
गङ्गातरणम्, सुमन्त्र-प्रतिनिवर्तनम्, जटाधारणम् (Crossing the Gaṅgā; Sumantra’s Return; Adoption of Ascetic Signs)
अयोध्याकाण्ड
Dans le Sarga 52, à l’aube, Rāma reprend la route vers la sainte Gaṅgā et organise avec précision les gestes de Lakṣmaṇa, de Sītā et des compagnons. Avec une fermeté empreinte de compassion, il renvoie Sumantra, lui enjoignant de servir Daśaratha sans négligence et d’assurer la stabilité de la succession à la cour : faire venir Bharata et veiller à une conduite équitable envers toutes les reines, surtout à une vénération particulière pour Kauśalyā. La peine de Sumantra devient le signe du chagrin civique : il pressent la douleur d’Ayodhyā devant le char vide. Il demande à suivre les exilés et va jusqu’à menacer de s’immoler ; Rāma l’apaise par une sagesse de gouvernement, car il faut que Kaikeyī soit convaincue de la réalité de l’exil. Guha fournit une barque. Rāma sollicite une vie tournée vers l’āśrama et adopte les marques de l’ascèse : il se fait des jaṭā, cheveux nattés et emmêlés, à l’aide du latex du banyan ; Lakṣmaṇa se transforme de même. Ils traversent la Gaṅgā au courant rapide ; Sītā adresse un vœu-prière à la déesse du fleuve, promettant un culte futur s’ils reviennent sains et saufs. Parvenus sur la rive méridionale, Rāma institue un ordre de protection : Lakṣmaṇa en tête, Sītā au milieu, Rāma à l’arrière, signe d’une éthique disciplinée du voyage en forêt et d’une garde réciproque.
Verse 1
प्रभातायां तु शर्वर्यां पृथुवक्षा महायशाः।उवाच रामः सौमित्रिं लक्ष्मणं शुभलक्षणम्।।2.52.1।।
Quand la nuit se changea en aurore, Rāma, à la poitrine large et à la grande renommée, s’adressa à Lakṣmaṇa, fils de Sumitrā, marqué de signes propices.
Verse 2
भास्करोदयकालोऽयं गता भगवती निशा।असौ सुकृष्णो विहगः कोकिलस्तात कूजति।।2.52.2।।
Cher Lakṣmaṇa, la nuit vénérable s’est écoulée ; voici l’heure du lever du soleil. Là-bas chante l’oiseau au plumage sombre, le coucou.
Verse 3
बर्हिणानां च निर्घोषः श्रूयते नदतां वने।तराम जाह्नवीं सौम्य शीघ्रगां सागरङ्गमाम्।।2.52.3।।
Dans la forêt, on entend le cri des paons; ô doux ami, traversons la Jāhnavī (Gaṅgā), au courant rapide, qui s’en va vers l’océan.
Verse 4
विज्ञाय रामस्य वचः सौमित्रिर्मित्रनन्दनः।गुहमामन्त्र्य सूतं च सोऽतिष्ठद्भ्रातुरग्रतः।।2.52.4।।
Ayant compris la parole de Rāma, Saumitri Lakṣmaṇa—joie des amis—manda appeler Guha et le cocher, puis se tint devant son frère.
Verse 5
स तु रामस्य वचनं निशम्य प्रतिगृह्य च।स्थपतिस्तूर्णमाहूय सचिवानिदमब्रवीत्।।2.52.5।।
Ayant entendu les paroles de Rāma et accueilli sa demande, le chef des Niṣāda convoqua aussitôt ses conseillers et parla ainsi.
Verse 6
अस्य वाहनसंयुक्तां कर्णग्राहवतीं शुभाम्।सुप्रतारां दृढां तीर्थे शीघ्रं नावमुपाहर।।2.52.6।।
Apporte vite, au gué sacré, une barque solide et de bon augure, munie d’équipements et de pilotes, afin que la traversée soit sûre et aisée.
Verse 7
तं निशम्य समादेशं गुहामात्यगणो महान्।उपोह्य रुचिरां नावं गुहाय प्रत्यवेदयत्।।2.52.7।।
Ayant entendu cet ordre, la noble assemblée des ministres de Guha fit approcher une barque gracieuse et rapporta à Guha que le commandement avait été exécuté.
Verse 8
ततः स प्राञ्जलिर्भूत्वा गुहो राघवमब्रवीत्।उपस्थितेयं नौर्देव भूयः किं करवाणि ते।।2.52.8।।
Alors Guha, les mains jointes en prière, dit à Rāghava : «Ô Seigneur, la barque est prête. Que puis-je encore accomplir pour Toi ?»
Verse 9
तवामरसुतप्रख्य तर्तुं सागरगां नदीम्।नौरियं पुरुषव्याघ्र तां त्वमारोह सुव्रत।।2.52.9।।
Ô tigre parmi les hommes, éclatant tel un fils des dieux et ferme dans tes vœux : voici la barque pour traverser le fleuve qui s’en va vers l’océan ; monte-y, toi dont la conduite est sacrée.
Verse 10
अथोवाच महातेजा रामो गुहमिदं वचः।कृतकामोऽस्मि भवता शीघ्रमारोप्यतामिति।।2.52.10।।
Alors le radieux Rāma adressa ces paroles à Guha : «Grâce à toi, mon dessein est accompli ; hâtons-nous d’embarquer.»
Verse 11
ततः कलापान् सन्नह्य खड्गौ बध्वा च धन्विनौ।जग्मतुर्येन तौ गङ्गां सीतया सह राघवौ।।2.52.11।।
Alors les deux Rāghava, portant leurs arcs, ajustèrent leurs carquois et ceignirent leurs épées ; avec Sītā, ils se mirent en route vers la Gaṅgā.
