Adhyaya 250
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 250

Adhyaya 250

Dans un cadre dialogué attribué à Vāṇī, ce chapitre expose l’origine théologique et la sainteté du bilva (bilvataru). Alors que Pārvatī erre sur le mont Mandara, accablée de fatigue, une goutte de sa sueur tombe sur la terre et devient un grand arbre divin. L’ayant observé, elle interroge ses compagnes Jayā et Vijayā, qui déclarent qu’il est né de son propre corps et qu’il doit être nommé comme objet de culte capable de détruire les péchés. Pārvatī le nomme « bilva » et annonce qu’à l’avenir les rois, avec foi, cueilleront ses feuilles pour son adoration. Le texte énumère les phala (fruits spirituels) du rite : les souhaits sont exaucés ; la simple vue des feuilles de bilva, accompagnée de foi, soutient le culte. Goûter l’extrémité d’une feuille et poser des pointes de feuilles sur la tête sont dits dissoudre de nombreuses fautes et détourner les souffrances punitives. Le chapitre s’achève sur une « anatomie sacrée » de l’arbre : Girijā à la racine, Dakṣāyaṇī dans le tronc, Maheśvarī dans les branches, Pārvatī dans les feuilles, Kātyāyanī dans le fruit, Gaurī dans l’écorce, Aparṇā dans les fibres internes, Durgā dans les fleurs, Umā dans les membres des rameaux, et des śakti protectrices dans les épines—présentant le bilva comme un sanctuaire vivant de la Déesse au sein du cadre du tīrtha.

Shlokas

Verse 1

वाण्युवाच । बिल्वपत्रस्य माहात्म्यं कथितुं नैव शक्यते । तवोद्देशेन वक्ष्यामि महेन्द्र शृणु तत्त्वतः

Vāṇī dit : « La grandeur de la feuille de Bilva ne peut être pleinement décrite. Pourtant, pour toi, ô Mahendra, je l’exposerai ; écoute la vérité dans son sens véritable. »

Verse 2

विहारश्रममापन्ना देवी गिरिसुता शुभा । ललाटफलके तस्याः स्वेदबिन्दुरजायत

La Déesse de bon augure, la Fille de la Montagne (Pārvatī), fut gagnée par la fatigue après ses jeux et ses promenades. Sur la surface de son front naquit une goutte de sueur.

Verse 3

स भवान्या विनिक्षिप्तो भूतले निपपात च । महातरुरयं जातो मन्दरे पर्वतोत्तमे

Cette goutte, relâchée par Bhavānī, tomba sur la terre. De là naquit ce grand arbre sur Mandara, le plus excellent des monts.

Verse 4

ततः शैलसुता तत्र रममाणा ययौ पुनः । दृष्ट्वा वनगतं वृक्षं विस्मयोत्फुल्ललोचना

Alors la Fille de la Montagne (Pārvatī), se réjouissant en ce lieu, revint encore. Voyant l’arbre au cœur de la forêt, ses yeux s’ouvrirent, épanouis d’étonnement.

Verse 5

जयां च विजयां चैव पप्रच्छ च सखीद्वयम् । कोऽयं महातरुर्दिव्यो विभाति वनमध्यगः । दृश्यते रुचिराकारो महाहर्षकरो ह्ययम्

Elle interrogea ses deux compagnes, Jayā et Vijayā : « Quel est ce grand arbre divin qui resplendit au milieu de la forêt ? Il apparaît d’une forme ravissante et, en vérité, il donne une grande joie. »

Verse 6

जयोवाच । देवि त्वद्देहसंभूतो वृक्षोऽयं स्वेदबिन्दुजः । नामाऽस्य कुरु वै क्षिप्रं पूजितः पापनाशनः

Jayā dit : « Ô Déesse, cet arbre est né de ton propre corps, issu d’une goutte de ta sueur. Donne-lui vite un nom ; lorsqu’il est vénéré, il détruit les péchés. »

Verse 7

पार्वत्युवाच । यस्मात्क्षोणीतलं भित्त्वा विशिष्टोऽयं महातरुः

Pārvatī dit : « Parce que ce grand arbre a jailli en fendant la surface de la terre, il est véritablement exceptionnel. »

Verse 8

उदतिष्ठत्समीपे मे तस्माद्बिल्वो भवत्वयम् । इमं वृक्षं समासाद्य भक्तितः पत्रसंचयम्

Puisqu’il s’est dressé près de moi, qu’il soit donc nommé «Bilva». Celui qui s’approche de cet arbre avec dévotion doit en recueillir un faisceau de feuilles…

Verse 9

आहरिष्यत्यसौ राजा भविष्यत्येव भूतले । यः करिष्यति मे पूजां पत्रैः श्रद्धासमन्वितः

Assurément, un roi s’élèvera sur la terre; il apportera (ces feuilles) et me rendra un culte avec elles, rempli de foi.

