Adhyaya 18
Brahma KhandaSetubandha MahatmyaAdhyaya 18

Adhyaya 18

Le chapitre s’ouvre sur un itinéraire de tīrtha : se baigner à Kumbhasaṃbhava-tīrtha puis se rendre à Rāma-kuṇḍa pour être délivré du péché. Il célèbre ensuite Raghunātha-saras comme un lieu qui dissipe le pāpa : même une offrande modeste faite aux connaisseurs du Veda y multiplie le mérite, et l’étude comme le japa y deviennent particulièrement féconds. Sūta présente une histoire sacrée centrée sur le sage Sutīkṣṇa, disciple d’Agastya, entièrement voué aux pieds de Rāma. Sur la rive de Rāmacandra-saras, il accomplit de rudes tapas, récite sans cesse le mantra de Rāma en six syllabes et offre un long hymne de salutations aux actes et épithètes de Rāma. Par une pratique soutenue et le service du tīrtha, sa bhakti devient stable et pure, accompagnée d’une intuition non-duelle; divers accomplissements yogiques sont mentionnés comme des fruits secondaires. Le propos élargit ensuite la promesse salvatrice du lieu : Rāma y établit un grand liṅga pour le bien des êtres; se baigner et avoir le darśana du liṅga mènerait à la libération. Un exemple suit : Dharmaputra (Yudhiṣṭhira) est dit aussitôt affranchi d’une faute née d’une contre-vérité; les sages en demandent la cause, et Sūta rappelle l’épisode du Mahābhārata concernant la mort de Droṇa, l’énoncé stratégique au sujet d’« Aśvatthāmā » et le poids moral qui s’ensuivit. Plus tard, une voix incorporelle avertit contre la royauté sans expiation; Vyāsa arrive et prescrit un prāyaścitta orienté vers Rāma-setu dans l’océan du Sud. Le chapitre se clôt par une phalaśruti : réciter ou entendre mène vers Kailāsa et libère des renaissances répétées.

Shlokas

Verse 1

श्रीसूत उवाच । कुंभसंभवतीर्थेऽस्मिन्विधायाभिषवं नरः । रामकुंडं ततः पुण्यं गच्छेत्पापविमुक्तये

Śrī Sūta dit : Après avoir accompli l’ablution prescrite en ce gué sacré nommé Kumbhasaṃbhava-tīrtha, l’homme doit ensuite se rendre au saint Rāmakūṇḍa, pour être délivré des péchés.

Verse 2

रघुनाथसरः पुण्यं द्विजाः पापहरं तथा । रघुनाथसरस्तीरे कृतो यज्ञोऽल्पदक्षिणः

Ô deux-fois-nés, le lac de Raghunātha est saint et il efface aussi les péchés. Sur la rive du lac de Raghunātha, un yajña fut accompli avec une dakṣiṇā modeste.

Verse 3

संपूर्णफलदो भूयात्स्वाध्यायोऽपि जपस्तथा । रघुनाथ सरस्तीरे मुष्टिमात्रमपि द्विजाः

Ô deux-fois-nés, sur la rive du lac de Raghunātha, même une simple poignée devient pleinement féconde—qu’il s’agisse du svādhyāya ou du japa.

Verse 4

दत्तं चेद्वेदविदुषे तदनंतगुणं भवेत् । रामतीर्थं समुद्दिश्य वक्ष्यामि मुनिपुंगवाः

Si un don est offert à un connaisseur du Veda, il devient d’un mérite sans fin. Ô meilleurs des sages, je vais maintenant parler en référence à Rāma-tīrtha.

Verse 5

इतिहासं महापुण्यं सर्वपातकनाशनम् । सुतीक्ष्णनामा विप्रेंद्रो मुनिर्नियतमानसः

Un récit sacré d’un très grand mérite, qui anéantit tous les péchés : il y eut un sage, le plus éminent des brāhmaṇas, nommé Sutīkṣṇa, à l’esprit parfaitement maîtrisé.

Verse 6

अगस्त्यशिष्यो रामस्य चरणाब्जविचिंतकः । रामचंद्रसरस्तीरे तपस्तेपे सुदुष्करम्

Disciple d’Agastya, méditant sans cesse sur les pieds de lotus de Rāma, il accomplit de très rudes austérités sur la rive du lac de Rāmacandra.

Verse 7

जपन्षडक्षरं मंत्रं रामचंद्राधिदैवतम् । नित्यं स पंचसाहस्रं मत्रराजमतंद्रितः

Il récitait le mantra aux six syllabes dont la divinité tutélaire est Rāmacandra ; infatigable, il répétait chaque jour le roi des mantras cinq mille fois.

