
Śrāddha-vidhi for Pitṛs: Invitations, Purity, Offerings, and Conduct
Le chapitre poursuit l’enseignement du dharma dans l’Uttara-bhāga : Vyāsa y trace un protocole complet du śrāddha, depuis les invitations préalables et les qualités requises des brāhmaṇas jusqu’au choix du lieu, l’orientation des sièges, les invocations par mantras, le homa et la mise en place des piṇḍas. Il expose la métaphysique de la participation : les Pitṛs arrivent à l’heure fixée, prennent part subtilement aux offrandes aux côtés des brāhmaṇas, puis s’en retournent satisfaits vers des états plus élevés. Vient ensuite un resserrement de l’éthique rituelle—mise en garde contre les prêtres invités qui abandonnent le rite, les inconduites sexuelles, les querelles et les manquements à la discipline—car cela diminue directement la nourriture spirituelle des ancêtres. Une liturgie détaillée suit : priorité du Vaiśvadeva, assises à l’est/au sud, agencement du darbha/kuśa, arghya et consécration du sésame/de l’orge, distinctions d’upavīta/prācīnāvīta et de posture des genoux pour les actes deva versus pitṛ. La séquence du repas culmine avec la récitation du svādhyāya, les formules de congé, le traitement des piṇḍas, la distribution au foyer et le brahmacarya après le rite. La conclusion aborde des cas particuliers (āma-śrāddha sans feu, aménagements pour la pauvreté), des règles de piṇḍa liées à l’héritage (bījī/kṣetrin), des variantes de temps (ekoddiṣṭa ; rites matinaux de prospérité) et l’insistance sur le fait que le mātṛyāga doit précéder le śrāddha, préparant l’unité suivante sur le culte des Mères et l’ordre triple du śrāddha.
Verse 1
इति श्रीकूर्मपुराणे षट्साहस्त्र्यां संहितायामुपरिविभागे एकविशो ऽध्याय इन् रेए निछ्त् ज़ुल्äस्सिगे ज़ेइछेन्: व्यास उवाच गोमयेनोदकैर्भूमिं शोधयित्वा समाहितः / संनिपात्य द्विजान् सर्वान् साधुभिः संनिमन्त्रयेत्
Ainsi, dans le saint «Śrī Kūrma Purāṇa», dans la Saṃhitā de six mille ślokas, dans la section ultérieure—(le colophon du chapitre se trouve ici). Vyāsa déclara : Après avoir purifié le sol avec de la bouse de vache et de l’eau, et s’être recueilli, qu’on rassemble tous les « deux-fois-nés » et, avec l’appui des vertueux, qu’on les convie selon le rite sacré.
Verse 2
श्वो भविष्यति मे श्राद्धं पूर्वेद्युरभिपूज्य च / असंभवे परेद्युर्वा यथोक्तैर्लक्षणैर्युतान्
«Demain aura lieu mon śrāddha. Aussi, la veille, qu’on invite et qu’on honore avec respect les brāhmaṇas ; si cela n’est pas possible, qu’on le fasse le lendemain—en choisissant ceux qui sont pourvus des qualités prescrites.»
Verse 3
तस्य ते पितरः श्रुत्वा श्राद्धकालमुपस्थितम् / अन्योन्यं मनसा ध्यात्वा संपतन्ति मनोजवाः
Entendant que le temps de son śrāddha est arrivé, ses Pitṛs (pères ancestraux), se reconnaissant les uns les autres par l’esprit, descendent aussitôt, rapides comme la pensée.
Verse 4
ब्राह्मणैस्ते सहाश्नन्ति पितरो ह्यन्तरिक्षगाः / वायुभूतास्तु तिष्ठन्ति भुक्त्वा यान्ति परां गतिम्
Ces Pitṛs qui se meuvent dans la région intermédiaire (antarikṣa) prennent part à l’offrande avec les brāhmaṇas. Ayant revêtu une forme de vent, ils demeurent présents ; puis, rassasiés, ils s’en vont vers l’état suprême.
Verse 5
आमन्त्रिताश्च ते विप्राः श्राद्धकाल उपस्थिते / वसेयुर्नियताः सर्वे ब्रह्मचर्यपरायणाः
Lorsque vient le temps du Śrāddha, les brāhmaṇas conviés doivent tous demeurer sur place, dans une discipline réglée, voués au brahmacarya.
Verse 6
अक्रोधनो ऽत्वरो ऽमत्तः सत्यवादी समाहितः / भारं मैथुनमध्वानं श्राद्धकृद् वर्जयेज्जपम्
Celui qui entreprend le japa doit être sans colère, sans hâte, sans ivresse, véridique et l’esprit recueilli. Pendant le japa, qu’il évite de porter de lourdes charges, l’union sexuelle et les longs voyages; et lorsqu’il accomplit les rites de śrāddha, qu’il s’abstienne aussi du japa.
Verse 7
आमन्त्रितो ब्राह्मणो वा यो ऽन्यस्मै कुरुते क्षणम् / स याति नरकं घोरं सूकरत्वां प्रायाति च
Si un brāhmaṇa, dûment invité, ne fût-ce qu’un instant se détourne pour servir un autre, il tombe dans un enfer effroyable—et ensuite obtient aussi la condition de porc.
Verse 8
आमन्त्रयित्वा यो मोहादन्यं चामन्त्रयेद् द्विजम् / स तस्मादधिकः पापी विष्ठाकीटो ऽभिजायते
Si, après en avoir invité un, quelqu’un—par égarement—invitait aussi un autre brāhmaṇa à sa place, il devient encore plus pécheur que pour la faute précédente ; il renaît comme un ver dans les excréments.
Verse 9
श्राद्धे निमन्त्रितो विप्रो मैथुनं यो ऽधिगच्छति / ब्रह्महत्यामवाप्नोति तिर्यग्योनौ च जायते
Un brāhmaṇa invité à un rite de śrāddha qui s’adonne à l’union sexuelle encourt le péché de brahma-hatyā (la plus grave transgression) et renaît ensuite dans une matrice animale.
