Adhyaya 12
Prabhasa KhandaArbudha KhandaAdhyaya 12

Adhyaya 12

Pulastya oriente l’auditeur vers Rūpatīrtha, présenté comme le lieu de bain sacré suprême, qui efface le démérite et confère beauté et forme de bon augure. Une légende locale en explique l’efficacité : une femme pasteure (ābhīrī), d’abord difforme, tombe dans une cascade de montagne au jour de Māgha-śukla-tṛtīyā et, par la puissance du tīrtha, en ressort dotée d’une beauté divine et de marques auspiciennes. Indra vient s’y divertir, s’éprend d’elle et s’entretient avec elle ; elle précise la sainteté de la date et demande une grâce : que tout homme ou toute femme se baignant là avec dévotion ce jour-là plaise à toutes les divinités et obtienne une beauté rare. Indra accorde la grâce et l’emmène au séjour céleste ; dès lors, elle est connue comme l’apsaras Vapu. Le chapitre s’élargit ensuite en un inventaire de lieux sacrés voisins : une grotte splendide à l’est où se baignent des jeunes filles du monde souterrain ; un siège de Gaṇeśa (vaināyaka-pīṭha) dont l’eau donne siddhi et protection ; un arbre Tilaka dont fleurs et fruits accomplissent les desseins ; ainsi que des vertus transformatrices des pierres et des eaux. Un catalogue de type phalaśruti énumère des bienfaits contre la stérilité, les maladies, les afflictions astrologiques et les influences nuisibles. Émerveillé, Yayāti demande la cause ; Pulastya l’attribue aux austérités d’Aditi, au fait qu’elle cacha et protégea l’enfant Viṣṇu (Trivikrama) dans la cascade lors d’une crise de la souveraineté d’Indra, et à ses soins envers l’arbre Tilaka. La conclusion exhorte à s’y baigner avec ardeur, ce tīrtha exauçant les vœux en ce monde et au-delà.

Shlokas

Verse 1

पुलस्त्य उवाच । ततो गच्छेन्नृपश्रेष्ठ रूपतीर्थमनुत्तमम् । सर्वपापहरं नॄणां रूपसौभण्यदायकम्

Pulastya dit : «Ensuite, ô meilleur des rois, il faut se rendre au Rūpatīrtha sans égal, qui efface tous les péchés des hommes et confère beauté et éclat de bon augure.»

Verse 2

तत्र पूर्वं वपुर्नाम्ना लोके ख्याता वराप्सराः । सिद्धिं गता महाराज यथा पूर्वं निगद्यते

Là, jadis, une noble apsarā, célèbre dans le monde sous le nom de Vapur, atteignit la perfection, ô grand roi, comme on le raconte depuis les temps anciens.

Verse 3

पुराऽसीत्काचिदाभीरी विरूपा विकृतानना । लम्बोदरी च कुग्रीवा स्थूलदंतशिरोरुहा

Autrefois vivait une femme Ābhīrī, laide, au visage déformé ; au ventre proéminent, au cou épais, aux dents grossières et aux cheveux en désordre.

Verse 4

एकदा फलमादातुं भ्रममाणाऽर्बुदाचले । माघशुक्लतृतीयायां पतिता गिरिनिर्झरे

Un jour, errant sur le mont Arbuda pour cueillir des fruits, au troisième jour lunaire de la quinzaine claire de Māgha, elle tomba dans un torrent de montagne.

Verse 5

दिव्यमाल्यांबरधरा दिव्यैरंगैः समन्विता । पद्मनेत्रा सुकेशांता सर्वलक्षणलक्षिता

Parée de guirlandes et de vêtements célestes, pourvue de membres divins et resplendissants — aux yeux de lotus, à la chevelure belle — elle portait tous les signes auspicieux de l’excellence.

Verse 6

सा संजाता महाराज तीर्थस्यास्य प्रभावतः । एतस्मिन्नेव काले तु शक्रस्तत्र समागतः

Ainsi, ô grand roi, par la puissance même de ce tīrtha sacré, elle devint telle ; et en ce même moment Śakra (Indra) arriva en ce lieu.

