
Cosmic Manifestation, Mahāmāyā’s Mandate, Varṇāśrama-Dharma, and the Unity of the Trimūrti
Dans le prolongement de la fin de l’Adhyāya 1, Kūrma ouvre l’Adhyāya 2 en répondant à la question des sages sur le bien-être, rappelant que ces enseignements furent jadis exposés au roi Indradyumna. Il définit le Purāṇa comme une révélation dispensatrice de mérite, dévoilant le dharma qui mène à la délivrance (mokṣa). Le récit devient ensuite cosmogonique : Nārāyaṇa seul existe, s’éveille du sommeil yogique, et Brahmā surgit ; de la colère de Brahmā se manifeste Rudra, tandis que Śrī apparaît comme Nārāyaṇī—Mahāmāyā et la Prakṛti racine impérissable. À la demande de Brahmā, elle est instituée comme Moha pour étendre la création, mais reçoit l’ordre de ne pas égarer les authentiquement disciplinés—jñāna-yogins, brāhmaṇas méditatifs, bhaktas sincères et ceux qui suivent l’ordonnance du Seigneur—posant ainsi une taxinomie morale d’immunité spirituelle. La création se poursuit avec les sages nés de l’esprit, les quatre varṇa, et Vāk comme Veda sans commencement ; les traités hétérodoxes sont blâmés comme menant aux ténèbres. Avec le temps, l’adharma croît, d’où l’instauration de structures du dharma : devoirs de varṇa et d’āśrama, primauté du maître de maison, et hiérarchie des puruṣārtha où le dharma culmine en mokṣa. Le chapitre approfondit le yoga par pravṛtti–nivṛtti, exalte la nivṛtti comme libératrice, énumère des vertus universelles et décrit les destinations posthumes selon chaque discipline. À propos d’un « āśrama unique » pour les yogins, Kūrma précise qu’il n’existe pas de cinquième āśrama au-delà du renoncement enraciné dans le samādhi, puis classe les types au sein de chaque āśrama et les catégories de yogins. Il conclut par un samanvaya explicite : Brahmā crée, Viṣṇu maintient, Śiva dissout (pralaya), et pourtant, dans la vérité suprême, Viṣṇu et Mahādeva sont non-différents ; trois contemplations sont enseignées, ainsi que les marques sectaires (liṅga/tripuṇḍra, signe du trident, tilaka), sous un impératif englobant : adorer le Suprême selon son dharma ordonné, avec bhakti, afin d’obtenir la libération impérissable.
Verse 1
इति श्रीकूर्मपुराणे षट्साहस्त्र्यां संहितायां पूर्वविभागे प्रथमो ऽध्यायः श्रीकूर्म उवाच शृणुध्वमृषयः सर्वे यत्पृष्टो ऽहं जगद्धितम् / वक्ष्यमाणं मया सर्वमिन्द्रद्युम्नाय भाषितम्
Ainsi, dans le Śrī Kūrma Purāṇa, dans la compilation de six mille vers, en la Première Partie, s’achève le premier chapitre. Śrī Kūrma dit : «Écoutez, ô sages, ce que vous m’avez demandé pour le bien du monde. Je vais tout exposer, tel que je l’ai dit au roi Indradyumna.»
Verse 2
भूतैर्भव्यैर्भविष्यद्भिश्चरितैरुपबृंहितम् / पुराणं पुण्यदं नृणां मोक्षधर्मानुकीर्तनम्
Un Purāṇa est un recueil sacré, enrichi de récits du passé, du présent et de l’avenir ; il confère du mérite aux hommes et proclame le Dharma qui mène à la délivrance (mokṣa).
Verse 3
अहं नारायणो देवः पूर्वमासं न मे परम् / उपास्य विपुलां निद्रां भोगिशय्यां समाश्रितः
Je suis Nārāyaṇa, le Seigneur divin. Au commencement, Moi seul existais : nul n’était au-dessus de Moi. Entrant dans le vaste sommeil yogique (yoga-nidrā), Je reposai sur la couche du Serpent.
Verse 4
चिन्तयामि पुनः सृष्टिं निशान्ते प्रतिबुध्य तु / ततो मे सहसोत्पन्नः प्रसादो मुनिपुङ्गवा
Quand la nuit cosmique touche à sa fin et que Je m’éveille, Je médite de nouveau la création ; alors, ô le meilleur des sages, le prasāda — clarté et grâce — surgit soudain en Moi.
Verse 5
चतुर्मुखस्ततो जातो ब्रह्मा लोकपितामहः / तदन्तरे ऽभवत् क्रोधः कस्माच्चित् कारणात् तदा
Alors naquit Brahmā aux quatre visages, l’aïeul des mondes. Au cœur de ce déploiement créateur, la colère surgit alors, pour quelque cause.
Verse 6
आत्मनो मुनिशार्दूलास्तत्र देवो महेश्वरः / रुद्रः क्रोधात्मजो जज्ञे शूलपाणिस्त्रिलोचनः / तेजसा सूर्यसंकाशस्त्रैलोक्यं संहरन्निव
Ô sages pareils aux tigres, alors, du Soi (Ātman) même se manifesta le dieu Maheśvara : Rudra, né de l’essence de la colère, tenant le trident et doté de trois yeux ; flamboyant d’un éclat semblable au soleil, comme s’il allait dissoudre les trois mondes.
Verse 7
ततः श्रीरभवद् देवि कमलायतलोचना / सुरूपा सौम्यवदना मोहिनी सर्वदेहिनाम्
Puis, ô Déesse, Śrī apparut : aux yeux larges comme le lotus, d’une beauté parfaite, au visage doux, enchanteresse pour tous les êtres incarnés.
Verse 8
शुचिस्मिता सुप्रसन्ना मङ्गला महिमास्पदा / दिव्यकान्तिसमायुक्ता दिव्यमाल्योपशोभिता
Elle souriait d’un éclat pur, sereine et bienveillante ; auspicious, elle était le siège même de la gloire. Revêtue d’une splendeur divine, elle brillait, parée de guirlandes célestes.