Verse 8

जजाप कुर्वन्स्नानं च रघुनाथसरोजले । भिक्षाशी नियताहारो जितक्रोधो जितेंद्रियः

Il poursuivait son japa tout en se baignant dans les eaux du lac de Raghunātha : vivant d’aumônes, au régime réglé, ayant vaincu la colère et maîtrisé les sens.

Verse 9

एवं सुतीक्ष्णो विप्रेंद्रा बहुकालमवर्तत । ततः कदाचित्स मुनीरामं ध्याय न्सदा हृदि । तुष्टाव सीतासहितं रामचंद्रं सभक्तिकम्

Ainsi, ô le meilleur des brāhmaṇas, Sutīkṣṇa demeura longtemps. Puis, un jour, le sage—méditant toujours Rāma dans son cœur—loua avec dévotion Rāmacandra accompagné de Sītā.

Verse 10

सुतीक्ष्ण उवाच । नमस्ते जानकीनाथ नमस्ते हनुमत्प्रिय

Sutīkṣṇa dit : « Salut à Toi, ô Seigneur de Jānakī (Sītā) ; salut à Toi, ô Bien-aimé de Hanumān. »

Verse 11

नमस्ते कौशिकमुनेर्यागरक्षणदीक्षित । नमस्ते कौसलेयाय विश्वामित्रप्रियाय च

« Salut à Toi, qui fis vœu de protéger le sacrifice du sage Kauśika ; salut à Toi, ô fils de Kauśalyā, toi aussi aimé de Viśvāmitra. »

Verse 12

नमस्ते हरकोदण्डभंजकामरसेवित । मारीचांतक राजेंद्र ताटकाप्राणनाशन

« Salut à Toi, briseur de l’arc de Hara, honoré par les Immortels ; meurtrier de Mārīca, ô meilleur des rois, toi qui anéantis la vie de Tāṭakā. »

Verse 13

कबंधारे हरे तुभ्यं नमो दशरथात्मज । जामदग्न्यजिते तुभ्यं खरविध्वंसिने नमः

« Salut à Toi, ô Hari, qui fis disparaître Kabandha ; hommage à Toi, ô fils de Daśaratha. Salut à Toi, vainqueur de Jāmadagnya (Paraśurāma) ; salut à Toi, destructeur de Khara. »

Verse 14

नमः सुग्रीवनाथाय नमो वालिहराय ते । विभीषणभयक्लेशहारिणे मलहारिणे

« Salut à Toi, seigneur et protecteur de Sugrīva ; salut à Toi, meurtrier de Vāli. À Toi qui dissipes la peur et la peine de Vibhīṣaṇa — ô ôteur des souillures — salut. »

Verse 15

अहल्यादुःखसंहर्त्रे नमस्ते भरताग्रज । अंभोधिगर्वसंहर्त्रे तस्मिन्सेतु कृते नमः

Salut à Toi, qui dissipes la peine d’Ahalyā ; salut à Toi, aîné de Bharata. Salut à Toi, qui as dompté l’orgueil de l’océan ; salut à Toi, par qui fut édifié le pont sacré (Setu).

Verse 16

तारकब्रह्मणे तुभ्यं लक्ष्मणाग्रज ते नमः । रक्षःसंहारिणे तुभ्यं नमो रावणमर्द्दिने

Salut à Toi, Brahman sauveur qui fait franchir l’autre rive ; salut à Toi, aîné de Lakṣmaṇa. Salut à Toi, destructeur des Rākṣasas ; salut à Toi, qui as terrassé Rāvaṇa.

Verse 17

कोदण्डधारिणे तुभ्यं सर्व रक्षाविधायिने । इति स्तुवन्मुनिः सोऽयं सुतीक्ष्णो राममन्वहम्

Salut à Toi, porteur de l’arc Kodanda, dispensateur de protection en toute manière. Ainsi, en Te louant, le sage Sutīkṣṇa glorifiait Rāma jour après jour.

Verse 18

निनाय कालमनिशं रामचंद्रनिषण्णधीः । एवमभ्यसतस्तस्य राम मन्त्रं षडक्षरम्

L’esprit absorbé en Rāmacandra, il laissait s’écouler le temps sans relâche. À force d’une telle pratique, le mantra de Rāma aux six syllabes devint sa discipline constante.

