
लिङ्गार्चनविधिक्रमः—शुद्धि, न्यास, आसनकल्पना, अभिषेक, स्तोत्र-प्रदक्षिणा (Adhyaya 27)
Śailādi présente une séquence liturgique concise du culte du liṅga : après le bain, le sādhaka entre dans l’espace de pūjā, accomplit trois prāṇāyāma et médite sur Tryambaka sous une forme ornée à cinq visages (pañcavaktra). Il adopte ensuite la conception corporelle śaiva et réalise la deha-śuddhi et le mantra-nyāsa, centrés sur le praṇava et la pañcākṣarī. Le rite se poursuit par la préparation et la consécration du lieu d’arcanā et des récipients (prokṣaṇī, arghya, pādya, ācamanīya), chargés d’eau fraîche avec santal, uśīra, camphre, fleurs, grains et bhasma selon la règle. Un siège de lotus (padma-āsana) est visualisé, ses pétales associés aux siddhi et aux placements cosmiques, culminant en la Śiva-pīṭhikā ; la divinité est invoquée et stabilisée par les mantras du pañcabrahma et apparentés, dont la Rudra-gāyatrī. L’abhiṣeka est accompli avec des eaux parfumées, le pañcagavya, le ghee, le miel et le jus de canne, au moyen de vases purifiés (or/argent/cuivre, conque, terre cuite). Un catalogue de sūkta védiques et śaiva est donné pour le bain efficace du liṅga, suivi des offrandes (vêtement, upavīta, gandha, dhūpa, dīpa, naivedya), de la pradakṣiṇā et de la prosternation. Le chapitre s’achève en annonçant le passage du liṅgārcana extérieur (bāhya) au culte intérieur (ābhyantara) dans l’enseignement suivant, de la précision rituelle à la réalisation intime de Śiva nishkala.
Verse 1
इति श्रीलिङ्गमहापुराणे पूर्वभागे पञ्चयज्ञविधानं नाम षड्विंशो ऽध्यायः शैलादिरुवाच वक्ष्यामि शृणु संक्षेपाल् लिङ्गार्चनाविधिक्रमम् वक्तुं वर्षशतेनापि न शक्यं विस्तरेण यत्
Ainsi s’achève, dans le Pūrvabhāga du Śrī Liṅga Mahāpurāṇa, le vingt-sixième chapitre intitulé «L’ordonnance des cinq sacrifices». Śailādi dit : «Je vais exposer—écoute en bref—l’ordre du rite d’adoration du Liṅga, car ce qui ne peut être dit pleinement en détail ne le serait pas même en cent ans».
Verse 2
एवं स्नात्वा यथान्यायं पूजास्थानं प्रविश्य च प्राणायामत्रयं कृत्वा ध्यायेद्देवं त्रियंबकम्
Ainsi, après s’être baigné selon la règle et être entré dans le lieu de culte, on accomplira le prāṇāyāma en trois temps, puis l’on méditera le Dieu Tryambaka—Śiva, le Pati ; par la pureté du yoga et l’adoration, il desserre les liens de pāśa qui entravent le paśu.
Verse 3
पञ्चवक्त्रं दशभुजं शुद्धस्फटिकसन्निभम् सर्वाभरणसंयुक्तं चित्रांबरविभूषितम्
Il est à cinq visages et dix bras, rayonnant tel un cristal sans tache ; paré de tous les ornements et embelli de vêtements splendides et multicolores. Ainsi doit-on contempler Pati (le Seigneur Śiva) : pur, lumineux et souverain sur toute chose.
Verse 4
तस्य रूपं समाश्रित्य दाहनप्लावनादिभिः शैवीं तनुं समास्थाय पूजयेत्परमेश्वरम्
S’abritant en cette forme sacrée, et par des moyens tels que l’offrande au feu et les ablutions rituelles, en assumant l’état śaiva, on doit adorer Parameśvara—le Seigneur Suprême (Pati) qui délivre le paśu des liens de pāśa.