Verse 10

यंयं काममभिध्यायेत्तस्य सिद्धिः प्रजायते । यो दृष्ट्वा बिल्वपत्राणि श्रद्धामपि करिष्यति

Quel que soit le désir que l’on médite, son accomplissement naît. Et celui qui, en voyant les feuilles de bilva, ne fût-ce qu’éveille la foi…

Verse 11

पूजनार्थाय विधये धनदाऽहं न संशयः । पत्राग्रप्राशने यस्तु करिष्यति मनो यदि । तस्य पापसहस्राणि यास्यंति विलयं स्वयम

Pour le culte et la juste observance, je deviens sans nul doute dispensatrice de richesse. Et si quelqu’un, ne fût-ce qu’en son esprit, se résout à goûter la pointe d’une feuille (en vœu), alors des milliers de ses fautes s’évanouiront d’elles-mêmes.

Verse 12

शिरः पत्राग्रसंयुक्तं करोति यदि मानवः । न याम्या यातना ह्यस्य दुःखदात्री भविष्यति

Si un homme pose sur sa tête la pointe d’une feuille (en signe sacré), alors les tourments issus de Yama ne deviendront pas pour lui dispensateurs de douleur.

Verse 13

इत्युक्त्वा पार्वती हृष्टा जगाम भवनं स्वकम् । सखीभिः सहिता देवी गणैरपि समन्विता

Ayant ainsi parlé, Pārvatī, toute réjouie, regagna sa propre demeure ; la Déesse était accompagnée de ses compagnes et également entourée des gaṇas.

Verse 14

वाण्युवाच । अयं बिल्वतरुः श्रेष्ठः पवित्रः पापनाशनः । तस्य मूले स्थिता देवी गिरिजा नात्र संशयः

Vāṇī dit : « Ce bilva est le plus excellent : il est pur et détruit les péchés. À sa racine demeure la Déesse Girijā ; il n’y a là aucun doute. »

Verse 15

स्कन्धे दाक्षायणी देवी शाखासु च महेश्वरी । पत्रेषु पार्वती देवी फले कात्या यनी स्मृता

Dans son tronc, elle est connue comme la Devī Dākṣāyaṇī ; dans ses branches, comme Maheśvarī. Dans ses feuilles, elle est vénérée comme Pārvatī Devī, et dans son fruit, elle est rappelée comme Kātyāyanī.

Verse 16

त्वचि गौरी समाख्याता अपर्णा मध्यवल्कले । पुष्पे दुर्गा समाख्याता उमा शाखांगकेषु च

Dans l’écorce, on la nomme Gaurī ; dans la couche intérieure de l’écorce, Aparṇā. Dans la fleur, elle est connue comme Durgā, et dans les brindilles des branches, comme Umā.

Verse 17

कण्टकेषु च सर्वेषु कोटयो नवसंख्यया । शक्तयः प्राणिरक्षार्थं संस्थिता गिरिजाऽज्ञया

Sur toutes ses épines demeurent des puissances (śakti), par crores, comptées en neuf ordres, établies pour la protection des êtres sur l’ordre de Girijā.

Verse 18

तां भजंति सुपत्रैश्च पूजयंति सनातनीम् । यंयं कामयते कामं तस्य सिद्धिर्भवेद्ध्रुवम्

Avec des feuilles de bon augure, ils la servent et vénèrent la Déesse Éternelle. Quel que soit le désir qu’un être appelle, son accomplissement pour lui devient assurément certain.

Verse 19

महेश्वरी सा गिरिजा महेश्वरी विशुद्धरूपा जनमोक्षदात्री । हरं च दृष्ट्वाथ पलाशमाश्रितं स्वलीलया बिल्ववपुश्चकार सा

Elle—Girijā, la grande Maheśvarī—d’une forme parfaitement pure, dispensatrice de délivrance aux êtres : voyant Hara reposant près du palāśa, par sa propre līlā divine, elle prit la forme de l’arbre bilva.

Verse 250

इति श्रीस्कांदेमहापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां सहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये शेषशाय्युपाख्याने ब्रह्मनारदसंवादे चातु र्मास्यमाहात्म्ये पैजवनोपाख्याने बिल्वोत्पत्तिवर्णनंनाम पञ्चाशदुत्तरद्विशततमोऽध्यायः

Ainsi s’achève le deux-cent-cinquantième chapitre, intitulé « Description de l’origine du bilva », dans la sixième partie du Śrī Skanda Mahāpurāṇa—au sein du Nāgarakhaṇḍa, dans le Māhātmya du Hāṭakeśvara-kṣetra, dans l’épisode de Śeṣaśāyī, dans le dialogue de Brahmā et Nārada, dans le Māhātmya de l’observance du Cāturmāsya, dans le récit de Paijavana.