Verse 10
निमन्त्रितस्तु यो विप्रो ह्यध्वानं याति दुर्मतिः / भवन्ति पितरस्तस्य तं मासं पांशुभोजनाः
Mais si un brāhmaṇa, bien qu’invité selon le rite, s’en va sottement en voyage, alors ses pitṛs (ancêtres) sont contraints, durant ce mois-là, de subsister de poussière pour nourriture.
Verse 11
निमन्त्रितस्तु यः श्राद्धे प्रकुर्यात् कलहं द्विजः / भवन्ति तस्य तन्मासं पितरो मलभोजनाः
Mais si un dvija, invité à un Śrāddha, y suscite une querelle, alors durant tout ce mois ses Pitṛs (ancêtres) deviennent comme des mangeurs d’immondices, recevant des offrandes impures et avilies.
Verse 12
तस्मान्निमन्त्रितः श्राद्धे नियतात्मा भवेद् द्विजः / अक्रोधनः शौचपरः कर्ता चैव जितेन्द्रियः
Ainsi, le dvija (brāhmane) invité à un Śrāddha doit être maître de lui-même : sans colère, voué à la pureté, capable d’accomplir le rite, et ayant vaincu les sens.
Verse 13
श्वोभूते दक्षिणां गत्वा दिशं दर्भान् समाहितः / समूलानाहरेद् वारि दक्षिणाग्रान् सुनिर्मलान्
À l’aube, l’esprit recueilli, il doit se rendre vers le sud et rapporter (avec de l’eau) une herbe darbha très pure, en l’arrachant avec ses racines et en orientant ses pointes vers le sud.
Verse 14
दक्षिणाप्रवणं स्निग्धं विभक्तं शुभलक्षणम् / शुचिं देशं विविक्तं च गोमयेनोपलेपयेत्
Qu’on prépare un lieu propre et retiré—légèrement incliné vers le sud, lisse et bien aménagé, dûment délimité et porteur de signes fastes—puis qu’on enduise ce sol purifié de bouse de vache.
Verse 15
नदीतीरेषु तीर्थेषु स्वभूमौ चैव सानुषु / विविक्तेषु च तुष्यन्ति दत्तेन पितरः सदा
Les Pitṛs (esprits ancestraux) sont toujours comblés par les offrandes faites sur les rives des fleuves, dans les tīrthas (lieux saints de pèlerinage), sur sa propre terre, sur les pentes des montagnes, et aussi dans les lieux retirés.
Verse 16
पारक्ये भूमिभागे तु पितॄणां नैव निर्वपेत् / स्वामिभिस्तद् विहन्येत मोहाद् यत् क्रियते नरैः
On ne doit jamais accomplir le śrāddha, l’offrande aux Pitṛ (ancêtres), sur la terre d’autrui. Tout ce que les hommes y font par illusion devient sans fruit, car les propriétaires légitimes du lieu l’annulent.
Verse 17
अटव्यः पर्वताः पुण्यास्तीर्थान्यायतनानि च / सर्वाण्यस्वामिकान्याहुर्न हि तेषु परिग्रहः
Les forêts saintes, les montagnes sacrées, les tīrtha (gués de pèlerinage) et les sanctuaires sont tous déclarés sans propriété privée ; car en de tels lieux il n’existe pas de possession légitime.
Verse 18
तिलान् प्रविकिरेत् तत्र सर्वतो बन्धयेदजान् / असुरोपहतं सर्वं तिलैः शुद्ध्यत्यजेन वा
Là, qu’on répande des graines de sésame en tous sens et qu’on attache des chèvres tout autour. Tout ce qui a été frappé par une influence asurique est purifié, soit par le sésame, soit par une chèvre (dans le rite).
Verse 19
ततो ऽन्नं बहुसंस्कारं नैकव्यञ्जनमच्युतम् / चोष्यपेयसमृद्धं च यथाशक्त्या प्रकल्पयेत्
Ensuite, selon ses moyens, qu’on prépare une nourriture soigneusement apprêtée, riche de multiples préparations, accompagnée de divers mets, et abondante en choses à mâcher comme en boissons, afin de l’offrir à Acyuta, le Seigneur Impérissable.
Verse 20
ततो निवृत्ते मध्याह्ने लुप्तलोमनखान् द्विजान् / अभिगम्य यथामार्गं प्रयच्छेद् दन्तधावनम्
Puis, lorsque le midi est passé, s’approchant des dvija (les « deux-fois-nés ») dont les cheveux et les ongles ont été taillés, on leur remettra, selon la règle, des bâtonnets pour le nettoyage des dents.
Verse 21
तैलमभ्यञ्जनं स्नानं स्नानीयं च पृथग्विधम् / पात्रैरौदुम्बरैर्दद्याद् वैश्वदैवत्यपूर्वकम्
Qu’on offre séparément l’huile d’onction, le bain lui‑même et les divers accessoires du bain; et qu’on les donne dans des récipients de bois d’udumbara, après avoir accompli d’abord le rite de Vaiśvadeva (offrandes aux divinités universelles).
Verse 22
ततः स्नात्वा निवृत्तेभ्यः प्रत्युत्थायकृताञ्जलिः / पाद्यमाचमनीयं च संप्रयच्छेद् यथाक्रमम्
Ensuite, après s’être baigné, qu’il se lève pour accueillir ceux qui sont revenus, les mains jointes en hommage, et qu’il leur offre, dans l’ordre prescrit, l’eau pour laver les pieds et l’eau d’ācamana (gorgée rituelle).
Verse 23
ये चात्र विश्वेदेवानां विप्राः पूर्वं निमन्त्रिताः / प्राङ्मुखान्यासनान्येषां त्रिदर्भोपहितानि च
Et les brāhmanes, conviés auparavant ici pour le rite des Viśvedevās, eurent des sièges disposés face à l’est; ces sièges furent aussi garnis de trois brins d’herbe darbha, sacrée.