Verse 9
नारायणी महामाया मूलप्रकृतिरव्यया / स्वधाम्ना पूरयन्तीदं मत्पार्श्वं समुपाविशत्
Nārāyaṇī —la Grande Māyā, la Prakṛti racine et impérissable— emplit tout ce domaine de sa propre splendeur, puis vint s’asseoir à mes côtés.
Verse 10
तां दृष्टवा भगवान् ब्रह्मा मामुवाच जगत्पतिः / मोहायाशेषभूतानां नियोजय सुरूपिणीम् / येनेयं विपुला सृष्टिर्वर्धते मम माधव
L’ayant vue, le Bienheureux Seigneur Brahmā, Maître du monde, me dit : «Établis cette belle-forme comme Moha (l’Illusion) pour tous les êtres ; par son pouvoir, cette vaste création qui est la mienne, ô Mādhava, croîtra et s’étendra.»
Verse 11
तथोक्तो ऽहं श्रियं देवीमब्रुवं प्रहसन्निव / देवीदमखिलं विश्वं सदेवासुरमानुषम् / मोहयित्वा ममादेशात् संसारे विनिपातय
Ainsi interpellé, moi—comme en souriant—je dis à la Déesse Śrī : «Ô Devī, égare cet univers tout entier, avec les dieux, les asuras et les humains ; et, par mon ordre, précipite-les dans le cycle du saṃsāra, l’existence mondaine.»
Verse 12
ज्ञानयोगरतान् दान्तान् ब्रह्मिष्ठान् ब्रह्मवादिनः / अक्रोधनान् सत्यपरान् दूरतः परिवर्जय
Tiens-toi loin de ceux qui se vouent au Yoga de la connaissance, maîtrisés, établis en Brahman et enseignants de Brahman : exempts de colère et attachés à la vérité.
Verse 13
ध्यायिनो निर्ममान् शान्तान् धार्मिकान् वेदपारगान् / जापिनस्तापसान् विप्रान् दूरतः परिवर्जय
Tiens-toi loin des brahmanes absorbés dans la méditation—sans esprit de possession, paisibles, établis dans le dharma et versés dans le Veda—ainsi que de ceux qui se consacrent au japa et aux austérités.
Verse 14
वेदवेदान्तविज्ञानसंछिन्नाशेषसंशयान् / महायज्ञपरान् विप्रान् दूरतः परिवर्जय
Tiens-toi loin de ces brahmanes qui, savants du Veda et du Vedānta, dont les doutes semblent tranchés par la science, se vouent pourtant surtout aux grands sacrifices (mahā-yajña).
Verse 15
ये यजन्ति जपैर्हेमैर्देवदेवं महेश्वरम् / स्वाध्यायेनेज्यया दूरात् तान् प्रयत्नेन वर्जय
Ceux qui “vénèrent” Mahādeva—le Dieu des dieux—par la récitation de mantras, séduits par l’or, et qui relèguent l’étude védique (svādhyāya) et le sacrifice véritable au second rang, évite-les de loin avec un effort résolu.
Verse 16
भक्तियोगसमायुक्तानीश्वरार्पितमानसान् / प्राणायामादिषु रतान् दूरात् परिहरामलान्
Tiens-toi à distance des êtres purs : unis au Bhakti-yoga, l’esprit offert à Īśvara, et se réjouissant des disciplines telles que le prāṇāyāma et les autres pratiques du yoga.
Verse 17
प्रणवासक्तमनसो रुद्रजप्यपरायणान् / अथर्वशिरसो ऽध्येतृन् धर्मज्ञान् परिवर्जय
Évite ceux dont l’esprit s’attache uniquement à la syllabe Oṁ, ceux qui se vouent exclusivement au murmure des mantras de Rudra, et ceux qui ne font que réciter l’Atharvaśiras—même s’ils parlent du dharma—car une telle partialité éloigne de la voie équilibrée.
Verse 18
बहुनात्र किमुक्तेन स्वधर्मपरिपालकान् / ईश्वराराधनरतान् मन्नियोगान्न मोहय
À quoi bon en dire davantage ici ? N’égare pas ceux qui préservent leur propre svadharma, qui s’adonnent au culte d’Īśvara et agissent selon Mon ordonnance.
Verse 19
एवं मया महामाया प्रेरिता हरिवल्लभा / यथादेशं चकारासौ तस्माल्लक्ष्मीं समर्चयेत्
Ainsi, poussée par Moi, cette Grande Māyā—la bien-aimée de Hari—fit exactement ce qui lui avait été prescrit. C’est pourquoi il convient de vénérer dûment Lakṣmī (Śrī).
Verse 20
श्रियं ददाति विपुलां पुष्टिं मेधां यशो बलम् / अर्चिता भगवत्पत्नी तस्माल्लक्ष्मीं समर्चयेत्
Lorsqu’elle est honorée, l’Épouse du Seigneur accorde une prospérité abondante (śrī), la plénitude et le bien-être (puṣṭi), l’intelligence (medhā), la renommée (yaśas) et la force (bala). C’est pourquoi il convient de vénérer Lakṣmī comme il se doit.
Verse 21
ततो ऽसृजत् स भगवान् ब्रह्मा लोकपितामहः / चराचराणि भूतानि यथापूर्वं ममाज्ञया
Ensuite, le bienheureux Brahmā, aïeul des mondes, fit surgir tous les êtres — mobiles et immobiles — exactement comme auparavant, selon Mon ordre.
Verse 22
परीचिभृग्वङ्गिरसः पुलस्त्यं पुलहं क्रतुम् / दक्षमत्रिं वसिष्ठं च सो ऽसृजद् योगविद्यया
Par la puissance de la connaissance yogique, il fit naître Parīci, Bhṛgu, Aṅgiras, Pulastya, Pulaha, Kratu, Dakṣa, Atri et Vasiṣṭha.
Verse 23
नवैते ब्रह्मणः पुत्रा ब्रह्माणो ब्राह्मणोत्तमाः / ब्रह्मवादिन एवैते मरीच्याद्यास्तु साधकाः
Ces neuf-là sont les fils de Brahmā : des sages éminents, réalisés en Brahman, les plus nobles parmi les brāhmaṇas. Ils sont véritablement des proclamateurs de Brahman ; à commencer par Marīci, ce sont des sādhakas accomplis.
