
Sūta rapporte que Nārada Muni demeure insatisfait même après avoir écouté Sanandana, et qu’il l’interroge sur l’accomplissement extraordinaire de Śuka : détachement et connaissance d’une simplicité enfantine, comme sans avoir suivi l’étape habituelle du service rendu aux aînés. Sanandana commence par redéfinir la « grandeur » comme anūcāna, l’apprentissage véritable, et non l’âge ni les marques sociales, puis explique comment devenir réellement savant. Il énumère les six Vedāṅga et les quatre Veda, en soulignant que le savoir authentique naît d’une étude disciplinée auprès d’un maître, non de la lecture d’innombrables livres. Le chapitre se concentre ensuite sur la Śikṣā : la primauté du svara (accent tonal), les types de chant et les transitions de notes, ainsi que les dangers d’un accent ou d’une syllabation fautifs, illustrés par l’affaire d’Indra-śatru. Il aborde enfin les aspects techniques du chant sāmavédique et de la théorie musicale gandharva—notes, grāma, mūrcchanā, rāga, qualités et défauts de la voix, goûts esthétiques, associations de couleurs aux notes, correspondances entre les tons du Sāmaveda et la terminologie musicale—pour culminer dans une mise en relation naturaliste des notes avec les cris des animaux.
Verse 1
सूत उवाच । श्रुत्वा सनंदनस्येत्थं वचनं नारदो मुनिः । असंतुष्ट इव प्राह भ्रातरं तं सनंदनम् ॥ १ ॥
Sūta dit : Ayant entendu ainsi les paroles de Sanandana, le sage Nārada—comme s’il n’était pas pleinement satisfait—s’adressa à ce frère, Sanandana.
Verse 2
नारद उवाच । भगवन्सर्वमाख्यातं यत्पृष्टं भवतो मया । तथापि नात्मा प्रीयेत श्रृण्वन्हरिकथां मुहुः ॥ २ ॥
Nārada dit : « Vénérable, tu as expliqué tout ce que je t’ai demandé. Pourtant mon cœur n’est pas pleinement comblé, bien que j’écoute sans cesse la Harikathā, les récits sacrés de Hari. »
Verse 3
श्रूयते व्यासपुत्रस्तु शुकः परमधर्मवित् । सिद्धिं सुमहतीं प्राप्तो निर्विण्णोऽवांतरं बहिः ॥ ३ ॥
On dit que Śuka, fils de Vyāsa et connaisseur du dharma suprême, a atteint une très grande perfection, restant détaché intérieurement et extérieurement de tout souci intermédiaire.
Verse 4
ब्रह्मन्पुंसस्तु विज्ञानं महतां सेवनं विना । न जायते कथं प्राप्तो ज्ञानं व्यासात्मजः शिशुः ॥ ४ ॥
Ô Brahman, le vrai discernement ne naît pas chez une personne sans servir les grands. Comment alors l'enfant Śuka, fils de Vyāsa, a-t-il atteint une telle connaissance ?
Verse 5
तस्य जन्मरहस्यं मे कमचाप्यस्य श्रृण्वते । समाख्याहि महाभाग मोक्षशास्त्रार्थविद्भवान् ॥ ५ ॥
Raconte-moi le secret de sa naissance, ainsi que sa raison, pendant que j'écoute. Ô grand et fortuné, puisque tu connais la véritable signification des Mokṣa-śāstras, explique-le pleinement.
Verse 6
सनंदन उवाच । श्रृणु विप्रप्रवक्ष्यामि शुकोत्पत्तिं समासतः । यां श्रुत्वा ब्रह्मतत्त्वज्ञो जायते मानवो मुने ॥ ६ ॥
Sanandana dit : Écoute, ô brāhmaṇa ; je vais raconter brièvement l'origine de Śuka. En l'entendant, ô sage, un être humain devient connaisseur du vrai principe du Brahman.
Verse 7
न हायनैर्न पलितैर्न वित्तेन न बंधुभिः । ऋषयश्चक्रिरे धर्मं योऽनूचानः स नो महान् ॥ ७ ॥
La grandeur ne s'atteint ni par les années, ni par les cheveux gris, ni par la richesse, ni par les proches. Les sages ont établi la norme du dharma : celui qui est vraiment instruit est le grand parmi nous.
