
Account of Various Sacred Tīrthas (Pilgrimage Merits and Prayāga Supremacy)
Le chapitre 39 dresse le catalogue de nombreux tīrthas—rivières, confluences, lacs, forêts et montagnes—associés à des vœux et observances, notamment le jeûne de trois nuits. Il enseigne que se baigner, se prosterner, prononcer le nom des lieux et y faire des dons procure des fruits équivalents aux grands sacrifices śrauta (Aśvamedha, Vājapeya, Agniṣṭoma, Rājasūya) et aux mérites de dāna tels que l’offrande de mille vaches ou le don d’un taureau. L’exposé culmine dans une longue glorification de Prayāga, la confluence de la Gaṅgā et de la Yamunā, présentée comme un meta-tīrtha : écouter, se souvenir, nommer, saluer, se baigner et donner en ce lieu multiplie les résultats et détruit les péchés sur plusieurs générations. Un récit inséré évoque la forêt de Tuṅgaka et des motifs de restauration védique, puis un bref épisode relie Nārada et Vasiṣṭha à la renommée royale selon le modèle de Dilīpa. La phalaśruti conclut que la récitation de ce chapitre accorde intelligence, prospérité, descendance, victoire et accès aux régions célestes ; et lorsque le voyage est impossible, le pèlerinage accompli par la pensée est lui aussi reconnu comme méritoire.
Verse 1
नारद उवाच । अथ संध्यां समासाद्य स विद्यांतीर्थमुत्तमम् । उपस्पृश्य नरो विद्वान्भवेन्नास्त्यत्र संशयः
Nārada dit : Puis, au temps de la saṃdhyā, l’homme, en accomplissant la purification (ācamana) au gué sacré suprêmement excellent nommé Vidyā-tīrtha, devient véritablement savant ; sans aucun doute.
Verse 2
रामस्य च प्रसादेन तीर्थराजं कृतं पुरा । तल्लौहित्यं समासाद्य विंद्याद्बहुसुवर्णकम्
Et jadis, par la grâce de Rāma, il fut établi comme le « Roi des tīrthas ». Parvenu au Lauhitya (le fleuve), on obtient de l’or en abondance.
Verse 3
करतोयां समासाद्य त्रिरात्रोपोषितो नरः । अश्वमेधमवाप्नोति शक्रलोकं च गच्छति
Celui qui parvient à la Karatoyā et observe un jeûne de trois nuits obtient le mérite d’un Aśvamedha et gagne le monde de Śakra.
Verse 4
गंगायास्त्वथ राजेंद्र सागरस्य च संगमे । अश्वमेधं दशगुणं प्रवदंति मनीषणः
Ô roi, au confluent de la Gaṅgā et de l’océan, les sages déclarent que le mérite y est décuplé, égal au fruit d’un Aśvamedha.
Verse 5
गंगायास्तु परं द्वीपं प्राप्य यः स्नाति भारत । त्रिरात्रोपोषितो राजन्सर्वकाममवाप्नुयात्
Ô Bhārata, celui qui parvient à l’île lointaine de la Gaṅgā et s’y baigne, après un jeûne de trois nuits, ô roi, obtient l’accomplissement de tous ses désirs.
Verse 6
ततो वैतरणीं गत्वा नदीं पापप्रमोचनीम् । विरजं तीर्थमासाद्य विराजति यथा शशी
Puis, s’étant rendu à la rivière Vaitaraṇī, courant qui délivre du péché, et ayant atteint le tīrtha nommé Viraja, il resplendit tel la lune.
Verse 7
प्रभावे च कुलं पूत्वा सर्वपापं व्यपोहति । गोसहस्रफलं लब्ध्वा पुनाति स्वकुलं नरः
Par sa puissance sacrée, un homme purifie sa lignée et écarte tout péché ; obtenant le mérite d’avoir donné mille vaches, il sanctifie sa propre famille.
Verse 8
शोणस्य ज्योतिरथ्याश्च संगमे निवसञ्छुचिः । तर्पयित्वा पितॄन्देवानग्निष्टोमफलं लभेत्
Celui qui demeure dans la pureté au confluent de la Śoṇa et de la Jyotirathyā, et qui offre le tarpaṇa (libations) aux ancêtres et aux devas, obtient un mérite égal à celui du sacrifice Agniṣṭoma.
Verse 9
शोणस्य नर्मदायाश्च प्रभवे कुरुपुंगव । वंशगुल्ममुपस्पृश्य वाजिमेधफलं लभेत्
Ô le meilleur des Kurus, à la source de la Śoṇa et de la Narmadā, en touchant le fourré de bambous, on obtient un mérite égal à celui de l’Aśvamedha (sacrifice du cheval).
Verse 10
ऋषभं तीर्थमासाद्य कोशलायां नराधिप । वाजिमेधमवाप्नोति त्रिरात्रोपोषितो नरः
Ô roi, parvenu au gué sacré nommé Ṛṣabha en Kośalā, l’homme qui observe un jeûne de trois nuits obtient le mérite de l’Aśvamedha (sacrifice du cheval).
Verse 11
कोशलायां समासाद्य कालतीर्थमुपस्पृशेत् । वृषभैकादशगुणं लभते नात्र संशयः
Parvenu en Kośalā, qu’on se baigne au Kāla-tīrtha : on y obtient un mérite onze fois accru, équivalent au don d’un taureau ; il n’y a là aucun doute.
Verse 12
पुष्पवत्यामुपस्पृश्य त्रिरात्रोपोषितो नरः । गोसहस्रफलं विंद्यात्कुलं चैव समुद्धरेत्
L’homme qui se baigne à Puṣpavatī et jeûne trois nuits obtient un mérite égal au don de mille vaches, et il relève aussi sa lignée.
Verse 13
ततो बदारिकातीर्थे स्नात्वा प्रयतमानसः । दीर्घायुष्यमवाप्नोति स्वर्गलोकं च गच्छति
Ensuite, s’étant baigné au tīrtha sacré de Badarikā, l’esprit maîtrisé et concentré, on obtient une longue vie et l’on gagne aussi le monde céleste.