Verse 24
दक्षिणामुखयुक्तानि पितॄणामासनानि च / दक्षिणाग्रैकदर्भाणि प्रोक्षितानि तिलोदकैः
Qu’il dispose les sièges pour les Pitṛs (les Ancêtres) tournés vers le sud, et qu’il y place un seul brin de kuśa dont la pointe est orientée au sud; puis qu’il les asperge d’eau mêlée de sésame.
Verse 25
तेषूपवेशयेदेतानासनं स्पृश्य स द्विजम् / आसध्वमिति संजल्पन् आसनास्ते पृथक् पृथक्
Les ayant fait asseoir, l’hôte doit toucher le siège et, avec respect, le dvija (brāhmane), en disant : «Asseyez‑vous»; puis disposer des sièges distincts pour chacun.
Verse 26
द्वौ दैवे प्राङ्मुखौ पित्र्ये त्रयश्चोदङ्मुखास्तथा / एकैकं वा भवेत् तत्र देवमातामहेष्वपि
Pour les offrandes aux dieux, que deux brāhmaṇa soient assis face à l’est ; pour les offrandes aux Ancêtres (pitṛ), que trois soient assis face au nord. Ou bien, l’on peut n’en désigner qu’un pour chacun—y compris dans les rites pour les dieux, la mère et le grand-père maternel.
Verse 27
सत्क्रियां देशकालौ च शौचं ब्राह्मणसंपदम् / पञ्चैतान् विस्तरो हन्ति तस्मान्नेहेत विस्तरम्
Le rite accompli selon la règle, le lieu et le temps convenables, la pureté, et la présence compétente des brāhmaṇa—ces cinq choses sont ruinées par une élaboration excessive ; aussi ne faut-il pas poursuivre une prolixité inutile dans le rituel.
Verse 28
अपि वा भोजयेदेकं ब्राह्मणं वेदपारगम् / श्रुतशीलादिसंपन्नमलक्षणविवर्जितम्
Ou bien, qu’on nourrisse ne fût-ce qu’un seul brāhmaṇa, passé maître dans les Veda—doué d’étude, de bonne conduite et d’autres vertus, exempt de tout défaut disqualifiant.
Verse 29
उद्धृत्य पात्रे चान्नं तत् सर्वस्मात् प्रकृतात् पुनः / देवतायतने चास्मै निवेद्यान्यत्प्रवर्तयेत्
Ensuite, ayant de nouveau prélevé cette nourriture cuite de la masse commune et l’ayant placée dans un récipient pur, qu’on l’offre à Lui, dans le sanctuaire de la divinité, comme naivedya ; puis qu’on poursuive les rites restants.
Verse 30
प्रास्येदग्नौ तदन्नं तु दद्याद् वा ब्रह्मचारिणे / तस्मादेकमपि श्रेष्ठं विद्वांसं भोजयेद् द्विजम्
Qu’on jette cette nourriture dans le feu sacré (Agni), ou qu’on la donne à un brahmacārin, l’étudiant védique. Ainsi, même s’il ne faut nourrir qu’un seul, qu’on nourrisse un dvija excellent et savant.
Verse 31
भिक्षुको ब्रह्मचारी वा भोजनार्थमुपस्थितः / उपविष्टेषु यः श्राद्धे कामं तमपि भोजयेत्
Si un mendiant sacré ou un brahmacārin arrive en quête de nourriture, même lorsque les convives sont déjà assis pour le śrāddha, on doit aussi le nourrir de bon gré.
Verse 32
अतिथिर्यस्य नाश्नाति न तच्छ्राद्धं प्रशस्यते / तस्मात् प्रयत्नाच्छ्राद्धेषु पूज्या ह्यतिथयो द्विजैः
On ne loue pas le śrāddha où l’hôte ne prend pas part à la nourriture. C’est pourquoi, lors des rites de śrāddha, les dvija doivent s’appliquer à honorer les hôtes.
Verse 33
आतिथ्यरहिते श्राद्धे भुञ्जते ये द्विजातयः / काकयोनिं व्रजन्त्येते दाता चैव न संशयः
Si des dvija mangent dans un śrāddha dépourvu d’hospitalité, ils tombent dans une naissance de corbeau ; et le donateur aussi—sans aucun doute.
Verse 34
हीनाङ्गः पतितः कुष्ठी व्रणी पुक्कसनास्तिकौ / कुक्कुटाः शूकराः श्वानो वर्ज्याः श्राद्धेषु दूरतः
Dans les rites de śrāddha, qu’on tienne bien à l’écart : les infirmes, ceux qui sont déchus de la conduite prescrite, les lépreux, les ulcérés ou blessés, le pukkasa et le nāstika ; de même, poules, porcs et chiens doivent être strictement exclus.
Verse 35
बीभत्सुमशुचिं नग्नं मत्तं धूर्तं रजस्वलाम् / नीलकाषायवसनं पाषण्डांश्च विवर्जयेत्
Qu’on évite ce qui est répugnant et impur : le nu, l’ivrogne, le trompeur et la femme en période de menstruation ; ainsi que ceux qui portent des vêtements bleus ou ocre comme marque sectaire, et les pāṣaṇḍa, adversaires du dharma.
Verse 36
यत् तत्र क्रियते कर्म पैतृकं ब्राह्मणान् प्रति / तत्सर्वमेव कर्तव्यं वैश्वदैवत्यपूर्वकम्
Quel que soit le rite ancestral accompli là en l’honneur des brāhmaṇas—tout cela doit être exécuté intégralement, mais seulement après avoir d’abord célébré le Vaiśvadeva, l’offrande aux divinités universelles.
Verse 37
यथोपविष्टान् सर्वांस्तानलङ्कुर्याद् विभूषणः / स्त्रग्दामभिः शिरोवेष्टैर्धूपवासो ऽनुलेपनैः
Ensuite, l’officiant d’honneur doit les parer tous, tels qu’ils sont assis—en offrant guirlandes et chapelets de fleurs, bandeaux de tête, encens, beaux vêtements et onguents parfumés.