Verse 12
राममेव तु धर्मज्ञमुपगम्य विनीतवत्।किमहं करवाणीति सूतः प्राञ्जलिरब्रवीत्।।2.52.12।।
S’approchant de Rāma, connaisseur du dharma, le cocher dit humblement, les mains jointes : «Que dois-je faire ?»
Verse 13
ततोऽब्रवीद्दाशरथिः सुमन्त्रं स्पृशन् करेणोत्तमदक्षिणेन।सुमन्त्र शीघ्रं पुनरेव याहिराज्ञः सकाशे भव चाप्रमत्तः।।2.52.13।।
Alors Rāma, fils de Daśaratha, effleura doucement Sumantra de sa noble main droite et dit : «Sumantra, retourne sans tarder ; demeure auprès du roi et sois toujours vigilant dans ton service.»
Verse 14
निवर्तस्वेत्युवाचैव ह्येतावद्धि कृतं मम।रथं विहाय पद्भ्यां तु गमिष्यामि महावनम्।।2.52.14।।
Il dit : «Retourne ; jusqu’ici tu as fait assez pour moi. Laissant le char, j’irai à pied vers la grande forêt.»
Verse 15
आत्मानं त्वभ्यनुज्ञातमवेक्ष्यार्तः स सारथिः।सुमन्त्रः पुरुषव्याघ्रमैक्ष्वाकमिदमब्रवीत्।।2.52.15।।
Voyant qu’on lui avait accordé la permission de se retirer, Sumantra, le cocher, le cœur accablé de chagrin, adressa ces paroles à Rāma, tigre parmi les hommes, rejeton de la lignée d’Ikṣvāku.
Verse 16
नातिक्रान्तमिदं लोके पुरुषेणेह केनचित्।तव सभ्रातृभार्यस्य वासः प्राकृतवद्वने।।2.52.16।।
Nul en ce monde ne saurait surpasser ce que tu as entrepris : demeurer dans la forêt tel un homme ordinaire, avec ton frère et ton épouse.
Verse 17
न मन्ये ब्रह्मचर्येऽस्ति स्वधीते वा फलोदयः।मार्दवार्जवयोर्वापि त्वां चेद्व्यसनमागतम्।।2.52.17।।
Si, malgré ta discipline de chasteté, ton étude sacrée, ta douceur et ta droiture, le malheur t’a atteint, alors je ne crois pas que ces vertus portent quelque fruit.
Verse 18
सह राघव वैदेह्या भ्रात्रा चैव वने वसन्।त्वं गतिं प्राप्स्यसे वीर त्रीन् लोकांस्तु जयन्निव।।2.52.18।।
Ô Rāghava, vaillant héros : demeurant dans la forêt avec Vaidehī et ton frère, tu atteindras une fin bénie, comme si tu avais conquis les trois mondes.
Verse 19
वयं खलु हता राम ये त्वयाप्युपवञ्चिताः।कैकेय्या वशमेष्यामः पापाया दुःखभागिनः।।2.52.19।।
Vraiment, nous sommes anéantis, ô Rāma, puisque même toi nous as été ôté ; nous tomberons sous l’emprise de la pécheresse Kaikeyī, voués à notre part de douleur.
Verse 20
इति ब्रुवन्नात्मसमं सुमन्त्रः सारथिस्तदा।दृष्ट्वा दूरगतं रामं दुःखार्तो रुरुदे चिरम्।।2.52.20।।
Ainsi parlant, Sumantra, le cocher qui tenait Rāma pour son propre être, voyant Rāma s’éloigner au loin, pleura longtemps, tourmenté par la douleur.
Verse 21
ततस्तु विगते बाष्पे सूतं स्पृष्टोदकं शुचिम्।रामस्तु मधुरं वाक्यं पुनः पुनरुवाच तम्।।2.52.21।।
Puis, lorsque ses larmes se furent apaisées et que le cocher, après avoir bu de l’eau pure, fut redevenu calme et purifié, Rāma lui adressa, encore et encore, des paroles douces et aimables.
Verse 22
इक्ष्वाकूणां त्वया तुल्यं सुहृदं नोपलक्षये।यथा दशरथो राजा मां न शोचेत्तथा कुरु।।2.52.22।।
Parmi les Ikṣvākus, je ne vois pas d’ami qui te soit égal. Agis donc de telle sorte que le roi Daśaratha ne s’afflige pas pour moi.
Verse 23
शोकोपहतचेताश्च वृद्धश्च जगतीपतिः।कामभावावसन्नश्च तस्मादेतद्ब्रवीमि ते।।2.52.23।।
Car le seigneur de la terre a l’esprit accablé par le chagrin et il est âgé ; de plus, il est alourdi par les élans de la passion. C’est pourquoi je te dis cela.
Verse 24
यद्यदाज्ञापयेत्किञ्चित्स महात्मा महीपतिः।कैकेय्याः प्रियकामार्थं कार्यं तदविकाङ्क्षया।।2.52.24।।
Tout ce que ce grand roi ordonnera, fût-ce peu de chose, accomplis-le sans hésitation, afin de plaire à Kaikeyī.
Verse 25
एतदर्थं हि राज्यानि प्रशासति नरेश्वराः।यदेषां सर्वकृत्येषु मनो न प्रतिहन्यते।।2.52.25।।
Oui, c’est pour cela que les rois gouvernent les royaumes : afin que, dans toutes leurs entreprises, leur volonté ne soit arrêtée par aucun obstacle.