Verse 8
नारद उवाच । अनूचानः कथंब्रह्मन्पुमान्भवति मानद । तन्मे कर्म समाचक्ष्व श्रोतुं कौतूहलं मम ॥ ८ ॥
Nārada dit : «Ô brāhmane, dispensateur d’honneur, comment un homme devient-il véritablement instruit (anūcāna) ? Enseigne-moi cette discipline et cette pratique ; je brûle d’en entendre le récit, plein d’ardeur et de curiosité.»
Verse 9
सनंदन उवाच । श्रृणु नारद वक्ष्यामि ह्यनूचानस्य लक्षणम् । यज्ज्ञात्वा सांगवेदानामभिज्ञो जायते नरः ॥ ९ ॥
Sanandana dit : «Écoute, ô Nārada ; je vais exposer les marques de celui qui est vraiment anūcāna. En les connaissant, l’homme devient un véritable connaisseur des Veda, avec leurs Vedāṅga.»
Verse 10
शिक्षा कल्पो व्याकरणं निरुक्तं ज्योतिषं तथा । छंदःशास्त्रं षडेतानि वेदांगानि विदुर्बुधाः ॥ १० ॥
Śikṣā (phonétique), Kalpa (règles rituelles), Vyākaraṇa (grammaire), Nirukta (étymologie et explication des mots védiques), Jyotiṣa (astronomie/astrologie) et Chandas (science des mètres) — tels sont les six Vedāṅga, que les sages reconnaissent comme les membres auxiliaires du Veda.
Verse 11
ऋग्वेदोऽथ यजुर्वेदः सामवेदो ह्यथर्वणः । वेदाश्चत्वार एवैते प्रोक्ता धर्मनिरूपणे ॥ ११ ॥
Le Ṛgveda, puis le Yajurveda, le Sāmaveda et, certes, l’Atharvaveda : tels sont les quatre Veda, proclamés pour l’exposé du Dharma.
Verse 12
सांगान्वेदान्गुरोर्यस्तु समधीते द्विजोत्तमः । सोऽनूचानः प्रभवति नान्यथा ग्रंथकोटिभिः ॥ १२ ॥
Le meilleur des deux-fois-nés qui étudie avec ardeur, auprès d’un maître, les Veda avec leurs Vedāṅga—lui seul devient véritablement anūcāna ; autrement, on ne l’obtient pas, fût-ce en lisant des crores de livres.
Verse 13
नारद उवाच । अंगानां लक्षणं ब्रूहि वेदानां चापि विस्तरात् । त्वंमस्मासु महाविज्ञः सांगेष्वेतेषु मानद ॥ १३ ॥
Nārada dit : «Expose-moi en détail les marques distinctives des Vedāṅga, les membres auxiliaires du Veda, et aussi celles des Veda eux-mêmes. Car, parmi nous, tu es le grand connaisseur de ces membres du Veda, ô dispensateur d’honneur.»
Verse 14
सनंदन उवाच । प्रश्नभारोऽयमतुलस्त्वया मम कृतो द्विज । संक्षेपात्कथयिष्यामि सारमेषां सुनिश्चितम् ॥ १४ ॥
Sanandana dit : «Ô dvija, né deux fois, tu as fait peser sur moi un fardeau de questions sans égal. Aussi te dirai-je, brièvement, l’essence fermement établie de ces matières.»
Verse 15
स्वरः प्रधानः शिक्षायां कीर्त्तितो मुनिभिर्दिजैः । वेदानां वेदविद्भिस्तु तच्छृणुष्व वदामि ते ॥ १५ ॥
Dans la Śikṣā, la science védique de la phonétique, les sages et les érudits dvija proclament que le ‘svara’, l’accent tonal, est primordial. Écoute donc : je t’exposerai ce que les connaisseurs des Veda enseignent au sujet des Veda.
Verse 16
आर्चिकं गाथिकं चैव सामिकं च स्वरान्तरम् । कृतांते स्वरशास्त्राणां प्रयोक्तव्य विशेषतः ॥ १६ ॥
Dans la partie finale (d’un rite ou d’une récitation), il faut appliquer tout particulièrement les disciplines de la science des tons : le chant selon le mode Ṛk (ārcika), la récitation selon le mode gāthā (gāthika), le chant selon le mode Sāman (sāmika), et les justes passages d’une note à l’autre (svarāntara).