Verse 7

क्रीडार्थं पर्वतश्रेष्ठे तां ददर्श शुभेक्षणाम् । ततः कामशरैर्विद्धस्तामुवाच सुमध्यमाम्

Venu pour se divertir sur la plus noble des montagnes, il la vit, au regard de bon augure. Puis, transpercé par les flèches du désir, il parla à cette femme à la taille fine.

Verse 8

इन्द्र उवाच । का त्वं वद वरारोहे किमर्थं त्वमिहागता । देवी वा नागकन्या वा सिद्धा विद्याधरी तु वा

Indra dit : «Qui es-tu ? Dis-le-moi, ô belle aux charmes élevés : pour quelle raison es-tu venue ici ? Es-tu une déesse, ou une jeune fille nāga, ou une siddhā accomplie, ou bien une Vidyādharī ?»

Verse 9

मनो मेऽपहृतं सुभ्रूस्त्वया च पद्मनेत्रया । शक्रोऽहं सर्वदेवेशो भज मां चारुहासिनि

«Ô toi aux beaux sourcils, aux yeux de lotus, mon esprit a été ravi par toi. Je suis Śakra, seigneur de tous les dieux ; ô dame au sourire gracieux, accueille-moi et unis-toi à moi.»

Verse 10

नार्युवाच । आभीरी त्रिदशाधीश तथाहं बहुभर्तृका । फलार्थं तु समायाता पतिता गिरिनिर्झरे

La femme dit : «Ô seigneur des trente dieux, je suis une Ābhīrī, et j’ai déjà de nombreux époux. Je suis venue chercher des fruits de mérite, mais je suis tombée dans ce ruisseau de montagne.»

Verse 11

स्नात्वा रूपमिदं प्राप्ता सुरूपं च शुभं मया । दुर्ल्लभस्त्वं हि देवानां किं पुनर्मर्त्यजन्मनाम्

«Après m’être baignée, j’ai obtenu cette forme—belle et de bon augure. Toi, tu es difficile à atteindre même pour les dieux ; combien plus pour ceux qui naissent mortels !»

Verse 12

वशगास्ते सुराः सर्वे मयि किं क्रियते स्पृहा । भज मां त्रिदशाधीश यथाकामं सुराधिप

«Tous les dieux sont sous ton pouvoir : pourquoi donc éprouver du désir pour moi ? Ô seigneur des trente, ô souverain des dieux, accueille-moi et jouis selon ton vouloir.»

Verse 13

पुलस्त्य उवाच । एवमुक्तस्तया शक्रः कामयामास तां तदा । निवृत्तमदनो भूत्वा तामुवाच सुमध्यमाम्

Pulastya dit : Ainsi interpellé par elle, Śakra la désira alors. Pourtant, maîtrisant son ardeur, il s’adressa de nouveau à cette femme à la taille fine.

Verse 14

इन्द्र उवाच । वरं वरय कल्याणि यत्ते मनसि वर्त्तते । विनयात्तव तुष्टोऽहं दास्यामि वरमुत्तमम्

Indra dit : « Demande une grâce, ô femme de bon augure, tout ce qui demeure en ton esprit. Satisfait de ton humilité, je t’accorderai une grâce suprême. »

Verse 15

नार्युवाच । माघशुक्लतृतीयायां नरो वा वनिता तथा । स्नानं यः कुरुते भक्त्या प्रीताः स्युः सर्वदेवताः

La femme dit : Au troisième jour lunaire de la quinzaine claire de Māgha, homme ou femme, quiconque se baigne avec dévotion, par cet acte réjouit toutes les divinités.

Verse 16

सुरूपं जायतां तेषां दुर्ल्लभं त्रिदशैरपि । मां नय त्वं सहस्राक्ष सुरावासं सुराधिप

Qu’ils obtiennent une beauté rayonnante, chose rare même parmi les Trente-Trois dieux. Ô Seigneur aux Mille Yeux, maître des dieux, conduis-moi à la demeure céleste des devas.

Verse 17

पुलस्त्य उवाच । एवमस्त्विति तामुक्त्वा गृहीत्वा तां सुराधिपः । विमाने च तया सार्द्धं जगाम त्रिदिवं प्रति

Pulastya dit : Lui disant : « Qu’il en soit ainsi », le Seigneur des dieux la prit avec lui ; puis, avec elle dans un char céleste, il se rendit vers le Tridiva, le ciel.