Verse 26
यद्यथा स महाराजो नालीकमधिगच्छति।न च ताम्यति दुःखेन सुमन्त्र कुरु तत्तथा।।2.52.26।।
Sumantra, agis de telle sorte que le grand roi ne sombre pas dans le désespoir et ne se flétrisse pas de chagrin.
Verse 27
अदृष्टदुःखं राजानं वृद्धमार्यं जितेन्द्रियम्।ब्रूयास्त्वमभिवाद्यैव मम हेतोरिदं वचः।।2.52.27।।
Après lui avoir d’abord rendu hommage, dis au roi—âgé, noble, maître de lui-même et peu accoutumé à la souffrance—ces paroles en mon nom.
Verse 28
नैवाहमनुशोचामि लक्ष्मणो न च मैथिली।अयोध्यायाश्च्युताश्चेति वने वत्स्यामहेति च।।2.52.28।।
Je ne m’afflige point—ni Lakṣmaṇa, ni Maithilī—d’avoir été écartés d’Ayodhyā, ni à l’idée que nous devrons vivre dans la forêt.
Verse 29
चतुर्दशसु वर्षेषु निवृत्तेषु पुनः पुनः।लक्ष्मणं मां च सीतां च द्रक्ष्यसे क्षिप्रमागतान्।।2.52.29।।
Quand les quatorze années seront accomplies, tu nous verras bientôt revenus—Lakṣmaṇa, Sītā et moi—et, par la suite, encore et encore.
Verse 30
एवमुक्त्वा तु राजानं मातरं च सुमन्त्र मे।अन्याश्च देवीस्सहिताः कैकेयीं च पुनः पुनः।।2.52.30।।आरोग्यं ब्रूहि कौशल्यामथ पादाभिवन्दनम्।सीताया मम चाऽऽर्यस्य वचनाल्लक्ष्मणस्य च।।2.52.31।।
Après avoir ainsi parlé au roi, Sumantra, transmets encore et encore (mon message) à ma mère, aux autres reines réunies, et à Kaikeyī aussi.
Verse 31
एवमुक्त्वा तु राजानं मातरं च सुमन्त्र मे।अन्याश्च देवीस्सहिताः कैकेयीं च पुनः पुनः।।2.52.30।।आरोग्यं ब्रूहि कौशल्यामथ पादाभिवन्दनम्।सीताया मम चाऽऽर्यस्य वचनाल्लक्ष्मणस्य च।।2.52.31।।
Dis à Kauśalyā que nous sommes en bonne santé; et, de la part de Sītā, de moi et du noble Lakṣmaṇa, porte nos salutations en nous inclinant à ses pieds.
Verse 32
ब्रूयाश्च हि महाराजं भरतं क्षिप्रमानय।आगतश्चापि भरतः स्थाप्यो नृपमते पदे।।2.52.32।।
Et dis au grand roi de faire venir Bharata sans tarder; et, une fois Bharata arrivé, qu’il soit établi dans la dignité royale selon la décision du roi.
Verse 33
भरतं च परिष्वज्य यौवराज्येऽभिषिच्य च।अस्मत्सन्तापजं दुःखं न त्वामभिभविष्यति।।2.52.33।।
Étreins Bharata et consacre-le prince héritier ; ainsi, la douleur née de notre séparation ne pourra te submerger.
Verse 34
भरतश्चापि वक्तव्यो यथा राजनि वर्तसे।तथा मातृषु वर्तेथाः सर्वास्वेवाविशेषतः।।2.52.34।।
Et Bharata aussi doit être instruit : de même qu’il se tient devant le roi, qu’il se tienne ainsi devant toutes les mères, sans aucune différence.
Verse 35
यथा च तव कैकेयी सुमित्रा च विशेषतः।तथैव देवी कौशल्या मम माता विशेषतः।।2.2.35।।
Et de même que Kaikeyī et Sumitrā te sont chères tout particulièrement, ainsi la Devī Kauśalyā, ma mère, doit-elle être honorée avec un soin spécial.
Verse 35
यथा च तव कैकेयी सुमित्रा च विशेषतः।तथैव देवी कौशल्या मम माता विशेषतः।।2.2.35।।
Et de même que Kaikeyī et Sumitrā te sont chères tout particulièrement, ainsi la Devī Kauśalyā, ma mère, doit-elle être honorée avec un soin spécial.
Verse 36
तातस्य प्रियकामेन यौवराज्यमपेक्षता।लोकयोरुभयोः शक्यं त्वया यत्सुखमेधितुम्।।2.52.36।।
Par le vœu aimant de notre père, la dignité de prince héritier l’attend ; veille, par ta conduite, à ce que notre père obtienne le bien-être dans les deux mondes.
Verse 37
निवर्त्यमानो रामेण सुमन्त्रः शोककर्शितः।तत्सर्वं वचनं श्रुत्वा स्नेहात्काकुत्स्थमब्रवीत्।।2.52.37।।
Renvoyé par Rāma, Sumantra, accablé de chagrin, entendit toutes ces paroles et, par affection, s’adressa au prince des Kakutstha.
Verse 38
यदहं नोपचारेण ब्रूयां स्नेहादविक्लबः।भक्तिमानिति तत्तावद्वाक्यं त्वं क्षन्तुमर्हसि।।2.52.38।।
Si, par affection et sans hésitation, je te parle avec simplicité, daigne pardonner ces paroles, les tenant pour celles d’un serviteur dévoué.
Verse 39
कथं हि त्वद्विहीनोऽहं प्रतियास्यामि तां पुरीम्।तव तावद्वियोगेन पुत्रशोकाकुलामिव।।2.52.39।।
Comment pourrais-je retourner dans cette cité sans toi—Ayodhyā, qui, dans cette séparation d’avec toi, sera telle une mère éperdue du chagrin de son fils ?