Verse 17
एकांतरः स्वरो ह्यप्सु गाथासुद्व्यंतरः स्वरः । सामसु त्र्यंतरं विद्यादेतावत्स्वरतोऽन्तरम् ॥ १७ ॥
Dans les vers Ṛk (apsu), l’intervalle de hauteur est d’un degré ; dans les gāthā, de deux degrés ; et dans les chants Sāman, il faut le connaître comme de trois degrés — telle est l’étendue de la différence quant au svara, la hauteur musicale.
Verse 18
ऋक्सामयजुरंगानि ये यज्ञेषु प्रयुंजते । अविज्ञानाद्धि शिक्षायास्तेषां भवति विस्वरः ॥ १८ ॥
Ceux qui, dans les sacrifices, mettent en œuvre les membres des Veda Ṛg, Sāma et Yajur—faute de connaître la Śikṣā, science de la juste prononciation—aboutissent à une intonation défectueuse et à un chant erroné.
Verse 19
मंत्रो हीनः स्वरतो वर्णतो वा मिथ्याप्रयुक्तो न तमर्थमाह । स वाग्वज्रो यजमानं हिनस्ति यथेंद्रशत्रुः स्वरतोऽपराधात् ॥ १९ ॥
Un mantra, s’il est déficient par le svara (accent) ou par les varṇa (lettres/syllabes), ou s’il est employé à contresens, ne dit pas le sens voulu. Une telle parole devient un vajra de la voix et blesse le yajamāna, comme le mot « indra-śatru » causa la ruine par une faute d’intonation.
Verse 20
उरः कंठः शिरश्चैव स्थानानि त्रीणि वाङ्मये । सवनान्याहुरेतानि साम वाप्यर्द्धतोंऽतरम् ॥ २० ॥
Dans la discipline de la parole sacrée, il est trois lieux d’émission : la poitrine, la gorge et la tête. On les proclame comme les trois savana ; et l’on dit aussi que le Sāman se tient dans l’intervalle médian entre eux.
Verse 21
उरः सप्तविवारं स्यात्तथा कंठस्तथा शिरः । न च शक्तोऽसि व्यक्तस्तु तथा प्रावचना विधिः ॥ २१ ॥
La poitrine a sept ouvertures ; de même la gorge, de même la tête. Et pourtant tu n’es pas en mesure d’énoncer clairement la règle juste de la récitation et de l’exposé de l’enseignement sacré.
Verse 22
कठकालापवृत्तेषु तैत्तिराह्वरकेषु च । ऋग्वेदे सामवेदे च वक्तव्यः प्रथमः स्वरः ॥ २२ ॥
Dans les recensions Kaṭha, Kālāpa et Vṛtta, ainsi que dans les écoles Taittirīya et Āhvaraka—de même dans le Ṛgveda et le Sāmaveda—il convient de prononcer le premier svara, l’accent primordial.
Verse 23
ऋग्वेदस्तु द्वितीयेन तृतीयेन च वर्तते । उच्चमध्यमसंघातः स्वरो भवति पार्थिवः ॥ २३ ॥
Le Ṛgveda se récite en usant du deuxième et du troisième ton. Lorsque la hauteur élevée et la moyenne se joignent, naît le ton musical « pārthiva », au caractère terrestre.
Verse 24
तृतीय प्रथमक्रुष्टा कुर्वंत्याह्वरकान् स्वरान् । द्वितीयाद्यास्तु मद्रांतास्तैत्तिरीयाश्चतुःस्वरान् ॥ २४ ॥
Le troisième groupe, à partir de la Prathama-kruṣṭā, emploie les notes d’accent āhvaraka. Quant au second ensemble—s’achevant à la Madrā—avec les Taittirīyas, il recourt à quatre accents tonals dans la récitation.
Verse 25
प्रथमश्च द्वितीयश्च तृतीयोऽथ चतुर्थकः । मंद्रः क्रुष्टो मुनीश्वर एतान्कुर्वंति सामगाः ॥ २५ ॥
«Le premier, le deuxième, le troisième, puis le quatrième—ainsi que les tons nommés mandra et kruṣṭa—ô seigneur des sages : telles sont les divisions tonales qu’emploient les chantres du Sāma (Sāmaveda).»
