai bien comprise de Skanda, le fils de Mahādeva, dont l’intelligence est sans mesure.

Verse 11

गाणपत्यं कथं प्राप शंभोः परमतेजसः । सोंधको धन्य एवाति यो वभूव गणेश्वरः

«Comment Sondhaka obtint-il l’état de Gaṇapati par Śambhu, à la splendeur suprême ? En vérité, Sondhaka seul est le plus béni, car il devint le Seigneur des Gaṇas.»

Verse 12

ब्रह्मोवाच । व्यासस्य चैतद्वचनं निशम्य प्रोवाच स ब्रह्मसुतस्तदानीम् । महेश्वरोतीः परमाप्तलक्ष्मीस्संश्रोतुकामं जनकं शुकस्य

Brahmā dit : Ayant entendu ces paroles de Vyāsa, le fils de Brahmā s’adressa aussitôt au père de Śuka, avide d’entendre les récits sublimes de Maheśvara—récits qui confèrent la plus haute fortune et l’accomplissement spirituel.

Verse 13

सनत्कुमार उवाच । पुराऽऽगतो भक्तकृपाकरोऽसौ कैलासतश्शैलसुता गणाढ्यः । विहर्तुकामः किल काशिका वै स्वशैलतो निर्जरचक्रवती

Sanatkumāra dit : Jadis, Śailasutā (Pārvatī), bienfaitrice compatissante des dévots, vint du Kailāsa, richement entourée de ses gaṇas. Désireuse de se divertir, elle quitta sa montagne et se rendit à Kāśikā, accompagnée d’un cortège d’êtres divins.

Verse 14

स राजधानीं च विधाय तस्यां चक्रं परोतीः सुखदा जनानाम् । तद्रक्षकं भैरवनामवीरं कृत्वा समं शैलजयाहि बह्वीः

Alors il y établit une capitale royale et y plaça un cercle sacré de protection, dispensateur de bienfaits au peuple. Il en fit le gardien un héros nommé Bhairava ; puis, avec Śailajā (Pārvatī), il poursuivit sa marche vers d’autres œuvres nombreuses.

Verse 15

स एकदा मंदरनामधेयं गतो नगे तद्वरसुप्रभावात् । तत्रापि मानागणवीरमुख्यैश्शिवासमेतो विजहार भूरि

Un jour, grâce à la puissance excellente de cette grâce, il se rendit à la montagne nommée Mandara. Là encore, accompagné de Śiva et des plus grands chefs héroïques de Ses gaṇas, il se divertit et jouit abondamment.

Verse 16

पूर्वे दिशो मन्दर शैलसंस्था कपर्द्दिनश्चंडपराकमस्य । चक्रे ततो नेत्रनिमीलनं तु सा पार्वती नर्मयुतं सलीलम्

À l’est, sur le mont Mandara, Pārvatī, dans un jeu tendre et gracieux, ferma les yeux du Seigneur aux cheveux nattés (Śiva), dont la vaillance est farouche et irrésistible.

Verse 17

प्रवालहेमाब्जधृतप्रभाभ्यां कराम्बुजाभ्यां निमिमील नेत्रे । हरस्य नेत्रेषु निमीलितेषु क्षणेन जातः सुमहांधकारः

De ses mains pareilles au lotus, rayonnantes comme le corail, l’or et le lotus, Hara ferma ses yeux. Et dès que les yeux du Seigneur Hara furent clos, une obscurité immense et redoutable s’éleva en un instant.

Verse 18

तत्स्पर्शयोगाच्च महेश्वरस्य करौ च तस्याः स्खलितं मदांभः । शंभोर्ललाटे क्षणवह्नितप्तो विनिर्गतो भूरिजलस्य बिन्दुः

Par le seul contact avec Mahādeva, une moiteur semblable à l’ichor (māda) glissa de ses mains. Frappant le front de Śambhu, cette goutte, chauffée aussitôt comme par le feu, jaillit : une unique perle d’eau issue d’une grande abondance.

Verse 19

गर्भो बभूवाथ करालवक्त्रो भयंकरः क्रोधपरः कृतघ्नः । अन्धो विरूपी जटिलश्च कृष्णो नरेतरो वैकृतिकस्सुरोमा

Alors apparut un être—comme un sein de colère incarné—à la bouche effroyable, terrifiant, voué à la fureur et ingrat. Aveugle, difforme, aux cheveux emmêlés, noir de teint, il n’était pas vraiment humain : c’était une créature monstrueuse et contre nature, hérissée de poils rudes.