Verse 5
देहशुद्धिं च कृत्वैव मूलमन्त्रं न्यसेत् क्रमात् सर्वत्र प्रणवेनैव ब्रह्माणि च यथाक्रमम्
Après avoir d’abord accompli la purification du corps (deha-śuddhi), on placera (nyāsa) le mūla-mantra selon la juste séquence. Partout, la consécration doit se faire par le seul Praṇava «Oṁ», et les brahma-nyāsa seront disposés dans leur ordre approprié.
Verse 6
सूत्रे नमः शिवायेति छन्दांसि परमे शुभे मन्त्राणि सूक्ष्मरूपेण संस्थितानि यतस्ततः
Dans le fil sacré du mantra « Namaḥ Śivāya », les mètres védiques (chandas) demeurent dans la Réalité suprêmement propice; et les mantras, sous leur forme subtile, sont établis partout, surgissant et agissant de toutes les directions.
Verse 7
न्यग्रोधबीजे न्यग्रोधस् तथा सूत्रे तु शोभने महत्यपि महद्ब्रह्म संस्थितं सूक्ष्मवत्स्वयम्
De même que l’immense nyagrodha (banyan) demeure dans la minuscule graine de nyagrodha, et que le fil subtil existe dans le cordon éclatant, ainsi le Suprême Mahad-Brahman—Śiva, le Pati—reste établi dans le grand lui-même (la manifestation cosmique), présent par sa propre nature comme la Réalité la plus subtile.
Verse 8
सेचयेदर्चनस्थानं गन्धचन्दनवारिणा द्रव्याणि शोधयेत्पश्चात् क्षालनप्रोक्षणादिभिः
Qu’on humecte le lieu d’adoration avec de l’eau imprégnée de parfum et de santal; puis qu’on purifie les objets rituels par le lavage, l’aspersion et les autres actes prescrits, afin que le culte du Pati (Śiva) s’accomplisse dans la pureté extérieure et intérieure, relâchant les liens (pāśa) du paśu (l’âme liée).
Verse 9
क्षालनं प्रोक्षणं चैव प्रणवेन विधीयते प्रोक्षणी चार्घ्यपात्रं च पाद्यपात्रम् अनुक्रमात्
Le lavage et l’aspersion doivent être accomplis avec le Pranava (Oṁ). Ensuite, dans l’ordre requis, qu’on dispose le récipient d’aspersion, le récipient d’arghya (eau d’offrande) et le récipient de pādya (eau pour les pieds du Seigneur).
Verse 10
तथा ह्याचमनीयार्थं कल्पितं पात्रमेव च स्थापयेद् विधिना धीमान् अवगुण्ठ्य यथाविधि
De même, pour l’ācamanīya (l’eau sanctifiante que l’on sirote), l’officiant avisé doit placer selon le rite le récipient préparé, puis le couvrir comme il est prescrit, conformément à la règle rituelle, afin que cette purification soit digne du culte du Pati (Seigneur Śiva).
Verse 11
दर्भैर् आच्छादयेच्चैव प्रोक्षयेच्छुद्धवारिणा तेषु तेष्वथ सर्वेषु क्षिपेत्तोयं सुशीतलम्
Qu’il recouvre les vases rituels et les offrandes d’herbe darbha et les asperge d’eau pure ; puis, dans chacun d’eux, qu’il verse une eau bien fraîche, établissant ainsi la pureté du rite pour le culte du Liṅga de Śiva.
Verse 12
प्रणवेन क्षिपेत्तेषु द्रव्याण्यालोक्य बुद्धिमान् उशीरं चन्दनं चैव पाद्ये तु परिकल्पयेत्
Après avoir sanctifié les offrandes par le Praṇava (Oṁ) et les avoir examinées comme il convient, le dévot avisé préparera l’eau pour les pieds (pādya) en y mêlant l’uśīra parfumé (vétiver) et le santal, afin qu’elle soit digne du Seigneur Pati dans le culte du Liṅga.
Verse 13
जातिकङ्कोलकर्पूरबहुमूलतमालकम् चूर्णयित्वा यथान्यायं क्षिपेदाचमनीयके
Après avoir réduit en poudre, selon la règle rituelle, le jasmin, le kankola (baie aromatique), le camphre, le bahumūla (plantes odorantes aux nombreuses racines) et le tamālaka, qu’on les dépose dans l’eau d’ācamanīya, l’eau destinée à être sirotée dans le rite du culte de Śiva.