Verse 24
ससर्ज ब्राह्मणान् वक्त्रात् क्षत्रियांश्च भुजाद् विभुः / वैश्यानूरुद्वयाद् देवः पादार्छूद्रान् पितामहः
Le Seigneur tout-puissant fit naître les Brāhmaṇas de Sa bouche ; les Kṣatriyas de Ses bras ; les Vaiśyas de Ses deux cuisses ; et de Ses pieds, les Śūdras. Ainsi le Grand-Père (le Créateur) manifesta les quatre ordres.
Verse 25
यज्ञनिष्पत्तये ब्रह्मा शूद्रवर्जं ससर्ज ह / गुप्तये सर्ववेदानां तेभ्यो यज्ञो हि निर्बभौ
Pour l’accomplissement du yajña (sacrifice sacré), Brahmā créa les trois varṇa en excluant le Śūdra ; et pour la sauvegarde de tous les Veda, d’eux-mêmes naquit le rite du Yajña.
Verse 26
ऋचो यजूंषि सामानि तथैवाथर्वणानि च / ब्रह्मणः सहजं रूपं नित्यैषा शक्तिरव्यया
Les Ṛk, les formules du Yajus, les chants du Sāman, et aussi les hymnes de l’Atharvan : telle est la forme innée de Brahman. C’est là Sa Śakti, éternelle et impérissable.
Verse 27
अनादिनिधना दिव्या वागुत्सृष्टा स्वयंभुवा / आदौ वेदमयी भूता यतः सर्वाः प्रवृत्तयः
Cette Parole divine (Vāk), sans commencement ni fin, fut émanée par l’Auto-né (Brahmā). Au commencement, elle était de nature védique, et d’elle procèdent toutes les pravṛtti : toutes les voies d’activité et de pratique, humaines et cosmiques.
Verse 28
अतो ऽन्यानितु शास्त्राणिपृथिव्यांयानिकानिचित् / न तेषु रमते धीरः पाषण्डी तेन जायते
Ainsi, quant aux autres traités qui existent sur la terre, quels qu’ils soient, l’homme ferme et clairvoyant ne s’y complaît pas ; car l’attachement aux doctrines déviantes fait de lui un pāṣaṇḍin, partisan de vues fausses.
Verse 29
वेदार्थवित्तमैः कार्यं यत्स्मृतं मुनिभिः पुरा / स ज्ञेयः परमो धर्मो नान्यशास्त्रेषु संस्थितः
Ce que les sages enseignèrent jadis—qu’il faut agir selon ceux qui connaissent véritablement le sens du Veda—voilà ce qu’il faut reconnaître comme le Dharma suprême ; il n’est pas établi dans d’autres traités seulement secondaires.
Verse 30
या वेदबाह्याः स्मृतयो याश्च काश्च कुदृष्टयः / सर्वास्ता निष्फलाः प्रेत्यतमोनिष्ठाहिताः स्मृताः
Quelles que soient les Smṛti qui se tiennent hors de l’autorité du Veda, et quelles que soient les doctrines au regard dévoyé — toutes sont déclarées sans fruit ; après la mort, elles mènent aux ténèbres, car elles sont fondées sur le tamas.
Verse 31
पूर्वकल्पे प्रजा जाताः सर्वबादाविवर्जिताः / शुद्धान्तः करणाः सर्वाः स्वधर्मनिरताः सदा
Dans le kalpa précédent, les créatures naissaient exemptes de toute affliction ; toutes avaient les facultés intérieures purifiées et demeuraient sans cesse vouées à leur propre svadharma, le devoir qui leur est prescrit.
Verse 32
ततः कालवशात् तासां रागद्वेषादिको ऽभवत् / अधर्मो मुनिशार्दूलाः स्वधर्मप्रतिबन्धकः
Puis, sous la contrainte du Temps, naquirent parmi eux l’attachement (rāga), l’aversion (dveṣa) et autres; et l’Adharma — ô sages, tigres parmi les munis — surgit comme la force qui entrave le dharma prescrit à chacun.
Verse 33
ततः सा सहजा सिद्धिस्तासां नातीव जायते / रजोमात्रात्मिकास्तासां सिद्धयो ऽन्यास्तदाभवन्
Dès lors, cette perfection innée ne se manifeste plus grandement en eux ; à sa place, d’autres accomplissements, faits surtout de rajas — l’ardeur agitée — naquirent alors pour eux.
Verse 34
तासु क्षीणास्वशेषासु कालयोगेन ताः पुनः / वार्तोपायं पुनश्चक्रुर्हस्तसिद्धिं च कर्मजाम् / ततस्तासां विभुर्ब्रह्मा कर्माजीवमकल्पयत्
Lorsque ces moyens furent entièrement épuisés par le cours du temps, ils conçurent de nouveau un mode de subsistance : le commerce et les arts manuels accomplis par les mains, nés de l’action. Alors le tout-puissant Brahmā leur établit une vie soutenue par les actes prescrits, un vivre selon le karma.
Verse 35
स्वायंभुवो मनुः पूर्वं धर्मान् प्रोवाच धर्मदृक् / साक्षात् प्रजापतेर्मूर्तिर्निसृष्टा ब्रह्मणा द्विजाः / भृग्वादयस्तद्वदनाच्छ्रुत्वा धर्मानथोचिरे
Autrefois, Svayambhuva Manu—voyant du Dharma—enseigna les lois de la droiture. Les sages deux-fois-nés, tels Bhṛgu et d’autres, furent manifestés par Brahmā comme l’incarnation même de Prajāpati; ayant entendu ces dharmas de la bouche de Manu, ils les proclamèrent à leur tour.
Verse 36
यजनं याजनं दानं ब्राह्मणस्य प्रतिग्रहम् / अध्यापनं चाध्ययनं षट् कर्माणि द्विजोत्तमाः
Accomplir le sacrifice pour soi, officier le sacrifice pour autrui, faire l’aumône et, pour le brāhmaṇa, recevoir des dons; enseigner et étudier : tels sont les six devoirs, ô meilleur des deux-fois-nés.