Verse 18

वपुः प्राप्तं तया यस्मात्तस्मात्पा र्थिवसत्तम । नाम्ना वपुरिति ख्याता सा बभूव वराप्सराः

Parce qu’elle obtint un corps splendide (vapuḥ), ainsi, ô meilleur des rois, elle fut renommée sous le nom de « Vapur » et devint une apsaras d’exception.

Verse 19

माघशुक्लतृतीयायां देवास्तस्मिञ्जलाशये । स्नानं सर्वे प्रकुर्वंति प्रभाते भक्तिसंयुताः

Au troisième jour de la quinzaine claire de Māgha, les dieux, dans ce même lac, accomplissent tous au matin leur bain à l’aube, unis à la dévotion.

Verse 20

तत्रान्या देवकन्याश्च सिद्धयक्षांगनास्तथा । यस्तत्र कुरुते स्नानं तस्मिन्काले नराधिप

Là se trouvent aussi d’autres jeunes filles célestes, ainsi que les femmes des Siddhas et des Yakṣas. Ô roi, quiconque s’y baigne à cet instant même—

Verse 21

रूपं च लभते तादृग्यादृग्लब्धं तया पुरा । सर्वे तत्र भविष्यंति सिद्धविद्याधरोरगाः

Il obtient une beauté semblable à celle qu’elle reçut jadis. Et là seront présents tous les Siddhas, les Vidyādharas et les Nāgas.

Verse 22

तस्यैव पूर्वदिग्भागे बिलमस्ति सुशोभनम् । यत्रागत्य प्रकुर्वंति स्नानं पातालकन्यकाः

Dans son quartier oriental se trouve une grotte des plus splendides, où viennent les jeunes filles de Pātāla pour y accomplir leur bain.

Verse 23

तत्र स्नात्वा गृहीत्वापो बिले तस्मिन्व्रजंति ताः । तत्र वैनायके पीठे महत्पाषाणजं जलम्

Là, après s’être baignés, ils prennent de l’eau et pénètrent dans cette grotte. Là, au siège sacré de Vaināyaka, une eau abondante jaillit d’un grand rocher.

Verse 24

तेनोदकेन संयुक्तः सिद्धो भवति मानवः । गृहीत्वा तज्जलं यस्तु यत्र यत्राभिगच्छति

Uni à cette eau, l’être humain devient accompli, siddha. Et quiconque, ayant pris cette eau, se rend où qu’il aille—

Verse 25

स्वर्गे वा भूतले वापि न केनापि प्रधृष्यते । तत्रास्ति विवरद्वारे तिलकोनाम पादपः

Au ciel comme sur la terre, nul ne peut l’enfreindre. Là, à l’entrée du passage semblable à une fente, se dresse un arbre nommé Tilaka.

Verse 26

तस्य पुष्पैः फलैश्चैव सर्वं कार्यं प्रसिद्ध्यति । भक्षणाद्धारणाद्वापि सिद्धो भवति मानवः

Par ses fleurs et ses fruits, toute œuvre s’accomplit avec succès. En les mangeant ou même en les portant sur soi, l’homme obtient la siddhi, l’accomplissement.

Verse 27

तस्मिन्बिले तु पाषाणाः समन्ताच्छंखसन्निभाः । तेनोदकेन संस्पृष्टा भवंति च हिरण्मयाः

Dans cette caverne, des pierres tout autour ressemblent à des conques. Touchées par cette eau, elles deviennent d’or.

Verse 28

वन्ध्या नारी जलं तत्र या पिबेत्तिलकान्वितम् । अपि वर्षशताब्दा च सद्यो गर्भवती भवेत्

La femme stérile qui boit l’eau de ce lieu, imprégnée de la vertu du Tilaka, devient enceinte sur-le-champ, fût-elle demeurée sans enfant durant cent ans.

Verse 29

व्याधिग्रस्तोऽपि यो मर्त्त्यः स्नानं तत्र समाचरेत् । नीरोगो जायते सद्यो ग्रहग्रस्तो विमुच्यते

Même le mortel accablé par la maladie, s’il s’y baigne, devient sain sur-le-champ ; et celui que tourmentent les grahas (esprits saisisseurs/afflictions astrales) est délivré.

