Adhyaya 1
Purva BhagaFirst QuarterAdhyaya 180 Verses

Maṅgalācaraṇa, Naimiṣāraṇya-Sabhā, Sūta-Āhvāna, and Narada Purāṇa-Māhātmya

Le chapitre s’ouvre par le maṅgalācaraṇa : invocations successives aux gurus, à Gaṇeśa, à Vāsudeva/Nārāyaṇa, à Nara–Narottama et à Sarasvatī, puis louange de l’Être primordial dont les manifestations partielles gouvernent comme Brahmā–Viṣṇu–Maheśa. À Naimiṣāraṇya, Śaunaka et les sages accomplissent austérités et culte de Viṣṇu par le sacrifice, la connaissance et la bhakti, cherchant la voie intégrée menant à dharma, artha, kāma et mokṣa. Ils reconnaissent Sūta Romaharṣaṇa—disciple de Vyāsa et récitant autorisé des Purāṇa—demeurant à Siddhāśrama, s’y rendent, voient le contexte de l’Agniṣṭoma offert à Nārāyaṇa et attendent la conclusion avabhṛtha. Les sages demandent « la connaissance comme hospitalité » et interrogent sur ce qui plaît à Viṣṇu, le culte juste, la conduite varṇa–āśrama, l’honneur dû à l’hôte, le karma fécond et la nature de la bhakti libératrice. Sūta répond qu’il enseignera ce que Sanaka et les plus grands ṛṣi ont chanté à Nārada, puis proclame la grandeur du Narada Purāṇa : conformité au Veda, pouvoir d’effacer le péché, mérites gradués de l’écoute/récitation des chapitres, avec une étiquette stricte du discours et des conditions d’aptitude. Le chapitre culmine en mokṣa-dharma : se souvenir de Nārāyaṇa et écouter d’un esprit unifié fait naître la bhakti et accomplit tous les puruṣārtha.

Shlokas

Verse 1

ॐ श्रीगुरुभ्यो नमः । ॐ श्रीगणेशाय नमः । ॐ नमो भगवते वासुदेवाय । ॐ नारायाणं नमस्कृत्य नरं चैव नरोत्तमम् । देवीं सरस्वतीं चैवततो जयमुदीरयेत् ॥ १ ॥

Om—hommage aux vénérables gurus. Om—hommage à Śrī Gaṇeśa. Om—hommage à Bhagavān Vāsudeva. Après s’être incliné devant Nārāyaṇa, ainsi que devant Nara et le suprême Nara (Narottama), et devant la Déesse Sarasvatī, qu’on proclame ensuite « Victoire ! » pour cette sainte récitation.

Verse 2

ॐ वेदव्यासाय नमः । वृन्दे वृन्दावनासीनमिन्दिरानन्दन्दमन्दिरम् । उपेन्द्रं सांद्रकारुण्यं परानन्दं परात्परम् ॥ १॥ १ ॥

Om—hommage à Vedavyāsa. Ô Vṛndā ! J’adore Upendra, assis à Vṛndāvana, demeure-temple de la félicité d’Indirā (Lakṣmī) ; dont la compassion est dense et débordante ; qui est la Béatitude suprême, au-delà même du plus haut.

Verse 3

ब्रह्मविष्णुमहेशाख्यां यस्यांशा लोकसाधकाः । तमादिदेवं चिद्रूपं विशुद्ध परमं भजे ॥ २ ॥

J’adore ce Divin Primordial—suprêmement pur, de nature de pure conscience—dont les manifestations partielles, nommées Brahmā, Viṣṇu et Maheśa, accomplissent la conduite des mondes.

Verse 4

शौनकाद्या महात्मान ऋषयो ब्रह्मवादिनः । नैमिषाख्ये महारण्ये तपस्तेपुर्मुमुक्षवः ॥ ३ ॥

Les grands sages—Śaunaka et les autres—docteurs du Brahman, accomplirent des austérités dans la grande forêt nommée Naimiṣa, aspirant à la délivrance.

Verse 5

जितेन्द्रिया जिताहाराः सन्तः सत्यपराक्रमाः । यजन्तः परया भक्त्या विष्णुमाद्यं सनातनम् ॥ ४ ॥

Maîtres de leurs sens et sobres dans la nourriture, les vertueux—dont la vaillance est fondée sur la vérité—adoraient, avec la bhakti suprême, Viṣṇu, le Seigneur primordial et éternel.

Verse 6

अनीर्ष्याः सर्वधर्म्मज्ञा लोकानुग्रहतत्पराः । निर्म्ममा निरहंकाराः परस्मिन्नतमानसाः ॥ ५ ॥

Sans envie, connaissant l’essence de tous les dharmas, voués au bien du monde; sans esprit de possession et sans ego, ils gardent l’esprit incliné, offert au Suprême.