Verse 20

गायन्हसन्प्ररुदन्नृत्यमानो विलेलिहानो घरघोरघोषः । जातेन तेनाद्भुतदर्शनेन गौरीं भवोऽसौ स्मितपूर्वमाह

Chantant, riant puis pleurant, il poursuivait sa danse—se léchant les lèvres et rugissant d’un fracas terrible, tel le tonnerre. Voyant ce spectacle merveilleux, le Seigneur Bhava (Śiva) sourit d’abord, puis s’adressa à Gaurī (Pārvatī).

Verse 21

श्रीमहेश उवाच । निमील्य नेत्राणि कृतं च कर्म बिभेषि साऽस्माद्दयिते कथं त्वम् । गौरी हरात्तद्वचनं निशम्य विहस्यमाना प्रमुमोच नेत्रे

Śrī Maheśa dit : «Bien-aimée, après avoir fermé les yeux et accompli cet acte, pourquoi me crains-tu à présent ?» Entendant les paroles de Hara, Gaurī, souriante, ouvrit les yeux.

Verse 22

जाते प्रकाशे सति घोररूपो जातोंधकारादपि नेत्रहीनः । तादृग्विधं तं च निरीक्ष्य भूतं पप्रच्छ गौरी पुरुषं महेशम्

Quand la lumière se leva, apparut un être d’aspect effroyable, né des ténèbres et pourtant dépourvu d’yeux. Voyant une telle créature, Gaurī interrogea la Personne suprême, Mahēśa (Śiva), à son sujet.

Verse 23

गौर्य्युवाच । कोयं विरूपो भगवन्हि जातो नावग्रतो घोरभयंकरश्च । वदस्व सत्यं मम किं निमित्तं सृष्टोऽथ वा केन च कस्य पुत्रः

Gaurī dit : «Ô Seigneur, qui est cet être difforme venu à l’existence, si terrible et effrayant à voir ? Dis-moi la vérité : dans quel but a-t-il été créé ? Par qui a-t-il été engendré, et de qui est-il le fils ?»

Verse 24

सनत्कुमार उवाच । श्रुत्वा हरस्तद्वचनं प्रियाया लीलाकरस्सृष्टिकृतोंऽधरूपाम् । लीलाकरायास्त्रिजगज्जनन्या विहस्य किंचिद्भगवानुवाच

Sanatkumāra dit : Ayant entendu les paroles de son aimée—elle qui, pour le jeu divin (līlā), avait pris une forme faisant jaillir la création, la Mère qui enfante les trois mondes—le Seigneur Hara sourit légèrement, puis il parla.

Verse 25

महेश उवाच । शृण्वंबिके ह्यद्भुतवृत्तकारे उत्पन्न एषोऽद्भुतचण्डवीर्यः । निमीलिते चक्षुषि मे भवत्या स स्वेदजो मेंधकनामधेयः

Mahesha dit : «Écoute, ô Ambikā, toi qui fais advenir des tournants merveilleux. Celui-ci est né — prodigieux et farouche en sa puissance. Quand tu fis se clore mes yeux, il naquit de ma sueur ; son nom est Meṇḍhaka.»

Verse 26

त्वं चास्य कर्तास्ययथानुरूपं त्वया ससख्या दयया गणेभ्यः । स रक्षितव्यस्त्व यि तं हि वैकं विचार्य बुद्ध्या करणीयमार्ये

«C’est toi, en vérité, qui l’as fait naître, agissant selon ce qui sied aux circonstances ; et par ton amitié et ta compassion envers les Gaṇas, c’est toi seule qui dois le protéger. Réfléchis avec un discernement limpide, ô noble dame, et fais ce qui doit être fait : garde-le comme le tien.»

Verse 27

सनत्कुमार उवाच । गौरी ततो भृत्यवचो निशम्य कारुण्यभावात्सहिता सखीभिः । नानाप्रकारैर्बहुभिर्ह्युपायैश्चकार रक्षां स्वसुतस्य यद्वत्

Sanatkumara dit : Alors Gaurī, ayant entendu les paroles de ses serviteurs et émue de compassion, avec ses amies, organisa la protection de son propre fils, recourant à maintes méthodes et à de nombreux moyens efficaces, comme le ferait une mère.