Verse 40
सराममपि तावन्मे रथं दृष्ट्वा तदा जनः।विना रामं रथं दृष्ट्वा विदीर्येतापि सा पुरी।।2.52.40।।
Le peuple, ayant vu alors mon char avec Rāma, sera brisé en voyant le char revenir sans Rāma ; la cité elle-même, pour ainsi dire, se fendra de douleur.
Verse 41
दैन्यं हि नगरी गच्छेद्दृष्ट्वा शून्यमिमं रथम्।सूतावशेषं स्वं सैन्यं हतवीरमिवाऽहवे।।2.52.41।।
En voyant ce char vide, la cité tombera dans une détresse pitoyable, telle une armée sur le champ de bataille à qui, son héros abattu, il ne reste que le cocher.
Verse 42
दूरेऽपि निवसन्तं त्वां मानसेनाग्रतः स्थितम्।चिन्तयन्तोऽद्य नूनं त्वां निराहाराः कृताः प्रजाः।।2.52.42।।
Bien que tu demeures au loin, le peuple te garde dans son esprit comme si tu te tenais devant lui. Aujourd’hui, assurément, ils resteront sans nourriture, tout entiers absorbés par la pensée de toi.
Verse 43
दृष्टं तद्धि त्वया राम यादृशं त्वत्प्रवासने।प्रजानां सङ्कुलं वृत्तं त्वच्छोकक्लान्तचेतसाम्।।2.52.43।।
Car tu l’as vu toi-même, ô Rāma, au moment de ton départ : comment l’état du peuple devint trouble et douloureux, leurs esprits épuisés par le chagrin de toi.
Verse 44
आर्तनादो हि यः पौरैर्मुक्तस्त्वद्विप्रवासने।सरथं मां निशाम्यैव कुर्युः शतगुणं ततः।।2.52.44।।
Le cri de détresse que les citoyens poussèrent lors de ton exil—en me voyant maintenant revenir avec le char, ils le feront retentir cent fois davantage.
Verse 45
अहं किं चापि वक्ष्यामि देवीं तव सुतो मया।नीतोऽसौ मातुलकुलं सन्तापं मा कृथा इति।।2.52.45।।
Que pourrais-je dire à la reine Kauśalyā : «Ton fils, je l’ai conduit chez son oncle maternel ; ne t’afflige pas», comme si cela était vrai ?
Verse 46
असत्यमपि नैवाहं ब्रूयां वचनमीदृशम्।कथमप्रियमेवाहं ब्रूयां सत्यमिदं वचः।।2.52.46।।
Je ne puis prononcer de telles paroles, puisqu’elles seraient mensongères ; et pourtant, comment dire cette vérité, si douloureuse à entendre ?
Verse 47
मम तावन्नियोगस्थास्त्वद्बन्धुजनवाहिनः।कथं रथं त्वया हीनं प्रवक्ष्यन्ति हयोत्तमाः।।2.52.47।।
Ces chevaux d’élite—soumis à mon ordre et accoutumés à te porter, toi et tes compagnons—comment tireront-ils à présent ce char, privé de toi ?
Verse 48
तन्न शक्ष्याम्यहं गन्तुमयोध्यां त्वदृतेऽनघ।वनवासानुयानाय मामनुज्ञातुमर्हसि।।2.52.48।।
Ainsi, ô irréprochable, je ne puis aller à Ayodhyā sans toi. Accorde-moi la permission de te suivre dans ton exil en forêt.
Verse 49
यदि मे याचमानस्य त्यागमेव करिष्यसि।सरथोऽग्निं प्रवेक्ष्यामि त्यक्तमात्र इह त्वया।।2.52.49।।
Si, même lorsque je te supplie, tu ne fais que me rejeter, alors, dès l’instant où tu m’abandonneras ici, j’entrerai dans le feu avec mon char.
Verse 50
भविष्यन्ति वने यानि तपोविघ्नकराणि ते।रथेन प्रतिबाधिष्ये तानि सत्त्वानि राघव।।2.52.50।।
Ô Rāghava, quelles que soient les créatures de la forêt qui pourraient entraver tes austérités, je les repousserai et les contiendrai avec mon char.
Verse 51
त्वत्कृते न मयाऽवाप्तं रथचर्याकृतं सुखम्।आशंसे त्वत्कृते नाहं वनवासकृतं सुखम्।।2.52.51।।
Par ta grâce, jadis j’ai goûté la joie de conduire ton char ; et par cette même grâce, j’espère trouver la joie même dans la demeure de la forêt, durant ton exil.
Verse 52
प्रसीदेच्छामि तेऽरण्ये भवितुं प्रत्यनन्तरः।प्रीत्याऽभिहितमिच्छामि भव मे प्रत्यनन्तरः।।2.52.52।।
Sois bienveillant envers moi ; je désire demeurer près de toi dans la forêt, sans m’en écarter. Avec amour, je brûle d’entendre de toi : «Reste tout près de moi».
Verse 53
इमे चापि हया वीर यदि ते वनवासिनः।परिचर्यां करिष्यन्ति प्राप्स्यन्ति परमां गतिम्।।2.52.53।।
Ô vaillant héros, si ces chevaux pouvaient eux aussi te servir tandis que tu demeures dans la forêt, ils atteindraient la destinée suprême.
Verse 54
तव शुश्रूषणं मूर्ध्ना करिष्यामि वने वसन्।अयोध्यां देवलोकं वा सर्वथा प्रजहाम्यहम्।।2.52.54।।
Demeurant dans la forêt, je te servirai la tête inclinée. Pour cela, j’abandonnerai tout : Ayodhya elle-même, et même le ciel des devas.