Verse 14
ततो महेंद्रमासाद्य जामदग्न्यनिषेवितम् । रामतीर्थे नरः स्नात्वा वाजिमेधफलं लभेत्
Puis, parvenu à Mahendra, lieu fréquenté par Jāmadagnya (Paraśurāma), celui qui se baigne au Rāma-tīrtha obtient un mérite équivalent à celui de l’Aśvamedha.
Verse 15
मतंगस्य तु केदारं तत्रैव भरतर्षभ । तत्र स्नात्वा नरो राजन्गोसहस्रफलं लभेत्
Et là même se trouve le Kedāra de Mataṅga, ô le meilleur des Bhārata. Ô Roi, l’homme qui s’y baigne obtient un mérite égal au don de mille vaches.
Verse 16
श्रीपर्वतं समासाद्य नदीतीरमुपस्पृशेत् । अश्वमेधमवाप्नोति परां सिद्धिं च गच्छति
Parvenu à Śrīparvata et ayant accompli l’ablution purificatrice sur la rive du fleuve, on obtient le mérite de l’Aśvamedha et l’on s’achemine vers la suprême réalisation spirituelle.
Verse 17
श्रीपर्वते महादेवो देव्या सह महाद्युतिः । न्यवसत्परमप्रीतो ब्रह्मा च त्रिदशैर्वृतः
Sur Śrīparvata demeurait le Mahādeva d’un éclat immense, avec la Devī; et là aussi Brahmā séjourna, comblé de joie, entouré des dieux.
Verse 18
तत्र देवह्रदे स्नात्वा शुचिः प्रयतमानसः । अश्वमेधमवाप्नोति परां सिद्धिं च गच्छति
Là, après s’être baigné dans le Deva-hrada (lac divin), l’homme—pur et l’esprit maîtrisé—obtient le mérite de l’Aśvamedha et parvient à la perfection suprême.
Verse 19
ऋषभं पर्वतं गत्वा भांडेषु सुरपूजितम् । वाजपेयमवाप्नोति नाकपृष्ठे च मोदते
Étant allé au mont Ṛṣabha—où, parmi les Bhāṇḍas, le lieu sacré est honoré par les dieux—on obtient le mérite du Vājapeya et l’on se réjouit sur les hauteurs du ciel.
Verse 20
ततो गच्छेत कावेरीं वृतामृप्सरसां गणैः । तत्र स्नात्वा नरो राजन्गोसहस्रफलं लभेत्
Ensuite, qu’il aille à la Kāverī, entourée des troupes d’apsaras. Ô Roi, l’homme qui s’y baigne reçoit un mérite égal au don de mille vaches.
Verse 21
तत्र तीर्थे समुद्रस्य कन्यातीर्थमुपस्पृशेत् । तत्रोपस्पृश्य राजेंद्र सर्वपापैः प्रमुच्यते
Là, au gué sacré de l’océan, qu’il se baigne au Kanyā-tīrtha. En s’y baignant, ô roi des rois, il est délivré de tous les péchés.
Verse 22
अथ गोकमर्णमासाद्य त्रिषुलोकेषु विश्रुतम् । समुद्रमध्ये राजेंद्र सर्वलोकनमस्कृतम्
Puis, étant parvenu à Gokamarṇa—renommé dans les trois mondes—ô le meilleur des rois : un lieu sacré au milieu de l’océan, révéré par tous les êtres.
Verse 23
यत्र ब्रह्मादयो देवा मुनयश्च तपोधनाः । भूतयक्षाः पिशाचाश्च किन्नराः समहोरगाः
Là—où se tiennent Brahmā et les autres dieux, ainsi que les sages riches d’austérités; s’y trouvent aussi les bhūta et les yakṣa, les piśāca, les kinnara, avec les grands serpents.
Verse 24
सिद्धचारणगंधर्वा मानुषाः पन्नगास्तथा । सरितः सागराः शैला उपासंते उमापतिम्
Les Siddha, les Cāraṇa, les Gandharva, les humains et aussi les Nāga—ainsi que les rivières, les océans et les montagnes—vénèrent Umāpati (Śiva), le Seigneur d’Umā.
Verse 25
तत्रेशानं समभ्यर्च्य त्रिरात्रोपोषितो नरः । दशाश्वमेधमाप्नोति गाणपत्यं च विंदति
Là, l’homme qui vénère Īśāna et observe un jeûne de trois nuits obtient le mérite de dix sacrifices Aśvamedha et gagne aussi la condition d’appartenir à la suite de Gaṇapati.
Verse 26
उपोष्य द्वादशरात्रं कृतार्थो जायते नरः । तस्मिन्नेव तु गायत्र्याः स्थानं त्रैलोक्यविश्रुतम्
En jeûnant douze nuits, l’homme devient accompli dans son dessein. En ce lieu même se trouve le siège de Gāyatrī, renommé dans les trois mondes.
Verse 27
त्रिरात्रमुषितस्तत्र गोसहस्रफलं लभेत् । निदर्शनं च प्रत्यक्षं ब्राह्मणानां नराधिप
Ô roi, celui qui demeure là trois nuits obtient un fruit égal au don de mille vaches; et les brāhmaṇa deviennent une preuve directe et visible de ce mérite.
Verse 28
गायत्रीं पठते यस्तु योनिसंकरजो द्विजः । गाथा वा गीतिका वाणी तस्य संपद्यते नृप
Ô roi, si un deux-fois-né de lignée mêlée récite la Gāyatrī, sa parole s’accomplit en vers narratif ou en chant poétique.
Verse 29
अब्राह्मणस्य पठतः सावित्री तूपनश्यति । संवर्तस्य तु विप्रर्षे वापीमासाद्य दुर्ल्लभाम्
Si un non-brahmane récite la Sāvitrī (Gāyatrī), cette Sāvitrī devient sans effet, comme détruite. Mais, ô le meilleur des brahmanes, lorsque Saṃvarta atteignit un puits rare…
Verse 30
रूपस्य भागी भवति सुभगश्चाभिजायते । ततो वेणां समासाद्य तर्पयेत्पितृदेवताः
Il devient héritier de la beauté et naît sous une heureuse fortune. Puis, s’approchant de la rivière Veṇā, qu’il offre des libations aux Pitṛs et aux divinités.