Verse 37
दानमध्ययनं यज्ञो धर्मः क्षत्रियवैश्ययोः / दण्डो युद्धं क्षत्रियस्य कृषिर्वैश्यस्य शस्यते
Pour les Kṣatriya et les Vaiśya, l’aumône, l’étude des Veda et le sacrifice sont prescrits comme devoirs communs du dharma. Au Kṣatriya sont enjointes l’application du châtiment et la guerre; au Vaiśya, l’agriculture est tout particulièrement recommandée.
Verse 38
शुश्रूषैव द्विजातीनां शूद्राणां धर्मसाधनम् / कारुकर्म तथाजीवः पाकयज्ञो ऽपि धर्मतः
Pour les Śūdra, le service dévoué rendu aux deux-fois-nés est en lui-même un moyen d’accomplir le dharma. De même, vivre d’un métier artisanal habile, et même accomplir le pākayajña—le sacrifice domestique d’aliments cuits—est reconnu comme conforme au dharma.
Verse 39
ततः स्थितेषु वर्णेषु स्थापयामास चाश्रमान् / गृहस्थं च वनस्थं च भिक्षुकं ब्रह्मचारिणम्
Puis, lorsque les varṇa furent dûment établis, il institua aussi les āśrama : le gṛhastha (maître de maison), le vānaprastha (habitant de la forêt), le bhikṣuka (mendiant renonçant) et le brahmacārin (étudiant chaste).
Verse 40
अग्नयो ऽतिथिशुश्रूषा यज्ञो दानं सुरार्चनम् / गृहस्थस्य समासेन धर्मो ऽयं मुनिपुङ्गवाः
Entretenir les feux sacrés, servir l’hôte avec attention, accomplir le yajña, faire l’aumône et adorer les dieux—tel est, en bref, ô sages éminents, le dharma du maître de maison.
Verse 41
होमो मूलफलाशित्वं स्वाध्यायस्तप एव च / संविभागो यथान्यायं धर्मो ऽयं वनवासिनाम्
Offrir le homa dans le feu sacré, se nourrir de racines et de fruits, pratiquer le svādhyāya et le tapas; et, de plus, partager selon la juste règle—tel est le dharma de ceux qui vivent en forêt.
Verse 42
भैक्षाशनं च मौनित्वं तपो ध्यानं विशेषतः / सम्यग्ज्ञानं च वैराग्यं धर्मो ऽयं भिक्षुके मतः
Vivre d’aumônes, observer le silence (mauna), pratiquer le tapas et, par-dessus tout, la méditation (dhyāna); avec la connaissance juste et le détachement (vairāgya)—tel est proclamé le dharma du mendiant (bhikṣu).
Verse 43
भिक्षाचर्या च शुश्रूषा गुरोः स्वाध्याय एव च / सन्ध्याकर्माग्निकार्यं च धर्मो ऽयं ब्रह्मचारिणाम्
La quête d’aumônes selon la règle, le service dévoué au guru et le svādhyāya; avec les rites de Sandhyā et l’entretien du feu sacré—tel est le dharma des brahmacārins (étudiants chastes).
Verse 44
ब्रह्मचारिवनस्थानां भिक्षुकाणां द्विजोत्तमाः / साधारणं ब्रह्मचर्यं प्रोवाच कमलोद्भवः
Ô meilleurs des deux-fois-nés, Kamalodbhava (Brahmā) a proclamé une discipline commune de brahmacarya—continence et conduite réglée—pour les brahmacārins, les habitants de la forêt et les mendiants.
Verse 45
ऋतुकालाभिगामित्वं स्वदारेषु न चान्यतः / पर्ववर्जं गृहस्थस्य ब्रह्मचर्यमुदाहृतम्
Pour le maître de maison, il est proclamé que le « brahmacarya » consiste à s’unir à sa propre épouse seulement au temps propice, jamais à l’épouse d’autrui, et à s’abstenir lors des jours sacrés d’observance (parva).
Verse 46
आगर्भसंभवादाद्यात् कार्यं तेनाप्रमादतः / अकुर्वाणस्तु विप्रेन्द्रा भ्रूणहा तु प्रजायते
Dès l’apparition même de la grossesse, il faut accomplir avec vigilance, sans négligence, les devoirs prescrits qui s’y rapportent. Mais celui qui ne les accomplit pas—ô le meilleur des brahmanes—est tenu pour meurtrier de l’embryon (bhrūṇahā).
Verse 47
वेदाभ्यासो ऽन्वहं शक्त्या श्राद्धं चातिथिपूजनम् / गृहस्थस्य परो धर्मो देवताभ्यर्चनं तथा
Pour le maître de maison, le dharma le plus élevé est ceci : l’étude quotidienne du Veda selon ses forces, l’offrande du śrāddha, l’honneur rendu aux hôtes, et de même l’adoration des divinités.
Verse 48
वैवाह्ममग्निमिन्धीत सायं प्रातर्यथाविधि / देशान्तरगतो वाथ मृतपत्नीक एव वा
Il doit attiser le feu sacré du foyer (le feu nuptial) le soir et de nouveau le matin, selon le rite prescrit—même s’il est parti en un autre pays, ou même s’il est privé d’épouse (par sa mort).
Verse 49
त्रयाणामाश्रमाणां तु गृहस्थो योनिरुच्यते / अन्ये तमुपजीवन्ति तस्माच्छ्रेयान् गृहाश्रमी
Parmi les trois āśramas, celui du maître de maison est dit être leur source même ; les autres vivent soutenus par lui. C’est pourquoi la discipline de l’āśrama du foyer est supérieure.
Verse 50
ऐकाश्रम्यं गृहस्थस्य त्रयाणां श्रुतिदर्शनात् / तस्माद् गार्हस्थ्यमेवैकं विज्ञेयं धर्मसाधनम्
Puisque les Écritures attestent que le maître de maison soutient les trois autres āśramas, il faut comprendre que l’état de gārhasthya, à lui seul, est le moyen principal d’accomplir le dharma.
Verse 51
परित्यजेदर्थकामौ यौ स्यातां धर्मवर्जितौ / सर्वलोकविरुद्धं च धर्ममप्याचरेन्न तु
Qu’on renonce à l’artha et au kāma lorsqu’ils sont dépourvus de dharma ; et qu’on ne pratique pas même ce prétendu « dharma » qui s’oppose au bien et au consentement de tous.
