Adhyaya 13
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Adhyaya 13

Śrāddha-kalpa: Amarakantaka–Tīrtha-Māhātmya and Akṣaya Pitṛ-Tarpaṇa

Cet Adhyāya, situé dans le Śrāddha-kalpa, est donné comme l’enseignement de Bṛhaspati sur l’efficacité de l’hommage rendu aux Pitṛs : un seul acte de culte accompli selon la règle peut satisfaire les ancêtres « impérissables » et soutenir l’ascension posthume du sacrifiant vers svarga, tandis que mokṣa est approché progressivement. Le propos se détourne ensuite du principe rituel vers une topographie sacrée de type inventaire : lacs, rivières, tīrthas, régions, montagnes et āśramas, conçus comme des interfaces rituelles à haut mérite. Amarakantaka est proclamé suprêmement méritoire dans les trois mondes, lié aux siddhas et à l’austérité (tapas) intense pratiquée par Bhagavān Aṅgiras. Le chapitre souligne des traits propres au lieu : un réservoir sacré (p. ex. Jvālāsaras) visible les jours d’observance, et la rivière guérisseuse Viśalyakaraṇī qui ôte les afflictions, avec des repères directionnels associés à Mālyavat et au versant de Kalinga. L’affirmation rituelle majeure est que l’offrande de piṇḍas sur le mont Amarakantaka—surtout avec un darbha/kuśa exemplaire—produit un « akṣaya śrāddha », accroissant la satisfaction des Pitṛs ; et l’on dit que les Pitṛs s’y manifestent ou s’y dérobent (antardhāna) en atteignant ce kṣetra. L’ensemble forme une carte intégrée : doctrine du śrāddha, économie cosmologique du mérite liée au lieu, et métadonnées de tīrtha ancrées à Amarakantaka.

Shlokas

Verse 1

इति श्रीब्रह्माण्डे महापुराणे वायुप्रोक्ते मध्यभागे तृतीये उपोद्धातपादे श्राद्धकल्पे द्वादशो ऽध्यायः // १२// बृहस्पतिरुवाच सकृदभ्यर्चिताः प्रीता भवन्ति पितरो ऽव्ययाः / योगात्मानो महात्मानो विपाप्मानो महौजसः

Ainsi, dans le Śrī Brahmāṇḍa Mahāpurāṇa, dans la partie médiane proclamée par Vāyu, au troisième upoddhāta-pāda, dans le Śrāddha-kalpa, se trouve le douzième chapitre. Bṛhaspati dit : Vénérés ne fût-ce qu’une seule fois, les Pitṛs impérissables sont comblés; ils sont d’essence yogique, de grande âme, sans souillure de faute et d’une puissance lumineuse.

Verse 2

प्रेत्य च स्वर्गलोकाय कामैश्च बहुलं भुवि / येषु वाप्यनुगृह्णन्ति मोक्षप्राप्तिः क्रमेण तु

Après la mort, ils accordent l’accès au Svarga-loka et l’accomplissement de nombreux désirs sur la terre; ceux qu’ils comblent de leur grâce obtiennent, peu à peu, la mokṣa.

Verse 3

तानि वक्ष्याम्यहं सौम्य सरांसि सरितस्तथा / तीर्थानि चैव पुण्यानि देशांश्छैलांस्तथाश्रमान्

Ô doux ami, je vais dire ces lacs et ces rivières, les tīrtha sacrés, les contrées, les montagnes et les āśrama.

Verse 4

पुण्यो हि त्रिषु लोकेषु सदैवामरकण्टकः / पर्वतप्रवरः पुण्यः सिद्धयारणसेवितः

L’Amarakantaka est à jamais sacré dans les trois mondes; il est le plus noble des monts, plein de mérite, honoré par les siddha et les ascètes des forêts.

Verse 5

यत्र वर्षसहस्राणि प्रयुतान्यर्बुदानि च / तपः सुदुश्चरं तेपे भगवानङ्गिराः पुरा

Là, jadis, le vénérable Aṅgirā accomplit une austérité très difficile durant des milliers d’années, jusqu’aux durées de prayuta et d’arbuda.

Verse 6

यत्र मृत्योर्गतिर्न्नास्ति तथैवासुररक्षसाम् / न भयं नैव चालक्ष्मीर्यावद्भूमिर्द्धरिष्यति

Là, la mort n’a point d’accès, pas plus que les asura et les rākṣasa; tant que la terre subsistera, il n’y aura ni crainte ni Alakṣmī, l’infortune.

Verse 7

तपसा तेजसा तस्य भ्रजते स नगोत्तमः / शृङ्गे माल्यवतो नित्यं वह्निः संवर्त्तको यथा

Par son ascèse et son éclat, cette montagne suprême resplendit; telle la flamme Saṃvartaka qui brûle sans cesse au sommet de Mālyavat.

Verse 8

मृदवस्तु सुगन्धाश्च हेमाभाः प्रियदर्शनाः / शान्ताःकुशा इति ख्याताः परिदक्षिणनर्मदाम्

Ce sont des choses douces et parfumées, à l’éclat d’or et agréables à contempler. On les nomme « kuśa paisibles » et ils accomplissent la pradakṣiṇā autour de la Narmadā.

Verse 9

दृष्टवान्स्वर्गसोपानं भगवानङ्गिराः पुरा / अग्निहोत्रे महातेजाः प्रस्तारार्थं कुशोत्तमान्

Autrefois, le vénérable Aṅgiras vit l’escalier menant au ciel. Lui, au grand éclat, prit pour l’agnihotra les meilleurs kuśa afin de préparer le prastara.

Verse 10

तेषु दर्भेषु यः पिण्डान्मरकण्टटकपर्वते / दद्यात्सकृदपि प्राज्ञस्तस्य वक्ष्यामि यत्फलम्

Celui qui, en homme avisé, offre ne fût-ce qu’une fois les piṇḍa sur le mont Marakaṇṭaṭaka avec ces darbha, j’en dirai le fruit.

Verse 11

तद्भवत्यक्षयं श्राद्धं पितॄणां प्रीतिवर्धनम् / अन्तर्द्धानं च गच्छन्ति क्षेत्रमासाद्य तत्सदा

Ce śrāddha devient impérissable et accroît la joie des Pitṛ. Ayant atteint ce kṣetra, ils parviennent aussi toujours à l’antardhāna (l’état d’invisibilité).

Verse 12

तत्र ज्वालासरः पुण्यं दृश्यते चापि पर्वसु / सशल्यानां च सत्त्वानां विशल्यकरणी नदी

Là, l’on voit aussi, aux jours de fête, l’étang sacré Jvālāsara. Et cette rivière a le pouvoir de rendre « sans dard » les êtres blessés, en ôtant leurs pointes et éclats.

