Adhyaya 3
Purva BhagaAdhyaya 328 Verses

Adhyaya 3

Varnāśrama-Krama, Vairāgya as the Ground of Saṃnyāsa, and Brahmārpaṇa Karma-yoga

Après la conclusion du chapitre précédent sur les quatre varṇa et les quatre āśrama, les sages demandent un exposé successif de l’āśrama-dharma. Le Seigneur Kūrma énumère la progression normative—brahmacarya, gṛhastha, vānaprastha et yati/saṃnyāsa—n’accordant des exceptions qu’en cas de « cause valable », surtout l’éveil de la connaissance vraie, du discernement et d’un vairāgya (détachement) intense. Il décrit les devoirs du maître de maison—mariage, sacrifice, descendance—tout en reconnaissant qu’un vairāgya irrésistible peut autoriser une renonciation immédiate même si les rites coutumiers ne sont pas achevés, et il précise les règles de non-retour entre āśrama. L’enseignement se déplace ensuite de l’ordre social-rituel vers la délivrance intérieure : la renonciation s’enracine dans le vairāgya ; le karma accompli sans attachement aux fruits devient libérateur ; et l’orientation suprême est le brahmārpaṇa, l’offrande de toute action et de ses résultats à Brahman/Īśvara. De l’action purifiée naît la sérénité, de la sérénité la réalisation de Brahman ; connaissance et action disciplinée ensemble donnent le yoga véritable et le naiṣkarmya, culminant en jīvanmukti et en l’absorption dans le Soi suprême (Maheśvara/Parameśvara). Le chapitre s’achève en affirmant que la siddhi spirituelle dépend du respect, non de la transgression, de cette ordonnance intégrée, préparant les développements suivants sur le dharma, le yoga et la réalisation.

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Shlokas

Verse 1

इति श्रीकूर्मपुराणे षट्साहस्त्र्यां संहितायां पूर्वविभागे द्वितीयो ऽध्यायः ऋषय ऊचुः वर्णा भगवतोद्दिष्टाश्चत्वारो ऽप्याश्रमास्तथा / इदानीं क्रममस्माकमाश्रमाणां वद प्रभो

Ainsi, dans le Śrī Kūrma Purāṇa, dans la Ṣaṭsāhasrī Saṃhitā, dans le Pūrvabhāga, s’achève le deuxième chapitre. Les sages dirent : «Le Seigneur Bienheureux a enseigné les quatre varṇa, et de même les quatre āśrama. À présent, ô Seigneur, expose-nous, dans l’ordre convenable, nos āśrama».

Verse 2

श्रीकूर्म उवाच ब्रह्मचारी गृहस्थश्च वानप्रस्थो यतिस्तथा / क्रमेणैवाश्रमाः प्रोक्ताः कारणादन्यथा भवेत्

Śrī Kūrma dit : Les āśrama sont énoncés selon l’ordre juste — brahmacarya (vie d’étudiant), gṛhastha (vie de maître de maison), vānaprastha (retraite en forêt) et yati/saṃnyāsa (renoncement). Ce n’est que pour une raison valable qu’on peut agir autrement.

Verse 3

उत्पन्नज्ञानविज्ञानो वैराग्यं परमं गतः / प्रव्रजेद् ब्रह्मचर्यात् तु यदिच्छेत् परमां गतिम्

Lorsque la vraie connaissance et le discernement réalisé se sont levés, et que le détachement suprême (vairāgya) est atteint, celui qui aspire à la voie la plus haute (la délivrance) doit renoncer au monde dès l’étape de brahmacarya.

Verse 4

दारानाहृत्य विधिवदन्यथा विविधैर्मखैः / यजेदुत्पादयेत् पुत्रान् विरक्तो यदि संन्यसेत्

Après avoir pris épouse selon le rite, qu’il accomplisse des sacrifices par divers makha (rites) et engendre des fils ; puis, lorsque le détachement naît, qu’il puisse alors entrer en saṃnyāsa, la renonciation.

Verse 5

अनिष्ट्वा विधिवद् यज्ञैरनुत्पाद्य तथात्मजम् / नगार्हस्थ्यं गृहीत्यक्त्वा संन्यसेद् बुद्धिमान् द्विजः

Un dvija avisé ne doit pas renoncer au monde après avoir quitté la vie de maître de maison, s’il n’a pas d’abord accompli les sacrifices prescrits selon la règle et s’il n’a pas, de même, engendré un fils.

Verse 6

अथ वैराग्यवेगेन स्थातुं नोत्सहते गृहे / तत्रैव संन्यसेद् विद्वाननिष्ट्वापि द्विजोत्तमः

Ensuite, poussé par l’élan du détachement (vairāgya), s’il ne peut plus demeurer dans la vie de maison, le dvija le plus noble et savant doit prendre saṃnyāsa sur-le-champ, même s’il n’a pas accompli les sacrifices usuels.