Verse 31
मयूरहंससंयुक्तं विमानं लभते नरः । ततो गोदावरीं प्राप्य नित्यसिद्धनिषेविताम्
Un homme obtient un vimāna céleste attelé de paons et de cygnes; puis, parvenu à la Godāvarī, sans cesse fréquentée par les êtres éternellement accomplis…
Verse 32
गवामयमवाप्नोति वायुलोकं च गच्छति । वेणायाः संगमे स्नात्वा वाजपेयफलं लभेत्
Il obtient le mérite lié aux vaches et va aussi au monde de Vāyu. En se baignant au confluent de la Veṇā, il reçoit le fruit du sacrifice Vājapeya.
Verse 33
वरदासंगमं स्नात्वा गोसहस्रफलं लभेत् । ब्रह्मस्थूणां समासाद्य त्रिरात्रोपोषितो नरः
En se baignant au saint confluent nommé Varadā-saṅgama, on obtient un mérite égal au don de mille vaches. Et l’homme qui, s’étant approché de la Brahma-sthūṇā, observe un jeûne de trois nuits, acquiert un grand mérite sacré.
Verse 34
गोसहस्रफलं विंद्यात्स्वर्गलोकं च गच्छति । कुब्जावनं समासाद्य ब्रह्मचारी समाहितः
Il obtient un mérite égal au don de mille vaches et se rend au monde céleste. Parvenu à Kubjāvana, le brahmacārin discipliné, l’esprit recueilli, agit comme il convient.
Verse 35
त्रिरात्रोपोषितः स्नात्वा गोसहस्रफलं लभेत् । ततो देवह्रदे स्नात्वा कृष्णवेणा जलोद्भवे
Après avoir jeûné trois nuits puis s’être baigné, on obtient un mérite égal au don de mille vaches. Ensuite, en se baignant dans le Deva-hrada—né des eaux de la Kṛṣṇa-veṇā—on accroît encore le mérite sacré.
Verse 36
ज्योतिर्मात्र ह्रदे चैव तथा कन्याश्रमे नृप । यत्र क्रतुशतैरिष्ट्वा देवराजो दिवं गतः
Ô roi, à Jyotirmātra-hrada et de même à Kanyāśrama se trouve le lieu où le roi des dieux, après avoir accompli cent sacrifices, monta au ciel.
Verse 37
अग्निष्टोमशतं विंद्याद्गमनादेव तत्र तु । सर्वदेवह्रदे स्नात्वा गोसहस्रफलं लभेत्
Rien qu’en s’y rendant, on obtient le mérite de cent sacrifices Agniṣṭoma; et en se baignant dans le lac Sarvadeva, on atteint le fruit du don de mille vaches.
Verse 38
जातिमात्र ह्रदे स्नात्वा भवेज्जातिस्मरो नरः । शरभंगाश्रमं गत्वा शुकस्य च महात्मनः
Après s’être baigné dans le lac de Jātimātra, l’homme devient celui qui se souvient de ses naissances antérieures. Puis, s’étant rendu à l’āśrama de Śarabhaṅga et aussi à celui du grand-âme Śuka, il acquiert un mérite plus élevé.
Verse 39
पितृदेवार्चनरतो गोसहस्रफलं लभेत् । दंडकारण्यमासाद्य महाराज उपस्पृशेत्
Celui qui se consacre au culte des Pitṛ (ancêtres) et des dieux obtient un fruit égal au don de mille vaches. Ô grand roi, parvenu à Daṇḍakāraṇya, qu’il accomplisse la purification rituelle en touchant l’eau.
Verse 40
शरभंगाश्रमं गत्वा शुकस्य च महात्मनः । न दुर्गतिमवाप्नोति पुनाति स्वकुलं नरः
S’étant rendu à l’āśrama de Śarabhaṅga et aussi à celui du grand-âme Śuka, l’homme ne tombe pas dans une destinée mauvaise ; il purifie sa propre lignée.
Verse 41
ततः सूर्यारकं गच्छेज्जमदग्निनिषेवितम् । रामतीर्थं नरः स्नात्वा विंद्याद्बहुसुवर्णकम्
Ensuite, qu’il se rende à Sūryāraka, lieu sacré fréquenté par Jamadagni. Après s’être baigné à Rāma-tīrtha, l’homme obtient de l’or en abondance, grande récompense.
Verse 42
सप्तगोदावरीं स्नात्वा नियतो नियताशनः । महापुण्यमवाप्नोति देवलोकं च गच्छति
S’étant baigné à la Saptagodāvarī, avec discipline et mesure dans la nourriture, il obtient un grand mérite et va aussi au monde des dieux.
Verse 43
ततो देवपथं गच्छेन्नियतो नियताशनः । देवसत्रस्य यत्पुण्यं तदवाप्नोति मानवः
Alors, maître de lui-même et modéré dans la nourriture, qu’il s’avance sur la voie des devas ; ainsi l’homme obtient le mérite même qui appartient au Deva-satra, la sainte session sacrificielle des dieux.
Verse 44
तुंगकारण्यमासाद्य ब्रह्मचारी जितेंद्रियः । वेदानध्यापयत्तत्र मुनीन्सारस्वतः पुरा
Parvenu à la forêt de Tuṅga, le sage brahmacārī — maître de ses sens et pleinement contenu — enseigna jadis en ce lieu les Védas aux munis, lui qu’on nommait Sārasvata.
Verse 45
तत्र वेदान्प्रणष्टांस्तु मुनेरांगिरसः सुतः । उपविष्टो महर्षीणामुत्तरीयेषु भारत
Là, ô Bhārata, le fils du sage Āṅgirasa s’assit au milieu des grands ṛṣis, tandis que les Védas perdus étaient l’objet de leur attention.
Verse 46
ओंकारेण यथान्यायंसम्यगुच्चारितेन ह । येन यत्पूर्वमभ्यस्तं तस्य तत्समुपस्थितम्
En vérité, lorsque la syllabe Oṃ est prononcée avec justesse selon la règle, tout ce qu’un homme avait auparavant exercé—son fruit même—se tient alors présent devant lui.