Verse 7

न्यस्तकामा विवृजिनाः शमादिगुणसंयुताः । कृष्णाजिनोत्तरीयास्ते जटिला ब्रह्मचारिणः ॥ ६ ॥

Ayant déposé tous les désirs et purifiés du péché, pourvus des vertus dont la paix intérieure est la première; ils portaient en manteau la peau d’antilope noire, les cheveux en nattes, et vivaient en brahmacārins, voués au célibat.

Verse 8

गृणन्तः परमं ब्रह्म जगच्चक्षुः समौजसः । धर्म्मशास्त्रार्थतत्त्वज्ञास्तेपुर्नैमिषकानने ॥ ७ ॥

Louant le Brahman suprême—le Seigneur, œil de l’univers—, ces sages, égaux en vigueur spirituelle et connaissant la vérité essentielle des Dharma-śāstras, accomplirent des austérités dans la forêt de Naimiṣa.

Verse 9

यज्ञैर्यज्ञपतिं केचिज्ज्ञानैर्ज्ञानात्मकं परे । केचिच्च परया भक्त्या नारायणमपूजयन् ॥ ८ ॥

Les uns adorèrent le Seigneur du sacrifice par les sacrifices; d’autres, par la connaissance, adorèrent Celui dont la nature est connaissance. Et d’autres encore, avec la bhakti suprême, adorèrent Nārāyaṇa.

Verse 10

एकदा ते महात्मानः समाजं चक्रुरुतमाः । धर्मार्थकाममोक्षाणामुपायाञ्ज्ञातुमिच्छवः ॥ ९ ॥

Un jour, ces grands sages à l’âme élevée tinrent une assemblée, désireux de connaître les moyens d’atteindre dharma, artha, kāma et mokṣa.

Verse 11

षङ्विंशतिसहस्त्राणि मुनीनामूर्द्ध्वरेतसाम् । तेषां शिष्यप्रशिष्याणां संख्या वक्तुं न शक्यते ॥ १० ॥

Il y a vingt-six mille sages, des muni voués au brahmacarya et élevés spirituellement ; et le nombre de leurs disciples et petits-disciples ne peut être énoncé.

Verse 12

मुनयो भावितात्मानो मिलितास्ते महौजसः । लोकानुग्रहकर्तारो वीतरागा विमत्सराः ॥ ११ ॥

Ces sages—l’âme mûrie et d’un grand éclat spirituel—s’étaient rassemblés. Délivrés de la passion et de la jalousie, ils agissaient pour la grâce et l’élévation des mondes.

Verse 13

कानि क्षेत्राणि पुण्यानि कानि तीर्थानि भूतले । कथं वा प्राप्यते मुक्तिर्नृणां तापार्तचेतसाम् ॥ १२ ॥

Quelles contrées sacrées sont vraiment porteuses de mérite, et quels tīrtha—gués de pèlerinage—se trouvent sur la terre ? Et comment l’homme, dont l’esprit est tourmenté par la souffrance, obtient-il la libération ?

Verse 14

कथं हरौ मनुष्याणां भक्तिरव्यभिचारिणी । केन सिध्येत च फलं कर्मणस्त्रिविधात्मनः ॥ १३ ॥

Comment naît chez les hommes une bhakti envers Hari (Viṣṇu), inébranlable et sans déviation ? Et par quel moyen s’accomplit le fruit du karma, de nature triple ?

Verse 15

इत्येवं प्रष्टुमात्मानमुद्यतान्प्रेक्ष्य शौनकः । प्राञ्जलिर्वाक्यमाहेदं विनयावनतः सुधीः ॥ १४ ॥

Les voyant ainsi prêts à l’interroger, le sage Śaunaka, les mains jointes en añjali et la tête inclinée avec humilité, prononça ces paroles.

Verse 16

शौनक उवाच । आस्ते सिद्धाश्रमे पुण्ये सूतः पौराणिकोत्तमः । यजन्मखैर्बहुविधैर्विश्वरुपं जनार्दनम् ॥ १५ ॥

Śaunaka dit : Dans le saint Siddhāśrama demeure Sūta, le plus éminent des expositeurs des Purāṇa, adorant Janārdana—le Seigneur à la Forme universelle—par de multiples rites sacrificiels.

Verse 17

स एतदखिलं वेत्ति व्यासशिष्यो महामुनिः । पुराणसंहितावक्ता शान्तो वै रोमहर्षणिः ॥ १६ ॥

Il connaît tout cela dans son intégralité : le grand sage Romaharṣaṇa, disciple de Vyāsa, d’un naturel paisible, récitant le compendium des Purāṇa.