Verse 19

स्तुवतो रामचंद्रं च स्तोत्रेणानेन सुव्रताः । तीर्थे च रघुनाथस्य कुर्वतः स्नानमन्वहम्

Ô vous aux vœux purs, tandis qu’il louait Rāmacandra par cet hymne, et tandis qu’il accomplissait chaque jour le bain au tīrtha de Raghunātha…

Verse 20

अभवन्निश्चला भक्ती रामचंद्रेतिनिर्मला । अभूदद्वैतविज्ञानं प्रत्यगात्मैकलक्षणम्

Par le pur souvenir de Rāmacandra naquit une bhakti inébranlable et sans tache ; et se leva aussi la connaissance non-duelle, marquée par la réalisation directe de l’unique Soi intérieur.

Verse 21

अनधीतत्रयीज्ञानं तथैवाश्रुतवेदनम् । परकायप्रवेशे च सामर्थ्यमभवद्द्विजाः

Sans avoir étudié la triade védique, et sans même avoir entendu le Veda, la connaissance en surgit en lui ; et, ô deux-fois-nés, se manifesta aussi le pouvoir d’entrer dans le corps d’autrui.

Verse 22

आकाशगमने शक्तिः कलावैदग्ध्यमेव च । अश्रुतानां च शास्त्राणामभिज्ञानं विना गुरुम्

S’éleva le pouvoir de parcourir le ciel, ainsi que l’habileté dans les arts ; et même la connaissance de śāstras jamais entendus, sans recourir à un guru.

Verse 23

गमनं सर्वलोकेषु प्रति घातविवर्जितम् । अतींद्रियार्थद्रष्टृत्वं देवैः संभाषणं तथा

Sans aucune entrave, il y eut déplacement à travers tous les mondes ; la vision des réalités suprasensibles ; et de même, l’entretien avec les devas.

Verse 24

पिपीलिकादिजंतूनां वार्ताज्ञानमपि द्विजाः । ब्रह्मविष्णुमहादेवलोकेषु गमनं तथा

Même la connaissance des propos et des actes des êtres tels que les fourmis surgit, ô deux-fois-nés ; et de même, la faculté d’aller aux mondes de Brahmā, de Viṣṇu et de Mahādeva.

Verse 25

चतुर्दशसु लोकेषु स्वाधीनगमनं तथा । एतान्यन्यानि सर्वाणि योगिलभ्यानि सत्तमाः

Et il y avait, selon sa propre volonté, libre passage à travers les quatorze mondes. Tout cela et d’autres pouvoirs semblables, ô le meilleur des vertueux, sont des accomplissements accessibles aux yogin.

Verse 26

सुतीक्ष्णस्याभवन्विप्रा रामा तीर्थनिषेवणात् । एवंप्रभावं तत्तीर्थं महापातकनाशनम्

Pour Sutīkṣṇa, ô brāhmaṇa, ces fruits naquirent d’un pieux recours à Rāma-tīrtha. Telle est la puissance de ce gué sacré : il détruit même les grands péchés.

Verse 27

महासिद्धिकरं पुण्यमपमृत्युविनाशनम् । भुक्तिमुक्तिप्रदं पुंसां नरकक्लेशना शनम्

Il est saint et confère de grandes siddhi ; il détruit la mort prématurée ; il accorde aux hommes à la fois bhukti (jouissance) et mukti (délivrance) ; et il dissipe les tourments de l’enfer.

Verse 28

रामभक्तिप्रदं नित्यं संसारोच्छेदकारणम् । अस्य तीरे महल्लिंगं स्थापयित्वा रघूद्वहः । पूजयामास तल्लिंगं लोकानुग्रहका म्यया

Il accorde à jamais la dévotion à Rāma et devient cause de trancher le saṃsāra. Sur sa rive, le descendant de Raghu établit un grand liṅga et l’adora, désirant le bien des mondes.

Verse 29

रामतीर्थे महापुण्ये स्नात्वा तल्लिंगदर्शनात् । नराणां मुक्तिरेव स्यात्किमुतान्या विभूतयः

Au très méritoire Rāma-tīrtha, en s’y baignant et en contemplant ce liṅga, les hommes obtiennent assurément la délivrance ; que dire alors d’autres pouvoirs moindres ?

Verse 30

तत्र स्नात्वा शिवं दृष्ट्वा धर्म पुत्रः पुरा द्विजाः । अनृतोक्तिसमुद्भूतदोषान्मुक्तोऽभवत्क्षणात्

Ô brāhmanes, jadis Dharmaputra (Yudhiṣṭhira), s’étant baigné en ce lieu et ayant contemplé Śiva, fut aussitôt délivré de la faute née d’une parole mensongère.