Verse 13

प्राग्दक्षिणायतावर्त्ता वापी सा सुनगोत्तमे / कलिङ्गदेशपश्चार्द्धे शृङ्गे माल्यवतो विभोः

Ce bassin sacré s’infléchit vers l’est et le sud, au lieu éminent nommé Sunagottama ; dans la moitié occidentale du pays de Kalinga, sur le sommet du vénérable mont Malyavat, il demeure.

Verse 14

सिद्धिक्षेत्रमृषिश्रेष्ठा यदुक्तं परमं भुवि / संमतं देवदैत्यानां श्लोकं चाप्युशना जगौ

Ô rishis éminents ! Ce qui est dit sur terre comme le suprême « champ d’accomplissement » est reconnu des dieux comme des daityas ; à ce sujet, Uśanā prononça aussi un śloka.

Verse 15

धन्यास्ते पुरुषा लोके ये प्राप्यामरकण्टकम् / पितॄन्संतर्पयिष्यन्तिश्राद्धे पितृपरायणाः

Bienheureux dans le monde sont ceux qui, parvenus à Amarakantaka, voués aux Ancêtres, rassasieront les Pitṛs par le śrāddha.

Verse 16

अल्पेन तपसा सिद्धिं गमिष्यन्ति न संशयः / सकृदेवार्चितास्तत्र स्वर्गमामरकण्टके

Avec peu d’ascèse, ils atteindront l’accomplissement, sans nul doute. À Amarakantaka, une seule adoration des dieux en ce lieu donne même le ciel.

Verse 17

महेन्द्रःपर्वतः पुण्यो रम्यः शक्रनिषेवितः / तत्रारुह्य भवेत्पूतः श्राद्धं चैव महाफलम्

Le mont Mahendra est saint, charmant, et fréquenté par Śakra. Qui y monte devient purifié, et le śrāddha accompli en ce lieu porte un fruit immense.

Verse 18

वैलाटशिखरे युक्त्वा दिव्यं चक्षुः प्रवर्तते / अधृष्यश्चैव भूतानां देववच्चरते महीम्

Établi sur le sommet de Vailāta, l’œil divin se met en action. Invincible pour les êtres, il parcourt la terre tel un dieu.

Verse 19

सप्तगोदावरे चैव गोकर्णे च तपोवने / अश्वमेधफलं स्नात्वा तत्र दत्त्वा भवेत्ततः

Se baigner à Saptagodāvarī et dans le bois d’ascèse de Gokarṇa donne le fruit de l’Aśvamedha; et y faire l’aumône procure un mérite plus élevé encore.

Verse 20

धूतपापस्थलं प्राप्य पूतः स्नात्वा भवेन्नरः / रुद्रस्तत्र तपस्तेपे देवदेवो महेश्वरः

Parvenu au lieu nommé Dhūtapāpa, l’homme devient pur en s’y baignant. C’est là que Rudra, Mahēśvara, le dieu des dieux, accomplit ses austérités.

Verse 21

गोकर्णे निहितं देवैर् नास्तिकानां निदर्शनम् / अब्राह्मणस्य सावित्रीं पठतस्तु प्रणश्यति

À Gokarṇa, les dieux ont placé un signe d’avertissement pour les impies. Le non-brahmane qui récite la Sāvitrī (Gāyatrī) court à sa perte.

Verse 22

देवर्षिभवने शृङ्गे सिद्धचारणसेविते / आरुह्यतं निय मवांस्ततो याति त्रिविष्टपम्

Sur le sommet, demeure des deva-rishis, honorée par les Siddhas et les Cāraṇas, celui qui y monte l’âme maîtrisée s’en va de là vers Triviṣṭapa (le ciel).

Verse 23

दिव्यैश्चन्दनवृक्षैश्च पादपैरुपशोभितम् / आपश्चन्दनसंयुक्ताः स्पन्देति सततं ततः

Ce lieu est embelli par des arbres divins de santal et d’autres végétaux. Ses eaux, mêlées au parfum du santal, frémissent et ondulent sans cesse.

Verse 24

नदी प्रवर्तते ताभ्यस्ताम्रपर्णीति नामतः / या चन्दनमहाखण्डाद्दक्षिणं याति सागरम्

De là s’écoule une rivière nommée Tamraparni, qui, depuis la vaste contrée du santal, se dirige vers le sud et rejoint l’océan.

Verse 25

नद्यास्तस्याश्च ताम्रायास्तूह्यमाना महोदधौ / शङ्खा भवन्ति शुक्त्यश्च जायते यासु मौक्तिकम्

Lorsque la rivière Tamraparni se déverse dans le grand océan, naissent conques et huîtres; en elles se forment les perles.

Verse 26

उदकानयनं कृत्वा शङ्खमौक्तिकसंयुतम् / आधिभिर्व्याधिभिश्चैव मुक्ता यान्त्यमरावतीम्

En apportant cette eau jointe aux conques et aux perles, ceux qui sont délivrés des peines et des maladies atteignent Amaravati.

Verse 27

चन्दनेभ्यः प्रसूतानां शङ्खानां मौक्तिकस्य वा / पापकर्त्तॄनपि पितॄंस्तारयन्ति यथाश्रुति

Selon la śruti, les conques ou les perles nées du santal ont un mérite tel qu’elles délivrent même les ancêtres auteurs de péchés.

Verse 28

चन्द्रतीर्थे कुमार्यां च कावेरीप्रभवे क्षये / श्रीपर्वतस्य तीर्थेषु वैकृते च तथा गिरौ

À Candratīrtha, à Kumārī (Kanyakumari), au lieu de confluence près de la source de la Kāverī, ainsi que dans les tīrtha du Śrīparvata et sur la montagne dite Vaikṛta.

Verse 29

एकस्था यत्र दृश्यन्ते वृक्षाह्यौशीरपर्वते / पलाशाः खदिरा बिल्वाः प्लक्षाश्वत्थविकङ्कताः

Sur le mont Auśīra, il est un lieu où l’on voit réunis en un seul endroit les arbres palāśa, khadira, bilva, plakṣa, aśvattha et vikaṅkata.

Verse 30

एवं द्विमण्डलाविद्धं विज्ञेयं द्विजसत्तमाः / अस्मिंस्त्यक्त्वा जनोंऽगाति क्षिप्रं यात्यमरावतीम्

Ô meilleurs des dvija, sachez que ce lieu est « transpercé par deux mandala » ; celui qui y abandonne son corps parvient promptement à Amarāvatī.

Verse 31

श्रीपर्वतस्य तीर्थे तु वैकृते च तथा गिरौ / कर्माणि तु प्रयुक्ता नि सिद्ध्यन्ति प्रभवाप्यये

Au tīrtha du Śrīparvata et sur le mont Vaikṛta, les actes rituels accomplis s’accomplissent à coup sûr, même aux temps de manifestation et de résorption (prabhava–apyaya).