Verse 14
एवं सर्वेषु पात्रेषु दापयेच्चन्दनं तथा कर्पूरं च यथान्यायं पुष्पाणि विविधानि च
Ainsi, qu’on dépose comme il se doit la pâte de santal et le camphre dans tous les vases rituels ; et, selon la règle, qu’on offre aussi des fleurs de diverses sortes.
Verse 15
कुशाग्रमक्षतांश्चैव यवव्रीहितिलानि च आज्यसिद्धार्थपुष्पाणि भसितं चार्घ्यपात्रके
Dans le vase d’arghya (coupe d’offrande), qu’on dépose les pointes d’herbe kuśa, l’akṣata (grains de riz intacts), l’orge, le riz et le sésame ; qu’on y ajoute des fleurs avec le siddhārtha (moutarde blanche) rendu apte par le ghee, ainsi que la cendre sacrée—afin de préparer l’arghya pour le culte du Liṅga, signe de Pati (Śiva).
Verse 16
कुशपुष्पयवव्रीहिबहुमूलतमालकम् दापयेत्प्रोक्षणीपात्रे भसितं प्रणवेन च
Dans le vase d’aspersion rituelle (prokṣaṇī), qu’on dépose l’herbe kuśa, des fleurs, l’orge, le riz, de nombreuses racines sacrées et le tamālaka ; puis qu’on y place aussi la bhasma, la cendre sainte, en la consacrant par le Praṇava « Oṁ ».
Verse 17
न्यसेत्पञ्चाक्षरं चैव गायत्रीं रुद्रदेवताम् केवलं प्रणवं वापि वेदसारमनुत्तमम्
Qu’on accomplisse le nyāsa avec le mantra aux cinq syllabes (pañcākṣara), et aussi avec la Gāyatrī dont la divinité est Rudra ; ou bien, à défaut, avec le seul Praṇava « Oṁ », essence suprême et sans égale du Veda.
Verse 18
अथ संप्रोक्षयेत्पश्चाद् द्रव्याणि प्रणवेन तु प्रोक्षणीपात्रसंस्थेन ईशानाद्यैश् च पञ्चभिः
Ensuite, qu’on consacre—en purifiant par aspersion—les substances rituelles par le Praṇava « Oṁ », au moyen de l’eau placée dans le vase d’aspersion (prokṣaṇī), et aussi en recourant aux cinq mantras (brahmiques) commençant par Īśāna, afin que les offrandes soient dignes du culte de Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 19
पार्श्वतो देवदेवस्य नन्दिनं मांसमर्चयेत् दीप्तानलायुतप्रख्यं त्रिनेत्रं त्रिदशेश्वरम्
Aux côtés du Deva des devas (Śiva), qu’on rende un culte à Nandin par une offrande de viande : Nandin, éclatant comme dix mille feux flamboyants, le Trinètre, seigneur des cohortes divines.
Verse 20
बालेन्दुमुकुटं चैव हरिवक्त्रं चतुर्भुजम् पुष्पमालाधरं सौम्यं सर्वाभरणभूषितम्
Qu’on le contemple, le croissant de lune pour diadème, portant le visage de Hari, à quatre bras, paré d’une guirlande de fleurs—doux et de bon augure—orné de tous les joyaux. Ainsi le yogin fixe son esprit sur Pati, le Seigneur qui accorde la délivrance au paśu lié.
Verse 21
उत्तरे चात्मनः पुण्यां भार्यां च मरुतां शुभाम् सुयशां सुव्रतां चाम्बां पादमण्डनतत्पराम्
Et au nord, il eut pour lui-même une épouse méritoire et de bon augure, une bienheureuse compagne liée aux Maruts—célèbre, ferme dans les vœux sacrés, vénérable comme une mère—dévouée à parer et à servir les Pieds divins.
Verse 22
एवं पूज्य प्रविश्यान्तर् भवनं परमेष्ठिनः दत्त्वा पुष्पाञ्जलिं भक्त्या पञ्चमूर्धसु पञ्चभिः
Ayant ainsi accompli le culte, il entra dans la demeure intérieure de Parameṣṭhin (Brahmā) ; et, avec dévotion, il offrit une poignée de fleurs sur les cinq têtes, une sur chacune.