Verse 55
न हि शक्या प्रवेष्टुं सा मयाऽयोध्या त्वया विना।राजधानी महेन्द्रस्य यथा दुष्कृतकर्मणा।।2.52.55।।
Sans toi, je ne puis entrer dans Ayodhya, tout comme celui qui a commis de mauvaises actions ne peut entrer dans la cité du grand Indra.
Verse 56
वनवासे क्षयं प्राप्ते ममैष हि मनोरथः।यदनेन रथेनैव त्वां वहेयं पुरीं पुनः।।2.52.56।।
Voici mon vœu le plus cher : lorsque ton exil dans la forêt sera accompli, puisse-je te ramener de nouveau à la cité dans ce même char.
Verse 57
चतुर्दश हि वर्षाणि सहितस्य त्वया वने।क्षणभूतानि यास्यन्ति शतसङ्ख्यान्यतोऽन्यथा।।2.52.57।।
Si je suis avec toi dans la forêt, ces quatorze années passeront comme un instant ; autrement, elles paraîtront cent années.
Verse 58
भृत्यवत्सल तिष्ठन्तं भर्तृपुत्रगते पथि।भक्तं भृत्यं स्थितं स्थित्यां त्वं न मां हातुमर्हसि।।2.52.58।।
Ô toi qui chéris tes serviteurs, je demeure sur la voie que tu prends, fils de mon seigneur. Je suis ton serviteur dévoué, établi dans mon devoir : ne m’abandonne pas.
Verse 59
एवं बहुविधं दीनं याचमानं पुनः पुनः।रामो भृत्यानुकम्पी तु सुमन्त्रमिदमब्रवीत्।।2.52.59।।
Ainsi, tandis que Sumantra suppliait encore et encore, de maintes façons, Rama, plein de compassion pour ses serviteurs, lui adressa ces paroles.
Verse 60
जानामि परमां भक्तिं मयि ते भर्तृवत्सल।शृणु चापि यदर्थं त्वां प्रेषयामि पुरीमितः।।2.52.60।।
Je connais ta dévotion suprême envers moi, ô serviteur fidèle, plein d’amour pour ton maître. Écoute maintenant le dessein pour lequel je te renvoie d’ici vers la cité.
Verse 61
नगरीं त्वां गतं दृष्ट्वा जननी मे यवीयसी।कैकेयी प्रत्ययं गच्छेदिति रामो वनं गतः।।2.52.61।।
Quand ma mère cadette, Kaikeyī, te verra revenu à Ayodhyā, elle sera convaincue : «Rāma est vraiment parti pour la forêt».
Verse 62
परितुष्टा हि सा देवी वनवासं गते मयि।राजानं नातिशङ्केत 'मिथ्यावादी'ति धार्मिकम्।।2.52.62।।
Car lorsque la reine sera pleinement satisfaite que je suis parti pour la vie en forêt, elle ne soupçonnera plus le roi juste, en se disant : «Il ment».
Verse 63
एष मे प्रथमः कल्पो यदम्बा मे यवीयसी।भरतारक्षितं स्फीतं पुत्रराज्यमवाप्नुयात्।।2.52.63।।
Voici mon premier vœu : que ma mère cadette obtienne le royaume florissant de son fils, gardé et administré par Bharata.
Verse 64
मम प्रियार्थं राज्ञश्च सरथस्त्वं पुरीं व्रज।सन्दिष्टश्चासि यानर्थांस्तां स्तान् ब्रूयास्तथा तथा।।2.52.64।।
Pour moi —et pour le roi aussi— retourne à la cité avec le char ; et, selon les instructions reçues, rapporte à chacun les messages exactement tels qu’ils ont été donnés.
Verse 65
इत्युक्त्वा वचनं सूतं सान्त्वयित्वा पुनः पुनः।गुहं वचनमक्लीबो रामो हेतुमदब्रवीत्।।2.52.65।।
Après avoir ainsi parlé au cocher et l’avoir consolé maintes fois, l’infatigable Rāma s’adressa ensuite à Guha en paroles appuyées sur la raison.
Verse 66
नेदानीं गुह योग्योऽयं वासो मे सजने वने।आवश्यं ह्याश्रमे वासः कर्तव्यस्तद्गतो विधिः।।2.52.66।।
«Guha, il ne convient pas que je demeure maintenant dans cette forêt fréquentée par les hommes. Il me faut vivre dans un āśrama, afin d’y observer comme il se doit la discipline prescrite à cette vie.»
Verse 67
सोऽहं गृहीत्वा नियमं तपस्वि जनभूषणम्।हितकामः पितुर्भूयः सीताया लक्ष्मणस्य च।।2.52.67।।जटाः कृत्वा गमिष्यामि न्यग्रोधक्षीरमानय।
«Ayant গ্রহণé la discipline de l’ascèse —ornement des tapasvins—, désirant le bien de mon père, ainsi que celui de Sītā et de Lakṣmaṇa, je partirai les cheveux en jata. Apporte-moi le lait (latex) du banyan, le nyagrodha.»
Verse 68
तत् क्षीरं राजपुत्राय गुहः क्षिप्रमुपाहरत्।।2.52.68।।लक्ष्मणस्यात्मनश्चैव रामस्तेनाकरोज्जटाः।
Guha apporta promptement ce latex de banian pour le prince ; et avec cela, Rāma se fit des mèches emmêlées, ainsi qu’à Lakṣmaṇa.