Verse 32

दुष्प्रयुक्ता हि पितृषु सुप्रयोगा भवन्त्युत / पितॄणां दुहिता पुण्या नर्मदा सरितां वरा

Même les offrandes mal accomplies pour les Pitṛ deviennent là des offrandes bien accomplies ; Narmadā, la fille sainte des Pitṛ, est la meilleure des rivières.

Verse 33

यत्र श्राद्धानि दत्तांनि ह्यक्षयाणि भवन्त्युत / माठरस्य वने पुण्ये सिद्धचारणसेविते

Là où les dons offerts au śrāddha deviennent assurément de fruit impérissable—dans la forêt sainte de Māṭhara, honorée par les Siddha et les Cāraṇa.

Verse 34

अन्तर्द्धानेन गच्छन्ति युक्त्वा तस्मिन्महा गिरौ / विन्ध्ये चैव गिरौ पुण्ये धर्माधर्मनिदर्शनीम्

Établis sur cette grande montagne, ils s’en vont par l’« antardhāna » (disparition); et sur le Vindhya sacré apparaît un signe révélant dharma et adharma.

Verse 35

धारां पापा न पश्यन्ति धारां पश्यन्ति साधवः / तत्र तद्दृश्यते पापं केषां चित्पापकर्मणाम्

Les pécheurs ne voient pas ce courant, mais les justes le voient; là se rend visible le péché de certains auteurs d’actes mauvais.

Verse 36

कैलासे या मतङ्गस्य वापी पापनिषूदनी / स्नात्वा तस्या दिवं यान्ति कामचारा विहङ्गमाः

Sur le Kailāsa se trouve l’étang de Mataṅga, qui détruit le péché; s’y étant baignés, même les oiseaux allant à leur gré gagnent le ciel.

Verse 37

शौर्पारके तथा तीर्थे पर्वते पालमञ्जरे / पाण्डुकूपे समुद्रान्ते पिण्डारकतटे तथा

Au tīrtha de Śaurpāraka, sur le mont Pālamañjara; au puits Pāṇḍukūpa au bord de l’océan, et aussi sur la rive de Piṇḍāraka.

Verse 38

विमले च विपापे च संकल्पं प्राप्य चाक्षयम् / श्रीवृक्षे चित्रकूटे च जंबूमार्गे च नित्यशः

Dans les lieux immaculés et sans péché, on obtient un vœu (saṃkalpa) impérissable ; de même, en tout temps, à Śrīvṛkṣa, à Citrakūṭa et sur la voie de Jambū.

Verse 39

असितस्य गिरौ पुण्ये योगाचार्यस्य धीमतः / तत्रापि श्राद्धमानन्त्यमसितायां च नित्यशः

Sur la montagne méritoire d’Asita, le sage maître de yoga, et aussi au tīrtha d’Asitā, il est dit que le śrāddha accompli constamment donne un fruit sans fin.

Verse 40

पुष्करेष्वक्षयं श्राद्धं तपश्चैव महाफलमा / महोदधौ प्रभासे च तद्वदेव विनिर्दिशेत्

À Puṣkara, le śrāddha est impérissable et l’ascèse porte un grand fruit ; à Prabhāsa, sur la rive du vaste océan, il en est déclaré de même.

Verse 41

देविकायां वृषो नाम कूपः सिद्धनिषेवितः / समुत्पतन्ति तस्यापो गवां शब्देन नित्यशः

À Devikā se trouve un puits nommé « Vṛṣa », honoré par les siddha ; au son des vaches, ses eaux jaillissent sans cesse vers le haut.

Verse 42

योगेश्वरैः सदा जुष्टः सर्वपापबहिष्कृतः / दद्याच्छ्राद्धं तु यस्तस्मिंस्तस्य वक्ष्यामि यत्फलम्

Ce lieu est sans cesse honoré par les seigneurs du yoga et chasse tous les péchés ; à celui qui y offre le śrāddha, j’énoncerai le fruit obtenu.

Verse 43

अक्षयं सर्वकामीयं श्राद्धं प्रीणाति वै पितॄन् / जातवेदः शिला तत्र साक्षादग्नेः सनातनात्

Ce śrāddha impérissable, exauçant tous les vœux, réjouit véritablement les Pitṛ. Là, la pierre dite Jātaveda est la présence même d’Agni, l’Éternel.

Verse 44

श्राद्धानि चाग्निकार्यं च तत्र कुर्यात्सदा क्षयम् / यस्त्वग्निं प्रविशेत्तत्र नाकपृष्ठे स मोदते

Là, il faut accomplir sans cesse les śrāddha et les rites du feu, aux fruits impérissables. Celui qui entre dans le feu en ce lieu se réjouit au faîte du ciel.

Verse 45

अग्निशान्तः पुनर्जातस्तत्र दत्तं ततो ऽक्षयम् / दशाश्वमेधिके तीर्थे तीर्थे पञ्चाश्वमेधिके

Apaisé par Agni, on renaît; ainsi, l’offrande faite en ce lieu devient impérissable. Ce tīrtha est renommé comme Daśāśvamedhika et Pañcāśvamedhika.

Verse 46

यथोद्दिष्टफलं तेषां क्रतूनां नात्र संशयः / ख्यातं हयशिरो नाम तीर्थं सद्यो वरप्रदम्

Le fruit de ces kratu s’obtient ici tel qu’il est prescrit; nul doute. Le tīrtha renommé nommé Hayaśiro accorde aussitôt les grâces.

Verse 47

श्राद्धं तत्र सदाक्षय्यं दाता स्वर्गे च मोदते / श्राद्धं सुंदनिसुंदे च देयं पापनिषू दनम्

Le śrāddha accompli en ce lieu est toujours impérissable, et le donateur se réjouit au ciel. Dans le lieu/récit de Sunda et Nisunda aussi, il faut offrir le śrāddha, qui détruit les fautes.

Verse 48

श्राद्धं तत्राक्षयं प्रोक्तं जपहोमतपांसि च / जतुङ्गे शुभे तीर्थे तर्पयेत्सततं पितॄन्

On dit que le śrāddha accompli en ce lieu donne un fruit impérissable, ainsi que le japa, le homa et la pénitence. Au tīrtha propice de Jatuṅga, qu’on offre sans cesse le tarpaṇa aux Pitṛs.

Verse 49

दृश्यते पर्वसु च्छाया यत्र नित्यं दिवौकसाम् / पृथिव्यामक्षयं दत्तं विरजा यत्र पादपः

Là, aux jours de parva, on voit sans cesse l’ombre des habitants du ciel; là, le don fait sur la terre devient impérissable, et s’y tient l’arbre nommé Virajā.

Verse 50

योगेश्वरैः सदा जुष्टः सर्वपापबहिष्कृतः / दद्याच्छ्राद्धं तु यस्तस्मिंस्तस्य वक्ष्यामि यत्फलम्

Ce lieu est sans cesse honoré par les Yogēśvaras et bannit tous les péchés. À celui qui y offre le śrāddha, j’énoncerai le fruit obtenu.