Verse 26
द्वितीयप्रथमावेतौ नांडिभाल्लविनौ स्वरौ । तथा शातपथावेतौ स्वरौ वाजसनेयिनाम् ॥ २६ ॥
Ces deux accents sont appelés « dvitīya » et « prathamā » dans les lignées Nāṇḍibhālla et Lavina. De même, chez les Vājasaneyins, ces deux accents sont reconnus selon le « Śātapatha » (l’enseignement de la tradition Śatapatha).
Verse 27
एते विशेषतः प्रोक्ताः स्वरा वै सार्ववैदिकाः । इत्येतच्चरितं सर्वं स्वराणां सार्ववैदिकम् ॥ २७ ॥
Tels sont, en vérité, les accents védiques enseignés de façon précise comme communs à tous les Veda. Ainsi s’achève l’exposé entier des accents universellement védiques.
Verse 28
सामवेदे तु वक्ष्यामि स्वराणां चरितं यथा । अल्पग्रंथं प्रभूतार्थं सामवेदांगमुत्तमम् ॥ २८ ॥
À présent, en me référant au Sāmaveda, j’exposerai, tel qu’il est en vérité, le mouvement et le parcours des tons (svaras) — un auxiliaire excellent du Sāmaveda, concis par l’étendue mais riche de sens.
Verse 29
तानरागस्वरग्राममूर्च्छनानां तु लक्षणम् । पवित्रं पावनं पुण्यं यथा तुभ्यं प्रकीर्तितम् ॥ २९ ॥
Ainsi t’ont été exposées les marques distinctives de tāna, rāga, svara, grāma et mūrcchanā — des enseignements sacrés, purifiants et porteurs de mérite.
Verse 30
शिक्षामाहुर्द्विजातीनामृग्यजुः सामलक्षणम् । सप्त स्वरास्रयो ग्रामा मृर्छनास्त्वेकविंशतिः ॥ ३० ॥
Ils déclarent que la Śikṣā (science de la phonétique) est, pour les deux-fois-nés, le savoir définissant les traditions du Ṛg, du Yajus et du Sāman. Elle repose sur sept notes (svaras) ; les grāmas sont au nombre de sept, et les mūrcchanās de vingt et une.
Verse 31
ताना एकोनपंचाशदित्येतस्स्वरमंडलम् । षड्जश्च ऋषभश्चैव गांधारो मध्यमस्तथा ॥ ३१ ॥
On dit que les tānas sont au nombre de quarante-neuf : tel est le cercle complet du système des notes. Et parmi elles se trouvent ṣaḍja, ṛṣabha, gāndhāra, ainsi que madhyama.
Verse 32
पंचमो धैवतश्चैवं निषादः सप्तमः स्वरः । षड्जमध्यमगांधारास्त्रयो ग्रामाः प्रकीर्तिताः ॥ ३२ ॥
De même, la cinquième note est dhaivata, et niṣāda est la septième note. On proclame trois grāmas : Ṣaḍja, Madhyama et Gāndhāra.
Verse 33
भूर्ल्लोकाज्जायते षड्जो भुवर्लोकाञ्च मध्यमः । स्वर्गाभ्राच्चैव गांधारो ग्रामस्थानानि त्रीणि हि ॥ ३३ ॥
De Bhūrloka naît la note Ṣaḍja ; de Bhuvarloka, Madhyama ; et du ciel d’en haut (Svarga) vient Gāndhāra. En vérité, ce sont là les trois assises fondamentales (sources) du grāma, l’échelle musicale.
Verse 34
स्वराणां च विशेषेण ग्रामरागा इति स्मृताः । विंशतिर्मध्यमग्रामे षड्जग्रामे चतुर्दश ॥ ३४ ॥
En particulier, les agencements propres des notes sont mémorisés sous le nom de « grāma-rāga ». Dans le Madhyama-grāma, il y en a vingt ; et dans le Ṣaḍja-grāma, quatorze.
Verse 35
तानान्पंचदशेच्छंति गांधारे सामगायिनाम् । नदी विशाला सुमुखी चित्रा चित्रवती मुखा ॥ ३५ ॥
Dans le pays de Gandhāra, on dit que les chantres du Sāma reconnaissent quinze noms/variantes. Les rivières sont : Viśālā, Sumukhī, Citrā, Citravatī et Mukhā.