Verse 7

अन्यथा विविधैर्यज्ञैरिष्ट्वा वनमथाक्षयेत् / तपस्तप्त्वा तपोयोगाद् विरक्तः संन्यसेद् यदि

Autrement, après avoir accompli comme il se doit divers yajñas, qu’il se retire ensuite dans la forêt ; puis, ayant pratiqué les austérités—par la discipline du yoga ascétique—si le vairāgya (détachement) s’éveille, qu’il renonce au monde et entre en saṃnyāsa.

Verse 8

वानप्रस्थाश्रमं गत्वा न गृहं प्रविशेत् पुनः / न संन्यासी वनं चाथ ब्रह्माचर्यं न साधकः

Étant entré dans l’āśrama de vānaprastha, qu’il ne retourne plus à la demeure du maître de maison. De même, un saṃnyāsin ne doit pas revenir au mode de vie du forestier ; et un sādhaka ne doit pas délaisser sa discipline propre pour retomber dans l’étape de brahmacarya.

Verse 9

प्राजापत्यां निरूप्येष्टिमाग्नेयीमथवा द्विजः / प्रव्रजेत गृही विद्वान् वनाद् वा श्रुतिचोदनात्

Le dvija savant, en tant que maître de maison, après avoir ordonné et accompli comme il se doit le sacrifice prājāpatya—ou bien le rite lié à Agni—doit partir en renoncement (pravrajyā). Ou, après avoir demeuré dans la forêt, selon l’injonction de la Śruti (les Veda), il peut prendre le saṃnyāsa.

Verse 10

प्रकर्तुमसमर्थो ऽपि जुहोतियजतिक्रियाः / अन्धः पङ्गुर्दरिद्रो वा विरक्तः संन्यसेद् द्विजः

Même si un dvija est incapable d’accomplir les rites de juhoti et de yajati (offrandes et sacrifices), s’il est aveugle, boiteux, pauvre, ou intérieurement détaché, qu’il renonce et prenne le saṃnyāsa.

Verse 11

सर्वेषामेव वैराग्यं संन्यासाय विधीयते / पतत्येवाविरक्तो यः संन्यासं कर्तुमिच्छति

Pour tous, le vairāgya (détachement) est prescrit comme base essentielle du saṃnyāsa. Celui qui n’a pas le vairāgya et pourtant veut entreprendre le saṃnyāsa, tombe assurément.

Verse 12

एकस्मिन्नथवा सम्यग् वर्तेतामरणं द्विजः / श्रद्धावनाश्रमे युक्तः सो ऽमृतत्वाय कल्पते

Même s’il demeure correctement dans un seul āśrama, le « deux-fois-né », pourvu de foi et de discipline dans cet état de vie, devient apte à l’immortalité (libération).

Verse 13

न्यायागतधनः शान्तो ब्रह्मविद्यापरायणः / स्वधर्मपालको नित्यं सो ऽमृतत्वाय कल्पते

Celui dont la richesse est acquise par des moyens justes, qui est paisible, voué à la connaissance de Brahman et qui garde sans cesse son propre dharma—celui-là devient apte à l’immortalité.

Verse 14

ब्रह्मण्याधाय क्रमाणि निःसङ्गः कामवर्जितः / प्रसन्नेनैव मनसा कुर्वाणो याति तत्पदम्

Celui qui remet toutes ses actions à Brahman—sans attachement, exempt de désir et agissant avec un esprit serein—atteint cet état suprême, la demeure la plus haute.

Verse 15

ब्रह्मणा दीयते देयं ब्रह्मणे संप्रदीयते / ब्रह्मैव दीयते चेति ब्रह्मार्पणमिदं परम्

Le don est offert par Brahman ; il est offert en Brahman ; et Brahman seul est ce qui est offert : telle est l’offrande suprême en Brahman (brahmārpaṇa).

Verse 16

नाहं कर्ता सर्वमेतद् ब्रह्मैव कुरुते तथा / एतद् ब्रह्मार्पणं प्रोक्तमृषिभिः तत्त्वदर्शिभिः

«Je ne suis pas l’agent ; tout cela, Brahman seul l’accomplit, ainsi en est-il.» Telle est l’instruction des ṛṣi qui voient la Vérité : «tout offrir en Brahman» (brahmārpaṇa).

Verse 17

प्रीणातु भगवानीशः कर्मणानेन शाश्वतः / करोति सततं बुद्ध्या ब्रह्मार्पणमिदं परम्

Que le Seigneur Bienheureux, l’Īśa éternel, soit satisfait par cet acte. Car celui qui, d’une intelligence stable, accomplit sans cesse cette offrande suprême—consacrer toute action à Brahman—atteint le plus haut.

Verse 18

यद्वा फलानां संन्यासं प्रकुर्यात् परमेश्वरे / कर्मणामेतदप्याहुः ब्रह्मार्पणमनुत्तमम्

Ou bien, qu’on renonce aux fruits des actes en les offrant au Parameśvara, le Seigneur Suprême. Cela aussi, disent les sages, est l’offrande inégalée des actions à Brahman.