Verse 51

अर्चितास्तेन वै साक्षाद्भवन्ति पितरः सदा / अस्मिंल्लोके वशी च स्यात्प्रेत्य स्वर्गे मही यते

Par cela, les Pitṛs sont véritablement honorés sans cesse. En ce monde il devient maître de soi et influent, et après la mort il est magnifié au ciel.

Verse 52

प्रायशो मद्रवा पुण्या शिवो नाम ह्रदस्तथा / तत्र व्याससरः पुण्यं दिव्यो ब्रह्मह्रदस्तथा

Là se trouve le plus souvent le lieu saint nommé Madravā, ainsi qu’un lac appelé Śiva. On y trouve aussi l’étang sacré de Vyāsa et, de même, le Brahma-hrada divin.

Verse 53

ऊर्ज्जन्तः पर्वतः पुण्यो यत्र योगेश्वरालयः / अत्रैव चाश्रमः पुण्यो वसिष्ठस्य महात्मनः

La montagne sacrée nommée Ūrjjanta est le lieu où se trouve la demeure divine du Seigneur Yogēśvara. Ici même se tient aussi l’āśrama sacré du grand Vasiṣṭha.

Verse 54

ऋग्यजुः सामशिरसः कपोताः पुष्पसाह्वयाः / आख्यान पञ्चमा वेदाः सृष्टा ह्येते स्वयंभुवा

Du sommet de Ṛg, Yajur et Sāma naquirent les branches nommées Kapota et Puṣpa ; et en tenant l’Ākhyāna pour cinquième Veda, tout cela fut créé par Svayaṃbhū.

Verse 55

गत्वैतान्मुच्यते पापद्द्विजो वह्निं समाश्रयन् / श्राद्धं चानन्त्यमेतेषु जपहोमतपांसि च

En se rendant à ces tīrtha et en prenant refuge dans le feu sacré (Agni), le dvija est délivré du péché. Ici, le śrāddha porte un fruit infini, et le japa, le homa et l’ascèse s’accomplissent aussi.

Verse 56

पुण्डरीके महातीर्थे पुण्डरीकसमं फलम् / ब्रह्मतीर्थे महाप्राज्ञ सर्वयज्ञसमं फलम्

Au grand tīrtha de Puṇḍarīka, on obtient un fruit égal à celui de Puṇḍarīka. Ô très sage, à Brahmatīrtha on reçoit un fruit équivalent à celui de tous les yajña.

Verse 57

सिंधुसागरसंभेदे तथा पञ्चनदे क्षयम् / विरजायां तथा पुण्यं मद्रवायां च पर्वते

À la confluence du Sindhu et de l’océan, et aussi à Pañcanada, le péché s’éteint. Dans la Virajā, le mérite est pareil, et de même sur le mont Madravā.

Verse 58

देयं सप्तनदे श्राद्धं मानसे वा विशेषतः / महाकूटे ह्यनन्ते च गिरौ त्रिककुदे तथा

À Saptanada, et tout particulièrement à Manasa, il convient d’offrir le śrāddha; de même à Mahākūṭa, à Ananta et sur le mont Trikakuda.

Verse 59

संध्यायां च महानद्यां दृश्यते महादद्भुतम् / अश्रद्दधानं नाभ्येति सा चाभ्येति धृतव्रतम्

Au crépuscule, dans le grand fleuve, on voit un grand prodige : elle n’approche pas celui qui est sans foi, mais elle s’approche de celui qui tient son vœu.

Verse 60

संश्रयित्वैकमेकेन सायाह्नं प्रति नित्यशः / तस्मिन्देयं सदा श्राद्धं पितॄणामक्षयार्थिनाम्

S’appuyant l’un sur l’autre, ils se dirigent chaque jour vers le soir; ainsi, ceux qui désirent pour les Pitṛ un fruit impérissable doivent y offrir sans cesse le śrāddha.

Verse 61

कृतात्मा वाकृतात्मा च यत्र विज्ञायते नरः / स्वर्गमार्गप्रदं नाम तीर्थं सद्यो वरप्रदम्

Là où l’homme est reconnu comme kṛtātmā ou akṛtātmā, se trouve le tīrtha nommé «Donneur de la voie du ciel», qui accorde aussitôt des grâces.

Verse 62

चीराण्युत्सृज्य यस्मिंस्तु दिवं सप्तर्षयो गाताः / अद्यापि तानि दृश्यन्ते चीराण्यंभोगतानि तु

Là où les Saptarṣi, abandonnant leurs vêtements d’ascèse, montèrent au ciel, ces vêtements se voient encore aujourd’hui, demeurant dans l’eau.

Verse 63

स्नात्वा स्वर्गमवाप्नोति तस्मिंस्तीर्थेत्तमे नरः / ख्यातमायतनं तत्र नन्दिनः सिद्धसेवितम्

Celui qui se baigne dans ce tîrtha excellent obtient le ciel. Là se trouve le sanctuaire renommé de Nandi, honoré par les siddha.

Verse 64

नन्दीश्वरस्य सा मूर्त्तिर्निराचारैर्नदृश्यते / दृश्यन्ते काञ्चना युपास्त्वर्चिषो भास्करोदये

La forme de Nandīśvara ne se révèle pas à ceux qui sont sans discipline. Mais à l’aurore, on voit les yūpa d’or et l’éclat de leurs rayons.

Verse 65

कृत्वा प्रदक्षिणं तांस्तु गच्छन्त्यानन्दिता दिवम् / सर्वतश्च कुरुक्षेत्रं सुतीर्थं तु विशेषतः

Après les avoir contournés en pradakṣiṇa, les dévots, comblés de joie, gagnent le ciel. Tout Kurukṣetra est un tîrtha благ, mais celui-ci tout particulièrement.

Verse 66

पुण्यं सनत्कुमारस्य योगेशस्य महात्मनः / कीर्त्यते च तिलान्दत्त्वा पितृभ्योवै सदाक्षयम्

On célèbre le mérite du grand Sanatkumāra, maître du yoga : offrir du sésame aux pitṛ confère un fruit impérissable, à jamais.

Verse 67

उक्तमेवाक्षयं श्राद्धं धर्मराजनिषेवितम् / श्राद्धं दत्तममावास्यां विधिना च यथाक्रमम्

On dit que le śrāddha impérissable est celui que pratique Dharmarāja : le śrāddha offert à l’amāvasyā, selon le rite et l’ordre établis.

Verse 68

पुंसः सन्निहितायां तु कुरूक्षेत्रे विशेषतः / अर्चयित्वा पितॄंस्तत्र स पुत्रस्त्वनृणो भवेत्

À Kurukshetra tout particulièrement, celui qui s’y tient proche et y vénère les Pitri, ce fils devient affranchi de la dette envers les ancêtres.