Verse 47
ऋषयस्तत्र देवाश्च वरुणोऽग्निप्रजापतिः । हरिर्नारायणो देवो महादेवस्तथैव च
Là se tenaient les ṛṣis et les devas : Varuṇa, Agni et Prajāpati ; et aussi Hari, le dieu Nārāyaṇa, ainsi que Mahādeva.
Verse 48
पितामहश्च भगवान्देवैस्सह महाद्युतिः । भृगुं नियोजयामास याजनार्थे महाद्युतिम्
Alors le Bienheureux Aïeul (Brahmā), rayonnant d’une grande splendeur, avec les dieux, désigna le très lumineux Bhṛgu pour conduire le sacrifice (yajña).
Verse 49
ततः स चक्रे भगवानृषीणां विधिवत्तदा । सर्वेषां पुनराधानं देवदृष्टेन कर्मणा
Puis le Seigneur Bienheureux, selon les rites prescrits, accomplit pour les ṛṣi le rétablissement pour tous, par une procédure révélée par les dieux.
Verse 50
आज्यभागेन वै तत्र तर्पितास्तु यथाविधि । देवास्त्रिभुवनं याता ऋषयश्च यथासुखम्
Là, selon le rite, ils furent pleinement satisfaits par leur part assignée de beurre clarifié (ghee). Ensuite les dieux partirent vers les trois mondes, et les ṛṣi s’en allèrent eux aussi en toute quiétude.
Verse 51
तदरण्यं प्रविष्टस्य तुंगकं राजसत्तम । पापं विनश्यते सद्यः स्त्रिया वै पुरुषस्य वा
Ô le meilleur des rois, dès qu’on entre dans cette forêt—Tuṅgaka—le péché est aussitôt détruit, qu’il s’agisse d’une femme ou d’un homme.
Verse 52
तत्र मासं वसेद्धीरो नियतो नियताशनः । ब्रह्मलोकं व्रजेद्राजन्पुनीते च कुलं पुनः
Ô Roi, l’homme ferme doit y demeurer un mois, dans la discipline et avec une nourriture réglée ; alors il gagne le Brahmaloka et purifie de nouveau sa lignée.
Verse 53
मेधावनं समासाद्य पितृदेवांश्च तर्पयेत् । अग्निष्टोममवाप्नोति स्मृतिं मेधां च विंदति
Parvenu à Medhāvana, qu’on offre les libations (tarpaṇa) aux Pitṛs et aux dieux ; ainsi l’on obtient le mérite de l’Agniṣṭoma et l’on acquiert mémoire et intelligence.
Verse 54
तत्र कालंजरं गत्वा गोसहस्रफलं लभेत् । आत्मानं साधयेत्तत्र गिरौ कालंजरे नृप
En allant là-bas à Kālañjara, on reçoit un mérite égal au don de mille vaches. Là, sur le mont Kālañjara, ô roi, qu’on pratique l’ascèse pour parfaire son être.
Verse 55
स्वर्गलोके महीयेत नरो नास्त्यत्र संशयः । ततो गिरिवरश्रेष्ठे चित्रकूटे विशांपते
Un homme est honoré dans le monde céleste — il n’y a là aucun doute. Ensuite, ô seigneur des peuples, (il se rend) au plus excellent des monts, Citrakūṭa.
Verse 56
मंदाकिनीं समासाद्य नदीं पापविमोचनीम् । अत्राभिषेकं कुर्वाणः पितृदेवार्चने रतः
Ayant atteint la rivière Mandākinī, qui délivre des péchés, qu’on y accomplisse l’ablution rituelle, voué au culte des Pitṛs et des dieux.
Verse 57
अश्वमेधमवाप्नोति गतिं च परमां व्रजेत् । ततो गच्छेत राजेंद्र गुहस्थानमनुत्तमम्
Il obtient le mérite de l’Aśvamedha et s’avance vers l’état suprême. Puis, ô meilleur des rois, il se rend au séjour incomparable des Guhyas.
Verse 58
यत्र देवो महासेनो नित्यं सन्निहितो नृप । पुमांस्तत्र नरःश्रेष्ठ गमनादेव सिध्यति
Ô roi, là où le dieu Mahāsena demeure à jamais présent, là, par le seul fait d’y aller, l’homme d’élite obtient l’accomplissement spirituel.
Verse 59
कोटितीर्थे नरः स्नात्वा गोसहस्रफलं लभेत् । प्रदक्षिणमुपावृत्य यशःस्थानं व्रजेन्नरः
Après s’être baigné à Koṭitīrtha, on obtient un mérite égal au don de mille vaches. Ayant accompli la pradakṣiṇā et étant revenu, on parvient à une demeure renommée et honorée.
Verse 60
अभिगम्य महादेवं विराजति यथा शशी । तत्र कूपो महाराज विश्रुतो भरतर्षभ
S’étant approché de Mahādeva, il resplendit tel la lune. Là, ô grand roi, ô le meilleur des Bhārata, se trouve un puits renommé au loin.
Verse 61
समुद्रा यत्र चत्वारो निवसंति युधिष्ठिर । ततोपस्पृश्य राजेंद्र कृत्वा चापि प्रदक्षिणम्
Ô Yudhiṣṭhira, là où résident les quatre océans, là, ô le meilleur des rois, après avoir accompli le contact purificateur avec l’eau et aussi la pradakṣiṇā…
Verse 62
नियतात्मा नरः पूतो गच्छेत परमां गतिम् । ततो गच्छेत्कुरुश्रेष्ठ शृंगवेरपुरं महत्
L’homme maître de lui-même, purifié par la discipline, atteint l’état suprême. Ensuite, ô le meilleur des Kuru, qu’il se rende à la grande cité de Śṛṅgaverapura.
Verse 63
यत्र तीर्णो महाप्राज्ञो रामो दाशरथिः पुरा । गंगायां तु नरः स्नात्वा ब्रह्मचारी जितेंद्रियः
En ce lieu où jadis traversa le très sage Rāma, fils de Daśaratha, l’homme qui se baigne dans la Gaṅgā, vivant en brahmacārī et maîtrisant ses sens, acquiert un mérite sacré.