Verse 52
धर्मात् संजायते ह्यर्थो धर्मात् कामो ऽभिजायते / धर्म एवापवर्गाय तस्माद् धर्मं समाश्रयेत्
Du dharma naît l’artha (prospérité en ce monde) ; du dharma naît le kāma (jouissance légitime). Le dharma seul mène à l’apavarga (libération ultime) ; c’est pourquoi il faut prendre refuge dans le dharma.
Verse 53
धर्मश्चार्थश्च कामश्च त्रिवर्गस्त्रिगुणो मतः / सत्त्वं रजस्तमश्चेति तस्माद्धर्मं समाश्रयेत्
Dharma, artha et kāma —la triade des buts humains— sont tenus pour constitués des trois guṇas : sattva, rajas et tamas. C’est pourquoi il faut prendre refuge dans le dharma.
Verse 54
ऊर्ध्वं गच्छन्ति सत्त्वस्था मध्ये तिष्ठन्ति राजसाः / जघन्यगुणवृत्तिस्था अधो गच्छन्ति तामसाः
Ceux qui demeurent établis dans sattva s’élèvent ; ceux que domine rajas restent au milieu. Ceux dont la conduite est façonnée par la qualité la plus basse —tamas— descendent.
Verse 55
यस्मिन् धर्मसमायुक्तावर्थकामौ व्यवस्थितौ / इह लोके सुखी भूत्वा प्रेत्यानन्त्याय कल्पते
Là où artha (richesse) et kāma (désir) sont justement établis en accord avec le Dharma, l’être vit heureux en ce monde et, après la mort, devient digne de la béatitude sans fin.
Verse 56
धर्मात् संजायते मोक्षो ह्यर्थात् कामो ऽभिजायते / एवं साधनसाध्यत्वं चातुर्विध्ये प्रदर्शितम्
Du Dharma naît la mokṣa (libération) ; et de l’artha (prospérité) naît le kāma (désir). Ainsi, dans l’ordre quadruple des buts humains, le lien entre moyens et fins est clairement manifesté.
Verse 57
य एवं वेद धर्मार्थकाममोक्षस्य मानवः / माहात्म्यं चानुतिष्ठेत स चानन्त्याय कल्पते
L’être humain qui comprend ainsi dharma, artha, kāma et mokṣa, et qui vit en accord avec cette grandeur sacrée (māhātmya), devient digne de l’infini, atteignant l’état impérissable.
Verse 58
तस्मादर्थं च कामं च त्यक्त्वा धर्मं समाश्रयेत् / धर्मात् संजायते सर्वमित्याहुर्ब्रह्मवादिनः
C’est pourquoi, mettant de côté la poursuite de l’artha (richesse) et du kāma (plaisir), qu’on prenne refuge dans le Dharma ; car du Dharma procède toute chose, ainsi le déclarent les connaisseurs de Brahman.
Verse 59
धर्मेण धार्यते सर्वं जगत् स्थावरजङ्गमम् / अनादिनिधना शक्तिः सैषा ब्राह्मी द्विजोत्तमाः
Par le Dharma, le monde entier—l’immobile comme le mobile—est soutenu. Cette puissance est sans commencement ni fin : elle est, en vérité, la Brahmī-Śakti, l’Énergie divine née de Brahman, ô meilleur des deux-fois-nés.
Verse 60
कर्मणा प्राप्यते धर्मो ज्ञानेन च न संशयः / तस्माज्ज्ञानेन सहितं कर्मयोगं समाचरेत्
Par l’action, on obtient le dharma; par la connaissance aussi—sans aucun doute. C’est pourquoi il faut pratiquer avec constance le Yoga de l’action, uni à la connaissance véritable.
Verse 61
प्रवृत्तं च निवृत्तं च द्विविधं कर्म वैदिकम् / ज्ञानपूर्वं निवृत्तं स्यात् प्रवृत्तं यदतो ऽन्यथा
L’action védique est de deux sortes : pravṛtti (engagement) et nivṛtti (retrait). Le nivṛtti est ce qui est précédé de la connaissance véritable ; ce qui est autrement est appelé pravṛtti.
Verse 62
निवृत्तं सेवमानस्तु याति तत् परमं पदम् / तस्मान्निवृत्तं संसेव्यमन्यथा संसरेत् पुनः
Celui qui suit et sert la voie du nivṛtti atteint véritablement l’État suprême. C’est pourquoi le nivṛtti doit être cultivé avec ardeur ; autrement, on retournera encore au samsara.
Verse 63
क्षमा दमो दया दानमलोभस्त्याग एव च / आर्जवं चानसूया च तीर्थानुसरणं तथा
La patience, la maîtrise de soi, la compassion, le don, l’absence d’avidité et le renoncement ; de même la droiture, l’absence d’envie, et la pratique dévote des pèlerinages aux tīrthas (lieux sacrés) — tout cela doit être maintenu.
Verse 64
सत्यं सन्तोष आस्तिक्यं श्रद्धा चेन्द्रियनिग्रहः / देवताभ्यर्चनं पूजा ब्राह्मणानां विशेषतः
Véracité, contentement, āstikya (foi dans le Veda et en Dieu), śraddhā et maîtrise des sens ; avec l’adoration des divinités, la pūjā, et surtout le service dévot et la vénération des brāhmaṇas — tout cela est proclamé comme des piliers du dharma.
Verse 65
आहिंसा प्रियवादित्वमपैशुन्यमकल्कता / सामासिकमिमं धर्मं चातुर्वर्ण्ये ऽब्रवीन्मनुः
La non-violence, la parole douce, l’abstention de médisance et la pureté sans tache morale : tel est ce dharma concis pour les quatre varṇa, enseigné par Manu.
Verse 66
प्राजापत्यं ब्राह्मणानां स्मृतं स्थानं क्रियावताम् / स्थानमैन्द्रं क्षत्रियाणां संग्रामेष्वपलायिनाम्
Pour les brahmanes voués aux rites sacrés, le séjour de Prajāpatya est déclaré leur demeure; et pour les kshatriyas qui ne fuient pas au combat, le séjour Aindra, semblable à Indra, est déclaré leur demeure.