Verse 69
दीर्घबाहुर्नरव्याघ्रो जटिलत्वमधारयत्।।2.52.69।।तौ तदा चीरवसनौ जटामण्डलधारिणौ।आशोभेतामृषिसमौ भ्रातरौ रामलक्ष्मणौ।।2.52.70।।
Rāma aux longs bras, tigre parmi les hommes, revêtit l’état de chevelure emmêlée. Alors les deux frères, Rāma et Lakṣmaṇa, vêtus d’écorce et portant des couronnes de jata, resplendissaient tels deux rishis.
Verse 70
दीर्घबाहुर्नरव्याघ्रो जटिलत्वमधारयत्।।2.52.69।।तौ तदा चीरवसनौ जटामण्डलधारिणौ।आशोभेतामृषिसमौ भ्रातरौ रामलक्ष्मणौ।।2.52.70।।
Alors les deux frères, Rāma et Lakṣmaṇa—revêtus d’habits d’écorce et portant la couronne de cheveux emmêlés—resplendissaient tels des ṛṣi.
Verse 71
ततो वैखानसं मार्गमास्थितः सह लक्ष्मणः।व्रतमादिष्टवान् रामः सखायं गुहमब्रवीत्।।2.52.71।।
Ensuite, ayant emprunté avec Lakṣmaṇa la voie vaikhānasa de l’ascèse, Rāma—ayant pris sur lui le vœu sacré—s’adressa à son ami Guha.
Verse 72
अप्रमत्तो बले कोशे दुर्गे जनपदे तथा।भवेथा गुह राज्यं हि दुरारक्षतमं मतम्।।2.52.72।।
«Guha, sois vigilant quant à l’armée, au trésor, aux forteresses et aussi aux provinces; car un royaume—dit-on—compte parmi les choses les plus difficiles à garder.»
Verse 73
ततस्तं समनुज्ञाय गुहमिक्ष्वाकुनन्दनः।जगाम तूर्णमव्यग्रः सभार्यः सह लक्ष्मणः।।2.52.73।।
Alors le joyau de la lignée d’Ikṣvāku, après avoir pris congé de Guha avec courtoisie, s’en alla promptement, l’esprit paisible, avec son épouse et avec Lakṣmaṇa.
Verse 74
स तु दृष्ट्वा नदीतीरे नावमिक्ष्वाकुनन्दनः।तितीर्षुः शीघ्रगां गङ्गामिदं लक्ष्मणमब्रवीत्।।2.52.74।।
Mais lorsque le prince d’Ikṣvāku vit la barque sur la rive, désirant traverser la sainte Gaṅgā au courant rapide, il adressa ces paroles à Lakṣmaṇa.
Verse 75
आरोह त्वं नरव्याघ्र स्थितां नावमिमां शनैः।सीतां चारोपयान्वक्षं परिगृह्य मनस्विनीम्।।2.52.75।।
«Ô tigre parmi les hommes, monte lentement dans cette barque prête; et fais embarquer Sītā, au cœur magnanime, en la tenant solidement au support.»
Verse 76
स भ्रातुः शासनं श्रुत्वा सर्वमप्रतिकूलयन्।आरोप्य मैथिलीं पूर्वमारुरोहाऽऽत्मवां स्ततः।।2.52.76।।
Ayant entendu l’ordre de son frère et ne s’y opposant en rien, Lakṣmaṇa, maître de lui, fit d’abord monter Maithilī (Sītā), puis monta lui-même.
Verse 77
अथारुरोह तेजस्वी स्वयं लक्ष्मणपूर्वजः।ततो निषादाधिपतिर्गुहो ज्ञातीनचोदयत्।।2.52.77।।
Alors le radieux Rāma lui-même, l’aîné de Lakṣmaṇa, monta dans la barque. Ensuite, Guha, chef des Niṣādas, pressa ses parents de se mettre à l’ouvrage.
Verse 78
राघवोऽपि महातेजा नावमारुह्य तां ततः।ब्रह्मवत् क्षत्रवच्चैव जजाप हितमात्मनः।।2.52.78।।
Rāghava aussi, d’un grand éclat, ayant pris place dans cette barque, récita doucement pour sa propre sauvegarde des formules de bon augure, dignes à la fois d’un brāhmaṇa et d’un kṣatriya.
Verse 79
आचम्य च यथाशास्त्रं नदीं तां सह सीतया।प्राणमत्प्रीतिसंहृष्टो लक्ष्मणश्चामितप्रभः।।2.52.79।।
Après avoir fait l’ācaman selon la règle des Écritures, lui—avec Sītā—s’inclina devant ce fleuve ; et Lakṣmaṇa aussi, d’une splendeur sans mesure, joyeux et comblé, offrit sa profonde révérence.
Verse 80
अनुज्ञाय सुमन्त्रं च सबलं चैव तं गुहम्।आस्थाय नावं रामस्तु चोदयामास नाविकान्।।2.52.80।।
Après avoir donné congé à Sumantra et à Guha avec ses hommes, Rāma monta dans la barque et pressa les bateliers d’avancer.
Verse 81
ततस्तैश्चोदिता सा नौः कर्णधारसमाहिता।शुभस्फ्यवेगाभिहता शीघ्रं सलिलमत्यगात्।।2.52.81
Alors cette barque—solidement tenue par d’habiles pilotes et poussée par l’élan rapide de puissants avirons—franchit promptement les eaux.
Verse 82
मध्यं तु समनुप्राप्य भागीरथ्यास्त्वनिन्दिता।वैदेही प्राञ्जलिर्भूत्वा तां नदीमिदमब्रवीत्।।2.52.82।।
Lorsqu’ils atteignirent le milieu de la Bhāgīrathī, Vaidehī—Sītā l’irréprochable—joignit les mains et adressa au fleuve ces paroles.