Verse 18

युगे युगेऽल्पकान्धर्मान्निरीक्ष्य मधुसूदनः । वेदव्यास स्वरूपेण वेदभागं करोति वै ॥ १७ ॥

À chaque âge, Madhusūdana (le Seigneur Viṣṇu), voyant le dharma s’amoindrir, prend véritablement la forme de Vedavyāsa et partage le Veda en sections.

Verse 19

वेदव्यासमुनिः साक्षान्नारायण इति द्विजाः । शुश्रुमः सर्वशास्त्रेषु सूतस्तु व्यासशासितः ॥ १८ ॥

Ô sages deux fois nés, nous avons entendu dans toutes les écritures que le muni Vedavyāsa est véritablement Nārāyaṇa Lui-même incarné ; et que Sūta est celui qu’a instruit et établi Vyāsa.

Verse 20

तेन संशासितः सूतो वेदव्यासेन धीमता । पुराणानि स वेत्त्येव नान्यो लोके ततः परः ॥ १९ ॥

Instruit par le sage Vedavyāsa, Sūta (Romaharṣaṇa) connaît véritablement les Purāṇa ; en ce monde, nul ne le surpasse en cette connaissance.

Verse 21

स पुराणार्थविल्लोके स सर्वज्ञः स बुद्धिमान् । स शान्तो मोक्षधर्मज्ञः कर्मभक्तिकलापवित् ॥ २० ॥

En ce monde, lui seul connaît véritablement le sens des Purāṇa ; il est omniscient, intelligent, paisible, connaisseur du dharma qui mène à la délivrance (mokṣa), et parfaitement instruit de toute l’étendue du karma et de la bhakti.

Verse 22

वेदवेदाङ्गशास्त्राणां सारभूतं मुनीश्वराः । जगद्धितार्थं तत्सर्वं पुराणेषूक्तवान्मुनिः ॥ २१ ॥

Ô sages souverains, l’essence des Veda et des disciplines du Vedāṅga a été exposée par le muni dans les Purāṇa—tout entière—pour le bien du monde.

Verse 23

ज्ञानार्णवो वै सूतस्तत्सर्वतत्त्वार्थकोविदः । तस्मात्तमेव पृच्छाम इत्यूचे शौनको मुनीन् ॥ २२ ॥

Sūta est en vérité un océan de connaissance, versé dans le sens et la portée de tous les tattva. C’est pourquoi interrogeons-le, lui seul—ainsi Śaunaka s’adressa aux sages.

Verse 24

ततस्ते मुनयः सर्वे शौनकं वाग्विदां वरम् । समाश्लिष्य सुसंप्रीताः साधु साध्विति चाब्रुवन् ॥ २३ ॥

Alors tous ces sages embrassèrent Śaunaka—le premier parmi les maîtres de la parole sacrée—dans une joie profonde, et s’écrièrent : «Bien dit ! Bien dit !»

Verse 25

अथ ते मुनयो जग्मुः पुण्यं सिद्धाश्रमं वने । मृगव्रजसमाकीर्णं मुनिभिः परिशोभितम् ॥ २४ ॥

Puis ces sages se rendirent au saint Siddhāśrama, dans la forêt—rempli de hardes de cerfs et embelli par la présence d’ascètes et d’autres munis.

Verse 26

मनोज्ञभूरुहलताफलपुष्पविभूषितम् । युक्तं सरोभिरच्छोदैरतिथ्यातिथ्यसंकुलम् ॥ २५ ॥

Ce lieu était paré d’arbres et de lianes ravissants, chargés de fruits et de fleurs ; pourvu de lacs limpides et purs, et rempli de l’accueil continuel et de l’hospitalité offerte aux hôtes.

Verse 27

ते तु नारायणं देवमनन्तमपराजितम् । यजन्तमग्निष्टोमेन ददृशू रोमहर्षणिम् ॥ २६ ॥

Mais ils contemplèrent le Dieu Nārāyaṇa—infini et invaincu—célébrant le sacrifice Agniṣṭoma ; une vision saisissante, qui faisait frissonner et inspirait une sainte révérence.

Verse 28

यथार्हमर्चितास्तेन सूतेन प्रथितौजसः । तस्यावभृथमीक्षन्तस्तत्र तस्थुर्मखालये ॥ २७ ॥

Dûment honorés par ce Sūta à la vigueur renommée, ils demeurèrent dans la salle sacrificielle, attendant et contemplant l’avabhṛtha, le rite d’ablution qui clôt le yajña.

Verse 29

अधरावभृथस्नातं सूतं पौराणिकोत्तमम् । पप्रच्छुस्ते सुखासीनां नैमिषारण्यवासिनः ॥ २८ ॥

Après que Sūta—le plus éminent des narrateurs purāṇiques—eut pris son bain à la suite de l’avabhṛtha, les habitants de Naimiṣāraṇya, tandis qu’il était assis paisiblement, l’interrogèrent.