Verse 23
गन्धपुष्पैस् तथा धूपैर् विविधैः पूज्य शङ्करम् स्कन्दं विनायकं देवीं लिङ्गशुद्धिं च कारयेत्
Après avoir adoré Śaṅkara avec des substances parfumées, des fleurs et des encens variés, qu’on honore aussi Skanda, Vināyaka et la Devī ; puis qu’on fasse accomplir la purification du Liṅga (liṅga-śuddhi).
Verse 24
जप्त्वा सर्वाणि मन्त्राणि प्रणवादिनमो ऽन्तकम् कल्पयेदासनं पश्चात् पद्माख्यं प्रणवेन तत्
Après avoir récité tous les mantras—commençant par le Praṇava (Oṃ) et s’achevant par la salutation—qu’on dispose ensuite le siège ; puis, par la puissance du Praṇava, qu’on établisse l’āsana nommé Padma, le lotus.
Verse 25
तस्य पूर्वदलं साक्षाद् अणिमामयम् अक्षरम् लघिमा दक्षिणं चैव महिमा पश्चिमं तथा
De ce lotus mystique (mandala), le pétale de l’est est véritablement la syllabe impérissable qui incarne Aṇimā (le pouvoir de la subtilité et de la petitesse) ; celui du sud est Laghimā (légèreté), et celui de l’ouest, de même, est Mahimā (grandeur et immensité).
Verse 26
प्राप्तिस्तथोत्तरं पत्रं प्राकाम्यं पावकस्य तु ईशित्वं नैरृतं पत्रं वशित्वं वायुगोचरे
«Prāpti» (le pouvoir d’atteindre sans défaillance) appartient au Nord ; «Prākāmya» (la liberté d’agir selon sa volonté) relève de la sphère du Feu. «Īśitva» (la maîtrise seigneuriale) concerne le Sud‑Ouest, et «Vaśitva» (le pouvoir de soumettre et de tenir sous contrôle) se déploie dans le domaine du Vent.
Verse 27
सर्वज्ञत्वं तथैशान्यं कर्णिका सोम उच्यते सोमस्याधस् तथा सूर्यस् तस्याधः पावकः स्वयम्
L’omniscience et le principe d’Iśāna (Nord‑Est, souverain) sont dits demeurer dans la karṇikā (le cœur, le péricarpe) ; là, Soma est proclamé présider. Au‑dessous de Soma se tient Sūrya, et au‑dessous de lui, en vérité, Pāvaka (Agni) lui‑même.
Verse 28
धर्मादयो विदिक्ष्वेते त्व् अनन्तं कल्पयेत्क्रमात् अव्यक्तादिचतुर्दिक्षु सोमस्यान्ते गुणत्रयम्
Ces principes, à commencer par Dharma, doivent être contemplés dans les directions intermédiaires ; puis, selon l’ordre, on placera mentalement Ananta. Dans les quatre directions commençant par l’Inmanifesté (Avyakta), et à l’extrémité de la sphère de Soma, on méditera les trois guṇa. Ainsi l’univers ordonné est reconnu comme paśu, lié par prakṛti, tandis que le Seigneur (Pati), Śiva, demeure le fondement transcendant de toute mise en place.
Verse 29
आत्मत्रयं ततश्चोर्ध्वं तस्यान्ते शिवपीठिका सद्योजातं प्रपद्यामीत्य् आवाह्य परमेश्वरम्
Ensuite, au‑dessus de la triade du Soi, on établira le siège de Śiva ; et à son terme, en invoquant le Seigneur suprême, on l’appellera par le mantra : «Je prends refuge en Sadyojāta», invitant ainsi Parameśvara (Śiva) à être présent.
Verse 30
वामदेवेन मन्त्रेण स्थापयेदासनोपरि सान्निध्यं रुद्रगायत्र्या अघोरेण निरुध्य च
Par le mantra de Vāmadeva, on doit l’établir sur le siège rituel. Par la Rudra‑Gāyatrī, on invoque la proximité de la présence du Seigneur ; et par le mantra d’Aghora, on scelle et on retient tout obstacle, afin que le rite soit solidement affermi.