Verse 30

भूतप्रेतपिशाचानां दोषः सद्यः प्रणश्यति । तेनोदकेन संस्पृष्टे सर्वं नश्यति दुष्कृतम्

L’affliction causée par les bhūtas, les pretas et les piśācas est détruite sur-le-champ. Touché par cette eau, tout acte mauvais est effacé.

Verse 31

अपि कीटपतंगा ये पिशाचाः पक्षिणो मृगाः । तेनोदकेन ये स्पृष्टाः सद्यो यास्यंति सद्गतिम्

Même les insectes et les oiseaux, même les bêtes—et même les piśācas—touchés par cette eau, atteignent aussitôt une bonne destinée (sugati).

Verse 32

ययातिरुवाच । अप्यद्भुतमिदं ब्रह्मन्माहात्म्यं भवता मम । कथितं रूपतीर्थस्य न भूतं न भविष्यति

Yayāti dit : « Ô brahmane, cette grandeur merveilleuse que tu m’as dite au sujet de Rūpatīrtha est vraiment prodigieuse : elle n’a jamais été, et ne sera jamais ».

Verse 33

किमत्र कारणं ब्रह्मन्सर्वेभ्योऽप्यधिकं स्मृतम् । सर्वं विस्तरतो ब्रूहि परं कौतूहलं हि मे

Quelle en est la raison, ô brahmane, pour qu’on s’en souvienne comme supérieure à toutes les autres? Dis-moi tout en détail, car ma curiosité est ardente.

Verse 34

पुलस्त्य उवाच । तत्र पूर्वं तपस्तप्तमदित्या नृपसत्तम । इन्द्रे राज्यपरिभ्रष्टे बलौ त्रैलोक्यनायके । अवतीर्णश्चतुर्बाहुरदित्यां नृपसत्तम

Pulastya dit : Là, jadis, Aditi accomplit des austérités, ô roi excellent. Quand Indra fut déchu de sa souveraineté et que Bali régnait sur les trois mondes, le Seigneur aux quatre bras descendit en Aditi, ô roi excellent.

Verse 35

तस्मिञ्जाते महाविष्णावदित्या चासुरान्तके । गुप्तया विवरद्वारे भयाद्दानवसंभवात्

Quand naquit le grand Viṣṇu—fils d’Aditi, pourfendeur des asuras—Aditi, par crainte des ennemis issus des Dānava, le tint caché près d’une entrée fendue, un passage secret.

Verse 36

जातमात्रो हरिस्तस्मिन्स्थापितो निर्झरे तया । तस्मात्पवित्रतां प्राप्तं तीर्थं नॄणामभीष्टदम्

À peine né, Hari fut déposé par elle dans cette source de montagne (nirjhara). Ainsi ce lieu acquit la pureté d’un tīrtha, accordant aux hommes les grâces désirées.

Verse 37

न चान्यत्कारणं राजन्सत्यमेतन्मयोदितम् । माघशुक्लतृतीयायां तत्र जातस्त्रिविक्रमः

Et il n’y a pas d’autre cause, ô roi : telle est la vérité que j’ai dite. Au troisième jour de la quinzaine claire de Māgha, Trivikrama naquit en ce lieu.

Verse 38

तिलकः सर्व वृक्षाग्र्यः पुत्रवत्परिपालितः । अदित्या सेवितो नित्यं स्वहस्तेन जलैः शुभैः

L’arbre Tilaka—le plus éminent de tous les arbres—fut choyé comme un fils ; et Aditi le servait chaque jour, l’arrosant de sa propre main avec des eaux de bon augure.

Verse 39

एतत्ते सर्वमाख्यातं तीर्थमाहात्म्यमुत्तमम् । तस्मात्सर्वप्रयत्नेन स्नानं तत्र समाचरेत् । सर्वकामप्रदं नॄणामिह लोके परत्र च

Ainsi t’ai-je pleinement exposé la suprême grandeur de ce tīrtha. Aussi faut-il, de tout son effort, s’y baigner ; car il accorde aux hommes tous les désirs, en ce monde et dans l’au-delà.