Verse 31

ऋषय ऊचुः असत्यमुदितं कस्माद्धर्मपुत्रेण सूतज । यद्दोषशांतये सस्नौ रामतीथेऽतिपावने

Les sages dirent : «Ô fils de Sūta, pourquoi Dharmaputra a-t-il proféré une contre-vérité, à cause de laquelle—désirant apaiser cette faute—il se baigna au très purifiant Rāmatīrtha ?»

Verse 32

श्रीसूत उवाच । युष्माकमृषयो वक्ष्ये यथोक्तमनृतं रणे । छलेन धर्मपुत्रेण यन्नष्टं रामतीर्थके

Śrī Sūta dit : «Ô sages, je vous dirai comment, dans la bataille, une contre-vérité fut prononcée selon ce qui avait été ourdi—par une ruse de Dharmaputra—et comment cette (faute) fut effacée à Rāmatīrtha.»

Verse 33

अन्योन्यं पांडवा विप्रा धर्मपुत्रादयः पुरा । धृतराष्ट्रस्य पुत्राश्च दुर्नोधनमुखास्तदा

Ô brāhmanes, jadis les Pāṇḍava—à commencer par Dharmaputra—et les fils de Dhṛtarāṣṭra, menés par Duryodhana, se tenaient opposés les uns aux autres.

Verse 34

महद्वै वैरमासाद्य राज्यार्थं विप्रसत्तमाः । महत्या सेनया सार्द्धं कुरुक्षेत्रे समेत्य च

Ayant atteint une grande inimitié pour le royaume, ô meilleurs des brāhmanes, ils se rassemblèrent à Kurukṣetra avec d’immenses armées.

Verse 35

अयुध्यन्समरे वीराः समरेष्वनिवर्तिनः । युद्धं कृत्वा दशदिनं गांगेयः पतितो भुवि

Dans la mêlée, les héros combattirent sans jamais se dérober. Après dix jours de guerre, Gāṅgeya (Bhīṣma) tomba sur la terre.

Verse 36

ततः पंचदिनं भूयो धृष्टद्युम्नेन वीर्यवान् । आचार्यो युयुधे द्रोणो महाबलपराक्रमः

Puis, durant cinq jours encore, le maître puissant Droṇa—grand en force et en vaillance—combattit Dhṛṣṭadyumna.

Verse 37

अनेकास्त्राणि शस्त्राणि द्रोणाचर्यो महाबली । विसृजन्पांडवानीकं पीडयामास वीर्यवान्

Le très puissant Droṇācārya, lançant maintes armes et traits, accabla l’armée des Pāṇḍava par sa prouesse.

Verse 38

अथ दिव्यास्त्रविच्छूरो धृष्टद्युम्नो महाबलः । अभिनद्बाणवर्षेण द्रोणसेनामनेकधा

Alors le très puissant Dhṛṣṭadyumna, flamboyant d’armes divines, brisa de maintes façons l’armée de Droṇa sous une pluie de flèches.

Verse 39

धृष्टद्युम्नं तदा द्रोणः शरवर्षैरवाकिरत् । पार्थसेना तथा द्रोणबाणवर्षातिपीडिता

Alors Droṇa accabla Dhṛṣṭadyumna de pluies de flèches. De même, l’armée de Pārtha fut cruellement éprouvée par l’averse de traits de Droṇa.

Verse 40

दशदिक्षु भयाक्रांता विद्रुता द्विजसत्तमाः । ततोऽर्जुनो रणे द्रोणं युयुधे रथिनां वरः

Saisis de peur, les plus éminents des deux-fois-nés se dispersèrent et s’enfuirent vers les dix directions. Alors Arjuna, le meilleur des guerriers de char, engagea Droṇa dans la mêlée.

Verse 41

रणप्रवीणयोस्तत्र विजयद्रोणयो रणे । द्रष्टुं समागतैर्देवैरभूद्व्योमनिरं तरम्

Tandis que ces deux maîtres du combat—Vijaya (Arjuna) et Droṇa—s’affrontaient là, les dieux accoururent pour en être témoins, et le ciel se remplit sans le moindre interstice.

Verse 42

द्रोणफाल्गुनयोर्विप्रा नास्ति युद्धोपमा भुवि । सामर्षयोस्तदाचार्यशिष्ययोरभवद्रणः

Ô brāhmanes, sur la terre il n’y eut point de bataille comparable à celle de Droṇa et de Phālguna. Ce duel naquit entre le maître et son disciple, tous deux embrasés d’ardeur.