Verse 36
बला चाप्यथ विज्ञेया देवानां सप्त मूर्छनाः । आप्यायिनी विश्वभृता चंद्रा हेमा कपर्दिनी ॥ ३६ ॥
Qu’on comprenne aussi que ce sont les sept mūrchanā divines (progressions modales) des dieux : Balā, Āpyāyinī, Viśvabhṛtā, Candrā, Hemā et Kapardinī, qui ensemble accomplissent le septénaire sacré.
Verse 37
मैत्री च बार्हती चैव पितॄणां सप्त मूर्छनाः । षड्जे तूत्तरमंद्रा स्यादृषभे चाभिरूहता ॥ ३७ ॥
« Maitrī » et « Bārhatī » — celles-ci aussi font partie des sept mūrchanā associés aux Pitṛs, les ancêtres vénérables. Sur la note Ṣaḍja, on dit qu’elle demeure dans le mandra supérieur (registre grave) ; et sur Ṛṣabha, elle s’élève vers le haut.
Verse 38
अश्वक्रांता तु गांधारे तृतीया मूर्च्छना स्मृता । मध्यमे खलु सौवीरा हृषिका पंचमे स्वरे ॥ ३८ ॥
La troisième mūrcchanā est tenue en mémoire sous le nom d’Aśvakrāntā, fondée sur la note Gāndhāra. Sur la note Madhyama, elle est dite Sauvīrā, et sur la cinquième note, Hṛṣikā.
Verse 39
धैवते चापि विज्ञेया मूर्छना तूत्तरा मता । निषादे रजनीं विद्यादृषीणां सप्त मूर्छनाः ॥ ३९ ॥
Sur la note Dhaivata, il faut reconnaître la mūrcchanā nommée Uttarā ; et sur la note Niṣāda, sachez la mūrcchanā appelée Rajanī. Ainsi, les Ṛṣi enseignent sept mūrcchanā.
Verse 40
उपजीवंति गंधर्वा देवानां सप्त मूर्छनाः । पितॄणां मूर्च्छनाः सप्त तथा यक्षा न संशयः ॥ ४० ॥
Les Gandharvas se maintiennent par les sept mūrcchanā des Devas. De même, les sept mūrcchanā des Pitṛs soutiennent leur tradition, et il en va ainsi des Yakṣas — sans aucun doute.
Verse 41
ऋषीणां मूर्छनाः सप्त यास्त्विमा लौकिकाः स्मृताः । षङ्जः प्रीणाति वै देवानृषीन्प्रीणाति चर्षभः ॥ ४१ ॥
Les sept mūrcchanā des Ṛṣi — telles sont celles que l’on retient comme employées dans l’usage commun du monde. Parmi les notes, Ṣaḍja réjouit véritablement les Devas, tandis que Ṛṣabha réjouit les Ṛṣi.
Verse 42
पितॄन् प्रीणाति गांधारो गंधर्वान्मध्यमः स्वरः ॥ देवान्पितॄनृषींश्चैव स्वरः प्रीणाति पंचमः ॥ ४२ ॥
La note Gāndhāra réjouit les Pitṛs (ancêtres) ; la note Madhyama réjouit les Gandharvas. Et la note Pañcama plaît aux Devas, aux Pitṛs et aux Ṛṣi également.
Verse 43
यक्षान्निषादः प्रीणाति भूतग्रामं च धैवतः । गानस्य तु दशविधा गुणवृत्तिस्तु तद्यथा ॥ ४३ ॥
La note Niṣāda réjouit les Yakṣas, et Dhaivata satisfait l’assemblée des êtres (bhūtas). À présent sont énoncées les manières du chant, dont les fonctions qualitatives sont au nombre de dix—comme suit.