Verse 38
ततस्त्वावाहयेद् देवान् ब्राह्मणानामनुज्ञया / उदङ्मुखो यथान्यायं विश्वे देवास इत्यृचा
Ensuite, avec l’assentiment des brāhmaṇas, il doit invoquer les dieux selon le rite—assis face au nord—en récitant l’hymne du Ṛgveda qui commence par : « viśve devāsaḥ… » (« Ô vous, tous les dieux… »).
Verse 39
द्वे पवित्रे गृहीत्वाथ भाजने क्षालिते पुनः / शं नो देव्या जलं क्षिप्त्वा यवो ऽसीति यवांस्तथा
Puis, prenant deux anneaux purificateurs de pavitra et utilisant de nouveau un récipient bien lavé, il doit asperger l’eau en récitant : « Que la Déesse nous accorde l’auspice » ; et de même consacrer l’orge en récitant : « Tu es l’orge ».
Verse 40
या दिव्या इति मन्त्रण हस्ते त्वर्घं विनिक्षिपेत् / प्रदद्याद् गन्धमाल्यानि धूपादीनि च शक्तितः
En récitant le mantra qui commence par « yā divyā… », il doit déposer l’offrande d’arghya dans la main (de la divinité ou du récipiendaire vénéré). Puis, selon ses moyens, offrir parfums, guirlandes, encens et les autres présents rituels du culte.
Verse 41
अपसव्यं ततः कृत्वा पितॄणां दक्षिणामुखः / आवाहनं ततः कुर्यादुशन्तस्त्वेत्यृचा बुधः
Ensuite, après avoir disposé le cordon sacré selon le mode apasavya et s’être tourné vers le sud pour les Pitṛ (ancêtres), le sage doit accomplir l’invocation (āvāhana) en récitant le verset du Ṛgveda qui commence par « uśantaḥ ».
Verse 42
आवाह्य तदनुज्ञातो जपेदायन्तु नस्ततः / शं नो देव्योदकं पात्रे तिलो ऽसीति तिलांस्तथा
Les ayant invoqués et ayant reçu l’autorisation de poursuivre, il doit réciter : « Qu’ils viennent à nous ». Ensuite il récite : « Ô Eau divine dans le vase, sois favorable pour nous », et de même sur les graines de sésame : « Tu es sésame ».
Verse 43
क्षिप्त्वा चार्घं यथापूर्वं दत्त्वा हस्तेषु वै पुनः / संस्त्रवांश्च ततः सर्वान् पात्रे कुर्यात् समाहितः / पितृभ्यः स्थानमेतेन न्युब्जं पात्रं निधापयेत्
Après avoir versé l’arghya comme auparavant et avoir de nouveau placé (l’eau) dans les mains, le pratiquant recueilli doit rassembler dans un vase toutes les gouttes restantes. Par cet acte, il établit le siège des Pitṛ et dépose le vase renversé.
Verse 44
अग्नौ करिष्येत्यादाय पृच्छत्यन्नं घृतप्लुतम् / कुरुष्वेत्यभ्यनुज्ञातो जुहुयादुपवीतवान्
Prenant la nourriture imprégnée de ghee et demandant : « Dois-je l’offrir au feu ? », lorsqu’il est autorisé par les mots « Fais-le », l’officiant, portant le cordon sacré selon la manière correcte (upavīta), doit verser l’oblation dans Agni.
Verse 45
यज्ञोपवीतिना होमः कर्तव्यः कुशपाणिना / प्राचीनावीतिना पित्र्यं वैश्वदेवं तु होमवत्
Le homa doit être accompli en portant le cordon sacré selon la manière correcte (upavīta), la main tenant l’herbe kuśa. Mais le rite ancestral (pitrya) doit se faire avec le cordon porté à l’envers (prācīnāvīta) ; et l’offrande Vaiśvadeva s’accomplit comme un homa.
Verse 46
दक्षिणं पातयेज्जानुं देवान् परिचरन् पुमान् / पितृणां परिचर्यासु पातयेदितरं तथा
En servant les dieux, l’homme doit abaisser le genou droit jusqu’à toucher la terre; et dans le service rendu aux Pitṛ (ancêtres), il doit de même abaisser l’autre genou (le gauche).
Verse 47
सोमाय वै पितृमते स्वधा नम इति ब्रुवन् / अग्नये कव्यवाहनाय स्वधेति जुहुयात् ततः
En disant : «À Soma—uni aux Pères (Pitṛ)—svadhā; hommage (namaḥ)», qu’il fasse ensuite l’oblation en prononçant «svadhā» dans Agni, porteur de l’offrande ancestrale (kavya-vāhana).
Verse 48
अग्न्यभावे तु विप्रस्य पाणावेवोपपादयेत् / महादेवान्तिके वाथ गोष्ठे वा सुसमाहितः
Mais si le brāhmaṇa ne dispose pas du feu sacré, qu’il accomplisse le rite dans ses mains jointes en coupe; ou bien, l’esprit bien recueilli, qu’il l’accomplisse en présence de Mahādeva, ou dans une étable à vaches.
Verse 49
ततस्तैरभ्यनुज्ञातो गत्वा वै दक्षिणां दिशम् / गोमयेनोपतिप्योर्वों स्थानं कृत्वा तु सैकतम्
Puis, ayant reçu leur assentiment, il se rendit vers la direction du sud; et, après avoir enduit le sol de bouse de vache, il aménagea un emplacement de sable comme lieu convenable pour le rite.
Verse 50
मण्डलं चतुरस्त्रं वा दक्षिणावनतं शुभम् / त्रिरुल्लिखेत् तस्य मध्यं दर्भेणैकेन चैव हि
Qu’on trace un diagramme sacré — un maṇḍala circulaire ou quadrangulaire — de bon augure et légèrement incliné vers le sud; puis, avec un seul brin d’herbe darbha, qu’on marque trois fois son centre.