Verse 43

द्रोणफाल्गुनयोर्युद्धं द्रोणफाल्गुन योरिव । बहु मेनेऽथ मनसा द्रोणोऽर्जुनपराक्रमम्

Le combat de Droṇa et de Phālguna semblait comme une seconde bataille de Droṇa et de Phālguna. Alors Droṇa, en son cœur, tint en haute estime la vaillance d’Arjuna.

Verse 44

ततो द्रोणो महावीर्यं प्रियशिष्यं स फाल्गुनम् । विहाय पांचालबलं समयुध्यत वीर्यवान्

Alors le puissant Droṇa, délaissant les troupes des Pāñcālas, combattit directement Phālguna, son disciple bien-aimé à la grande prouesse.

Verse 45

सविंशतिसहस्राणि दश तत्रायुतानि च । द्रोणाचार्योऽवधीद्राज्ञां युद्धे सगजवाजिनाम्

Dans cette bataille, Droṇācārya abattit des rois—avec leurs éléphants et leurs chevaux—au nombre de vingt mille, et encore dix ayutas de plus.

Verse 46

धृष्टद्युम्नोऽथ कुपितो द्रोण मभ्यहनच्छरैः । द्रोणश्च पट्टिशं गृह्य धृष्टद्युम्नमताडयत्

Alors Dhṛṣṭadyumna, saisi de colère, frappa Droṇa de ses flèches. Et Droṇa, saisissant une lance (paṭṭiśa), frappa Dhṛṣṭadyumna.

Verse 47

शरैर्विव्याध तं युद्धे तीक्ष्णैरग्निशिखोपमैः । परङ्मुखोऽभवत्तत्र धृष्ट द्युम्नः शराहतः

Dans le combat, il le perça de flèches acérées, pareilles à des langues de feu. Alors Dhṛṣṭadyumna, frappé de traits, se détourna et recula.

Verse 48

ततो विरथमागत्य धृष्टद्युम्नं वृकोदरः । स्वं स्यंदनं समारोप्य द्रोणाचार्यमथाब्रवीत्

Alors Vṛkodara (Bhīma), s’approchant de Dhṛṣṭadyumna privé de char, le fit monter sur son propre char; puis il s’adressa à Droṇācārya.

Verse 49

स्वकर्मभिरसंतुष्टाः शिक्षितास्त्रा द्विजाधमाः । न युद्ध्येरन्यदि क्रूरा न नश्येरन्नृपा रणे

Insatisfaits de leurs devoirs propres, ces brāhmaṇas infâmes, instruits aux armes, devinrent cruels; autrement les rois ne combattraient pas, et les souverains ne périraient pas au combat.

Verse 50

अहिंसा हि परो धर्मो ब्राह्मणानां सदा स्मृतः । हिंसया दारपुत्रादीन्रक्षंते व्याधजातयः

La non-violence est à jamais tenue pour le dharma suprême des brāhmaṇas. Pourtant, par la violence, les lignées de chasseurs protègent leurs épouses, leurs fils et le reste.

Verse 51

हिंसीस्त्वमेकपुत्रार्थे युद्धे स्थित्वा बहून्नृपान् । स चापि ते सुतो ब्रह्मन्हतः शेते रणाजिरे

Pour un seul fils tu as commis la violence : debout dans la guerre, tu as abattu bien des rois. Et pourtant ce même fils, ô brāhmaṇa, gît tué sur le champ de bataille.

Verse 52

तथापि लज्जा ते नास्ति शोकोऽपीह न जायते । वचनं त्विति भीमस्य सत्यं श्रुत्वा युधिष्ठिरात्

Et pourtant tu n’éprouves aucune honte, et nulle affliction ne naît ici en toi. Ayant entendu de Yudhiṣṭhira le récit véridique des paroles de Bhīma…

Verse 53

निजायुधं स तत्याज पपात स्यंदनो परि । योगवित्प्रायमातस्थे द्रोणाचार्यस्तदा द्विजाः

Il jeta sa propre arme et s’effondra sur son char. Alors Droṇācārya, connaisseur du yoga, entreprit le jeûne jusqu’à la mort, ô deux-fois-nés.