Verse 64
विधूतपाप्मा भवति वाजपेयं च विंदति । ततो मुंजवटं गछेत्स्थानं देवस्य धीमतः
Il est purifié du péché et obtient le mérite du sacrifice Vājapeya. Ensuite, qu’il se rende à Muñjavaṭa, demeure du Seigneur plein de sagesse.
Verse 65
अभिगम्य महादेवमभ्यर्च्य च नराधिप । प्रदक्षिणमुपावृत्य गाणपत्यमवाप्नुयात्
Ô roi, après s’être approché de Mahādeva et l’avoir honoré selon le rite, qu’il accomplisse la pradakṣiṇā en circumambulation puis revienne ; ainsi obtient-il l’état gaṇapatya, dévotion à Gaṇapati.
Verse 66
ततो गच्छेत राजेंद्र प्रयागमृषिसंस्तुतम् । यत्र ब्रह्मादयो देवा दिशश्च सदिगीश्वराः
Ensuite, ô roi des rois, qu’il aille à Prayāga, célébré par les ṛṣi, où se tiennent Brahmā et les autres devas, ainsi que les Directions et leurs seigneurs présidents.
Verse 67
लोकपालाश्च सिद्धाश्च निरताः पितरस्तथा । सनत्कुमारप्रमुखास्तथैव च महर्षयः
S’y trouvent aussi les Lokapāla, les Siddha et les Pitṛ toujours assidus ; de même les grands ṛṣi, conduits par Sanatkumāra.
Verse 68
तथा नागाः सुपर्णाश्च सिद्धाः शुक्रधरास्तथा । सरितः सागराश्चैव गंधर्वाप्सरसस्तथा
De même s’y trouvent les nāgas et les suparṇas, les siddhas, ainsi que les śukradharas ; de même encore, des rivières et des océans, et aussi des gandharvas et des apsarās.
Verse 69
हरिश्च भगवानास्ते प्रजापतिपुरस्कृतः । तत्र त्रीण्यपि कुंडानि तयोर्मध्येन जाह्नवी
Là demeure le vénérable Hari, honoré en présence de Prajāpati. En ce lieu se trouvent trois bassins sacrés, et entre eux s’écoule la Jāhnavī, la rivière Gaṅgā.
Verse 70
प्रयागात्समतिक्रांता सर्वतीर्थपुरस्कृता । तपनस्य सुता तत्र त्रिषु लोकेषु विश्रुता
Ayant dépassé Prayāga — honoré comme le premier de tous les tīrthas — se trouve là la fille de Tapana, renommée dans les trois mondes.
Verse 71
यमुनागंगया सार्द्धं संगता लोकभाविनी । गंगायमुनयोर्मध्ये पृथिव्या जघनं स्मृतम्
Là, la Yamunā se joint à la Gaṅgā, bienfaitrice des mondes. La contrée entre la Gaṅgā et la Yamunā est tenue pour les « hanches » de la Terre.
Verse 72
प्रयागं जघनस्यांतमुपस्थमृषयो विदुः । प्रयागं सुप्रतिष्ठानं कंबलाश्वतरावुभौ
Les ṛṣis savent que Prayāga est la « fin des hanches » et la « région des reins ». Ils connaissent aussi Prayāga sous le nom de Supratiṣṭhāna, et comme les deux lieux sacrés jumeaux, Kaṃbala et Aśvatara.
Verse 73
तीर्थं भोगवती चैव वेदी प्रोक्ता प्रजापतेः । तत्र वेदाश्च यज्ञाश्च मूर्त्तिमंतो युधिष्ठिर
Ce gué sacré est nommé Bhogavatī, et il est proclamé être l’autel de Prajāpati. Là, ô Yudhiṣṭhira, les Veda et les sacrifices s’y tiennent comme des réalités incarnées.
Verse 74
प्रजापतिमुपासंत ऋषयश्च महानघाः । यजंते क्रतुभिर्देवांस्तथा चक्रधरा नृप
Les grands ṛṣi, sans tache, vénérèrent Prajāpati ; et de même, ô roi, les porteurs du disque rendirent un culte aux dieux par des rites sacrificiels.
Verse 75
ततः पुण्यतमं नास्ति त्रिषु लोकेषु भारत । प्रयागं सर्वतीर्थेभ्यः प्रभावेणाधिकं प्रभो
Ô Bhārata, dans les trois mondes il n’est rien de plus éminemment méritoire que cela ; Prayāga, par sa puissance spirituelle, surpasse tous les autres tīrtha, ô seigneur.
Verse 76
श्रवणात्तस्य तीर्थस्य नामसंकीर्तनादपि । मूर्धका नमनाद्वापि सर्वपापैः प्रमुच्यते
Rien qu’en entendant parler de ce tīrtha sacré, ou même en chantant son nom, ou encore en inclinant la tête avec révérence, on est délivré de tous les péchés.
Verse 77
तत्राभिषेकं यः कुर्यात्संगमे संशितव्रतः । पुण्यं सुमहदाप्नोति राजसूयाश्वमेधयोः
Quiconque, ferme dans son vœu, accomplit là l’abhiṣeka au saṅgama (la confluence) obtient un mérite très grand, égal à celui des sacrifices Rājasūya et Aśvamedha.
Verse 78
एषा यजनभूमिर्हि देवानामपि तत्कथा । दत्तं तत्र स्वल्पमपि महद्भवति भारत
Ceci est véritablement un lieu de sacrifice; même les dieux en font le récit. Ô Bhārata, le plus petit don offert là devient immense par son fruit.
Verse 79
न देववचनात्तात न लोकवचनादपि । मतिरुत्क्रमणीया ते प्रयागमरणं प्रति
Ô bien-aimé, ni les paroles des dieux ni même celles des hommes ne doivent faire reculer ta résolution; ton dessein est de partir vers la mort à Prayāga.
Verse 80
दशतीर्थसहस्राणि षष्टिकोट्यस्तथापराः । येषां सान्निध्यमत्रैव कीर्त्तितं कुरुनंदन
Ô fils de la lignée des Kuru, dix mille tīrtha et, en outre, soixante crores encore—dont la présence même est dite se trouver ici—ont été proclamés.