Verse 44
रक्तं पूर्णमलंकृतं प्रसन्नं व्यक्तं विक्रुष्टं श्लक्ष्णं समं सुकुमारं मधुरमिति गुणास्तत्र रक्तं नाम वेणुवीणास्वराणामेकीभावं रक्तमित्युच्यते पूर्णं नाम स्वरश्रुतिपूरणाच्छंदः पादाक्षरं संयोगात्पूर्णमित्युच्यते अलंकृतं नामोरसि शिरसि कंठयुक्तमित्यलंकृतं प्रसन्नं नामापगतागद्गदनिर्विशंकं प्रसन्नमित्युच्यते व्यक्तं नाम पदपदार्थप्रकृतिविकारागमनोपकृत्तद्धितसमासधातुनिपातोपसर्गस्वरलिंगं वृत्तिवार्त्तिकविभक्त्यर्थवचनानां सम्यगुपपादनं व्यक्तमित्युच्यते विक्रुष्टं नामोञ्चैरुञ्चारितं व्यक्तपदाक्षरं विक्रुष्टमित्युच्यते श्लेक्ष्णं नाम द्रुतमविलंबितमुच्चनीचप्लुतसमाहारहेलतालोपनयादिभिरुपपादनाभिः श्लक्ष्णमित्युच्यते समं नामावापनिर्वापप्रदेशे प्रत्यंतरस्थानानां समासः सममित्युच्यते सुकुमारं नाम मृदुपदवर्णस्वरकुहगरणयुक्तं सुकुमारमित्युच्यते मधुरं नाम स्वभावोपनीतललितपदाक्षरगुणसमृद्धं मधुरमित्युच्यते एवमेतैर्दशभिर्गुणैर्युक्तं गानं भवति ॥ १ ॥
Les qualités du chant/de la récitation juste sont au nombre de dix : « raktā, pūrṇā, alaṅkṛtā, prasannā, vyaktā, vikruṣṭā, ślakṣṇā, samā, sukumārā, madhurā ». Parmi elles, « raktā » désigne la fusion en une seule des notes de la flûte (veṇu) et de la vīṇā. « Pūrṇā » est ainsi nommée parce qu’en remplissant pleinement les notes et leurs śruti (micro-intervalles), les pieds métriques et les syllabes du chandas s’accomplissent correctement. « Alaṅkṛtā » est celle qui est soutenue par la poitrine, la tête et la gorge, c’est-à-dire ornée par une juste pose de la voix. « Prasannā » est claire et paisible, sans bégaiement ni doute. « Vyaktā » est celle où mots et sens sont établis avec justesse, avec la correction grammaticale : racines (dhātu) et transformations, augment (āgama), suffixes dérivés (taddhita), composés (samāsa), indéclinables (nipāta), préverbes (upasarga), accent et genre, ainsi que l’emploi adéquat de vṛtti, vārttika, et des sens portés par les désinences de cas (vibhakti) et les expressions. « Vikruṣṭā » est proférée d’une voix élevée, aux syllabes nettement articulées. « Ślakṣṇā » est rapide et sans hésitation, maniant avec aisance les tons haut, bas et prolongé, avec des transitions lisses, le rythme (tāla) et d’autres procédés d’appui. « Samā » est celle où les positions intermédiaires s’enchaînent uniformément aux points de prise et de relâchement de la voix. « Sukumārā » est douce, aux mots, syllabes et notes délicats, usant à propos des lieux de résonance tels que kuha et garaṇa. « Madhurā » est naturellement gracieuse, riche de syllabes plaisantes et de belles qualités. Ainsi le chant devient accompli lorsqu’il est doté de ces dix qualités.
Verse 45
भवन्ति चात्र श्लोकाः । शंकितं भीषणं भीतमुद्धुष्टमनुनासिकम् । काकस्वरं मूर्द्धगतं तथा स्थानविवर्जितम् ॥ ४४ ॥
Et à ce sujet, il y a des vers : Une parole/récitation hésitante et vacillante ; effrayante, empreinte de peur ; durement forcée ; nasale ; au timbre de corbeau ; produite depuis la tête (au lieu du lieu juste) ; et dépourvue de points d’articulation corrects — tout cela est tenu pour fautif.
Verse 46
विस्तरं विरसं चैव विश्लिष्टं विषमाहतम् । व्याकुलं तालहीनं च गीतिदोषाश्चतुर्दश ॥ ४५ ॥
« Trop étiré, sans saveur esthétique, disjoint, frappé de façon inégale, agité, et dépourvu de tāla (mesure rythmique) »—tels sont, parmi d’autres, les quatorze défauts du chant (gīti-doṣa).
Verse 47
आचार्याः सममिच्छंति पदच्छेदं तु पंडिताः । स्त्रियो मधुरमिच्छंति विक्रुष्टमितरे जनाः ॥ ४६ ॥
Les ācāryas désirent une diction égale et mesurée ; les savants (paṇḍitas) recherchent une nette séparation des mots ; les femmes aiment la douceur du timbre ; tandis que d’autres gens préfèrent une récitation forte et puissante.