Verse 31
ईशानः सर्वविद्यानाम् इति मन्त्रेण पूजयेत् पाद्यमाचमनीयं च विभोश्चार्घ्यं प्रदापयेत्
Qu’on adore le Liṅga du Seigneur qui pénètre tout, avec le mantra : « Īśānaḥ sarvavidyānām » (Īśāna est la source de toutes les connaissances). Puis qu’on offre l’eau pour laver les pieds (pādya), l’eau pour l’ācamanīya (gorgée rituelle) et l’arghya, l’oblation d’honneur, à ce Tout-Puissant.
Verse 32
स्नापयेद्विधिना रुद्रं गन्धचन्दनवारिणा पञ्चगव्यविधानेन गृह्य पात्रे ऽभिमन्त्र्य च
Qu’on baigne Rudra selon le rite prescrit, avec une eau imprégnée de parfum et de santal. Et, selon l’ordonnance du pañcagavya, l’ayant pris dans un vase consacré, qu’on le sanctifie d’abord par des mantras, puis qu’on accomplisse l’ablution—honorant Pati (Śiva) afin de relâcher les pāśa qui lient le paśu (l’âme).
Verse 33
प्रणवेनैव गव्यैस्तु स्नापयेच्च यथाविधि आज्येन मधुना चैव तथा चेक्षुरसेन च
En ne récitant que le Praṇava (Oṁ), qu’on baigne le Liṅga selon le rite avec les substances consacrées issues de la vache; aussi avec le ghee (ājya), avec le miel, et de même avec le jus de canne à sucre. Dans cet abhiṣeka, le paśu (l’âme liée) s’approche de Pati (Śiva) par la discipline du rite, et les pāśa (liens) se relâchent par la pureté, la bhakti et le mantra.
Verse 34
पुण्यैर्द्रव्यैर्महादेवं प्रणवेनाभिषेचयेत् जलभाण्डैः पवित्रैस्तु मन्त्रैस्तोयं क्षिपेत्ततः
Avec des offrandes purifiantes, qu’on baigne Mahādeva, en consacrant le rite par le Praṇava (Oṁ). Puis, avec des récipients d’eau pure, qu’on verse l’eau sur le Seigneur en récitant des mantras.
Verse 35
शुद्धिं कृत्वा यथान्यायं सितवस्त्रेण साधकः कुशापामार्गकर्पूरजातिपुष्पकचम्पकैः
Après avoir accompli la purification selon la règle, le sādhaka, vêtu de blanc, doit poursuivre le culte avec l’herbe kuśa, l’apāmārga, le camphre, des fleurs de jasmin et des fleurs de campaka.
Verse 36
करवीरैः सितैश्चैव मल्लिकाकमलोत्पलैः आपूर्य पुष्पैः सुशुभैः चन्दनाद्यैश् च तज्जलम्
Cette eau destinée au culte doit être remplie de fleurs de bon augure—karavīra blanc, mallikā (jasmin), kamala (lotus) et utpala (lotus bleu)—et encore imprégnée de santal et de parfums semblables, afin d’être digne de l’aspersion consacratoire au Liṅga de Pati, le Seigneur qui délivre le paśu des liens du pāśa.
Verse 37
न्यसेन्मन्त्राणि तत्तोये सद्योजातादिकानि तु सुवर्णकलशेनाथ तथा वै राजतेन वा
Qu’il accomplisse le nyāsa en déposant les mantras dans cette eau—à commencer par Sadyojāta et les autres (les cinq Brahma-mantras)—au moyen d’un kalaśa d’or, ou bien, assurément, d’un kalaśa d’argent.
Verse 38
ताम्रेण पद्मपत्रेण पालाशेन दलेन वा शंखेन मृन्मयेनाथ शोधितेन शुभेन वा
La purification peut être accomplie avec un récipient de cuivre, avec une feuille de lotus, avec une feuille de palāśa, avec une conque (śaṅkha), ou encore avec un vase de terre de bon augure dûment purifié ; tous ces moyens sont approuvés pour le rite d’adoration du liṅga de Śiva.