Verse 28

कालेऽथ तस्मिञ्शिशिरे प्रयातो हिरण्यनेत्रस्त्वथ पुत्रकामः । स्वज्येष्ठबंधोस्तनयप्रतानं संवीक्ष्य चासीत्प्रियया नियुक्तः

Puis, en cette saison d’hiver, Hiraṇyanetra se mit en route, désirant un fils. Voyant la lignée florissante des enfants de son frère aîné, il fut pressé par son épouse bien-aimée (d’obtenir une descendance).

Verse 29

अरण्यमाश्रित्य तपश्चकारासुरस्तदा कश्यपजस्सुतार्थम् । काष्ठोपमोऽसौ जितरोषदोषस्संदर्शनार्थं तु महेश्वरस्य

Alors cet Asura se réfugia dans une forêt et accomplit des austérités afin d’obtenir un fils né de Kaśyapa. Il devint tel un morceau de bois—ferme et immobile—et, ayant vaincu le défaut de la colère, il entreprit cette pénitence uniquement pour obtenir le darśana, la vision de Maheśvara.

Verse 30

तुष्टः पिनाकी तपसास्य सम्यग्वरप्रदानाय ययौ द्विजेन्द्र । तत्स्थानमासाद्य वृषध्वजोऽसौ जगाद दैत्यप्रवरं महेशः

Satisfait de son austère pénitence, Pinākī (le Seigneur Śiva), désireux de lui accorder une grâce, s’y rendit, ô le meilleur des deux-fois-nés. Parvenu en ce lieu, Mahēśa, portant l’étendard du Taureau, s’adressa au plus éminent des Dāityas.

Verse 31

महेश उवाच । हे दैत्यनाथ कुरु नेन्द्रियसंघपातं किमर्थमेतद्व्रतमाश्रितं ते । प्रब्रूहि कामं वरदो भवोऽहं यदिच्छसि त्वं सकलं ददामि

Mahēśa dit : « Ô seigneur des Dāityas, ne détruis pas la troupe de tes sens. Dans quel but as-tu entrepris ce vœu ? Dis-moi le désir de ton cœur. Je suis Bhava, dispensateur de grâces : tout ce que tu souhaites, je te l’accorderai pleinement. »

Verse 32

सनत्कुमार उवाच । सरस्यमाकर्ण्य महेशवाक्यं ह्यतिप्रसन्नः कनकाक्षदैत्यः । कृतांजलिर्नम्रशिरा उवाच स्तुत्या च नत्वा विविधं गिरीशम्

Sanatkumāra dit : Entendant les paroles de Mahēśa, le Dāitya Kanakākṣa fut comblé de joie. Les mains jointes, la tête humblement inclinée, après avoir offert à Girīśa (Śiva) maintes salutations et hymnes, il prit la parole.

Verse 33

हिरण्याक्ष उवाच । पुत्रस्तु मे चन्द्रललाट नास्ति सुवीर्यवान्दैत्यकुलानुरूपी । तदर्थमेतद्व्रतमास्थितोऽहं तं देहि देवेश सुवीर्यवंतम्

Hiraṇyākṣa dit : « Ô Seigneur au croissant de lune sur le front, je n’ai pas de fils vaillant, digne de la lignée des Dāityas. C’est pour cela que j’ai entrepris ce vœu sacré. Ainsi, ô Seigneur des Devas, accorde-moi un fils doté d’une grande vaillance. »

Verse 34

यस्माच्च मद्भ्रातुरनंतवीर्याः प्रह्लादपूर्वा अपि पंचपुत्राः । ममेह नास्तीति गतान्वयोऽहं को मामकं राज्यमिदं बुभूषेत्

« De plus, mon frère eut cinq fils à la vaillance sans bornes, à commencer par Prahlāda. Mais ma propre lignée ici s’est éteinte : il n’y a personne des miens. Qui donc désirerait à présent ce royaume qui m’appartient ? »

Verse 35

राज्यं परस्य स्वबलेन हृत्वा भुंक्तेऽथवा स्वं पितुरेव दृष्टम् । च प्रोच्यते पुत्र इह त्वमुत्र पुत्री स तेनापिभवेत्पितासौ

Celui qui, par sa propre force, s’empare du royaume d’autrui et en jouit—ou même jouit de ce qui est sien selon le point de vue du père—est appelé ici-bas et dans l’au-delà « fils ». En ce même sens, la fille aussi devient comme un « fils », et le père est reconnu comme son père, source de droit et de lignée.