Verse 51
ततः संस्तीर्य तत्स्थाने दर्भान् वैदक्षिणाग्रकान् / त्रीन् पिण्डान् निर्वपेत् तत्र हविः शेषात्समाहितः
Alors, ayant étendu en ce lieu l’herbe kuśa, les pointes tournées vers le sud, l’officiant au mental recueilli déposera là trois boulettes de riz (piṇḍa), avec le reste de l’oblation (havis).
Verse 52
न्युप्य पिण्डांस्तु तं हस्तं निमृज्याल्लेपभागिनाम् / तेषु दर्भेष्वथाचम्य त्रिरायम्य शनैरसून् / तदन्नं तु नमस्कुर्यात् पितॄनेव च मन्त्रवित्
Après avoir déposé les piṇḍa, il essuiera la main souillée pour ceux qui prennent part aux restes. Puis, sur l’herbe darbha, il accomplira l’ācamana et, trois fois, réglera doucement le souffle. Ensuite, le connaisseur des mantras saluera avec révérence cette offrande de nourriture comme s’il saluait les Pitṛ eux-mêmes.
Verse 53
उदकं निनयेच्छेषं शनैः पिण्डान्तिके पुनः / अवजिघ्रेच्च तान् पिण्डान् यथान्युप्तान् समाहितः
Ensuite, avec calme, il ramènera lentement l’eau restante près des piṇḍa, et, l’esprit rassemblé, il respirera doucement le parfum de ces offrandes telles qu’elles ont été déposées.
Verse 54
अथ पिण्डावशिष्टान्नं विधिना भोजयेद् द्विजान् / मांसान्यपूपान् विविधान् दद्यात् कृसरपायसम्
Ensuite, selon la règle, on nourrira les dvija (les «deux-fois-nés») avec la nourriture restant après les offrandes de piṇḍa; et l’on donnera aussi diverses viandes et gâteaux apūpa, avec kṛsara et pāyasa (riz au lait sucré).
Verse 55
सूपशाकफलानीक्षून् पयो दधि घृतं मधु / अन्नं चैव यथाकामं विविधं भक्ष्यपेयकम्
Qu’il offre des potages, des légumes cuits, des fruits et de la canne à sucre; ainsi que du lait, du caillé (dadhi), du ghee (ghṛta) et du miel — avec des mets à son gré, en maintes sortes de nourritures et de boissons.
Verse 56
यद् यदिष्टं द्विजेन्द्राणां तत्सर्वं विनिवेदयेत् / धान्यांस्तिलांश्च विविधान् शर्करा विविधास्तथा
Tout ce que désirent les plus éminents des deux-fois-nés, qu’on l’offre entièrement : des grains de toutes sortes, des sésames variés, et de même des sucres de différentes espèces.
Verse 57
उष्णमन्नं द्विजातिभ्यो दातव्यं श्रेय इच्छता / अन्यत्र फलमूलेभ्यः पानकेभ्यस्तथैव च
Celui qui recherche le bien spirituel doit donner aux deux-fois-nés une nourriture chaude, fraîchement préparée ; sauf pour les fruits et les racines, et de même pour les boissons pānaka, qui peuvent être offertes autrement selon ce qui convient.
Verse 58
नाश्रूणि पातयेज्जातु न कुप्येन्नानृतं वदेत् / न पादेन स्पृशेदन्नं न चैतदवधूनयेत्
Qu’on ne laisse jamais tomber de larmes, qu’on ne cède pas à la colère et qu’on ne profère pas de mensonge. Qu’on ne touche pas la nourriture avec le pied, et qu’on ne la secoue ni ne la traite avec mépris.
Verse 59
क्रोधेन चैव यत् दत्तं यद् भुक्तं त्वरया पुनः / यातुधाना विलुम्पन्ति जल्पता चोपपादितम्
Ce qui est donné dans la colère, ce qui est mangé de nouveau dans la hâte, et ce qui est offert en parlant et en se justifiant : les yātudhānas, êtres nuisibles, le pillent, et le mérite s’en trouve perdu.
Verse 60
स्विन्नगात्रो न तिष्ठेत सन्निधौ तु द्विजन्मनाम् / न चात्र श्येनकाकादीन् पक्षिणः प्रतिषेधयेत् / तद्रूपाः पितरस्तत्र समायान्ति बुभुक्षवः
Qu’on ne se tienne pas devant les deux-fois-nés lorsque le corps est couvert de sueur. Et durant ce rite, qu’on ne chasse pas les oiseaux tels que les faucons et les corbeaux ; car les Pitṛ, les ancêtres, viennent là en prenant précisément ces formes, en quête de nourriture.
Verse 61
न दद्यात् तत्र हस्तेन प्रत्यक्षलवणं तथा / न चायसेन पात्रेण न चैवाश्रद्धया पुनः
Dans l’acte du don, qu’on ne remette pas le sel directement de la main nue; qu’on ne l’offre pas dans un récipient de fer; et qu’on ne donne jamais sans foi (śraddhā).
Verse 62
काञ्चनेन तु पात्रेण राजतौदुम्बरेण वा / दत्तमक्षयतां याति खड्गेन च विशेषतः
Le don offert dans un vase d’or—ou d’argent, ou de bois d’udumbara—obtient un mérite impérissable; et plus encore lorsqu’il est accompagné du don d’une épée.
Verse 63
पात्रे तु मृण्मये यो वै श्राद्धे भोजयते पितन् / स याति नरकं घोरं भोक्ता चैव पुरोधसः
Quiconque, lors d’un Śrāddha, nourrit les Pitṛs en utilisant un récipient de terre cuite, va vers un enfer effroyable; et de même le prêtre officiant (purohita) qui en mange lors du rite.
Verse 64
न पङ्क्त्यां विषमं दद्यान्न याचेन्न च दापयेत् / याचिता दापिता दाता नरकान् यान्ति दारुणान्
Dans la rangée des convives (au repas rituel), qu’on ne distribue pas les dons de façon inégale; qu’on ne mendie pas et qu’on ne contraigne pas autrui à donner. Celui qui demande, celui qui est forcé de donner et celui qui donne sous sollicitation vont tous vers des enfers terribles.