Verse 81
चतुर्विद्ये च यत्पुण्यं सत्यवादिषु चैव यत् । स्नातएवतदाप्नोतिगंगायामुनसंगमे
Tout mérite issu du quadruple savoir, et tout mérite appartenant aux véridiques aussi—cela même obtient celui qui se baigne au confluent de la Gaṅgā et de la Yamunā.
Verse 82
ततो भोगवती नाम वासुकेस्तीर्थमुत्तमम् । तत्राभिषेकं यः कुर्यात्सोऽश्वमेधमवाप्नुयात्
Ensuite se trouve l’excellent tīrtha nommé Bhogavatī, relevant de Vāsuki. Celui qui y accomplit l’abhiṣeka obtient le mérite d’un Aśvamedha.
Verse 83
तत्र हंसप्रपतनं तीर्थं त्रैलोक्यविश्रुतम् । दशाश्वमेधिकं चैव गंगायां कुरुनंदन
Là se trouve le gué sacré nommé Haṃsaprapatana, renommé dans les trois mondes ; et là encore se tient Daśāśvamedhika sur la Gaṅgā, ô descendant des Kuru.
Verse 84
कुरुक्षेत्रसमा गंगा यत्र तत्रावगाहिता । विशेषो वै कनखले प्रयागं परमं महत्
Partout où l’on se baigne dans la Gaṅgā, ce lieu devient l’égal de Kurukṣetra. Pourtant, Kanakhala possède une grâce particulière ; et Prayāga est souverainement grand.
Verse 85
यद्यकार्यशतं कृत्वा कृतं गंगावसेवनम् । सर्वं तत्तस्य गंगापो दहत्यग्निरिवेंधनम्
Quand bien même on aurait commis des centaines de fautes, dès qu’on se met au service de la Gaṅgā et qu’on s’y réfugie, les eaux de la Gaṅgā brûlent tout cela, comme le feu dévore le bois.
Verse 86
सर्वं दहति गंगापस्तूलराशिमिवानलः । सर्वं कृतयुगे पुण्यं त्रेतायां पुष्करं स्मृतम्
Les eaux de la Gaṅgā brûlent tout, comme le feu consume un tas de coton. Dans le Kṛta Yuga, tout était tenu pour méritoire ; dans le Tretā Yuga, Puṣkara est rappelé comme le lieu saint par excellence.
Verse 87
द्वापरे तु कुरुक्षेत्रं गंगा कलियुगे स्मृता । पुष्करे तु तपस्तप्येद्दानं दद्यान्महालये
Dans l’âge Dvāpara, Kurukṣetra est déclaré le lieu saint suprême ; dans l’âge Kali, c’est la Gaṅgā qu’on se rappelle ainsi. À Puṣkara, qu’on pratique l’ascèse ; et à Mahālaya, qu’on fasse l’aumône.
Verse 88
मलये त्वग्निमारोहेद्भृगुतुंगे त्वनाशनम् । पुष्करे तु कुरुक्षेत्रे गंगापो मध्यगेषु च
Dans les monts Malaya, qu’on s’élève dans le feu sacré ; sur le sommet de Bhṛgu, qu’on observe le jeûne. De même à Puṣkara, à Kurukṣetra, et dans les eaux du courant médian de la sainte Gaṅgā.
Verse 89
सद्यस्तारयते जंतुः सप्तसप्तावरांस्तथा । पुनाति कीर्त्तिता पापं दृष्ट्वा पुण्यं प्रयच्छति
Aussitôt elle délivre l’être vivant, et de même elle délivre sept fois sept générations des ancêtres. Rien qu’en étant louée, elle purifie le péché ; en étant vue, elle accorde le mérite (puṇya).
Verse 90
अवगाढा च पीत्वा च पुनात्यासप्तमं कुलम् । यावदस्थि मनुष्यस्य गंगायाः स्पृशते जलम्
En s’immergeant dans la Gaṅgā et en buvant son eau, l’homme purifie sa lignée jusqu’à la septième génération, tant que l’eau de la Gaṅgā touche ne fût-ce que les os d’un être humain.
Verse 91
तावत्स पुरुषो राजन्स्वर्गलोके महीयते । यथा पुण्यानि तीर्थानि पुण्यान्यायतनानि च
Ô Roi, cet homme est honoré dans le monde céleste aussi longtemps que demeurent, célèbres et durables, les tīrthas sacrés et les saints sanctuaires (āyatanas).
Verse 92
उपास्य पुण्यं लब्ध्वा च भवति परलोकभाक् । न गंगा सदृशं तीर्थं न देवः केशवात्परः
En rendant un culte et en obtenant ainsi le mérite, on devient héritier de l’au-delà. Il n’est point de tīrtha semblable à la Gaṅgā, ni de Dieu plus élevé que Keśava (Viṣṇu).
Verse 93
ब्राह्मणेभ्यः परं नास्ति एवमाह पितामहः । यत्र गंगा महाराज स देशस्तत्र योजनम्
Rien ne surpasse les Brāhmaṇas—ainsi l’a proclamé le Pitāmaha (Brahmā). Ô grand roi, partout où se trouve la sainte Gaṅgā, cette terre est tenue pour s’étendre sur un yojana, en tant que domaine sacré.
Verse 94
सिद्धक्षेत्रं च विज्ञेयं गंगातीरसमाश्रितम् । इदं सत्यं द्विजातीनां साधूनां मानसेषु च
Sache qu’il s’agit d’un Siddha-kṣetra, établi sur la rive de la Gaṅgā. C’est une vérité qui demeure dans le cœur des deux-fois-nés et des hommes vertueux.
Verse 95
मुक्तिं चैव जपेत्कर्णे शिष्टस्यानुगतस्य च । इदं धर्म्यमिदं मेध्यमिदं स्वर्ग्यमिदं सुखम्
Et l’on doit aussi murmurer à l’oreille le mantra de la délivrance (mukti) à celui qui est juste et suit la bonne conduite. Ceci est conforme au dharma; ceci purifie; ceci mène au ciel; ceci apporte la joie.