Verse 54

तदंतरं परिज्ञाय द्रोणाचार्यस्य पार्श्वतः । खङ्गपाणिः शिरच्छेत्तुमभ्यधावद्रणा जिरे

Reconnaissant cet instant de vulnérabilité auprès de Droṇācārya, le guerrier l’épée à la main se précipita sur le champ de bataille pour lui trancher la tête.

Verse 55

वार्यमाणोऽपि पार्थाद्यैस्तच्छिरश्छेत्तुमुद्ययौ । योगवित्त्वाद्द्रोणमूर्ध्नो ज्योतिरूर्ध्वं दिवं ययौ

Bien que retenu par Pārtha et les autres, il tenta tout de même de trancher cette tête. Pourtant, comme Droṇa connaissait le yoga, un éclat s'éleva de sa couronne vers le ciel.

Verse 56

दृष्टं कृष्णार्जुनकृपधर्मपुत्रादि भिर्मृधे । द्रोणस्यास्य गतप्राणाच्छरीरादच्छिनच्छिरः

Dans la bataille, cela fut vu par Kṛṣṇa, Arjuna, Kṛpa, Dharmaputra et d'autres : du corps de Droṇa, désormais privé de vie, sa tête fut tranchée.

Verse 57

भारद्वाजे हते युद्धे कौरवाः प्राद्रवन्भयात् । जहृषुः पांडवा विप्रा धृष्टद्युम्नादय स्तदा

Lorsque le fils de Bhāradvāja fut tué au combat, les Kauravas s'enfuirent de peur. Alors les Pāṇḍavas se réjouirent, ô brāhmaṇas, ainsi que Dhṛṣṭadyumna et les autres.

Verse 58

सेनां तां विद्रुतां दृष्ट्वा द्रौणिरूचे सुयोधनम् । एतद्द्रवति कि सैन्यं त्यक्तप्रहरणं नृप

Voyant cette armée en fuite, Drauṇi dit à Suyodhana : « Pourquoi cette troupe court-elle, ô roi, ayant jeté ses armes ? »

Verse 59

तदा दुर्योधनो राजा स्वयं वक्तु मशक्नुवन् । युद्धे द्रोणवधं वक्तुं कृपाचार्यमचोदयत् । द्रौणयेऽथ कृपाचार्यो वधमूचे गुरोस्तदा

Alors le roi Duryodhana, incapable de parler lui-même, pressa Kṛpācārya de raconter la mort de Droṇa au combat. Sur ce, Kṛpācārya annonça à Drauṇi le trépas de son père et maître.

Verse 60

कृप उवाच । अश्वत्थामंस्तव पिता ब्रह्मास्त्रेण मृधे रिपून् । हत्वा निनाय सदनं यमस्य शतशो बली

Kṛpa dit : «Aśvatthāmā, ton père—puissant au combat—abattit les ennemis dans la mêlée par l’arme de Brahmā (Brahmāstra) et les envoya, par centaines, au séjour de Yama.»

Verse 61

दुराधर्षतमं दृष्ट्वा तद्वीर्यं केशवस्तदा । पांडवान्प्राह विप्रेंद्र वाक्यं वाक्यविशारदः

Voyant cette puissance invincible, Keśava s’adressa alors aux Pāṇḍava, ô meilleur des brāhmaṇa, proférant des paroles d’une parfaite maîtrise.

Verse 62

केशव उवाच । द्रोणं जेतुमुपायोऽस्ति पांडवा युधि दुर्जयम्

Keśava dit : «Ô Pāṇḍava, il existe un moyen de vaincre Droṇa, lui qui est si difficile à vaincre au combat.»

Verse 63

अश्वत्थात्मा तव सुतो हतो द्रोण मृधेऽधुना । सत्यवादी वदेदेवं यदि प्रामाणिको जनः

«Droṇa : “Aśvatthāmā, ton fils a été tué à présent dans la bataille” — si un homme digne de foi, voué à la vérité, le disait ainsi, on le croirait.»

Verse 64

द्रोणो निवर्तेत रणात्तदा त्यक्त्वायुधं क्षणात् । अत एनां मृषावार्तां धर्मराजोऽधुना वदेत्

«Alors Droṇa se retirerait du champ de bataille, rejetant ses armes en un instant. C’est pourquoi Dharmarāja doit maintenant proférer cette nouvelle mensongère.»

Verse 65

नान्यथा शक्यते जेतुं द्रोणो युद्धविशारदः । धर्माज्जेतुमशक्यं चेद्धर्मं त्यक्त्वाऽप्यरिं जयेत्

Droṇa, expert en l’art du combat, ne peut être vaincu par nul autre moyen. Si la victoire par le dharma est impossible, on peut même délaisser le dharma et abattre l’ennemi.