Verse 65
भुञ्जीरन् वाग्यताः शिष्टा न ब्रूयुः प्राकृतान् गुणान् / तावद्धि पितरो ऽश्नन्ति यावन्नोक्ता हविर्गुणाः
Que les participants de bonne tenue mangent en silence, la parole maîtrisée; qu’ils ne parlent pas de choses mondaines et grossières. Car les Pitṛs ne prennent part au havis que tant que l’on récite les mérites et les qualités sacrées de l’oblation.
Verse 66
नाग्रासनोपविष्टस्तु भुञ्जोत प्रथमं द्विजः / बहूनां पश्यतां सो ऽज्ञः पङ्क्त्या हरति किल्बिषम्
Le deux-fois-né ne doit pas manger assis sur le seuil ; qu’il mange plutôt le premier, selon l’ordre prescrit. S’il mange sottement en rang (pankti) sous les regards de la foule, il fait retomber la faute sur toute la ligne du repas.
Verse 67
न किञ्चिद् वर्जयेच्छ्राद्धे नियुक्तस्तु द्विजोत्तमः / न मांसं प्रतिषेधेत न चान्यस्यान्नमीक्षयेत्
Lors d’un Śrāddha, le brāhmane éminent dûment désigné ne doit rien refuser de ce qui est offert selon la règle. Il ne doit pas interdire la viande (lorsqu’elle fait partie de l’offrande prescrite), ni porter son regard sur la nourriture d’autrui.
Verse 68
यो नाश्नाति द्विजो मांसं नियुक्तः पितृकर्मणि / स प्रेत्य पशुतां याति संभवानेकविंशतिम्
Le deux-fois-né qui, bien que dûment désigné pour le rite des Ancêtres (pitṛkarma), ne mange pas la viande prescrite, après la mort tombe dans des naissances animales, subissant vingt et une incarnations successives.
Verse 69
स्वाध्यायं श्रावयेदेषां धर्मशास्त्राणि चैव हि / इतिहासपुराणानि श्राद्धकल्पांश्च शोभनान्
Qu’on fasse pour eux la récitation sacrée (svādhyāya), ainsi que les Dharma-śāstra ; avec les Itihāsa et les Purāṇa, et les excellents traités rituels (kalpa) concernant le śrāddha.
Verse 70
ततो ऽन्नमुत्सृजेद् भुक्ते अग्रतो विकिरन् भुवि / पृष्ट्वा तृप्ताः स्थ इत्येवं तृप्तानाचामयेत् ततः
Ensuite, une fois le repas pris, qu’on mette de côté de la nourriture et qu’on la répande sur le sol devant, en offrande. Puis, après avoir demandé : « Êtes-vous rassasiés ? Demeurez dans le contentement », qu’on fasse accomplir aux convives satisfaits l’ācamana (gorgée rituelle d’eau).
Verse 71
आचान्ताननुजानीयादभितो रम्यतामिति / स्वधास्त्विति च तं ब्रूयुर्ब्राह्मणास्तदनन्तरम्
Après avoir accompli l’ācaman (gorgée d’eau purificatrice), qu’il les congédie avec respect en disant : «Puissiez-vous être comblés et aller en paix de tous côtés.» Aussitôt après, les brāhmaṇa doivent lui répondre : «Svadhā, qu’il en soit ainsi !»
Verse 72
ततो भुक्तवतां तेषामन्नशेषं निवेदयेत् / यथा ब्रूयुस्तथा कुर्यादनुज्ञातस्तु वै द्विजैः
Ensuite, lorsque ces brāhmaṇa ont mangé, qu’il leur présente avec respect le reste de la nourriture. Et, les dvija (les «deux fois nés») ayant donné leur assentiment, qu’il agisse exactement selon leurs instructions.
Verse 73
पित्र्ये स्वदित इत्येव वाक्यं गोष्ठेषु सूनृतम् / संपन्नमित्यभ्युदये दैवे रोचत इत्यपि
Dans les rites pour les Pitṛs (Ancêtres), qu’on prononce la parole douce et véridique : «Cela a été bien savouré (svaditam)». Dans les assemblées aussi, une parole suave et sincère est prescrite. Aux temps de prospérité et d’heureux essor, qu’on dise : «C’est accompli avec succès (saṃpannam)» ; et dans les rites aux Devas également : «C’est agréable/agréé (rocat[e])».
Verse 74
विसृज्य ब्राह्मणांस्तान् वै दैवपूर्वं तु वाग्यतः / दक्षिणां दिशमाकाङ् क्षन्याचेतेमान् वरान् पितॄन्
Après avoir congédié comme il se doit ces brāhmaṇa, et sa parole s’étant d’abord tournée vers les Devas, il porta ensuite son désir vers le quartier du sud et implora ces Pitṛs excellents (Pères ancestraux).
Verse 75
दातारो नो ऽभिवर्धन्तां वेदाः संततिरेव च / श्रद्धा च नो मा व्यगमद् बहुदेयं च नोस्त्त्विति
Que nos bienfaiteurs croissent et prospèrent ; que les Vedas—et notre lignée aussi—demeurent. Que notre śraddhā (foi) ne nous quitte jamais, et que nous ayons toujours l’abondance pour donner—qu’il en soit ainsi.
Verse 76
पिण्डांस्तु गो ऽजविप्रेभ्यो दद्यादग्नौ जले ऽपि वा / मध्यमं तु ततः पिण्डमद्यात् पत्नी सुतार्थिनी
Qu’il offre les piṇḍa (boules de riz) aux vaches, aux chèvres et aux brāhmaṇa ; ou bien qu’il les confie au feu, voire à l’eau. Ensuite, l’épouse qui désire un fils mangera le piṇḍa du milieu.