Verse 30

ऋषय ऊचुः । वयं त्वतिथयः प्राप्ता आतिथेयास्तु सुव्रत । ज्ञानदानोपचारेण पूजयास्मान्यथाविधिः ॥ २९ ॥

Les sages dirent : « Nous sommes venus comme tes hôtes, ô toi dont le vœu est pur. Aussi, en tant qu’hôte qui reçoit, honore-nous selon la règle prescrite, par le don de la connaissance et par les attentions d’hospitalité convenables. »

Verse 31

दिवौकसो हि जीवन्ति पीत्वा चन्द्रकलामृतम् । ज्ञानामृतं भूसुरास्तु मुने त्वन्मुखनिःसृतम् ॥ ३० ॥

Les habitants du ciel vivent en vérité en buvant le nectar qui s’écoule des rayons de la Lune; mais les brāhmaṇa, ô sage, vivent du nectar de la connaissance qui jaillit de ta bouche.

Verse 32

येनेदमखिलं जातं यदाधारं यदात्मकम् । यस्मिन्प्रतिष्ठितं तात यस्मिन्वा लयमेष्यति ॥ ३१ ॥

Celui par qui cet univers tout entier est né—dont il est le soutien et la propre nature; en qui il demeure établi, cher enfant, et en qui, à la fin, il se résorbera.

Verse 33

केन विष्णुः प्रसन्नः स्यात्स कथं पूज्यते नरैः । कथं वर्णाश्रमाचारश्चातिथेः पूजनं कथम् ॥ ३२ ॥

Par quels moyens Viṣṇu devient-Il satisfait, et comment les hommes doivent-ils L’adorer ? Comment observer la juste conduite des varṇa et des āśrama, et comment, en vérité, honorer l’hôte ?

Verse 34

सफलं स्याद्यथा कर्म मोक्षोपायः कथं नृणाम् । भक्त्या किं प्राप्यते पुंभिस्तथा भक्तिश्च कीदृशी ॥ ३३ ॥

Comment l’action peut-elle devenir réellement féconde, et quel est le moyen de libération pour les hommes ? Qu’obtient-on par la dévotion, et quelle dévotion convient-il de pratiquer ?

Verse 35

वद सूत मुनिश्रेष्ट सर्वमेतदसंशयम् । कस्य नो जायते श्रद्धा श्रोतुं त्वद्वचनामृतम् ॥ ३४ ॥

Parle, ô Sūta, le meilleur des sages : dis tout cela sans le moindre doute. Car qui ne sentirait pas la foi et l’ardeur d’entendre le nectar de tes paroles ?

Verse 36

सूत उवाच । श्रृणुध्वमृषयः सर्वे यदिष्टं वो वदामि तत् । गीतं सनकमुख्यैस्तु नारदाय महात्मने ॥ ३५ ॥

Sūta dit : «Écoutez, ô ṛṣi, vous tous. Je vous dirai exactement ce que vous désirez : cet enseignement sacré que Sanaka et les autres sages éminents ont chanté au magnanime Nārada.»

Verse 37

पुराणं नारदोपाख्यमेतद्वेदार्थसंमितम् । सर्वपापप्रशमनं दुष्टग्रहनिवारणम् ॥ ३६ ॥

Ce Purāṇa, connu sous le nom de Nārada Purāṇa, est pleinement conforme au sens des Veda. Il apaise tous les péchés et écarte les afflictions dues aux influences planétaires malfaisantes.

Verse 38

दुःस्वप्ननाशनं धर्म्यं भुक्तिमुक्तिफलप्रदम् । नारायणकथोपेतं सर्वकल्याणकारणम् ॥ ३७ ॥

Il détruit les mauvais rêves, est de nature dharmique et accorde les fruits de la jouissance mondaine comme de la délivrance. Orné du récit sacré de Nārāyaṇa, il devient la cause de toute auspiciosité.

Verse 39

धर्मार्थकाममोक्षाणां हेतुभूतं महाफलम् । अपूर्वपुण्यफलदं श्रृणुध्वं सुसमाहिताः ॥ ३८ ॥

Écoutez avec une attention parfaite : cet enseignement est la cause du dharma, de l’artha, du kāma et du mokṣa ; il porte de grands fruits et accorde le mérite d’une vertu sans précédent.

Verse 40

महापातकयुक्तो वा युक्तो वाप्युपपातकैः । श्रृत्वैतदार्षं दिव्यं च पुराणं शुद्धिमाप्नुयात् ॥ ३९ ॥

Même si quelqu’un est souillé par de grands péchés, ou même par des fautes secondaires, en écoutant ce Purāṇa divin des voyants, il obtient la purification.