Verse 67
वैश्यानां मारुतं स्थानं स्वधर्ममनुवर्तताम् / गान्धर्वं शूद्रजातीनां परिचारेण वर्तताम्
Pour les vaiśyas fidèles à leur svadharma, est déclaré le séjour des Maruts. Pour ceux nés śūdras qui vivent par le service et l’assistance, est déclaré le séjour des Gandharvas.
Verse 68
अष्टाशीतिसहस्त्राणामृषीणामूर्ध्वरेतसाम् / स्मृतं तेषां तु यत्स्थानं तदेव गुरुवासिनाम्
La demeure dont on se souvient pour ces quatre-vingt-huit mille ṛṣi, maîtres de continence dont l’énergie vitale s’élève, est bien la même demeure pour ceux qui résident auprès du guru et le servent.
Verse 69
सप्तर्षोणां तु यत्स्थानं स्मृतं तद् वै वनौकसाम् / प्राजापत्यं गृहस्थानां स्थानमुक्तं स्वयंभुवा
La demeure dont on se souvient comme appartenant aux Sept Ṛṣi est bien la station destinée aux habitants de la forêt. Et Svayambhū (Brahmā) déclare que le séjour de Prajāpatya est la station des maîtres de maison.
Verse 70
यतीनां यतचित्तानां न्यासिनामूर्ध्वरेतसाम् / हैरण्यगर्भं तत् स्थानं यस्मान्नावर्तते पुनः
Tel est le domaine, la demeure d’Hiraṇyagarbha, atteinte par les ascètes maîtres d’eux-mêmes, les sages au mental recueilli et les renonçants dont l’énergie vitale est sublimée ; de cet état, on ne revient plus.
Verse 71
योगिनाममृतं स्थानं व्योमाख्यं परमाक्षरम् / आनन्दमैश्वरं धाम सा काष्ठा सा परागतिः
Pour les yogins, il est une station immortelle nommée « Vyoma », le Suprême Impérissable. C’est la demeure divine de béatitude et de souveraineté ; tel est le terme suprême, telle est la fin dernière, transcendante.
Verse 72
ऋषच ऊचुः भगवन् देवतारिघ्न हिरण्याक्षनिषूदन / चत्वारो ह्याश्रमाः प्रोक्ता योगिनामेक उच्यते
Les ṛṣi dirent : « Ô Seigneur Bienheureux, destructeur des ennemis des dieux, vainqueur d’Hiraṇyākṣa : bien que quatre āśrama soient enseignés, pour les yogins on ne parle que d’un seul āśrama (suprême). »
Verse 73
श्रीकूर्म ऊवाच सर्वकर्माणि संन्यस्य समाधिमचलं श्रितः / य आस्ते निश्चलो योगी स संन्यासी न पञ्चमः
Śrī Kūrma dit : « Ayant renoncé à toutes les actions et pris refuge dans un samādhi ferme et inébranlable, le yogin qui demeure immobile dans la stabilité intérieure—lui seul est le véritable sannyāsin ; il n’existe pas de “cinquième” ordre distinct au-delà de cela. »
Verse 74
सर्वेषामाश्रमाणां तु द्वैविध्यं श्रुतदर्शितम् / ब्रह्मचार्युपकुर्वाणो नैष्ठिको ब्रह्मतत्परः
Pour tous les āśrama, la tradition sacrée enseigne une division en deux. Ainsi, le brahmacārin est de deux sortes : l’upakurvāṇa (qui achève l’étape d’étudiant puis entre dans la suivante) et le naiṣṭhika (qui demeure ferme dans la chasteté à vie, entièrement voué à Brahman).
Verse 75
यो ऽधीत्यविधिवद्वेदान् गृहस्थाश्रममाव्रजेत् / उपकुर्वाणको ज्ञेयो नैष्ठिको मरणान्तिकः
Celui qui étudie les Veda selon la règle prescrite puis entre dans l’āśrama du maître de maison doit être reconnu comme «upakurvāṇa», l’étudiant qui achève l’étude et retourne aux devoirs du monde; tandis que le «naiṣṭhika» demeure brahmacārī, étudiant célibataire toute sa vie, jusqu’à la mort.
Verse 76
उदासीनः साधकश्च गृहस्थो द्विविधो भवेत् / कुटुम्बभरणे यत्तः साधको ऽसौ गृही भवेत्
On dit que le maître de maison est de deux sortes : le détaché (udāsīna) et le pratiquant en quête (sādhaka). Celui qui s’applique avec ardeur à nourrir et soutenir la famille est appelé le gṛhastha-sādhaka.
Verse 77
ऋणानित्रीण्यपाकृत्यत्यक्त्वा भार्याधनादिकम् / एकाकी यस्तु विचरेदुदासीनः स मौक्षिकः
Après avoir acquitté les trois dettes et renoncé à l’épouse, aux richesses et au reste, celui qui erre seul, détaché et indifférent aux liens du monde, est appelé «maukṣika», chercheur de la délivrance (mokṣa).
Verse 78
तपस्तप्यति यो ऽरण्ये यजेद् देवान् जुहोति च / स्वाध्याये चैव निरतो वनस्थस्तापसो मतः
Celui qui pratique les austérités dans la forêt, vénère les devas et verse les oblations dans le feu sacré, et qui s’adonne au svādhyāya, la récitation-étude du Veda, ce résident de la forêt est tenu pour un véritable ascète (tāpasin).
Verse 79
तपसा कर्षितो ऽत्यर्थं यस्तु ध्यानपरो भवेत् / सांन्यासिकः स विज्ञेयो वानप्रस्थाश्रमे स्थितः
Celui qui, fortement amaigri par l’austérité, devient tout entier voué à la méditation doit être compris comme «sannyāsika», renonçant en esprit, même s’il demeure établi dans l’āśrama de vānaprastha, le séjour forestier.
Verse 80
योगाभ्यासरतो नित्यमारुरुक्षुर्जितेन्द्रियः / ज्ञानाय वर्तते भिक्षुः प्रोच्यते पारमेष्ठिकः
Le mendiant, toujours voué à la pratique du yoga, aspirant à s’élever vers le samādhi et ayant dompté les sens, qui ne vit que pour la connaissance libératrice, est proclamé « pārameṣṭhika », accordé au Seigneur Suprême (Parameśvara).