Verse 66

इति केशववाक्यं तच्छ्रुत्वा भीमः पृथासतः । पितरं ते समभ्येत्य मिथ्यावाक्यमभाषत

Ayant entendu ces paroles de Keśava, Bhīma, fils de Pṛthā, s’approcha de ton père et proféra une parole mensongère.

Verse 67

अश्वत्थामा हतो द्रोण युद्धेऽत्र पतितोऽधुना । द्रोणाचार्योपि तद्वाक्यममन्यत यथार्थतः

«Aśvatthāmā est mort, ô Droṇa, tombé ici même dans la bataille.» Même Droṇācārya tint cette parole pour véridique.

Verse 68

अविश्वस्य पुनः सोऽथ धर्मजं प्राप्य चाब्रवीत् । धर्मात्मज मृधे सूनुरश्वत्थामा ममाधुना

Pourtant, encore plein de doute, il s’approcha de Dharmarāja et dit : «Ô fils du Dharma, dans cette mêlée, mon fils Aśvatthāmā, à présent—».

Verse 69

हतः किं त्वं वदस्वाद्य सत्यवादी भवान्मतः । धर्मपुत्रोऽसत्यभीरुरासीच्चारिजयोत्सुकः

«Est-il mort ? Dis-le-moi aujourd’hui, car l’on te tient pour véridique.» Dharmaputra, craignant le mensonge et pourtant avide de victoire, demeura déchiré.

Verse 70

किं कर्तव्यं मयाद्येति दोलालोलमना अभूत् । स दृष्ट्वा भीमनिहतमश्वत्थामाभिधं गजम्

«Que dois-je faire à présent ?»—son esprit devint chancelant et instable. Puis, voyant l’éléphant nommé Aśvatthāmā, terrassé par Bhīma, il fut saisi de doute et de réflexion.

Verse 71

अश्वत्थामा हतो युद्धे भीमेनाद्य रणे महान् । इत्थं द्रोणं बभाषेऽसौ धर्मपुत्रश्छलोक्तितः

«Aśvatthāmā a été tué aujourd’hui au combat par Bhīma, dans cette grande bataille.» Ainsi parla Dharmaputra (Yudhiṣṭhira), s’adressant à Droṇa par une parole trompeuse.

Verse 72

तच्छ्रुत्वा त्वत्पिता शस्त्रं त्यक्त्वा युद्धान्न्यवर्त्तत । अथ धर्मसुतः प्राह परं वारण इत्यपि

À cette nouvelle, ton père posa son arme et se retira du combat. Alors le fils de Dharma parla encore, disant : «Assez—cesse».

Verse 73

त्यक्तं शस्त्रं न गृह्णीयां युद्धे पुनरिति स्म सः । प्रतिजज्ञे तव पिता वत्स द्रोणो बली पुनः

«Je ne reprendrai pas au combat une arme que j’ai jetée»—ainsi déclara-t-il. Ô cher enfant, ton père, le puissant Droṇa, renouvela ce vœu solennel.

Verse 74

अतः शस्त्रं न जग्राह प्रतिज्ञाभंगकातरः । धृष्टद्युम्नं तदा दृष्ट्वा पिता ते मृत्युमात्मनः

Ainsi, redoutant de rompre son vœu, il ne reprit pas d’arme. Mais lorsqu’il vit alors Dhṛṣṭadyumna, ton père le considéra comme la Mort elle-même venue à sa rencontre.

Verse 75

मत्वा प्रायोपवेशेन रथोपस्थे स योगवित् । अशयिष्ट समाधिस्थः प्राणानायम्य वाग्यतः

Résolu à entreprendre le prāyopaveśa, ce connaisseur du Yoga s'allongea sur le siège du char. Établi en samādhi, il retint ses souffles vitaux et garda le silence, la parole sous un contrôle absolu.

Verse 76

ततो निर्भिद्य मूर्धानं तत्प्राणा निर्ययुः क्षणात् । तदा मृतस्य द्रोणस्य वत्स खङ्गेन तच्छिरः

Alors, tandis que le crâne se fendait, ses souffles vitaux s'échappèrent en un instant. Là-dessus, ô cher ami, la tête de Droṇa — désormais mort — fut tranchée par une épée.