Verse 83
पुत्रो दशरथस्यायं महाराजस्य धीमतः।निदेशं पारयित्वेमं गङ्गे त्वदभिरक्षितः।।2.52.83।।चतुर्दश हि वर्षाणि समग्राण्युष्य कानने।भ्रात्रा सह मया चैव पुनः प्रत्यागमिष्यति।।2.52.84।।ततस्त्वां देवि सुभगे क्षेमेण पुनरागता।यक्ष्ये प्रमुदिता गङ्गे सर्वकामसमृद्धिनी।।2.52.85।।
« Ô Gaṅgā, sous ta protection, ce fils du sage Mahārāja Daśaratha accomplira cet ordre. Après avoir demeuré dans la forêt quatorze années entières, il reviendra de nouveau—avec son frère et avec moi. Alors, ô bienheureuse Déesse Gaṅgā, lorsque je serai revenue saine et sauve, je t’adorerai dans la joie, ô comblant tous les désirs. »
Verse 84
पुत्रो दशरथस्यायं महाराजस्य धीमतः।निदेशं पारयित्वेमं गङ्गे त्वदभिरक्षितः।।2.52.83।।चतुर्दश हि वर्षाणि समग्राण्युष्य कानने।भ्रात्रा सह मया चैव पुनः प्रत्यागमिष्यति।।2.52.84।।ततस्त्वां देवि सुभगे क्षेमेण पुनरागता।यक्ष्ये प्रमुदिता गङ्गे सर्वकामसमृद्धिनी।।2.52.85।।
« Ô Gaṅgā, sous ta protection, ce fils du sage Mahārāja Daśaratha accomplira cet ordre. Après avoir demeuré dans la forêt quatorze années entières, il reviendra de nouveau—avec son frère et avec moi. Alors, ô bienheureuse Déesse Gaṅgā, lorsque je serai revenue saine et sauve, je t’adorerai dans la joie, ô comblant tous les désirs. »
Verse 85
पुत्रो दशरथस्यायं महाराजस्य धीमतः।निदेशं पारयित्वेमं गङ्गे त्वदभिरक्षितः।।2.52.83।।चतुर्दश हि वर्षाणि समग्राण्युष्य कानने।भ्रात्रा सह मया चैव पुनः प्रत्यागमिष्यति।।2.52.84।।ततस्त्वां देवि सुभगे क्षेमेण पुनरागता।यक्ष्ये प्रमुदिता गङ्गे सर्वकामसमृद्धिनी।।2.52.85।।
« Ô Gaṅgā, sous ta protection, ce fils du sage Mahārāja Daśaratha accomplira cet ordre. Après avoir demeuré dans la forêt quatorze années entières, il reviendra de nouveau—avec son frère et avec moi. Alors, ô bienheureuse Déesse Gaṅgā, lorsque je serai revenue saine et sauve, je t’adorerai dans la joie, ô comblant tous les désirs. »
Verse 86
त्वं हि त्रिपथगा देवि ब्रह्मलोकं समीक्षसे।भार्या चोदधिराजस्य लोकेऽस्मिन् सम्प्रदृश्यसे।।2.52.86।।
« Car toi, ô Déesse, tu es Tripathagā, celle qui coule dans les trois mondes ; tu contemples le monde de Brahmā, et dans ce monde des mortels tu es vue comme l’épouse du Roi de l’Océan. »
Verse 87
सा त्वां देवि नमस्यामि प्रशंसामि च शोभने।प्राप्तराज्ये नरव्याघ्रे शिवेन पुनरागते।।2.52.87।।गवां शतसहस्राणि वस्त्राण्यन्नं च पेशलम्।ब्राह्मणेभ्यः प्रदास्यामि तव प्रियचिकीर्षया।।2.52.88।।
« Ainsi, ô Déesse, je me prosterne devant toi et je te loue, ô belle. Quand le tigre parmi les hommes reviendra sous de bons auspices et aura recouvré son royaume, je donnerai aux brāhmaṇas cent mille vaches, des vêtements et une nourriture délicate, afin d’accomplir ce qui t’est agréable. »
Verse 88
सा त्वां देवि नमस्यामि प्रशंसामि च शोभने।प्राप्तराज्ये नरव्याघ्रे शिवेन पुनरागते।।2.52.87।।गवां शतसहस्राणि वस्त्राण्यन्नं च पेशलम्।ब्राह्मणेभ्यः प्रदास्यामि तव प्रियचिकीर्षया।।2.52.88।।
« Ainsi, ô Déesse, je me prosterne devant toi et je te loue, ô belle. Quand le tigre parmi les hommes reviendra sous de bons auspices et aura recouvré son royaume, je donnerai aux brāhmaṇas cent mille vaches, des vêtements et une nourriture délicate, afin d’accomplir ce qui t’est agréable. »
Verse 89
सुराघटसहस्रेण मांसभूतौदनेन च।यक्ष्ये त्वां प्रयता देवि पुरीं पुनरुपागता।।2.52.89।।
« Ô Déesse, lorsque je serai revenue de nouveau dans la cité (Ayodhyā), purifiée et recueillie, je t’adorerai avec mille jarres de surā et des offrandes de nourriture cuite préparée avec de la viande. »
Verse 90
यानि त्वत्तीरवासीनि दैवतानि च सन्ति हि।तानि सर्वाणि यक्ष्यामि तीर्थान्यायतनानि च।।2.52.90।।
Je rendrai un culte à toutes les divinités qui demeurent sur tes rives, ainsi qu’aux gués sacrés et aux sanctuaires qui te sont liés.