Verse 77
प्रक्षाल्य हस्तावाचम्य ज्ञातीन् शेषेण तोषयेत् / ज्ञातिष्वपि चतुष्टेषु स्वान् भृत्यान् भोजयोत् ततः / पश्चात् स्वयं च पत्नीभिः शेषमन्नं समाचरेत्
Après s’être lavé les mains et avoir accompli l’ācamana, qu’il contente ses parents avec le reste de la nourriture. Même lorsque les quatre catégories de proches ont été dûment honorées, qu’il nourrisse ensuite ses dépendants et ses serviteurs. Enfin, avec ses épouses, qu’il prenne lui-même le reste du repas, selon l’ordre prescrit.
Verse 78
नोद्वासयेत् तदुच्छिष्टं यावन्नास्तङ्गतो रविः / ब्रह्मचारी भवेतां तु दम्पती रजनीं तु ताम्
Qu’on ne rejette pas ce reste tant que le soleil n’est pas couché. Et cette nuit-là, l’époux et l’épouse doivent demeurer dans le brahmacarya, observant la continence.
Verse 79
दत्त्वा श्राद्धं तथा भुक्त्वा सेवते यस्तु मैथुनम् / महारौरवमासाद्य कीटयोनिं व्रजेत् पुनः
Celui qui, après avoir offert le śrāddha puis mangé, s’adonne à l’union charnelle, atteint l’enfer nommé Mahāraurava et renaît de nouveau dans une condition de ver ou d’insecte.
Verse 80
शुचिरक्रोधनः शान्तः सत्यवादी समाहितः / स्वाध्यायं च तथाध्वानं कर्ता भोक्ता च वर्जयेत्
Qu’on soit pur, sans colère, paisible, véridique et intérieurement recueilli. Qu’on maintienne le svādhyāya (étude sacrée) et le dhyāna (méditation) ; et qu’on renonce aux idées : « je suis l’agent » et « je suis le jouisseur ».
Verse 81
श्राद्धं भुक्त्वा परश्राद्धं भुञ्जते ये द्विजातयः / महापातिकिभिस्तुल्या यान्ति ते नरकान् बहून्
Les deux-fois-nés qui, après avoir mangé à un śrāddha, vont encore manger au śrāddha d’autrui, sont tenus pour égaux aux grands pécheurs (mahāpātakin) ; ils vont vers de nombreux enfers.
Verse 82
एष वो विहितः सम्यक् श्राद्धकल्पः सनातनः / आमेन वर्तयेन्नित्यमुदासीनो ऽथ तत्त्ववित्
Ainsi, pour vous, la règle du śrāddha, éternelle et juste, a été pleinement prescrite. Aussi, le connaisseur de la vérité doit-il la suivre régulièrement selon l’ordre, demeurant intérieurement détaché et égal d’esprit.
Verse 83
अनग्निरध्वगो वापि तथैव व्यसनान्वितः / आमश्राद्धं द्विजः कुर्याद् विधिज्ञः श्रद्धयान्वितः / तेनाग्नौ करणं कुर्यात् पिण्डांस्तेनैव निर्वपेत्
Même si un dvija est sans feu sacré, ou en voyage, ou accablé par l’adversité, s’il connaît la règle et est rempli de foi, qu’il accomplisse l’āma-śrāddha. Par ce rite, qu’il fasse les offrandes au feu, et par ce même moyen qu’il dépose aussi les boules de piṇḍa.
Verse 84
यो ऽनेन विधिना श्राद्धं कुर्यात् संयतमानसः / व्यपेतकल्पषो नित्यं योगिनां वर्तते पदम्
Quiconque, l’esprit maîtrisé, accomplit le śrāddha selon cette méthode prescrite, demeure à jamais sans souillure et réside continuellement dans l’état atteint par les yogins.
Verse 85
तस्मात् सर्वप्रयत्नेन श्राद्धं कुर्याद् द्विजोत्तमः / आराधितो भवेदीशस्तेन सम्यक् सनातनः
C’est pourquoi le meilleur des deux-fois-nés doit accomplir le śrāddha avec tous ses efforts ; par là, le Seigneur éternel, Īśa, est honoré comme il se doit et se trouve pleinement satisfait.
Verse 86
अपि मूलैर्फलैर्वापि प्रकुर्यान्निर्धनो द्विजः / तिलोदकैस्तर्पयेद् वा पितॄन् स्नात्वा समाहितः
Même un deux-fois-né démuni doit accomplir le rite avec des racines ou des fruits ; ou bien, après s’être baigné et avoir recueilli son esprit, qu’il apaise les Pitṛ, les ancêtres, par l’eau mêlée de sésame.
Verse 87
न जीवत्पितृको दद्याद्धोमान्तं चाभिधीयते / येषां वापि पिता दद्यात् तेषां चैके प्रचक्षते
Celui dont le père est encore vivant ne doit pas faire un tel don ; et l’on dit que cette règle vaut jusqu’à la conclusion du homa (offrande au feu). Toutefois, certaines autorités enseignent que, si le père lui-même donne (ou autorise le don), cela est permis aussi pour ces fils.
Verse 88
पिता पितामहश्चैव तथैव प्रपितामहः / यो यस्य म्रियते तस्मै देयं नान्यस्य तेन तु
L’offrande du śrāddha doit être donnée à celui à qui elle revient véritablement — père, grand-père ou arrière-grand-père. Celui qui meurt comme parent de quelqu’un, c’est à lui seul qu’il faut donner ; non à cause d’un autre.
Verse 89
भोजयेद् वापि जीवन्तं यथाकामं तु भक्तितः / न जीवन्तमतिक्रम्य ददाति श्रूयते श्रुतिः
Avec dévotion, qu’on nourrisse celui qui est vivant selon son désir. La Śruti proclame qu’il ne faut pas délaisser le vivant pour donner (des offrandes) ailleurs.
Verse 90
द्व्यामुष्यायणिको दद्याद् बीजिक्षेत्रिकयोः समम् / ऋक्यादर्धं समादद्यान्नियोगोत्पादितो यदि
Le fils relevant de deux lignées paternelles (dvyāmuṣyāyaṇika) doit partager l’héritage à parts égales entre le géniteur, le bījī, et l’époux légal, le « champ » (kṣetrika). Mais si l’enfant est né par niyoga, il ne doit prendre que la moitié de la part due à l’héritier principal (ṛkya).