Verse 48
पद्मपत्रप्रभः षङ्ज ऋषभः शुकपिंजरः । कनकाभस्तु गांधारो मध्यमः कुंदसन्निभः ॥ ४७ ॥
Le svara Ṣaḍja resplendit tel un pétale de lotus; Ṛṣabha est fauve comme le perroquet; Gāndhāra paraît d’or; et Madhyama est blanc comme la fleur immaculée de kunda.
Verse 49
पंचमस्तु भवेत्कृष्णः पीतकं धैवतं विदुः । निषादः सर्ववर्णः स्यादित्येताः स्वरवर्णताः ॥ ४८ ॥
On dit que Pañcama est noir; Dhaivata est connu comme jaune; et Niṣāda possède toutes les couleurs. Ainsi sont décrits les attributs de couleur des svaras.
Verse 50
पंचमो मध्यमः षङ्ज इत्येते ब्राह्मणाः स्मृताः । ऋषभो धैवतश्चापीत्येतौ वै क्षत्रियावुभौ ॥ ४९ ॥
Les notes Pañcama, Madhyama et Ṣaḍja sont, selon la tradition, rappelées comme relevant des Brāhmaṇas; et Ṛṣabha et Dhaivata—ces deux-là—sont dits appartenir aux Kṣatriyas.
Verse 51
गांधारश्च निषादश्च वैश्यावर्द्धेन वै स्मृतौ । शूद्रत्वं विधिनार्द्धेन पतितत्वान्न संशयः ॥ ५० ॥
Dans la Smṛti, il est enseigné que Gāndhāra et Niṣāda ne sont comptés comme Vaiśyas qu’à moitié; selon la règle prescrite, ils sont aussi comptés comme Śūdras pour moitié—et nul doute qu’ils tombent dans l’état de « patita » (déchu).
Verse 52
ऋषभो मूर्छितवर्जितो धैवतसहितश्च पंचमो यत्र । निपतति मध्यमरागे स निषादं षाङ्जवं विद्यात् ॥ ५१ ॥
Dans le Madhyama-rāga, lorsque Pañcama descend, accompagné de Dhaivata et en laissant de côté le mouvement mūrchita (ornementé/agrégé) de Ṛṣabha, il faut reconnaître que ce Niṣāda appartient à la classe Ṣāṅjava (fondée sur Ṣaḍja).
Verse 53
यदि पंचमो विरमते गांधारश्चांतरस्वरो भवति । ऋषभो निषादसहितस्तं पंचममीदृशं विद्यात् ॥ ५२ ॥
Si le Pañcama (la cinquième note) n’est pas émis, alors Gāndhāra devient la note intermédiaire; et Ṛṣabha, avec Niṣāda, doit être compris comme formant ainsi le Pañcama.
Verse 54
गांधारस्याधिपत्येन निषादस्य गतागतैः । धैवतस्य च दौर्बल्यान्मध्यमग्राम उच्यते ॥ ५३ ॥
Parce que Gāndhāra prédomine, parce que Niṣāda va et vient, et parce que Dhaivata s’affaiblit, on appelle cela Madhyama-grāma (le système d’échelle « médian »).
Verse 55
ईषत्पृष्टो निषादस्तु गांधारश्चाधिको भवेत् । धैवतः कंपितो यत्र स षङ्गयाम ईरितः ॥ ५४ ॥
Lorsque la note Niṣāda n’est qu’effleurée, que Gāndhāra est mise en relief et que Dhaivata est rendu avec une intonation tremblée (oscillante), ce mode musical est proclamé Ṣaṅgayāma.
Verse 56
अंतरस्वरसंयुक्तः काकलिर्यत्र दृश्यते । तं तु साधारितं विद्यात्पंचमस्थं तु कैशिकम् ॥ ५५ ॥
Là où le ton kākali se fait entendre avec une note intermédiaire (intérieure), il faut le comprendre comme sādhārita (variante). Et lorsqu’il est placé sur la cinquième note, on l’appelle kaiśika.
Verse 57
कैशिकं भावयित्वा तु स्वरैः सर्वैः समंततः । यस्मात्तु मध्यमे न्यासस्तस्मात्कैशिकमध्यमः ॥ ५६ ॥
Ayant pleinement déployé le mode Kaiśika à travers toute l’étendue des notes de toutes parts, puisque son point de repos (nyāsa) se situe sur la note médiane (madhyama), on l’appelle donc « Kaiśika-madhyama ».