Verse 41

यस्यैकाध्यायपठनाद्वाजिमेधफलं लभेत् । अध्यायद्वयपाठेन राजसूयफलं तथा ॥ ४० ॥

Par la récitation d’un seul chapitre de ce Purāṇa, on obtient le mérite du sacrifice Aśvamedha ; et par la récitation de deux chapitres, on obtient de même le mérite du sacrifice Rājasūya.

Verse 42

ज्येष्ठमासे पूर्णिमायां मूलक्षें प्रयतो नरः । स्नात्वा च यमुना तोये मथुरायामुपोषितः ॥ ४१ ॥

Au jour de pleine lune du mois de Jyeṣṭha, sous l’astérisme Mūla, l’homme maîtrisé doit se baigner dans les eaux de la Yamunā et observer le jeûne (upavāsa) à Mathurā.

Verse 43

अभ्यर्च्य विधितवत्कृष्णं यत्फलं लभते द्विजाः । तत्फलं समवाप्रोति अध्यायत्रयपाठतः ॥ ४२ ॥

Ô deux-fois-nés : le fruit que l’on obtient en adorant Kṛṣṇa selon les rites prescrits, ce même fruit est atteint par la récitation de trois chapitres.

Verse 44

तत्प्रवक्ष्यामि वः सम्यक् शृणुध्वं गदतो मम । जन्मायुतार्जितैः पापैर्मुक्तः कोटिकुलान्वितः ॥ ४३ ॥

Je vais vous l’exposer avec justesse — écoutez mes paroles. Par cela, l’homme est délivré des péchés amassés au cours de dizaines de milliers de naissances, et avec lui d’innombrables générations de sa lignée.

Verse 45

ब्रह्मणः पदमासाद्य तत्रैव प्रतितिष्ठति । श्रुत्वास्य तु दशाध्यायान्भक्तिभावेन मानवः ॥ ४४ ॥

Ayant atteint la demeure de Brahmā, il s’y établit fermement. Mais l’être humain qui écoute ces dix chapitres avec bhakti, dans un élan de dévotion, parvient à cet état.

Verse 46

निर्वाणमूक्तिं लभते नात्र कार्या विचारणा । श्रेयसां परमं श्रेयः पवित्राणामनुत्तमम् ॥ ४५ ॥

On obtient la délivrance du nirvāṇa ; ici, nul besoin de doute ni de délibération supplémentaire. C’est le bien suprême parmi tous les biens, et le purificateur sans égal parmi tout ce qui est pur.

Verse 47

दुःखप्रनाशनं पुण्यं श्रोतव्यं यत्नतो द्विजाः । श्रद्धया सहितो मर्त्यः श्लोकं श्लोकार्द्धमेव वा ॥ ४६ ॥

Ô vous, deux-fois-nés, cet enseignement méritoire qui anéantit la souffrance doit être écouté avec effort. Le mortel, muni de foi, doit entendre ne fût-ce qu’un seul śloka—voire la moitié d’un śloka.

Verse 48

पठित्वा मुच्यते सद्यो महापातकराशिभिः । सतामेव प्रवक्तव्यं गुह्याद्गुह्यतरं यतः ॥ ४७ ॥

En le lisant, on est aussitôt délivré d’amas de grands péchés. C’est pourquoi il ne doit être enseigné qu’aux vertueux, car il est plus secret que le secret même.

Verse 49

वावयेत्पुरतो विष्णोः पुण्यक्षेत्रे द्विजान्तिके । ब्रह्यद्रोहपराणां च दंभाचारयुतात्मनाम् ॥ ४८ ॥

Qu’on fasse accomplir cette récitation sacrée devant Viṣṇu—en un lieu saint et en présence des brāhmaṇas—surtout pour ceux qui s’acharnent dans l’hostilité envers le sacré (Brahman/les brāhmaṇas) et dont l’esprit est lié à l’hypocrisie et à une conduite corrompue.

Verse 50

जनानां बकवृतीनां न ब्रूयादिदमुत्तमम् । त्यक्तकामादिदोषाणां विष्णुभक्तिरतात्मनाम् ॥ ४९ ॥

Cet enseignement suprême ne doit pas être dit à ceux qui portent le masque de l’hypocrisie. Il est destiné à ceux qui ont renoncé aux fautes telles que le désir et dont le cœur se complaît dans la bhakti envers Viṣṇu.

Verse 51

सदाचारपराणां च वक्तव्यं मोक्षयसाधनम् । सर्वदेवमयो विष्णुः स्मरतामार्तिनाशनः ॥ ५० ॥

À ceux qui sont voués à la conduite juste, il faut enseigner le moyen d’atteindre la délivrance. Viṣṇu—qui renferme en Lui tous les dieux—dissipe la détresse de ceux qui se souviennent de Lui.