Verse 91
अनियुक्तः सुतो यश्च शुल्कतो जायते त्विह / प्रदद्याद् बीजिने पिण्डं क्षेत्रिणे तु ततो ऽन्यथा
Le fils né sans nomination légitime (niyoga) et le fils né d’un arrangement de śulka (prix nuptial) doivent, en ce monde, offrir le piṇḍa, la boule de riz funéraire, au père géniteur, le bījī. Mais pour le fils dit kṣetrija, il en va autrement : le piṇḍa est offert à l’époux, maître du champ, le kṣetrin.
Verse 92
द्वौ पिण्डौ निर्वपेत् ताभ्यां क्षेत्रिणे बीजिने तथा / कीर्तयेदथ चैकस्मिन् बीजिनं क्षेत्रिणं ततः
Qu’on offre deux piṇḍa : l’un au kṣetrin (l’époux légitime) et l’autre, de même, au bījin (le géniteur). Puis, dans un seul piṇḍa, qu’on invoque les deux ensemble, en nommant d’abord le bījin et ensuite le kṣetrin.
Verse 93
मृताहनि तु कर्तव्यमेकोदिष्टं विधानतः / अशौचे स्वे परिक्षीणे काम्यं वै कामतः पुनः
Le jour même du décès, on doit accomplir, selon la règle prescrite, le śrāddha à offrande unique (ekoddiṣṭa). Quand la période personnelle d’impureté rituelle (aśauca) est achevée, les rites facultatifs (kāmya) peuvent être repris, selon le désir.
Verse 94
पूर्वाह्ने चैव कर्तव्यं श्राद्धमभ्युदयार्थिना / देववत्सर्वमेव स्याद् यवैः कार्या तिलक्रिया
Celui qui recherche la prospérité doit accomplir le śrāddha dans la matinée, avant midi. Tout y sera fait comme dans un rite destiné aux dieux ; et le rite d’offrande du sésame (tilakriyā) doit être accompli avec de l’orge (yava).
Verse 95
दर्भाश्च ऋजवः कार्या युग्मान् वै भोजयेद् द्विजान् / नान्दीमुखास्तु पितरः प्रीयन्तामिति वाचयेत्
Qu’on dispose bien droite l’herbe kuśa (darbha), puis qu’on nourrisse les brāhmaṇas, les dvija, par paires. Ce faisant, qu’on récite : «Que les Nāndīmukha Pitṛs, les ancêtres de bon augure, soient satisfaits».
Verse 96
मातृश्राद्धं तु पूर्वं स्यात् पितॄणां स्यादनन्तरम् / ततो मातामहानां तु वृद्धौ श्राद्धत्रयं स्मृतम्
Le śrāddha pour la mère doit être accompli d’abord, puis vient le śrāddha pour les ancêtres du côté paternel. Ensuite, pour les grands-pères maternels également—lorsqu’on est parvenu à un âge avancé—la tradition se souvient d’un enchaînement triple de śrāddhas.
Verse 97
दवपूर्वं प्रदद्याद् वै न कुर्यादप्रदक्षिणम् / प्राङ्मुखो निर्वपेत् पिण्डानुपवीती समाहितः
Qu’il offre d’abord avec l’herbe sacrée darbha, et qu’il n’accomplisse pas le rite sans observer l’ordre juste de pradakṣiṇa (circumambulation vers la droite, dans le sens horaire). Tourné vers l’est, l’esprit recueilli, portant le cordon sacré (yajñopavīta) comme il convient, qu’il dépose les piṇḍas (boules de riz) selon la règle.
Verse 98
पूर्वं तु मातरः पूज्या भक्त्या वै सगणेश्वराः / स्थण्डिलेषु विचित्रेषु प्रतिमासु द्विजातिषु
D’abord, les Mères (Mātṛs) doivent être vénérées avec bhakti, avec Gaṇeśvara. Elles sont honorées sur des sthaṇḍilas richement ornés, par des images, et aussi par les dvijātis (brāhmaṇas) qui officient.
Verse 99
पुष्पेर्धूपैश्च नैवेद्यैर्गन्धाद्यैर्भूषणैरपि / पूजयित्वा मातृगणं कूर्याच्छ्राद्धत्रयं बुधः
Après avoir honoré la troupe des Mères avec fleurs, encens, naivedya (offrandes de nourriture), parfums et autres—jusqu’aux ornements—le sage doit ensuite accomplir les trois śrāddhas.
Verse 100
अकृत्वा मातृयागं तु यः श्राद्धं परिवेषयेत् / तस्य क्रोधसमाविष्टा हिंसामिच्छन्ति मातरः
Quiconque sert ou conduit un śrāddha sans avoir d’abord accompli le mātṛyāga, l’offrande aux Mères, les Mères—saisies de colère—désirent pour lui le malheur.
It states that when the śrāddha time arrives the Pitṛs descend swiftly, partake along with the brāhmaṇas while remaining in subtle form (likened to wind), and after satisfaction depart toward the highest state.
A śrāddha is criticized when hospitality fails—especially if the guest does not partake of food; it also warns that improper invitee conduct (turning away, quarrels, sexual activity, journeys) and impure participants can ruin the rite’s fruit for both donor and officiants.
The chapter repeatedly places Vaiśvadeva first: ancestral acts connected to brāhmaṇas should be done only after performing Vaiśvadeva, and the rite’s vessels, bathing gifts, and worship sequence are framed as preceded by Vaiśvadeva.
It authorizes āma-śrāddha: the performer, with faith and knowledge of procedure, may make offerings in cupped hands, or in the presence of Mahādeva or a cowshed, and still present piṇḍas through the adapted method.
It claims that one who performs śrāddha with disciplined mind becomes free from taint and abides in a yogin-like state, and that the rite properly pleases the Eternal Lord (Īśa), making ritual duty an Īśvara-centered soteriological act.