Verse 19

कार्यमित्येव यत्कर्म नियतं सङ्गवर्जितम् / क्रियते विदुषा कर्म तद्भवेदपि मोक्षदम्

L’acte établi comme devoir prescrit, accompli sans attachement, uniquement parce qu’« il doit être fait », lorsqu’il est entrepris par le sage, peut même accorder la délivrance (mokṣa).

Verse 20

अन्यथा यदि कर्माणि कुर्यान्नित्यमपि द्विजः / अकृत्वा फलसंन्यासं बध्यते तत्फलेन तु

Autrement, même si un dvija agit chaque jour, s’il ne renonce pas à l’attachement aux fruits, il est bel et bien lié par ces résultats mêmes.

Verse 21

तस्मात् सर्वप्रयत्नेन त्यक्त्वा कर्माश्रितं फलम् / अविद्वानपि कुर्वोत कर्माप्नोत्यचिरात् पदम्

Ainsi donc, avec tous tes efforts, abandonne le fruit qui dépend de l’action. Même sans grande érudition, accomplis ton devoir; par l’acte sans attachement, on atteint bientôt l’État suprême.

Verse 22

कर्मणा क्षीयते पापमैहिकं पौर्विकं तथा / मनः प्रसादमन्वेति ब्रह्म विज्ञायते ततः

Par l’action juste, le péché s’use—celui né en cette vie comme celui porté du passé. Alors vient la sérénité du mental, et de là Brahman est réellement réalisé.

Verse 23

कर्मणा सहिताज्ज्ञानात् सम्यग् योगो ऽबिजायते / ज्ञानं च कर्मसहितं जायते दोषवर्जितम्

De la connaissance jointe à l’action disciplinée naît le Yoga juste; et la connaissance elle-même, unie à l’action, surgit exempte de doṣa, de fautes et d’impuretés.

Verse 24

तस्मात् सर्वप्रयत्नेन तत्र तत्राश्रमे रतः / कर्माणीश्वरतुष्ट्यर्थं कुर्यान्नैष्कर्म्यमाप्नुयात्

Ainsi donc, avec tous ses efforts, demeurant fidèle aux devoirs de sa propre āśrama (étape de vie), qu’on accomplisse les actes pour satisfaire le Seigneur (Īśvara) ; ainsi l’on atteint le naiṣkarmya, l’état au-delà de l’action.

Verse 25

संप्राप्य परमं ज्ञानं नैष्कर्म्यं तत्प्रसादतः / एकाकी निर्ममः शान्तो जीवन्नेव विमुच्यते

Ayant obtenu, par Sa grâce, la connaissance suprême et le naiṣkarmya, on devient solitaire dans l’absorption intérieure, sans esprit de possession, paisible—et l’on est libéré tout en vivant.

Verse 26

वीक्षते परमात्मानं परं ब्रह्म महेश्वरम् / नित्यानन्दं निराभासं तस्मिन्नेव लयं व्रजेत्

Qu’on contemple le Paramātman—le Brahman suprême, le Grand Seigneur Maheśvara—comme la béatitude éternelle, au-delà de toute apparence; et qu’en Lui seul on entre en laya, l’absorption.

Verse 27

तस्मात् सेवेत सततं कर्मयोगं प्रसन्नधीः / तृप्तये परमेशस्य तत् पदं याति शाश्वतम्

Ainsi, l’esprit clair et paisible, qu’on pratique sans cesse le karma-yoga ; pour la satisfaction de Parameśvara, on atteint alors Cet état éternel, la demeure suprême.

Verse 28

एतद् वः सथितं सर्वं चातुराश्रम्यमुत्तमम् / न ह्येतत् समतिक्रम्य सिद्धिं विन्दति मानवः

Ainsi vous a été exposée en entier la règle suprême des quatre āśramas. Car l’être humain n’obtient pas la siddhi (accomplissement spirituel) en la transgressant.

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Frequently Asked Questions

Saṃnyāsa is authorized primarily by the rise of true knowledge (jñāna), realized discernment, and intense vairāgya; without dispassion, taking renunciation is said to lead to a fall.

It presents the normative expectation for a twice-born householder—proper marriage, prescribed sacrifices, and progeny—yet permits renunciation when overpowering dispassion makes household life untenable, even if customary sacrifices are incomplete.

Brahmārpaṇa is the inner offering in which the agent, action, and oblation are contemplated as Brahman; one acts without doership and offers deeds (or their fruits) to the Supreme, making karma itself a means toward purification and liberation.

Ordained duty performed without attachment to results purifies sin, yields serenity, and supports Brahman-realization; action bound to desire and fruit-binding attachment produces bondage, whereas niṣkāma karma can be liberative.

It speaks of the Supreme Self as highest Brahman and also as Maheśvara/Parameśvara, reflecting the Purāṇa’s Samanvaya tendency—uniting Vedāntic Brahman-realization with Īśvara-devotion vocabulary.