Verse 52

सद्भक्तिवत्सलो विप्रा भक्त्या तुष्यति नान्यथा । अश्रद्धयापि यांन्नाच्चि कीर्तितेऽथ स्मूतेऽपि वा ॥ ५१ ॥

Ô brāhmaṇas, le Seigneur chérit les vrais dévots; Il n’est satisfait que par la bhakti, et par rien d’autre. Même sans foi, lorsque Son Nom est prononcé, chanté en kīrtana, ou même simplement rappelé, il porte un fruit spirituel.

Verse 53

विमुक्तः पातकैर्मर्त्यो लभते पदमव्ययम् । संसारधोरकान्ताग्दावाग्रिर्मधुसुदनः ॥ ५२ ॥

Délivré des péchés, le mortel atteint l’état impérissable. Face à l’incendie de forêt qui flambe au bout du redoutable désert du saṃsāra, Madhusūdana (Viṣṇu) est le feu qui le consume et l’éteint.

Verse 54

स्मरतां सर्वपापानि नाशयत्याशु सत्तमाः । तदर्थद्योतकमिदं पुराणं श्राव्यमुत्तमम् ॥ ५३ ॥

Ô les meilleurs des vertueux, pour ceux qui s’en souviennent, cela détruit promptement tous les péchés. C’est pourquoi ce Purāṇa excellent, qui éclaire précisément ce sens, doit assurément être écouté.

Verse 55

श्रवणात्पठनाद्वापि सर्वपापविनाशकृत् । यस्यास्य श्रवणे बुद्धिर्जायते भक्तिसंयुता ॥ ५४ ॥

Par la seule écoute, ou même par la récitation, cela devient destructeur de tous les péchés. Pour celui en qui, à l’entendre, naît une intelligence unie à la bhakti, il en reçoit le fruit le plus élevé.

Verse 56

स एव कृतकृत्यस्तु सर्वशास्त्रार्थकोविदः । यदर्जितं तपः पुण्यं तन्मन्ये सफलं द्विजाः ॥ ५५ ॥

Lui seul est véritablement accompli, et savant dans l’intelligence du sens de toutes les śāstras. L’austérité (tapas) et le mérite (puṇya) qu’il a amassés—ô deux-fois-nés—je les tiens pour réellement fructueux.

Verse 57

यदस्य श्रवणे भाक्तिरन्यथा नहि जायते । सत्कथासु प्रर्वतन्ते सज्जना ये जगाद्धिताः ॥ ५६ ॥

En l’écoutant, la bhakti s’éveille—et jamais autrement. Les gens de bien, soucieux du bien du monde, se consacrent aux sat-kathā, aux récits sacrés et nobles.

Verse 58

निन्दायां कलहे वापि ह्यसन्तः पाप्तात्पराः । पुराणेष्वर्थवादत्वं ये वदन्ति नराधमाः ॥ ५७ ॥

Ceux qui se complaisent dans la médisance et la querelle sont vraiment pervers—pires que des pécheurs. Et les plus vils, qui disent que les Purāṇas ne sont qu’arthavāda, une louange creuse, sont pareillement blâmés.

Verse 59

तैरर्जितानि पुण्यानि क्षयं यान्ति द्विजोत्तमाः । समस्तकर्मनिर्मूलसाधनानि नराधमः ॥ ५८ ॥

Ô meilleur des deux-fois-nés, les mérites acquis par ces moyens finissent par s’épuiser. Mais le plus vil s’appuie sur des procédés qui déracinent l’action karmique jusque dans sa racine même.

Verse 60

पुराणान्यर्थवादेन ब्रुवन्नरकमश्नुते । अन्यानि साधयन्त्येव कार्याणि विधिना नराः ॥ ५९ ॥

Celui qui parle des Purāṇas comme d’un simple arthavāda, une louange amplifiée, encourt l’enfer. Quant aux autres devoirs, les hommes ne les accomplissent qu’en les exécutant selon la règle et le rite appropriés.

Verse 61

पुराणानि द्विजश्रेष्टाः साधयन्ति न मोहिताः । अनायासेन यः पुण्यानीच्छतीह द्विजोत्तमाः ॥ ६० ॥

Ô meilleurs des deux-fois-nés, ceux qui ne sont pas abusés accomplissent leurs buts grâce aux Purāṇa ; et quiconque, ici, désire obtenir des mérites sans peine—ô brāhmaṇa éminents—doit s’appuyer sur les Purāṇa.

Verse 62

श्रोतव्यानि पुराणानि तेन वै भक्तिभावतः । पुराणश्रवणे बुद्धिर्यस्य पुंसः प्रवर्तते ॥ ६१ ॥

C’est pourquoi les Purāṇa doivent être écoutés avec un esprit de dévotion ; car chez celui dont l’intelligence se tourne vers l’écoute des Purāṇa, la bhakti s’éveille et se fortifie.