Verse 96
इदं पुण्यतमं रम्यं पावनं धर्ममुत्तमम् । महीशीर्षमिदं गुह्यं सर्वपापप्रमोचनम्
Ceci est le plus méritoire et le plus charmant—purifiant et le dharma suprême. Ce Mahīśīrṣa, sacré et secret, délivre de tous les péchés.
Verse 97
अधीत्य द्विजमध्ये च निर्मलत्वमवाप्नुयात् । श्रीमत्स्वर्ग्यं महापुण्यं सपत्नशमनं शिवम्
L’ayant étudié au milieu des deux-fois-nés, on obtient la pureté. Il confère prospérité, ciel, grand mérite, l’apaisement des adversaires et un bien-être de bon augure.
Verse 98
मेधाजननमग्र्यं वै तीर्थवंशानुकीर्त्तनम् । अपुत्रो लभते पुत्रमधनो धनमाप्नुयात्
La récitation des lignées des tīrthas sacrés est, en vérité, suprême pour faire naître l’intelligence. Celui qui est sans fils obtient un fils ; celui qui est pauvre acquiert la richesse.
Verse 99
महीं विजयते राजा वैश्यो धनमवाप्नुयात् । शूद्रो यातीप्सितान्कामान्ब्राह्मणः पारगः पठन्
En le récitant, le roi conquiert la terre ; le Vaiśya obtient la richesse ; le Śūdra atteint les plaisirs désirés ; et le Brāhmaṇa, par la récitation, devient celui qui a franchi l’autre rive.
Verse 100
यश्चेदं शृणुयान्नित्यं तीर्थपुण्यं सदा शुचि । जातिस्मरत्वमाप्नोति नाकपृष्ठे च मोदते
Quiconque, toujours pur, écoute chaque jour ce récit sacré du mérite des tīrthas, obtient le pouvoir de se souvenir des naissances passées et se réjouit sur les hauteurs du ciel.
Verse 101
गम्यान्यपि च तीर्थानि कीर्तितान्यगमान्यपि । मनसाप्यभिगच्छेत सर्वतीर्थमनीषया
Qu’ils soient accessibles ou décrits comme inaccessibles, les tīrthas doivent être visités même par l’esprit, sachant que, dans cette contemplation, tous les tīrthas sont englobés.
Verse 102
एतानि वसुभिः साध्यैरादित्यैर्मरुदश्विभिः । ऋषिभिर्देवकल्पैश्च कृतानि सुकृतैषिभिः
Ces (rites et mérites) ont été accomplis par les Vasus, les Sādhyas, les Ādityas, les Maruts et les Aśvins, ainsi que par des Ṛṣis pareils aux dieux, en quête de bonnes œuvres.
Verse 103
एवं त्वमपि कौरव्य विधिनानेन सुव्रत । व्रज तीर्थानि नियतः पुण्यं पुण्येन वर्द्धते
Ainsi toi aussi, ô Kaurava, ô fidèle à tes vœux : suivant cette règle prescrite, rends-toi avec maîtrise aux tīrtha, les gués sacrés ; le mérite s’accroît par le mérite.
Verse 104
भावितैः करणैः पूर्वमास्तिक्याछ्रुतिदर्शनात् । प्राप्यंते तानि तीर्थानि सद्भिः शिष्टानुदर्शिभिः
Ces tīrtha, ces gués sacrés, sont atteints par les vertueux—qui suivent l’enseignement des bien disciplinés—grâce à l’affinement préalable de leurs facultés et à une foi fondée sur le témoignage des Veda.
Verse 105
नाकृतो नाकृतात्मा च नाशुचिर्न च तस्करः । स्नाति तीर्थेषु कौरव्य न च वक्रमतिर्नरः
Ô Kauravya, l’homme qui n’a pas une conduite mauvaise, dont l’âme n’est pas perverse, qui n’est ni impur ni voleur, qui se baigne aux tīrtha, et dont l’esprit n’est pas tortueux—celui-là obtient vraiment le fruit du bain sacré.
Verse 106
त्वया तु सम्यग्वृत्तेन नित्यं धर्मार्थदर्शिना । पितरस्तर्पितास्तात सर्वे च प्रपितामहाः । पितामहपुरोगाश्च देवाः सर्षिगणास्तथा
Mais par ta conduite constamment juste—discernant toujours le dharma et le vrai bien—les Ancêtres, cher enfant, ont été comblés : tous les aïeux également ; et les dieux aussi, avec Brahmā à leur tête, ainsi que les assemblées de ṛṣi.
Verse 107
वसिष्ठ उवाच । त्वं च धर्मेण धर्मज्ञ नित्यमेवाभितोषिताः । दिलीपकीर्तिं महतीं प्राप्स्यसे भुवि शाश्वतीम्
Vasiṣṭha dit : «Toi aussi, ô connaisseur du dharma—toujours comblé par la droiture—tu obtiendras sur terre la grande et durable renommée de Dilīpa».
Verse 108
नारद उवाच । एवमुक्त्वाभ्यनुज्ञाप्य वसिष्ठो भगवानृषिः । प्रीतः प्रीतेनमनसा तत्रैवांतरधीयत
Nārada dit : Ayant ainsi parlé et, après avoir pris congé—dûment autorisé—le vénérable ṛṣi Vasiṣṭha, satisfait et le cœur empli d’allégresse, disparut en ce même lieu.
Verse 109
दिलीपः कुरुशार्दूल शास्त्रतत्त्वार्थदर्शनात् । वसिष्ठवचनाच्चैव पृथिवीमनुचक्रमे
Ô tigre parmi les Kurus, Dilīpa—ayant discerné le vrai sens et les principes des śāstras, et suivant aussi la parole de Vasiṣṭha—se mit à parcourir la terre.
Verse 110
एवमेषा महाभाग प्रतिष्ठाने प्रतिष्ठिता । तीर्थयात्रा महापुण्या सर्वपापप्रमोचनी
Ainsi, ô très fortuné, ce pèlerinage sacré est établi à Pratiṣṭhāna ; il est d’un mérite éminent et délivre de tous les péchés.