Verse 58
काकलिर्दृश्यते यत्र प्राधान्यं पंचमस्य तु । कश्यपः कैशिकं प्राह मध्यमग्रामसंभवम् ॥ ५७ ॥
Là où l’on perçoit la note dite kākalī et où la cinquième (pañcama) domine, Kaśyapa déclara que ce mode est le Kaiśika, issu du madhyama-grāma (le système tonal du madhyama).
Verse 59
गेति गेयं विदुः प्राज्ञा धेति कारुप्रवादनम् । वेति वाद्यस्य संज्ञेयं गंधर्वस्य प्ररोचनम् ॥ ५८ ॥
Les sages savent que ‘geti’ désigne ce qui doit être chanté; ‘dheti’ désigne l’exécution habile des arts; et ‘veti’ doit être compris comme l’appellation de la musique instrumentale : tels sont les éléments plaisants du Gandharva (science de la musique et de la représentation).
Verse 60
सामवेदस्य स्वराणां सङ्गीतशास्त्रस्य स्वरेभ्यः तुलना । सामवेदः । सङ्गीतशास्त्रः । क्रुष्ट * । पञ्चमः । प्रथमः ॥ १ ॥
Vient maintenant la comparaison des notes du Sāmaveda avec celles décrites dans la science musicale : dans le Sāmaveda, la note correspondante, dans le système de théorie musicale, est appelée ‘Kruṣṭa’ ; dans le Sāmaveda elle est ‘Pañcama’, et dans le système musical elle est ‘Prathama’.
Verse 61
मध्यमः । द्वितीयः ॥ २ ॥
‘Madhyama’ est le ‘deuxième’.
Verse 62
गान्धारः । तृतीयः ॥ ३ ॥
‘Gāndhāra’ est le ‘troisième’.
Verse 63
ऋषभः । चतुर्थः ॥ ४ ॥
« (Le nom est) Ṛṣabha. (Il est) le quatrième. »
Verse 64
षड्जः । मन्द्रः ॥ ५ ॥
« Ṣaḍja — dans le registre mandra, la tessiture grave et profonde. »
Verse 65
धैवतः । अतिस्वार्यः ॥ ६ ॥
« Dhaivata — (lorsqu’il est chanté) d’un ton excessivement élevé. »
Verse 66
निषादः । यः सामगानां प्रथमः स वेणोर्मध्यमः स्वरः । यो द्वितीयः स गांधारस्तृतीयस्त्वृषभः स्मृतः ॥ ५९ ॥
Niṣāda : Dans le chant du Sāman, la première note est le madhyama (ton médian) de la vīṇā ; la deuxième est appelée gāndhāra ; et la troisième est tenue en mémoire comme ṛṣabha.
Verse 67
चतुर्थः षङ्ज इत्याहुः पंचमो धैवतो भवेत् । षष्ठो निषादो विज्ञेयः सप्तमः पंचमः स्मृतः ॥ ६० ॥
On dit que la quatrième note est appelée Ṣaḍja ; la cinquième devient Dhaivata. La sixième doit être comprise comme Niṣāda, et la septième est gardée en mémoire comme Pañcama.
Verse 68
षङ्जं मयूरो वदति गावो रंभंति चर्षभम् । अजाविके तु गांधारं क्रौंचो वदति मध्यमम् ॥ ६१ ॥
Le paon profère la note Ṣaḍja ; les vaches meuglent en Ṛṣabha. Chez les chèvres et les brebis se trouve la note Gāndhāra, et l’oiseau krauñca émet Madhyama.
Because mantra is held to be meaning-effective only when its phonemes (varṇa) and accents (svara) are correct; a defective accent can invert or distort meaning and thus harm the yajamāna. The Indra-śatru example is cited as a śāstric warning that pronunciation is not ornamental but causal in ritual speech.
A person becomes anūcāna by diligently studying the Vedas together with the Vedāṅgas under a teacher (ācārya), integrating recitation discipline with auxiliary sciences; mere accumulation of texts (“crores of books”) is explicitly said to be insufficient.
It treats Sāmavedic chant as a structured tonal system and explicates technical categories—notes, grāmas, mūrcchanās, rāgas, and vocal qualities—then compares Sāmavedic tonal nomenclature with music-theory terms, effectively bridging Vedic liturgical sound and classical performance science.