Verse 63

पुरार्जितानि पापानि तस्य नश्यन्त्यसंशयम् । पुराणे वर्तमानेऽपि पापपाशेन यन्त्रितः । आदरेणान्यगाथासु सक्तबुद्धिः पतत्यधः ॥ ६२ ॥

Ses péchés amassés depuis longtemps sont détruits, sans aucun doute. Mais même lorsque le Purāṇa est récité, si l’on demeure enchaîné par le lasso du péché et que, par un respect mal placé, l’esprit s’attache à d’autres chants et récits mondains, on chute vers le bas.

Verse 64

सत्सङ्गदेवार्चनसत्कथासु हितोपदेशे निरतो मनुष्यः । प्रयाति विष्णोः परमं पदं यद्देहावसानेऽच्युततुल्यतेजाः ॥ ६३ ॥

Celui qui s’applique à la sainte compagnie (sat-saṅga), au culte des Deva, à l’écoute des récits sacrés et aux conseils salutaires, atteint la demeure suprême de Viṣṇu ; et, à la fin de la vie du corps, il resplendit d’un éclat comparable à celui d’Acyuta (Viṣṇu).

Verse 65

तस्मादिदं नारदनामधेयं पुण्यं पुराणं श्रुणुत द्विजेन्द्राः । यस्मिञ्छ्रुते जन्मजरादिहीनो नरो भवेदच्युतनिष्टचेताः ॥ ६४ ॥

Ainsi, ô seigneurs parmi les deux-fois-nés, écoutez ce Purāṇa méritoire et sacré qui porte le nom de « Nārada ». Lorsqu’on l’entend, l’homme devient libre de la naissance, de la vieillesse et de tout ce qui s’y apparente, l’esprit fermement établi en Acyuta (Viṣṇu).

Verse 66

वरं वरेण्यं वरदं पुराणं निजप्रभाभावितसर्वलोकम् । संकल्पितार्थप्रदमादिदेवं स्मृत्वाव्रजेन्मुक्तिपदं मनुष्यः ॥ ६५ ॥

L’être humain qui se souvient de ce Purāṇa excellent et très digne—dispensateur de grâces, illuminant tous les mondes par sa propre splendeur et accordant les buts désirés—et qui se souvient de l’Ādi-deva, le Seigneur primordial, atteint l’état de délivrance.

Verse 67

ब्रह्मेशविष्ण्वादिशरीरभेदैर्विश्वं सृजत्यत्ति च पाति विप्राः । तमादिदेवं परमं परेशमाधाय चेतस्युपयाति मुक्तिम् ॥ ६६ ॥

Ô brāhmaṇas, en assumant des corps différenciés tels que Brahmā, Īśa (Śiva), Viṣṇu et d’autres, Il crée l’univers, le maintient et le résorbe aussi. Celui qui établit dans son cœur ce Dieu primordial—le Seigneur suprême, Seigneur des seigneurs—atteint la délivrance.

Verse 68

यो नाम जात्यादिविकल्पहीनः परः पराणां परमः परस्मात् । वेदान्तवेद्यः स्वजनप्रकाशः समीड्यते सर्वपुराणवेदैः ॥ ६७ ॥

Celui dont le Nom même est exempt de toute distinction—naissance, caste et autres—au-delà de l’au-delà, Suprême parmi les suprêmes, plus haut que le plus haut, connaissable par le Vedānta et resplendissant de lui-même pour Ses dévots: Il est célébré par tous les Purāṇa et tous les Veda.

Verse 69

तस्मात्तिमीशं जगतां विमुक्तिमुपासनायालमजं मुरारिम् । परं रहस्यं पुरुषार्थहेतुं स्मृत्वा नरो याति भवाब्धिपारम् ॥ ६८ ॥

Ainsi, en se souvenant et en adorant Murāri, l’Inengendré—Seigneur des mondes, la délivrance même de l’univers, le secret suprême et la cause de tous les buts humains—l’homme traverse l’océan de l’existence conditionnée.

Verse 70

वक्तव्यं धार्मिकेभ्यस्तु श्रद्दधानेभ्य एव च । मुमुक्षुभ्यो यतिभ्यश्च वीतरागेभ्य एव च ॥ ६९ ॥

Cet enseignement ne doit être exposé qu’aux justes, et vraiment seulement à ceux qui ont la foi; aussi aux chercheurs de délivrance, aux yatis (ascètes), et uniquement à ceux qui sont sans attachement.