Verse 69

सरस्वत्यां विनशने प्लक्षप्रश्रवणे तथा / व्यासतीर्थे दृषद्वत्यां त्रिप्लक्षे च विशेषतः

Sur la Sarasvati : Vinashana et Plaksha-prashravana ; sur la Drishadvati : le tirtha de Vyasa ; et Triplaksha aussi, tous d’une sainteté particulière.

Verse 70

देयमोङ्कारपवने श्राद्धमक्षयमिच्छता / शक्रावतारे गङ्गायां मैनाके च नगोत्तमे

Qui désire un śrāddha au fruit impérissable doit l’offrir à Omkara-pavana ; ainsi qu’au tirtha de Shakravatara sur la Gangā et sur le mont Mainaka, le meilleur des sommets.

Verse 71

यमुनाप्रभवे चैव सर्वपापैः प्रमुच्यते / अत्युष्णाश्चातिशीताश्च आपस्तस्मिन्निदर्शनम्

À la source de la Yamunā, on est délivré de tous les péchés ; les eaux y sont tantôt brûlantes, tantôt glacées : tel en est le signe.

Verse 72

यमस्य भगिनी पुष्या मार्त्तण्डदुहिता शुभा / तत्राक्षयं सदा श्राद्धं पितृभिः पूर्वकीर्त्तितम्

Pushyā, sœur de Yama, l’auspicieuse fille de Mārtaṇḍa : en ce lieu, les Pitri ont déclaré depuis jadis que le śrāddha y est toujours d’un fruit impérissable.

Verse 73

ब्रह्मतुण्डह्रदे स्नात्वा सद्दयो भवति ब्राह्मणः / तस्मिंस्तु श्राद्धमानन्त्यं जपहोमतपांसि च

En se baignant dans le lac sacré de Brahmatuṇḍa, le brāhmane est purifié sur-le-champ. En ce tīrtha, le śrāddha procure un fruit sans fin; de même le japa, le homa et l’ascèse portent leurs mérites.

Verse 74

स्थाणुभूतो ऽचरत्तत्र वसिष्टो वै महातपाः / अद्यापि तत्र दृश्यन्ते पादपा मणिबर्हणाः

Le grand ascète Vasiṣṭha demeura là, tel un pilier, immobile. Aujourd’hui encore, on y voit des arbres parés d’un éclat de joyaux, dits maṇi-barhaṇa.

Verse 75

तुला तु दृश्यते तत्र धर्मान्धर्मनिधर्शिनी / यथा वै तोलितं विप्रैस्तीर्थानां फलमुत्तमम्

Là se voit une balance qui éprouve le dharma et l’adharma. Comme si les vipra avaient pesé et manifesté le fruit suprême des tīrtha.

Verse 76

पितॄणां दुहिता योगा गन्धकालीति विश्रुता / चतुर्थो ब्रह्मणस्त्वंशः पराशरकुलोद्भवः

La fille des Pitṛ se nomme Yogā, renommée sous le nom de Gandhakālī. Née dans la lignée de Parāśara, on dit qu’elle est la quatrième part de Brahmā.

Verse 77

व्यसिष्यति चतुर्द्धा वै वेदं धीमान्महामुनिः / महायोगं महात्मानं या व्यासं जनयिष्यति

Le grand muni, plein de sagesse, divisera le Veda en quatre. Et c’est elle qui enfantera Vyāsa, le mahāyogin et le mahātmā.

Verse 78

अच्छोदकं नामसरस्तत्राच्छोदासमुद्भवः / मत्स्ययोनौ पुनर्जाता नियोगात्कारणेन तु

Là se trouve le lac nommé Acchodaka ; c’est de là qu’Acchodā prit naissance. Par la cause du niyoga, elle renaquit dans la matrice des poissons.

Verse 79

तस्यास्त्वाद्याश्रमे पुण्ये पुण्यकृद्भिर्निषेविते / दत्तं सकृदपि श्राद्धमक्षयं समुदाहृतम्

Dans son premier āśrama sacré, fréquenté par les artisans du mérite, même un śrāddha offert une seule fois est proclamé de fruit « impérissable » (akṣaya).

Verse 80

नद्यां योगसमाधानं दत्तं युगपदुद्भवेत् / कुबेरतुङ्गे पापघ्नं व्यासतीर्थेतथैव च

Le don offert dans la rivière avec l’assise du yoga et du samādhi porte fruit aussitôt. À Kuberatuṅga comme au tīrtha de Vyāsa, il est pareillement dit qu’il détruit les fautes.

Verse 81

पुण्यायां ब्रह्मणो वेद्यां श्राद्धमानन्त्यमिष्यते / सिद्धैस्तु सेविता नित्यं दृश्यते तु कृतात्मभिः

Le śrāddha accompli sur la sainte Brahma-vedī est tenu pour d’un fruit infini. Les siddhas la servent sans cesse, et les âmes accomplies peuvent la contempler.

Verse 82

अनिवर्तनं तु नन्दायां वेद्याः प्रागुत्तरदिशि / सिद्धिक्षेत्रं सुरैर्जुष्टं यत्प्राप्य न निवर्त्तते

Au nord-est de la vedī, à Nandā, se trouve le kṣetra de siddhi nommé Anivartana, cher aux devas ; qui l’atteint ne revient plus.

Verse 83

महालये पदं न्यस्तं महादेवेन धीमता / भूतानामनुकंपार्थं नास्तिकानां निदर्शनम्

À Mahālaya, le sage Mahādeva a posé son empreinte sacrée, par compassion pour les bhūta et comme signe pour ceux qui nient la foi.

Verse 84

विरजे त्वक्षयं श्राद्धं पूर्वमेव महालये / नन्दायां विरजे चैव तथैव च महालये

À Virajā et à Mahālaya, depuis l’antiquité se célèbre le śrāddha impérissable (akṣaya) ; de même à Nandā, à Virajā, et pareillement à Mahālaya.

Verse 85

आत्मानं तारयन्तीह दशपूर्वान्दशापरान् / काकह्रदे जातिस्मर्यं सुवर्णममितौजसम्

Ici, ils se délivrent eux-mêmes et font aussi passer dix ancêtres et dix descendants ; à Kāka-hrada on obtient un fruit qui donne le souvenir des naissances, resplendit comme l’or et possède une puissance sans mesure.

Verse 86

कौमारं च सरः पुण्यं नागभोगाभिरक्षितम् / कुमारतीर्थे स्नात्वा तु त्रिदिवं याति मानवः

Le lac sacré nommé Kaumāra est gardé par les capuchons des nāga ; celui qui se baigne au Kumāra-tīrtha atteint Tridiva (le ciel).

Verse 87

देवालये तपस्तस्वा एकपादेन दुश्चरम् / निराहारो युगं दिव्यमुमातुङ्गो स्थितो ज्वलन्

Dans le sanctuaire des dieux, il accomplit une austérité difficile, debout sur un seul pied ; sans nourriture durant un yuga divin, Umātuṅga (le bien-aimé d’Umā) demeura là, flamboyant.