Verse 39
सकूर्चेन सपुष्पेण स्नापयेन्मन्त्रपूर्वकम् मन्त्राणि ते प्रवक्ष्यामि शृणु सर्वार्थसिद्धये
Avec le kūrca d’herbe darbha sacrée et avec des fleurs, qu’on baigne (snāpana) le Liṅga en précédant l’acte de mantras. Je vais maintenant te dire ces mantras : écoute, pour l’accomplissement de toute fin (sarvārtha-siddhi).
Verse 40
यैर्लिङ्गं सकृदप्येवं स्नाप्य मुच्येत मानवः पवमानेन मन्त्रज्ञाः तथा वामीयकेन च
Les connaisseurs des mantras déclarent que l’être humain est délivré même en baignant le Liṅga une seule fois de cette manière—en employant le mantra Pavamāna, et de même le mantra Vāmīyaka.
Verse 41
रुद्रेण नीलरुद्रेण श्रीसूक्तेन शुभेन च रजनीसूक्तकेनैव चमकेन शुभेन च
Avec l’hymne à Rudra, avec le Nīlarudra de bon augure, avec le Śrī-sūkta bienfaisant, et de même avec le Rājanī-sūkta, ainsi qu’avec le Camaka auspicious—ainsi le dévot doit accomplir les récitations dans le rite d’adoration du liṅga de Śiva.
Verse 42
होतारेणाथ शिरसा अथर्वेण शुभेन च शान्त्या चाथ पुनः शान्त्या भारुण्डेनारुणेन च
Ensuite, le dévot doit appeler l’auspice par le Hotṛ (prêtre invocateur), par l’hymne Śiras, par les mantras sacrés de l’Atharva, et par les rites d’apaisement de bon augure—à maintes reprises par la Śānti—avec le Bhāruṇḍa et l’Aruṇa comme récitations protectrices, afin d’écarter les obstacles et d’établir la paix pour le culte de Śiva.
Verse 43
वारुणेन च ज्येष्ठेन तथा वेदव्रतेन च तथान्तरेण पुण्येन सूक्तेन पुरुषेण च
Et avec l’hymne de Varuṇa, avec l’hymne Jyeṣṭha, avec l’observance du Veda-vrata, et aussi avec un autre chant sacré—ainsi qu’avec le Puruṣa Sūkta—il doit offrir sa louange au Pati suprême, Śiva; car ces paroles védiques purifient le paśu et desserrent le pāśa de la servitude.
Verse 44
त्वरितेनैव रुद्रेण कपिना च कपर्दिना आवोसजेति साम्ना तु बृहच्चन्द्रेण विष्णुना
Alors, promptement, Rudra—le Kapi fauve et le Seigneur Kapardin aux cheveux nattés—fut invoqué par le Sāman «Āvosaje»; et de même Viṣṇu, en tant que Bṛhaccandra, «à la Grande Lune», le loua par ce chant.
Verse 45
विरूपाक्षेण स्कन्देन शतऋग्भिः शिवैस् तथा पञ्चब्रह्मैश् च सूत्रेण केवलप्रणवेन च
On peut adorer le Pati, le Seigneur Śiva, en invoquant Virūpākṣa et Skanda, en récitant les cent Ṛk de Śiva, par les mantras du Pañcabrahma, par le sūtra sacré (formule/cordon rituel), et aussi par le seul Pranava, «Oṁ», à lui seul.
Verse 46
स्नापयेद्देवदेवेशं सर्वपापप्रशान्तये वस्त्रं शिवोपवीतं च तथा ह्याचमनीयकम्
Pour apaiser tous les péchés (pāpa) qui enchaînent le paśu (l’âme individuelle), qu’on baigne Devadeveśa—Seigneur des dieux—puis qu’on offre des vêtements, le cordon sacré (yajñopavīta) consacré à Śiva, ainsi que l’eau pour l’ācamana (gorgée rituelle).
Verse 47
गन्धं पुष्पं तथा धूपं दीपमन्नं क्रमेण तु तोयं सुगन्धितं चैव पुनराचमनीयकम्
Dans l’ordre prescrit, on offre parfum, fleurs, encens, lampe et nourriture; puis de l’eau parfumée, et de nouveau l’eau pour l’ācamana (gorgée rituelle)—ainsi s’achève la suite du culte du Liṅga, signe manifeste de Pati (Śiva).
