
Ce chapitre se présente comme un enseignement théologique d’Īśvara à Devī. Il prolonge l’exposé sur les liṅga sacrés en introduisant une triade de śakti : icchā (volonté), kriyā (action) et jñāna (connaissance). Il énonce ensuite une séquence rituelle : après avoir vénéré les liṅga prescrits selon ses moyens, le pratiquant doit adorer les trois śakti. L’icchā-śakti est localisée dans le Prabhāsa-kṣetra sous le nom de Varārohā, liée à la région de Somēśvara, et décrite à travers un récit d’origine d’un vœu. La légende raconte que vingt-six épouses abandonnées par Soma accomplissent des austérités dans le champ auspicious de Prabhāsa. Gaurī/Parvatī apparaît, accorde des bienfaits et institue un remède religieux destiné à apaiser les malheurs des femmes. L’observance est nommée Gaurī-vrata, à pratiquer le jour de tṛtīyā (troisième jour lunaire) du mois de Māgha, avec darśana et culte, et elle prescrit un schéma de « seize » dons/offrandes—fruits, aliments, mets cuits—ainsi que l’hommage rendu aux couples. La phalāśruti promet la disparition de l’inauspice, la prospérité et l’accomplissement des souhaits, concluant que la vénération de Varārohā à Somēśvara détruit péchés et pauvreté.
Verse 1
ईश्वर उवाच । पंचैवं सिद्धलिंगानि कथितानि तव प्रिये । यश्चैनं वेद संकेतं क्षेत्रवासी स उच्यते
Īśvara dit : «Ainsi, ô bien-aimée, les cinq Liṅga accomplis (siddha) t’ont été exposés. Et quiconque comprend ce signe sacré (saṃketa) est véritablement appelé résident du kṣetra saint.»
Verse 2
अथ शक्तित्रयाणां ते रौद्रीणां वच्मि विस्तरम् । इच्छा क्रियाज्ञानशक्त्यस्तिस्रस्ताः परिकीर्त्तिताः
À présent, je t’exposerai en détail la triade des puissances de Rudra : elles sont proclamées comme trois Śakti — Icchā (Volonté), Kriyā (Action) et Jñāna (Connaissance).
Verse 3
पुनस्तासां पूजनायानुक्रमं क्रमतः शृणु । चतुर्दश तथा पंच पूर्वमुक्तानि यानि तु
De nouveau, écoute selon l’ordre juste la manière de les adorer. Les quatorze, et de même les cinq, qui ont été mentionnés auparavant—
Verse 4
चत्वारि त्रीणि चैकं वा यथाशक्त्याभिपूज्य च । लिंगानि तानि संपूज्य शक्तीस्तिस्रस्ततोऽर्चयेत्
Adore-en quatre, ou trois, ou même un seul, selon ta capacité. Après avoir dûment vénéré ces Liṅga, qu’on rende ensuite un culte aux trois Śakti.
Verse 5
सोमेशादीशदिग्भागे वरारोहेति या स्मृता । अमा कला सा सोमस्य उमा पश्चात्प्रकीर्त्तिता
Dans la direction de Somnātha (Someśa), dans le quartier seigneurial, celle dont on se souvient sous le nom de Varārohā est l’Amā-kalā de Soma ; ensuite, elle est aussi proclamée comme Umā.
Verse 6
इच्छाशक्तिस्तु सा ज्ञेयाप्रभासक्षेत्रसंस्थिता । तत्र देवि हितार्थाय सर्वेषां प्राणिनां भुवि
Elle doit être reconnue comme Icchāśakti, la Puissance de la Volonté, établie dans le kṣetra sacré de Prabhāsa. Là, ô Déesse, pour le bien de tous les êtres vivants sur la terre.
Verse 7
तस्या माहात्म्यमखिलं कथयामि तवाधुना । पुरा सोमेन त्यक्ताभिर्भार्याभिस्तु वरानने
À présent, je vais te dire toute sa grandeur. Jadis, ô toi au visage gracieux, Soma fut abandonné par ses épouses—
Verse 8
षड्विंशद्भिस्तपस्तप्तं क्षेत्रे प्राभासिके शुभे । गौरी साऽराध्यमानाथ दिव्यवर्षगणान्बहून्
Dans l’auspicieux Prabhāsa-kṣetra, ils accomplirent des austérités durant vingt-six (années). Là, la Déesse Gaurī fut vénérée sans relâche pendant de nombreuses années divines.
Verse 9
तासां प्रत्यक्षतां प्राप्ता पार्वती परमेश्वरी । उवाच वरदा ब्रूत यद्वो मनसि संस्थितम्
Alors Pārvatī, la Déesse Suprême, se manifesta devant elles et parla en Dispensatrice de grâces : «Dites-moi ce qui demeure dans vos cœurs».