Verse 88

उमातुङ्गे भृगोस्तुङ्गे ब्रह्मतुङ्गे महालये / तत्र श्राद्धानि देयानि नित्यमक्षयमिच्छता

À Umātuṅga, Bhṛgotuṅga, Brahmatuṅga et Mahālaya, celui qui désire un mérite impérissable doit y offrir sans cesse les śrāddha.

Verse 89

अक्षयं तु सदा श्राद्धं शालग्रामे समन्ततः / दुष्कृतं दृश्यते तत्र प्रत्यक्षमकृतात्मनाम्

À Śālagrāma, le śrāddha offert de toutes parts est toujours impérissable ; là, les mauvaises actions de ceux qui ne se sont pas maîtrisés se voient clairement.

Verse 90

प्रत्यदेशो ह्यशिष्टानां शिष्टानां च विशेषतः / तत्र देवह्रदः पुण्यो ब्रह्मणो नागराट् शुचिः

Cette contrée est un lieu de réprimande pour les impolis et, plus encore, de bénédiction particulière pour les vertueux ; on y trouve le saint Devahrada et le pur Nāgarāṭ de Brahmā.

Verse 91

पिण्डं गृह्णति हि सतां न गृह्णात्यसतां सदा / अतिप्रदीप्तैर्भुजगैर्भोक्तुमन्नं न शक्यते

Le piṇḍa des hommes de bien y est reçu, celui des méchants ne l’est jamais ; de même qu’on ne peut manger au milieu de serpents embrasés d’un feu trop vif.

Verse 92

प्रत्यक्षं दृश्यते धर्मस्तीर्थयोर्नतयोर्द्वयोः / कारवत्यां च शाण्डिल्यां गुहायां वामनस्य च

Le Dharma se voit clairement dans les deux tīrtha nommés Nata ; et aussi à Kāravati, à Śāṇḍilyā et dans la grotte sacrée de Vāmana.

Verse 93

गत्वा चैतानि पूतःस्याच्छ्रदद्धमक्षयमेव च / जपो होमस्तपो ध्यानं यत्किञ्चित्सुकृतं भवेत्

En se rendant en ces lieux saints, l’homme est purifié et sa foi devient impérissable. Japa, homa, austérité, méditation et toute action méritoire portent un fruit sacré.

Verse 94

ब्रह्मचर्यं च यौ धत्ते गुरुभक्तिं शतं समाः / एवमाद्यास्सरिच्छ्रेष्ठा यत्स्नानादघमोक्षणम् / कुमारधारा तत्रैव दृष्टा पापं प्रणश्यति

Celui qui observe le brahmacarya et voue au maître une dévotion durant cent ans—tels sont les fleuves premiers et suprêmes; s’y baigner délivre du péché. Là même, la seule vision de la Kumāradhārā fait périr le péché.

Verse 95

ध्यानासनं तु तत्रैव व्यासस्याद्यापि दृश्यते / शैलः कान्तिपुराभ्याशे प्रागुदीच्यां दिशि स्थितः

Là même, on voit encore aujourd’hui le siège de méditation de Vyāsa. Ce rocher se tient près de Kāntipurā, vers le nord-est.

Verse 96

पुण्य पुष्करिणी तत्र किरातगणरक्षिता / यस्यां स्नात्वा सकृद्विप्रः कामानाप्नोति शाश्वतान्

Là se trouve un bassin sacré (puṣkariṇī) gardé par les troupes kirāta. Le brāhmane qui s’y baigne ne fût-ce qu’une fois obtient des vœux durables.

Verse 97

अदृश्यः सर्वभूतानां देववच्चरते महीम्

Invisible à tous les êtres, il parcourt la terre tel un dieu.

Verse 98

काश्यपस्य महातीर्थं कालसर्पिरिति श्रुतम् / तत्र श्राद्धानि देयानि नित्यमक्षयमिच्छता

Le grand tīrtha de Kaśyapa est réputé sous le nom de « Kālasarpi ». Celui qui désire un mérite impérissable doit y offrir sans cesse le śrāddha.

Verse 99

देवदारुवने वापि धारायास्तु निदर्शनम् / निर्धूतानि तु पापानि दृश्यन्ते सुकृतात्मनाम्

Même dans la forêt de Devadāru, on voit ce signe du courant sacré : les fautes des âmes méritantes y paraissent balayées et purifiées.

Verse 100

भागीरथ्यां प्रयागे तु नित्यमक्षयमुच्यते / कालञ्जरे दशार्णायां नैमिषे कुरुजाङ्गले

À Prayāga, sur la Bhāgīrathī, on dit que le fruit est éternel et impérissable ; de même à Kālañjara, Daśārṇā, Naimiṣa et Kurujāṅgala.

Verse 101

वाराणस्यां नगर्यां च देयं श्राद्धं प्रयत्नतः / तत्र योगेश्वरो नित्यं तस्यां दत्तमथाक्षयम्

Dans la cité de Vārāṇasī aussi, il faut offrir le śrāddha avec soin. Là demeure toujours le Yogēśvara ; ainsi, ce qui y est offert devient impérissable.

Verse 102

गत्वा चैतानि पूर्तः स्याच्छ्राद्धमक्षय्यमेव च / जबो होमस्तथा ध्यानं यत्किञ्चित्सुकृतं भवेत्

En se rendant à ces tīrthas, on s’accomplit dans le mérite pūrta, et le śrāddha devient vraiment impérissable. Japa, homa, méditation : toute action méritoire porte fruit.

Verse 103

लौहित्ये वैतरण्यां चस्वर्गवेद्यां तथैव च / सा तु देवी समुद्रान्ते दृश्यते चैव नामभिः

À Lauhitya, à Vaitaraṇī et aussi à Svargavedī, cette Déesse se révèle au rivage de l’océan, honorée sous de nombreux noms sacrés.

Verse 104

गयायां धर्मवृष्ठे तु सरसि ब्रह्मणस्तथा / गयां गृध्रवटे चैव श्राद्धं दत्तं महाफलम्

À Gayā, dans le lac nommé Dharmavṛṣṭa et dans le lac de Brahmā, ainsi qu’à Gṛdhravaṭa de Gayā, le śrāddha offert procure un très grand mérite.

Verse 105

हिमं च पतते तत्र समन्तात्पञ्चयो जनम् / भरतस्याश्रमे पुण्ये ऽरण्यं पुण्यतमं स्मृतम्

Là, la neige tombe de toutes parts jusqu’à cinq yojanas; la forêt du saint āśrama de Bharata est tenue pour la plus hautement méritoire.

Verse 106

मतङ्गस्य वनं तत्र दृश्यते सर्वमानुषैः / स्थापितं धर्मसर्वस्वं लोकस्यास्य निदर्शनम्

Là, la forêt du sage Mataṅga est visible à tous les hommes; elle est un exemple établi, révélant l’essence entière du Dharma pour ce monde.