Verse 48
मुकुटं च शुभं छन्नं तथा वै भूषणानि च दापयेत्प्रणवेनैव मुखवासादिकानि च
Qu’on offre une couronne belle et bien voilée, ainsi que des ornements; et, par le Praṇava (Oṁ) lui-même, qu’on présente aussi des voiles pour le visage et les objets connexes pour parer le Seigneur.
Verse 49
ततः स्फटिकसंकाशं देवं निष्कलमक्षरम् कारणं सर्वदेवानां सर्वलोकमयं परम्
Alors ils contemplèrent le Deva, d’un éclat pareil au cristal—sans parties, impérissable, Cause de tous les dieux—suprême, pénétrant et contenant tous les mondes. Il est Pati (Śiva), au-delà de tout attribut limitant, et pourtant présent comme la réalité intime de l’univers entier.
Verse 50
ब्रह्मेन्द्रविष्णुरुद्राद्यैर् ऋषिदेवैर् अगोचरम् वेदविद्भिर् हि वेदान्तैस् त्व् अगोचरमिति श्रुतिः
Il est hors de portée de Brahmā, d’Indra, de Viṣṇu, de Rudra et des autres, et hors du champ des Ṛṣis et des dieux. En vérité, les connaisseurs du Veda, par le Vedānta, déclarent dans la Śruti : «Ce Pati suprême n’est pas un objet des sens : il est agocara.»
Verse 51
आदिमध्यान्तरहितं भेषजं भवरोगिणाम् शिवतत्त्वमिति ख्यातं शिवलिङ्गे व्यवस्थितम्
Ce principe de Śiva—sans commencement, sans milieu ni fin—est renommé comme le remède des êtres atteints par la maladie du devenir mondain; il demeure établi dans le Śiva-liṅga.
Verse 52
प्रणवेनैव मन्त्रेण पूजयेल्लिङ्गमूर्धनि स्तोत्रं जपेच्च विधिना नमस्कारं प्रदक्षिणम्
Avec le Praṇava (Oṃ) seul pour mantra, on doit vénérer le sommet du Liṅga; puis, selon la règle, réciter des stotra, accomplir la prosternation et la circumambulation (pradakṣiṇa)—ainsi s’achève la Śiva-pūjā qui, par la bhakti envers le Pati (Śiva), desserre les liens (pāśa) du Paśu (l’âme).
Verse 53
अर्घ्यं दत्त्वाथ पुष्पाणि पादयोस्तु विकीर्य च प्रणिपत्य च देवेशम् आत्मन्यारोपयेच्छिवम्
Après avoir offert l’arghya, qu’on répande des fleurs à Ses pieds; puis, se prosternant devant le Deveśa, Seigneur des dieux, qu’on installe Śiva en soi par la contemplation intérieure—reconnaissant le Pati, au-delà de tout pāśa, comme la Réalité immanente du Paśu (l’âme).
Verse 54
एवं संक्षिप्य कथितं लिङ्गार्चनमनुत्तमम् आभ्यन्तरं प्रवक्ष्यामि लिङ्गार्चनमिहाद्य ते
Ainsi a été enseigné brièvement le culte incomparable du Liṅga. À présent, je te déclarerai, ici et aujourd’hui, le culte intérieur (mental) du Liṅga, par lequel le Paśu est délié du pāśa et conduit vers la grâce du Pati (Śiva).
Praṇava (Om) is used throughout for purification and consecration; pañcākṣarī (“namaḥ śivāya”) and pañcabrahma-related mantras (with Rudra-gāyatrī) are employed for invocation, stabilization, and worship of the liṅga and Śiva’s presence.
It sacralizes the worship-seat as a cosmogram: the sādhaka situates ritual action within a graded metaphysical order, culminating in Śiva-pīṭhikā, so external worship aligns with inner ascent and integration.
By presenting abhiṣeka and mantra-recitation as pāpa-śamana and as a gateway to realizing Śiva as the nishkala, formless cause; the text explicitly transitions from outer ritual to the upcoming inner liṅgārcana, implying progressive interiorization toward mokṣa.