Verse 71

वक्तव्यं पुण्यदेशे च सभायां देवतागृहे । पुण्यक्षेत्रे पुण्यतीर्थे देव ब्राह्मणसन्निधौ ॥ ७० ॥

Cet enseignement sacré doit être énoncé en un lieu saint, dans l’assemblée et au temple; en une contrée méritoire et à un tīrtha sacré, surtout en présence des devas et des brāhmaṇas.

Verse 72

उच्छिष्टदेशे वक्तार आख्यानमिदमुत्तमम् । पच्यन्ते नरके घोरे यावदाभूतसंप्लवम् ॥ ७१ ॥

Ceux qui récitent ce récit sacré suprême en un lieu impur sont cuits dans un enfer effroyable jusqu’à la dissolution de tous les êtres.

Verse 73

मृषा श्रृणोति यो मूढो दम्भी भक्तिविवर्जितः । सोऽपि तद्वन्महाघोरे नरके पच्यतेऽक्षये ॥ ७२ ॥

L’homme insensé qui écoute avec une intention mensongère—hypocrite et dépourvu de bhakti—est lui aussi, comme ces fautifs, cuit dans un enfer très terrible, sans fin.

Verse 74

नरो यः सत्कथामध्ये संभाषां कुरुतेऽन्यतः । स याति नरकं घोरं तदेकाग्रमना भवेत् ॥ ७३ ॥

Celui qui, au milieu de la sat-kathā (discours sacré), se livre à des apartés avec autrui, va en un enfer terrible ; qu’on garde donc l’esprit fixé d’un seul point sur le récit saint.

Verse 75

श्रोता वक्ता चविप्रेन्द्रा एष धर्मः सनातनः । असमाहितचित्तस्तु न जानाति हि किंचना ॥ ७४ ॥

Ô meilleur des brāhmaṇas : être un auditeur véritable et un orateur véritable, voilà le dharma éternel (sanātana). Mais celui dont l’esprit n’est pas recueilli et stable ne comprend absolument rien.

Verse 76

तत एकमना भूत्वा पिबेद्धरिकथामृतम् । कथं संभ्रान्तचित्तस्य कथास्वादः प्रजायते ॥ ७५ ॥

Ainsi, l’esprit devenu un-pointé, qu’on boive le nectar des récits sacrés de Hari. Car comment le goût de cette parole peut-il naître chez celui dont le mental est agité et distrait ?

Verse 77

किं सुखं प्राप्यते लोके पुंसा संभ्रान्तचेतसा । तस्मात्सर्वं परित्यज्य कामं दुःखस्य साधनम् ॥ ७६ ॥

Quelle joie obtient-on en ce monde quand l’esprit est agité ? C’est pourquoi, renonçant à tout, abandonne le kāma, le désir, car il est l’instrument même qui produit la souffrance.

Verse 78

समाहितमना भूत्वाकुर्यादच्युतचिन्तनम् । येन केनाप्युपायेन स्मृतो नारायणोऽव्ययः ॥ ७७ ॥

L’esprit bien établi, qu’on médite sur Acyuta. Par quelque moyen que ce soit, que l’on se souvienne de Nārāyaṇa, l’Impérissable.

Verse 79

अपि पातकयुक्तस्य प्रसन्नः स्यान्नसंशयः । यस्य नारायणे भक्तिर्विभौ विश्वेश्वरेऽव्यये । तस्य स्यात्सफलं जन्म मुक्तिश्चैव करे स्थिता ॥ ७८ ॥

Même celui qui porte le fardeau du péché devient agréable au Seigneur—sans aucun doute—s’il a la bhakti envers Nārāyaṇa, l’Omniprésent, le Souverain de l’univers, l’Impérissable. Pour un tel dévot, la naissance porte fruit, et la délivrance se tient comme au creux de la main.

Verse 80

धर्मार्थकाममोक्षाख्यपुरुषार्था द्विजोत्तमाः । हरिभक्तिपराणां वै संपद्यन्ते न संशयः ॥ ७९ ॥

Ô le meilleur des deux-fois-nés, les buts humains nommés dharma, artha, kāma et mokṣa s’accomplissent assurément pour ceux qui sont voués à la bhakti envers Hari ; il n’y a là aucun doute.

Frequently Asked Questions

Śaunaka cites śāstric tradition that Vyāsa is Nārāyaṇa’s incarnation who divides the Veda in each age, and that Sūta is specifically instructed and appointed by Vyāsa. This establishes a recognized Purāṇic pramāṇa chain, making Sūta the proper conduit for dharma, karma, and bhakti teachings leading to mokṣa.

While acknowledging sacrifice and knowledge, the chapter repeatedly centers bhakti—especially hearing sacred narrative, one-pointed attention, and remembrance/uttering of Nārāyaṇa’s name—as the decisive purifier and liberating force, capable of destroying sins and fulfilling the four puruṣārthas.