Verse 111
अनेन विधिना यस्तु पृथिवीं पर्यटिष्यति । अश्वमेधशतं साग्रं फलं प्रेत्यैष भोक्ष्यते
Quiconque, selon cette règle prescrite, pèlerinera à travers la terre—après la mort, il jouira du fruit, en pleine mesure, égal au mérite de cent sacrifices Aśvamedha.
Verse 112
ततश्चाष्टगुणं पार्थ प्राप्स्यसे धर्ममुत्तमम् । दिलीपः पार्थ नृपतिर्यथापूर्वमवाप्तवान्
Alors, ô Pārtha, tu atteindras le dharma suprême, accru au huituple—comme le roi Dilīpa, ô Pārtha, l’obtint jadis.
Verse 113
नेता च त्वमृषीन्यस्मात्तस्मात्तेष्टगुणं फलम् । रक्षोगणविकीर्णानि तीर्थान्येतानि भारत
Puisque tu es le chef des ṛṣi, le fruit que tu recevras sera à la mesure de cette excellence. Ô Bhārata, ces tīrtha sacrés ont été dispersés par des troupes de rākṣasa.
Verse 114
न गतिर्विद्यतेऽन्यस्य त्वामृते कुरुनंदन । इदं देवर्षिचरितं सर्वतीर्थानुसंश्रितम्
Ô joie des Kuru, en dehors de toi il n’est point d’autre refuge. Ce récit des sages divins est lié à tous les tīrtha et s’y trouve enraciné.
Verse 115
यः पठेत्कल्यमुत्थाय सर्वपापैः प्रमुच्यते । ऋषिमुख्याः सदा यत्र वाल्मीकिस्त्वथ कश्यपः
Celui qui le récite en se levant à l’aurore est délivré de tous les péchés; car en ce lieu demeurent à jamais les ṛṣi éminents : Vālmīki et aussi Kaśyapa.
Verse 116
आत्रेयस्त्वथ कौंडिन्यो विश्वामित्रोऽथ गौतमः । असितो देवलश्चैव मार्कंडेयोऽथ गालवः
S’y trouvaient aussi Ātreya, Kauṇḍinya, Viśvāmitra et Gautama; ainsi qu’Asita, Devala, Mārkaṇḍeya et Gālava.
Verse 117
भरद्वाजस्य शिष्यश्च मुनिरुद्दालकस्तथा । शौनकः सह पुत्रेण व्यासश्च तपतां वरः
Et Uddālaka, le muni, disciple de Bharadvāja; et Śaunaka avec son fils; et Vyāsa, le plus éminent des ascètes, (étaient présents).
Verse 118
दुर्वासाश्च मुनिश्रेष्ठो जाबालिश्च महातपाः । एते ऋषिवराः सर्वे त्वत्प्रतीक्ष्यास्तपोधनाः
Durvāsā, le plus éminent des sages, et Jābāli, le grand ascète — oui, tous ces meilleurs des ṛṣi, riches du trésor des austérités, t’attendent.
Verse 119
एभिः सह महाभाग तीर्थान्येतान्यनुव्रज । प्राप्स्यसे महतीं कीर्तिं यथा राजा महाभिषः
Ô bienheureux, accompagne-les et suis ces tīrtha sacrés. Tu obtiendras une grande renommée, comme le roi Mahābhiṣa.
Verse 120
यथा ययातिर्धर्मात्मा यथा राजा पुरूरवाः । तथा त्वं कुरुशार्दूल स्वेन धर्मेण शोभसे
De même que Yayāti fut juste, et que le roi Purūravas fut illustre, ainsi toi aussi — ô tigre parmi les Kuru — tu resplendis par ton propre dharma.
Verse 121
यथा भगीरथो राजा यथा रामश्च विश्रुतः । यथा वै वृत्रहा सर्वान्सपत्नानदहत् पुरा
Comme le roi Bhagiratha est renommé, et comme Rāma est célébré, ainsi Vṛtrahā (Indra), jadis, brûla tous ses rivaux.
Verse 122
त्रैलोक्यं पालयामास देवराट्विगतज्वरः । तथा शत्रुक्षयं कृत्वा त्वं प्रजाः पालयिष्यसि
Le roi des devas, délivré de toute souffrance, protégea les trois mondes ; de même, après avoir anéanti tes ennemis, tu protégeras tes sujets.
Verse 123
स्वधर्मेणार्जितामुर्वीं प्राप्य राजीवलोचन । ख्यातिं यास्यसि वीर्येण कार्त्तवीर्यार्जुनो यथा
Ô toi aux yeux de lotus, ayant obtenu la terre par ce que tu as légitimement acquis selon ton propre dharma, tu atteindras la renommée par ta vaillance, comme Kārttavīrya Arjuna.
Verse 124
सूत उवाच । एवमाभाष्य राजानं नारदो भगवानृषिः । अनुज्ञाप्य महाराजं तत्रैवांतरधीयत
Sūta dit : Après avoir ainsi parlé au roi, le sage divin Nārada, ayant pris congé du grand roi, disparut sur-le-champ en ce même lieu.
Verse 125
युधिष्ठिरोऽपि धर्मात्मा ऋषिभिः सह सुव्रतः । जगामाखिलतीर्थानि सादरः पृथिवीपतिः
Yudhiṣṭhira aussi, à l’âme droite et ferme dans ses vœux, se rendit avec les sages à tous les tīrthas sacrés ; le seigneur de la terre y alla avec dévotion.
Verse 126
मयोक्तामृषयः सर्वे तीर्थयात्राश्रयां कथाम् । यः पठेच्छृणुयाद्वापि स मुक्तः सर्वपातकैः
Ô sages, quiconque lit ou même entend ce récit, fondé sur le pèlerinage aux tīrthas sacrés et tel que je l’ai exposé, est délivré de toutes les fautes.
Verse 127
मयोक्तमखिलं तत्त्वं किं भूयः श्रोतुमिच्छथ । ऋषीणां पुण्यकीर्तीनां नावक्तव्यं ममास्ति वै
J’ai exposé toute la vérité. Que désirez-vous entendre de plus ? En vérité, au sujet des sages à la renommée sainte, je n’ai rien que je refuse de dire.
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