Verse 107

यद्दण्डकवनं पुण्यं पुण्यकृद्भिर्निषेवितम् / यस्मिन्प्राहुर्विशल्येति तीर्थं सद्यो निदर्शनम्

Cette sainte forêt de Daṇḍaka, fréquentée par les âmes méritantes, renferme le tīrtha nommé Viśalyā, dont le darśana s’obtient aussitôt.

Verse 108

तुलामानैस्तथा चापि शास्त्रैश्च विविधैस्तथा / उन्मच्चन्ति तथा लग्न ये वै पापकृतो जनाः

Ceux qui commettent le péché, attachés aux mesures et aux śāstra variés, s’agitent comme des insensés, liés par leur passion.

Verse 109

तृतीयायां तथा पादे निराधायां तु मण्डले / महाह्रदे च कौशिक्यां दत्तं श्राद्धं महाफलम्

Au pāda de la tithi Tṛtīyā, dans le maṇḍala de Nirādhā, au Grand Lac de Kauśikī, le śrāddha offert donne un fruit immense.

Verse 110

मुण्डपृष्टे पदं न्यस्तं महादेवेन धीमता / बहुदेवयुगांस्तप्त्वा तपस्तीव्रं सुदश्चरम्

Sur le dos de Muṇḍa, le sage Mahādeva posa son pied; durant de nombreux deva-yuga, il accomplit une austérité intense, très difficile.

Verse 111

अल्पेनाप्यत्र कालेन नरो धर्मपरायणः / पाप्मानमुत्सृजत्याशु जीर्णां त्वचमिवोरगः

Ici, même en peu de temps, l’homme voué au dharma rejette vite le péché, comme le serpent sa vieille peau.

Verse 112

सिद्धानां प्रीतिजननं पपानां च भयङ्करम् / लेलिहानैर्महाघोरै रक्ष्यते सुमहोरगैः

Cela réjouit les siddha et terrifie les pécheurs; d’immenses serpents effroyables, la langue léchante, le protègent.

Verse 113

नाम्ना कनकनन्दीति तीर्थं जगति विश्रुतम् / उदीच्यां मुण्डपृष्टस्य ब्रह्मर्षिगणसेवितम्

Le tīrtha nommé « Kanakanandī » est renommé dans le monde. Il se trouve au nord de Muṇḍapṛṣṭa et est honoré par les assemblées de brahmarṣis.

Verse 114

तत्र स्नात्वा दिवंयान्ति स्वशरीरेण मानवाः / दत्तं वापि सदा श्राद्धमक्षय्यं समुदाहृतम्

En s’y baignant, les hommes gagnent le ciel avec leur propre corps. Et le śrāddha offert en ce lieu est dit porter un fruit impérissable.

Verse 115

ऋणैस्त्रिभिस्ततः स्नात्वा निष्क्रीणाति नरस्तनुम् / मानसे सरसि स्नात्वा श्राद्धंनिर्वर्त्तयेत्ततः

Après s’y être baigné, l’homme se délivre des trois dettes sacrées et rachète son corps. Puis, s’étant baigné dans le lac Mānasa, qu’il accomplisse le śrāddha.

Verse 116

तीरे तु सरसस्तस्य देवस्या यतनं महत् / आरुह्य तु जपंस्तत्र सिद्धो याति दिवं ततः

Sur la rive de ce lac se dresse le grand sanctuaire de ce Deva. Celui qui y monte et récite le japa devient siddha et, de là, gagne le ciel.

Verse 117

उत्तरं मानसं गत्वासिद्धिं प्राप्नोत्यनुत्तमाम् / स्नात्वा तस्मिन्सरश्रेष्ठे दृश्यते महादद्भुतम्

En allant au Mānasa du nord, on obtient une siddhi incomparable. En se baignant dans ce lac excellent, on contemple une grande merveille.

Verse 118

दिवश्च्युता महाभागा ह्यन्तरिक्षे विराजते / गङ्गा त्रिपथगा देवी विष्णुपादाच्च्युता सती

La bienheureuse Gaṅgā, descendue du ciel, resplendit dans l’espace. Déesse aux trois voies, elle est la Pure issue du pied de Viṣṇu.

Verse 119

आकाशे दृश्यते तत्र तोरणं सूर्यसन्निभम् / जांबूनदमयं पुण्यं स्वगद्वारमिवायतम्

Là, dans le ciel, on voit un portique semblable au soleil. Il est sacré, fait d’or jāmbūnada, tel une vaste porte du paradis.

Verse 120

ततः प्रवर्त्तते भूयः सर्वसागरमण्डिका / पावनी सर्वभूतानां धर्मज्ञानां विशेषतः

Puis elle s’écoule encore, comme formant l’anneau de tous les océans. Elle purifie tous les êtres, et tout particulièrement les connaisseurs du dharma.

Verse 121

चन्द्रभागा च सिद्धुश्च शुभे मानससंभवे / सागरं पश्चिमं यातो दिव्यः सिंधुनदो वरः

La Candrabhāgā et le Sindhu, nés du благоприятный lac Mānas, ce fleuve Sindhu divin et excellent, se dirige vers l’océan de l’Ouest.

Verse 122

पर्वतो हिमवान्नाम नानाधातुविभूषितः / आयतो वै सहस्राणि योजनानां बहुनि तु

La montagne nommée Himavān est parée de multiples minerais. Son étendue s’allonge sur de nombreux milliers de yojanas.

Verse 123

सिद्धचारणसंकीर्णा देवर्षिगणसेविता / तत्र पुष्करिणी रम्या सुषुम्णा नाम नामतः

Là, foisonnant de Siddha et de Cāraṇa, honoré par les troupes de deva-ṛṣi, se trouve une ravissante puṣkariṇī, connue sous le nom de Suṣumnā.

Verse 124

दशवर्षसहस्राणि तस्यां स्नातस्तु जीवति / श्राद्धं भवति चानन्तं तत्र दत्तं महोदयम्

Celui qui s’y baigne vit dix mille ans; et le śrāddha offert en ce lieu devient d’un fruit sans fin, source d’un grand essor de mérite.

Verse 125

तारयेच्च सदा श्राद्धे दशपूर्वान्दशापरान् / सर्वत्र हिमवान्पुण्यो गङ्गा पुण्या समन्ततः

Par le śrāddha, il délivre toujours dix ancêtres et dix descendants; l’Himavān est méritoire partout, et la Gaṅgā est pure de tous côtés.

Verse 126

समुद्रगाः समुद्राश्च सर्वे पुण्याः समन्ततः / एवमादिषु चान्येषु श्राद्धं निर्वर्तयेद्बुधः

Les fleuves qui vont à l’océan et les océans eux-mêmes sont méritoires de toutes parts; de même, en d’autres tīrtha, le sage doit accomplir le śrāddha.