Verse 91
पुनरेव महाबाहुर्मया भ्रात्रा च सङ्गतः।अयोध्यां वनवासात्तु प्रविशत्वनघोऽनघे।।2.52.91।।
Ô irréprochable, puisse Rāma, aux bras puissants et sans tache—réuni à moi et à son frère—rentrer de nouveau à Ayodhyā après le séjour en forêt.
Verse 92
तथा सम्भाषमाणा सा सीता गङ्गामनिन्दिता।दक्षिणा दक्षिणं तीरं क्षिप्रमेवाभ्युपागमत्।।2.52.92।।
Tandis que l’irréprochable Sītā s’adressait ainsi à Gaṅgā, la barque atteignit promptement la rive méridionale, lieu d’accostage de bon augure.
Verse 93
तीरं तु समनुप्राप्य नावं हित्वा नरर्षभः।प्रातिष्ठत सह भ्रात्रा वैदेह्या च परन्तपः।।2.52.93।।
Ayant atteint la rive et laissé la barque, Rāma—le meilleur des hommes, dompteur des ennemis—se remit en route avec son frère et avec Vaidehī (Sītā).
Verse 94
अथाब्रवीन्महाबाहुः सुमित्रानन्दवर्धनम्।भव संरक्षणार्थाय सजने विजनेऽपि वा।।2.52.94।।
Alors Rāma aux bras puissants dit à Lakṣmaṇa, qui accroît la joie de Sumitrā : «Sois vigilant pour la protection, parmi les gens comme dans les lieux déserts».
Verse 95
अवश्यं रक्षणं कार्यमदृष्टे विजने वने।अग्रतो गच्छ सौमित्रे सीता त्वामनुगच्छतु।।.2.52.95।।
Il faut assurément assurer la protection dans cette forêt déserte, inconnue et hors de vue. Va devant, ô fils de Sumitrā ; que Sītā te suive.
Verse 96
पृष्ठतोऽहं गमिष्यामि त्वां च सीतां च पालयन्।अन्योन्यस्येह नो रक्षा कर्तव्या पुरुषर्षभ।।2.52.96।।
Moi, je marcherai derrière, vous gardant, toi et Sītā. Ici, nous devons assurer la protection l’un de l’autre, ô meilleur des hommes.
Verse 97
न हि तावदतिक्रान्ता सुकरा काचन क्रिया।अद्य दुःखं तु वैदेही वनवासस्य वेत्स्यति।।2.52.97।।
Aucune action vraiment difficile n’a encore été franchie ; dès aujourd’hui, Vaidehī connaîtra les peines du séjour en forêt.
Verse 98
प्रणष्टजनसम्बाधं क्षेत्रारामविवर्जितम्।विषमं च प्रपातं च वनमद्य प्रवेक्ष्यति।।2.52.98।।
Aujourd’hui elle entrera dans une forêt sans foule humaine, privée de champs et de jardins, inégale et difficile à parcourir, entaillée de ravins et de chutes abruptes.
Verse 99
श्रुत्वा रामस्य वचनं प्रतस्थे लक्ष्मणोऽग्रतः।अनन्तरं च सीताया राघवो रघुनन्दनः।।2.52.99।।
Ayant entendu les paroles de Rāma, Lakṣmaṇa se mit en route en tête ; et Rāghava, joie de la lignée de Raghu, marcha derrière Sītā.
Verse 100
गतं तु गङ्गापरपारमाशुरामं सुमन्त्रः प्रततं निरीक्ष्य।अध्वप्रकर्षाद्विनिवृत्तदृष्टिर्मुमोच बाष्पं व्यथित स्तपस्वी।।2.52.100।।
Sumantra ne cessait de regarder Rāma tandis qu’il gagnait rapidement l’autre rive du Gaṅgā ; et ce n’est que lorsque la grande distance le força à détourner les yeux que l’homme accablé, brisé de chagrin, fondit en larmes.
Verse 101
स लोकपालप्रतिमप्रभाववांस्तीर्त्वा महात्मा वरदो महानदीम्।ततः समृद्धान् शुभसस्यमालिनःक्रमेण वत्सान् मुदितानुपागमत्।।2.52.101।।
Ayant franchi ce grand fleuve, lui—à l’âme vaste, dispensateur de grâces, resplendissant tel un gardien du monde—parvint peu à peu au pays des Vatsas, prospère, couronné de belles moissons, dont le peuple était dans la joie.
Verse 102
तौ तत्र हत्वा चतुरो महामृगान्वराहमृश्यं पृषतं महारुरुम्।आदाय मेध्यं त्वरितं बुभुक्षितौवासाय काले ययतुर्वनस्पतिम्।।2.52.102।।
Là, pressés par la faim, tous deux abattirent quatre grands animaux : un sanglier, une antilope ṛśya, un daim tacheté et un grand cerf ruru. Prenant sans tarder la viande pure, ils gagnèrent, au soir venu, un arbre pour y passer la nuit.
The pivotal dilemma is whether compassion should override duty: Sumantra begs to accompany Rāma, but Rāma insists he return to serve Daśaratha and preserve political stability, showing that dharma may require denying emotionally persuasive requests.
The chapter teaches that ethical leadership combines empathy with governance: Rāma consoles Sumantra yet prioritizes institutional responsibilities (succession, care of elders, impartial respect toward queens) and adopts ascetic discipline as an inward form of sovereignty.
The Gaṅgā (Jāhnavī/Bhāgīrathī) is the central landmark, functioning as a ritual boundary into exile; Guha’s Niṣāda territory on the riverbank and the onward movement toward regions like Vatsa provide a geo-cultural map of early forest transit.
Read Valmiki Ramayana in the Vedapath app
Scan the QR code to open this directly in the app, with audio, word-by-word meanings, and more.