Verse 10
अथ ताश्चाब्रुवन्देवि यदि तुष्टासि पार्वति । सौभाग्यं देहि नो भूरि लावण्यं परमं तथा
Alors elles dirent : «Ô Déesse—si tu es satisfaite, ô Pārvatī—accorde-nous une grande bonne fortune, ainsi que la beauté suprême».
Verse 11
त्यक्ताः सर्वा वयं देवि निर्दोषाः स्वामिना शुभे । दौर्भाग्यदोषसंदग्धा दौर्भाग्येण तु पीडिताः
Ô Déesse, ô Bienheureuse ! Bien qu’irréprochables, nous toutes avons été délaissées par nos époux. Consumées par la faute du mauvais sort, nous sommes réellement tourmentées par l’infortune.
Verse 12
गौर्युवाच । अद्यप्रभृति सर्वा वः समं द्रक्ष्यति रात्रिपः । प्रसादान्मम चार्वंग्यो नैतन्मिथ्या भविष्यति
Gaurī dit : À partir d’aujourd’hui, le roi (vos époux) vous regardera toutes d’un même regard. Par ma grâce, ô vous aux membres gracieux, cela ne sera point mensonge.
Verse 13
वरदा चेति मन्नाम वरदानाद्भविष्यति । इहागत्य तु या नारी पूजयिष्यति मां शुभाम्
« Varadā » sera mon nom, car j’accorde des grâces. Toute femme qui viendra ici et me vénérera, moi l’Auspicious—
Verse 14
न दौर्भाग्यं कुले तस्याः क्वचित्प्राप्स्यंति योषितः । माघमासे तृतीयायामुपवासपरायणा
Dans sa lignée, les femmes ne rencontreront nulle part l’infortune, si, au troisième jour lunaire du mois de Māgha, elles se vouent avec ferveur au jeûne.
Verse 15
या मां द्रक्ष्यति सुश्रोणी मत्तुल्या सा भवि ष्यति । दम्पती षोडशैवात्र परिधाप्य प्रयत्नतः
Toute femme aux belles hanches qui me verra deviendra semblable à moi. Ici, avec effort, qu’elle fasse vêtir seize couples (en offrande).
Verse 16
फलानि भक्ष्यभोज्यं च पक्वान्नानि च षोडश । या प्रदास्यति वै नारी सा तूमैव भविष्यति
Seize sortes de fruits, mets à manger, nourritures délectables et plats cuits : la femme qui les offre en vérité deviendra comme Toi (atteindra Mon état).
Verse 17
एतद्गौरीव्रतंनाम तृतीयायां तु कारयेत् । अप्रसूता च या नारी या नारी दुर्भगा भवेत्
Ceci est nommé le « vœu de Gaurī », et il doit être accompli au troisième tithi. La femme sans enfant, et la femme infortunée—
Verse 18
पुमानसकृदप्यैवं कृत्वा प्राप्स्यत्यभीप्सितम् । एवमुक्त्वा स्थिता तत्र सा देवी चारुलोचना
Même un homme, s’il agit ainsi ne fût-ce qu’une seule fois, obtiendra ce qu’il désire. Ayant parlé ainsi, la Déesse aux beaux yeux demeura en ce lieu.
Verse 19
पश्यते रात्रिनाथश्च सर्वास्ता रोहिणीं यथा । अन्यापि दुःखसंदग्धा दौर्भाग्येण तु पीडिता
Et le Seigneur de la Nuit (la Lune) les contempla toutes comme il contemple Rohiṇī. Une autre femme encore—brûlée par la peine et accablée par la malchance—vint aussi.
Verse 20
अपूजयदुमां देवीं सुभगा साऽभवत्ततः । इति संक्षेपतः प्रोक्तं माहात्म्यं शक्तिसंभवम्
Elle rendit un culte à la Déesse Umā, et par là devint heureuse et de bon augure. Ainsi, brièvement, a été dite la grandeur qui procède de Śakti (la Puissance divine).
Verse 21
सोमेश्वरे वरारोहा नामेति कथितं तव । सर्वपापक्षयकरं सर्वदारिद्र्यनाशनम्
À Someśvara, cette Déesse t’a été révélée sous le nom de « Varārohā ». Son culte consume tous les péchés et fait disparaître toute pauvreté.
Verse 57
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखण्डे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्ये वरारोहामाहात्म्यवर्णनंनाम सप्तपंचाशोऽध्यायः
Ainsi s’achève le cinquante-septième chapitre, intitulé « Description de la Grandeur de Varārohā », dans la première section du Prabhāsakṣetra Māhātmya, au sein du septième—le Prabhāsa Khaṇḍa—du glorieux Skanda Mahāpurāṇa, dans la compilation de quatre-vingt-un mille versets.