Verse 81
यस्त्वात्मरतिरेव स्यान्नित्यतृप्तो महामुनिः / सम्यग् दर्शनसंपन्नः स योगी भिक्षुरुच्यते
Mais le grand sage qui ne se réjouit que dans le Soi, toujours comblé et pourvu de la juste vision, est appelé yogin, véritable mendiant (bhikṣu).
Verse 82
ज्ञानसंन्यासिनः केचिद् वेदसंन्यासिनो ऽपरे / कर्मसन्यासिनः केचित् त्रिविधाः परामेष्ठिकाः
Certains sont des renonçants fondés sur la connaissance libératrice ; d’autres ont renoncé au ritualisme védique ; et d’autres encore ont abandonné l’action elle-même—ainsi les renonçants suprêmes (Parameṣṭhin) sont de trois sortes.
Verse 83
योगी च त्रिविधो ज्ञेयो भौतिकः सांख्य एव च / तृतीयोत्याश्रमी प्रोक्ती योगमुत्तममास्थितः
Le yogin doit être connu comme triple : le mondain (bhautika), celui tourné vers le Sāṃkhya, et, troisièmement, celui qui dépasse les étapes de la vie (atyāśramī). Ce dernier est déclaré établi dans le Yoga suprême.
Verse 84
प्रथमा भावना पूर्वे सांख्ये त्वक्षरभावना / तृतीये चान्तिमा प्रोक्ता भावना पारमेश्वरी
Dans l’enseignement ancien du Sāṃkhya, la première contemplation est déclarée être la contemplation de l’Impérissable (Akṣara). Et dans le troisième enseignement est proclamée la contemplation ultime : la suprême contemplation Parameśvarī, centrée sur le Seigneur.
Verse 85
तस्मादेतद् विजानीध्वमाश्रमाणां चतुष्टयम् / सर्वेषु वेदशास्त्रेषु पञ्चमो नोपपद्यते
Ainsi, sachez-le avec certitude : il n’existe que quatre āśramas. Dans tous les Veda et les śāstra faisant autorité, un cinquième āśrama n’est pas admis.
Verse 86
एवं वर्णाश्रमान् सृष्ट्वा देवदेवो निरञ्जनः / दक्षादीन् प्राह विश्वात्मा सृजध्वं विविधाः प्रजाः
Ainsi, après avoir établi les varṇa et les āśrama, le Deva des devas — le Seigneur sans tache, l’Âme de l’univers — s’adressa à Dakṣa et aux autres progéniteurs : «Faites naître des créatures de diverses sortes.»
Verse 87
ब्रह्मणो वचनात् पुत्रा दक्षाद्या मुनिसत्तमाः / असृजन्त प्रजाः सर्वा देवमानुषपूर्विकाः
Sur la parole de Brahmā, ses fils — les sages les plus éminents, tels Dakṣa — engendrèrent tous les êtres, en commençant par les dieux puis l’humanité.
Verse 88
इत्येष भगवान् ब्रह्मा स्त्रष्ट्वत्वे स व्यवस्थितः / अहं वै पालयामीदं संहरिष्यति शूलभृत्
Ainsi, le bienheureux Brahmā demeure établi dans la charge de la création. Moi (Viṣṇu), je protège et soutiens cet univers, et le Porteur du Trident (Śiva) en accomplira la dissolution.
Verse 89
तिस्त्रस्तु मूर्तयः प्रोक्ता ब्रह्मविष्णुमहेश्वराः / रजः सत्त्वतमोयोगात् परस्य परमात्मनः
Trois formes sont proclamées — Brahmā, Viṣṇu et Maheśvara — nées de la conjonction de rajas, sattva et tamas au sein du Soi suprême, le Paramātman.
Verse 90
अनोयन्यमनुरक्तास्ते ह्यन्योन्यमुपजीविनः / अन्योन्यं प्रणताश्चैव लीलया परमेश्वराः
Ils se vouent l’un à l’autre avec une dévotion réciproque et se soutiennent mutuellement ; et, bien qu’ils soient les Souverains suprêmes, ils s’inclinent aussi l’un devant l’autre, uniquement par jeu divin (līlā).
Verse 91
ब्राह्मी माहेश्वरी चैव तथैवाक्षरभावना / तिस्त्रस्तु भावना रुद्रे वर्तन्ते सततं द्विजाः
Les contemplations sont au nombre de trois : la Brahmī, la Māheśvarī, et la contemplation de l’Impérissable (Akṣara). Ô deux-fois-nés, maintenez sans cesse ces trois modes de méditation, avec Rudra pour centre.
Verse 92
प्रवर्तते मय्यजस्त्रमाद्या चाक्षरभावना / द्वितीया ब्रह्मणः प्रोक्ता देवस्याक्षरभावना
La première contemplation de l’Impérissable se poursuit en Moi sans interruption. La seconde, dite appartenir à Brahman, est aussi enseignée comme contemplation de l’Impérissable du Seigneur.
Verse 93
अहं चैव महादेवो न भिन्नौ परमार्थतः / विभज्यस्वेच्छयात्मानं सो ऽन्यर्यामीश्वरः स्थितः
Moi et Mahādeva ne sommes pas différents dans la vérité suprême. Se partageant par sa libre volonté, ce Seigneur demeure comme l’Antaryāmin, le Souverain intérieur en tous les êtres.
Verse 94
त्रैलोक्यमखिलं स्त्रष्टुं सदेवासुरमानुषम् / पुरुषः परतो ऽव्यक्ताद् ब्रह्मत्वं समुपागमत्
Afin de créer l’ensemble des trois mondes—avec dieux, asuras et humains—le Puruṣa, transcendant l’Inmanifesté (Avyakta), assuma l’état de Brahmā, la puissance créatrice.
Verse 95
तस्माद् ब्रह्मा महादेवो विष्णुर्विश्वेश्वरः परः / एकस्यैव स्मृतास्तिस्त्रस्तनूः कार्यवशात् प्रभोः
Ainsi, Brahmā, Mahādeva (Śiva) et Viṣṇu—le Seigneur transcendant de l’univers—sont rappelés comme les trois corps (formes) de l’unique Maître suprême, assumés selon les nécessités de l’œuvre cosmique.