Verse 127

पुतो भवति वै स्नात्वा हुत्वा दत्त्वा तथैव च / शेलसानुषु शृङ्गेषु कन्दरेषु गुहासु च

Après s’être baigné, avoir offert le homa et fait le don, il devient assurément pur—même sur les pentes et sommets des montagnes, dans les gorges et les grottes.

Verse 128

उपह्वरनितंबेषु तथा प्रस्रवणेषु च / पुलिनेष्वापगानां च तथैव प्रभवेषु च

Sur les pentes des ravins, ainsi qu’aux sources jaillissantes; sur les grèves des rivières et pareillement à leurs lieux d’origine.

Verse 129

महोदधौ गवां गोष्टे संगमेषु वनेषु च / सुसंमृष्टोपलिप्तेषु त्दृद्येषु सुरभिष्वथ

Au bord du grand océan, dans l’étable des vaches, aux confluences et dans les forêts; en des lieux bien lissés et enduits, solides et parfumés.

Verse 130

गोमयेनोपलिप्तेषु विविक्तेषु गृहेषु च / कुर्याच्छ्राद्धमथैतेषु नित्यमेव यथाविधि

Même dans des demeures retirées, enduites de bouse de vache; en ces lieux, qu’on accomplisse le śrāddha chaque jour selon le rite prescrit.

Verse 131

प्राग्दक्षिणां दिशं गत्वा सर्वकामचिकीर्षया / एवमेतेषु सर्वेषु श्राद्धं कुर्यादतन्द्रितः

En se rendant vers la direction du sud-est, dans le désir d’accomplir tous les vœux; ainsi, en tous ces lieux, qu’on accomplisse le śrāddha sans paresse.

Verse 132

एतेष्वेव तु मेधावी ब्राह्मीं सिद्धिमवाप्नुयात् / त्रैवर्णविहितैः स्थाने धर्मे वर्णाश्रमे रतैः

C’est en ces lieux mêmes que l’homme avisé obtient la perfection brahmī; lieux prescrits pour les trois varṇa, où l’on se voue au dharma et à l’ordre du varṇāśrama.

Verse 133

कौपस्थानं च संत्यागात्प्राप्यते पितृपूजनम् / तीर्थान्यनुसरन्वीरः श्रद्दधानः समाहितः

En renonçant au kaupasthāna, on obtient le fruit du culte aux ancêtres. Le héros, plein de śraddhā et l’esprit recueilli, suit les tīrtha sacrés.

Verse 134

कृतपापो ऽपि शुध्येत किं पुनः शुभकर्मकृत् / तिर्यग्योनिं न गच्छेच्च कुदेशे च न जायते

Même celui qui a commis des fautes peut être purifié; combien plus celui qui accomplit des actes vertueux. Il ne va pas en naissance animale et ne naît pas en pays mauvais.

Verse 135

स्वर्गी भवति विप्रो वै मोक्षोपायं च विन्दति / अश्रद्दधानः पापायुर्नास्तिको ऽच्छिन्नसंशयः

Le vipra obtient le ciel et trouve aussi le moyen de la délivrance. Mais celui qui est sans śraddhā, voué au péché et nāstika, ne tranche pas son doute.

Verse 136

हेतुनिष्ठश्च पञ्चैते न तीर्थे फलभागिनः / गुरुतीर्थे परा सिद्धिस्तीर्थानां परमं पदम्

Ces cinq, attachés au raisonnement des causes, ne partagent pas le fruit du tīrtha. Dans le guru-tīrtha se trouve l’accomplissement suprême, le rang le plus élevé des tīrtha.

Verse 137

ध्यानं तीर्थं परं तस्माद्ब्रह्मतीर्थं सनातनम् / उपवासात्परं ध्यानमिन्द्रियाणां निवर्त्तनम्

Ainsi, la méditation est le tīrtha suprême, le Brahma-tīrtha éternel. Plus haute que le jeûne est la méditation, qui retire les sens.

Verse 138

उपवासनिबद्धैर्हि प्राणैरेव पुनः पुनः / प्राणापानौ वशे कृत्वा वशगानीन्दियाणि च

Par les prāṇa liés par le jeûne, encore et encore, maîtrise prāṇa et apāna, et rends aussi les sens dociles à ta domination.

Verse 139

बुद्धिं मनसि संयम्य सर्वेषां तु निवर्त्तनम् / प्रत्याहारं कृतं विद्धि मोक्षोपायमसंशयम्

En maîtrisant la buddhi dans le mental et en retirant tout, sache que c’est le pratyāhāra; sans doute, c’est un moyen vers la délivrance (mokṣa).

Verse 140

इन्द्रियाणां मनो घोरं बुद्ध्यादीनां विवर्त्तनम् / अना हारो क्षयं याति विद्यादनशनं तपः

Le mental des sens est redoutable et bouleverse même la buddhi et le reste; mais le non-manger (anāhāra) s’épuise: sache que le jeûne (anaśana) est une austérité (tapas).

Verse 141

निग्रहे बुद्धिमन्सोरन्यबुद्धिर्न जायते / क्षीणेषु सर्वदोषेषु क्षीणेष्वेवेन्द्रियेषु च

Dans la maîtrise de la buddhi et du mental, nulle autre buddhi ne naît; lorsque tous les défauts s’épuisent et que les sens s’apaisent aussi.

Verse 142

परिनिर्वाति शुद्धात्मा यथा वह्निरनिधनः / कारणेभ्यो गुणेभ्यश्च व्यक्ताव्यक्ताच्च कुत्स्नशः

L’ātman purifié s’apaise pleinement tel un feu sans fin; il transcende totalement les causes, les guṇa, et le manifeste comme le non-manifeste.

Verse 143

नियोजयति क्षेत्रज्ञं तेभ्योयोगेन योगवित् / तस्य नास्ति गतिः स्थानं व्यक्ताव्यक्ते च सर्वशः / न सन्नासन्न सदसन्नैव किञ्चिदवस्थितः

Le connaisseur du Yoga, par le Yoga, établit le Kṣetrajña parmi ces principes. Pour Lui, dans le manifeste comme dans le non-manifeste, il n’est ni marche ni demeure, en tout lieu. Il n’est ni être ni non-être, ni même être-non-être : il ne se fixe en aucun état.

Frequently Asked Questions

That even a single, properly performed act of Pitṛ worship—especially piṇḍa-dāna and tarpaṇa in a potent kṣetra—can greatly please the Pitṛs and yield enduring (akṣaya) results, supporting heavenly ascent and gradual liberation.

Amarakantaka is foregrounded as a tri-loka-puṇya mountain-kṣetra where tapas traditions (Aṅgiras) and tīrtha features (lakes/rivers) make it a high-intensity node in the Purāṇic merit economy, linking place with post-mortem destiny.

Jvālāsaras is presented as a sacred reservoir manifesting on observance-days, while the river Viśalyakaraṇī is described as removing afflictions; together they mark the site as both ritually efficacious and therapeutically auspicious for śrāddha-associated practice.