Verse 36

ऊर्द्ध्वं गतिः पुत्रवतां निरुक्ता मनीषिभिर्धर्मभृतां वरिष्ठैः । सर्वाणि भूतानि तदर्थमेवमतः प्रवर्तेत पशून् स्वतेजसः

Les sages—les plus éminents parmi les soutiens du dharma—ont proclamé que ceux qui ont une descendance digne obtiennent une voie ascendante (un destin plus élevé). Puisque tous les êtres existent pour cette fin même, qu’on mette donc, par sa propre ferveur spirituelle, le bétail et les dépendants sur la juste voie, en les guidant et en les protégeant comme il convient.

Verse 37

निरन्वयस्याथ न संति लोकास्तदर्थमिच्छंति जनाः सुरेभ्यः । सदा समाराध्य सुरात्रिपंकजं याचंत इत्थं सुतमेकमेव

Pour celui qui n’a pas de lignée, dit-on, il n’est point de « monde » durable—point de continuité de nom et de rang. C’est pourquoi les hommes recherchent cette fin auprès des dieux. Adorant sans cesse le Seigneur semblable au lotus, honoré par les dieux eux-mêmes, ils ne demandent ainsi qu’une seule chose : un fils unique.

Verse 38

सनत्कुमार उवाच । एतद्भवस्तद्वचनं निशम्य कृपाकरो दैत्यनृपस्य तुष्टः । तमाह दैत्यातप नास्ति पुत्रस्त्वद्वीर्यजः किंतु ददामि पुत्रम्

Sanatkumāra dit : Ayant entendu ces paroles de Bhava (le Seigneur Śiva), le Compatissant fut satisfait du roi des Dānavas. Il lui dit : « Ô Daityātapa, aucun fils ne naîtra de ta propre vigueur virile ; néanmoins, je t’accorderai un fils. »

Verse 39

ममात्मजं त्वंधकनामधेयं त्वत्तुल्यवीर्यं त्वपराजितं च । वृणीष्व पुत्रं सकलं विहाय दुःखं प्रतीच्छस्व सुतं त्वमेव

«Reçois mon fils, nommé Andhaka—dont la vaillance égale la tienne et qui est invaincu. Choisis-le pour ton enfant ; rejette toute affliction et accueille ce fils—oui, toi-même, prends-le pour tien.»

Verse 40

सनत्कुमार उवाच । इत्येवमुक्त्वा प्रददौ स तस्मै हिरण्यनेत्राय सुतं प्रसन्नः । हरस्तु गौर्य्या सहितो महात्मा भूतादिनाथस्त्रिपुरारिरुग्रः

Sanatkumāra dit : Ayant ainsi parlé, satisfait, il accorda à Hiraṇyanetra un fils. Et Hara, le Seigneur à la grande âme, accompagné de Gaurī—redoutable, Maître primordial des êtres, Destructeur de Tripura—fit advenir cette grâce.

Verse 41

नतो हरात्प्राप्य सुतं स दैत्यः प्रदक्षिणीकृत्य यथाक्रमेण । स्तोत्रैरनेकैरभिपूज्य रुद्रं तुष्टस्स्वराज्यं गतवान्महात्मा

S’étant incliné devant Hara et ayant reçu son fils, ce daitya fit la circumambulation rituelle selon l’ordre prescrit. Honorant Rudra par de nombreux hymnes, le magnanime, pleinement comblé, retourna à sa propre souveraineté.

Verse 42

ततस्तु पुत्रं गिरिशादवाप्य रसातलं चंडपराक्रमस्तु । इमां धरित्रीमनयत्स्वदेशं दैत्यो विजित्वा त्रिदशानशेषान्

Alors ce daitya à la vaillance farouche, ayant obtenu de Girīśa (le Seigneur Śiva) le fils, descendit à Rasātala. Après avoir vaincu tous les dieux sans en laisser un seul, il emporta cette Terre vers son propre domaine.