Verse 96
तस्मात् सर्वप्रयत्नेन वन्द्याः पूज्याः प्रयत्नतः / यदीच्छेदचिरात् स्थानं यत्तन्मोक्षाख्यमव्ययम्
Ainsi, avec tous les efforts possibles, il faut les saluer et les vénérer avec soin—si l’on souhaite, sans tarder, atteindre l’état impérissable nommé délivrance (mokṣa).
Verse 97
वर्णाश्रमप्रयुक्तेन धर्मेण प्रीतिसंयुतः / पूजयेद् भावयुक्तेन यावज्जीवं प्रतिज्ञया
Doué d’une dévotion aimante, on doit adorer (le Seigneur) par les devoirs du dharma prescrits selon son varṇa et son āśrama, le cœur rempli de ferveur—en gardant le vœu tant que dure la vie.
Verse 98
चतुर्णामाश्रमाणां तु प्रोक्तो ऽयं विधिवद्द्विजाः / आश्रमो वैष्णवो ब्राह्मो हराश्रम इति त्रयः
Ô deux-fois-nés, voici la règle, dûment énoncée, concernant les quatre āśramas : ils sont de trois sortes—l’āśrama vaiṣṇava, l’āśrama brāhma (lié à Brahmā) et le hara-āśrama (āśrama śaiva).
Verse 99
तल्लिङ्गधारी सततं तद्भक्तजनवत्सलः / ध्यायेदथार्चयेदेतान् ब्रह्मविद्यापरायणः
Portant sans cesse la marque sacrée du liṅga, plein d’affection pour les dévots du Seigneur et voué à la Brahma-vidyā (science de Brahman), qu’on médite sur ces manifestations, puis qu’on les adore.
Verse 100
सर्वेषामेव भक्तानां शंभोर्लिङ्गमनुत्तमम् / सितेन भस्मना कार्यं ललाटे तु त्रिपुण्ड्रकम्
Pour tous les dévots, l’emblème suprême est le liṅga de Śambhu (Śiva). Qu’on trace sur le front la triple marque sacrée (tripuṇḍra) avec la cendre sacrée blanche.
Verse 101
यस्तु नारायणं देवं प्रपन्नः परमं पदम् / धारयेत् सर्वदा शूलं ललाटे गन्धवारिभिः
Mais celui qui s’est réfugié en le Seigneur Nārāyaṇa—Dieu qui est le But suprême—doit porter toujours sur le front le signe du trident (triśūla), tracé avec une eau parfumée.
Verse 102
प्रपन्ना ये जगद्बीजं ब्रह्माणं परमेष्ठिनम् / तेषां ललाटे तिलकं धारणीयं तु सर्वदा
Ceux qui se sont réfugiés en Brahmā—Semence du monde, Seigneur suprême (Parameṣṭhin)—doivent porter toujours sur le front la marque de tilaka.
Verse 103
यो ऽसावनादिर्भूतादिः कालात्मासौ धृतो भवेत् / उपर्यधो भावयोगात् त्रिपुण्ड्रस्य तु धारणात्
En portant le Tripuṇḍra, et par le bhāva-yoga—la contemplation tournée vers le haut et vers le bas—on s’attache à ce Seigneur même : sans commencement, source des êtres, dont la nature est Kāla, le Temps.
Verse 104
यत्तत् प्रधानं त्रिगुणं ब्रह्मविष्णुशिवात्मकम् / धृतं त्रिशूलधरणाद् भवत्येव न संशयः
Ce Pradhāna primordial, constitué des trois guṇas et de nature Brahmā, Viṣṇu et Śiva—lorsqu’il est soutenu par le porteur du trident—se manifeste assurément ; il n’y a nul doute.
Verse 105
ब्रह्मतेजोमयं शुक्लं यदेतन् मण्डलं रवेः / भवत्येव धृतं स्थानमैश्वरं तिलके कृते
Cet orbe blanc du Soleil, fait de la splendeur de Brahman—lorsqu’il est porté en tilaka—devient véritablement un siège semblable à Īśvara, un lieu de souveraineté divine sur celui qui le porte.
Verse 106
तस्मात् कार्यं त्रिशूलाङ्कं तथा च तिलकं शुभम् / त्रियायुषं च भक्तानां त्रयाणां विधिपूर्वकम्
C’est pourquoi il faut, selon le rite, tracer le signe auspicieux du trident, et de même le tilaka sacré; et, conformément à la règle, observer la triade qui confère aux dévots une longévité triple.
Verse 107
यजेत जुहुयादग्नौ जपेद् दद्याज्जितेन्द्रियः / शान्तो दान्तो जितक्रोधो वर्णाश्रमविधानवित्
Que celui qui maîtrise ses sens accomplisse le culte et le yajña, verse les oblations dans le feu sacré, récite le japa des mantras et fasse l’aumône—paisible, discipliné, vainqueur de la colère et instruit des prescriptions de varṇa et d’āśrama.
Verse 108
एवं परिचरेद् देवान् यावज्जीवं समाहितः / तेषां संस्थानमचलं सो ऽचिरादधिगच्छति
Ainsi, l’esprit recueilli, qu’on serve les dieux tant que dure la vie; il atteint bientôt leur demeure stable et inébranlable.
It defines Purāṇa as a sacred compendium enriched with accounts of past, present, and future that grants merit and proclaims the dharma whose culmination is liberation (mokṣa), positioning Purāṇic narrative as both ethical instruction and soteriology.
The chapter emphasizes Brahman/Paramātman as the beginningless inner ruler (antaryāmin) within all, with liberation attained through nivṛtti grounded in true knowledge and steadfast samādhi; devotion and ordained duty purify the jīva, while the highest truth affirms non-difference of the Supreme across Viṣṇu and Mahādeva forms.
No. It states there are four āśramas only; the ‘single āśrama’ for yogins refers to renunciation established in unwavering samādhi, not an additional institutional stage beyond the four.
Because Śrī, though functioning as Mahāmāyā in cosmic delusion for worldly expansion, is also Hari’s beloved whose worship grants śrī (prosperity), puṣṭi (well-being), medhā (intelligence), yaśas (fame), and bala (strength), aligning worldly flourishing with dharmic order.