Verse 43

ततस्तु देवेर्मुनिभिश्च सिद्धैः सर्वात्मकं यज्ञमयं करालम् । वाराहमाश्रित्य वपुः प्रधानमाराधितो विष्णुरनंतवीर्यः

Alors les dieux, avec les munis et les siddhas, adorèrent Viṣṇu à la puissance infinie, qui pénètre tout comme le Soi même. Prenant l’effrayante forme de Varāha, corps fait de sacrifice, il manifesta le Corps suprême et, par ce culte, fut dûment apaisé et satisfait.

Verse 44

घोणाप्रहारैर्विविधैर्धरित्रीं विदार्य पातालतलं प्रविश्य । तुंडेन दैत्याञ्शतशो विचूर्ण्य दंष्ट्राभिरग्र्याभि अखंडिताभिः

Par d’innombrables coups de son groin, il déchira la terre et s’enfonça jusqu’au domaine de Pātāla. Là, de son bec il réduisit en poudre des centaines de daityas, et de ses défenses souveraines, demeurées intactes, il les brisa encore et encore.

Verse 45

पादप्रहारैरशनिप्रकाशैरुन्मथ्य सैन्यानि निशाचराणाम् । मार्तंडकोटिप्रतिमेन पश्चात्सुदर्शनेनाद्भुतचंडतेजाः

Par des frappes de pied éclatantes comme la foudre, il remua et pulvérisa les armées des rôdeurs nocturnes ; puis, avec le Sudarśana, le disque dont l’éclat merveilleux et terrible égalait dix millions de soleils, il les abattit.

Verse 46

हिरण्यनेत्रस्य शिरो ज्वलंतं चिच्छेद दैत्यांश्च ददाह दुष्टान् । ततः प्रहृष्टो दितिजेन्द्रराजं स्वमंधकं तत्र स चाभ्यषिंचत्

Il trancha la tête flamboyante d’Hiraṇyanetra et brûla les démons pervers. Puis, dans la joie, il consacra sur place son propre Andhaka comme roi des Daityas.

Verse 47

स्वस्थानमागत्य ततो धरित्रीं दृष्ट्वांकुरेणोद्धरतः प्रहृष्टः । भूमिं च पातालतलान्महात्मा पुपोष भागं त्वथ पूर्वकं तु

Revenu en sa demeure, voyant la Terre soulevée par le jeune bourgeon, le grand d’âme se réjouit. Puis, tirant la Terre des niveaux de Pātāla, il la nourrit et la rétablit, lui rendant sa part telle qu’elle était auparavant.

Verse 48

देवैस्समस्तैर्मुनिभिःप्रहृष्टै रभिषुतः पद्मभुवा च तेन । ययौ स्वलोकं हरिरुग्रकायो वराहरूपस्तु सुकार्यकर्ता

Honoré par des hymnes joyeux de tous les dieux et des sages, et dûment consacré par Padmabhū (Brahmā), Hari—terrible dans sa forme de Varāha—ayant accompli l’œuvre noble, s’en alla vers son propre séjour céleste.

Verse 49

हिरण्यनेत्रेऽथ हतेऽसुरेशे वराहरूपेण सुरेण देवाः । देवास्समस्ता मुनयश्च सर्वे परे च जीवास्सुखिनो बभूवुः

Quand Hiraṇyanetra, le seigneur des asuras, fut tué par le divin qui avait pris la forme du Sanglier (Varāha), tous les dieux, tous les sages et les autres êtres devinrent heureux et en paix.

Frequently Asked Questions

The chapter primarily frames the transition from earlier slayings (Śaṅkhacūḍa, Jalaṃdhara) to the Andhaka cycle by introducing Vyāsa’s formal inquiry into Andhaka’s origin and status.

It emphasizes ‘rahasya’ as devotional epistemology: true understanding of Śiva’s līlā and governance is accessed through guru/sage-prasāda and reverent listening, not mere narrative curiosity.

Śiva is highlighted through epithets—Śaśimauli, Vṛṣabhadhvaja, Śambhu, Maheśa—stressing his auspiciousness, sovereignty, and role as protector and delight of devotees.