Verse 77

केशागृहीत्वा हस्तेन धृष्टद्युम्नोऽच्छिनद्युधि । मावधीरिति पार्थाद्याः प्रोचुः सर्वे च सैनिकाः । सर्वैर्निवार्यमाणोपि त्वत्तातं पार्श्वतोऽवधीत्

Le saisissant par les cheveux de sa main, Dhṛṣṭadyumna l'abattit au milieu de la bataille. « Ne tue pas ! » s'écrièrent Pārtha et les autres. Pourtant, bien que retenu par tous, il tua néanmoins ton père par le flanc.

Verse 78

श्रीसूत उवाच । पितरं निहतं श्रुत्वा रुदन्द्रौणिश्चिरं द्विजाः

Śrī Sūta dit : Ô sages deux fois nés, en apprenant que son père avait été tué, Rudandrauṇi resta longtemps accablé et immobile.

Verse 79

कोपेन महता तत्र ज्वलन्वाक्यमथाब्रवीत । अनृतं प्रोच्य पितरं न्यस्तशस्त्रं चकार यः

Là, embrasé d’une grande colère, il proféra des paroles brûlantes : «Celui qui a menti à son père et qui, déposant ses armes, a agi par trahison—celui-là est blâmable».

Verse 80

पितरं मेऽद्य तं पार्थमप्यन्या थ पांडवान् । गृहीत्वा केशपाशं यस्त्यक्तशस्त्रशिरोऽहनत्

«Aujourd’hui je frapperai ce Pārtha (Arjuna), mon père, et les autres Pāṇḍava aussi — lui qui, saisissant une mèche de cheveux, tua celui dont la tête était courbée et dont l’arme avait été jetée.»

Verse 81

छद्मना पार्षतं तं च हनिष्याम्यचिरादहम् । कृष्णेन सह पश्यंतु पाण्डवा मत्पराक्रमम्

«Par ruse, je tuerai bientôt aussi ce Pārṣata (Dhṛṣṭadyumna). Que les Pāṇḍava, avec Kṛṣṇa, voient ma vaillance !»

Verse 82

इति द्रौणिर्द्विजास्तत्र प्रतिजज्ञे भयंकरम् । ततोस्तं गत आदित्ये राजानः सर्व एव ते

Ainsi, ô brāhmanes, Drauṇi y fit là un vœu effrayant. Puis, lorsque le soleil se coucha, tous ces rois-guerriers se retirèrent, à l’approche de la nuit.

Verse 83

उभये निहते द्रोणे प्राविशन्पटमण्डपम् । अष्टादशदिनैरेवं निवृत्तमभवद्रणम्

Lorsque Droṇa fut tombé au milieu des deux armées, ils entrèrent dans le pavillon de tentes. Ainsi, en dix-huit jours, le combat prit fin.

Verse 84

शल्यं कर्णं तथान्यांश्च दुर्योधनमुखांस्ततः । धार्तराष्ट्रान्निहत्याजौ धर्मराजो युधिष्ठिरः

Après que Śalya, Karṇa et les autres — menés par Duryodhana — eurent été tués au combat, Dharmarāja Yudhiṣṭhira extermina les Dhārtarāṣṭra sur le champ de bataille.

Verse 85

स्वीयानां च परेषां च मृतानां सांपरायिकम् । अकरोद्विधिवद्विप्राः सार्धं धौम्या दिभिर्द्विजैः

Alors, selon la règle sacrée, les brāhmanes—avec Dhaumya et d’autres sages « deux fois nés »—accomplirent les rites funéraires pour les morts, les leurs comme ceux des ennemis.

Verse 86

वंदित्वा धृतराष्ट्रं च सर्वे संभूय पाण्डवाः । धृतराष्ट्राभ्यनुज्ञाता हतशिष्टजनैर्वृताः

Réunis tous ensemble, les Pāṇḍava rendirent hommage à Dhṛtarāṣṭra ; puis, avec son assentiment, ils partirent, entourés des survivants restés après le carnage.

Verse 87

संप्राप्य हास्तिनपुरं प्राविशंस्ते स्वमंदिरम् । ततः कतिपयाहःसु गतेषु किल नागराः

Parvenus à Hāstinapura, ils entrèrent dans leur propre palais. Puis, quelques jours s’étant écoulés, les citoyens, en vérité, se rassemblèrent et tournèrent leur attention vers la suite des événements.

Verse 89

धौम्यादिमुनिभिः सार्धं धर्मजस्य महात्मनः । राज्या भिषेचनं कर्तुं प्रारभंत मुनीश्वराः । राज्याभिषेचने तस्य प्रवृत्ते धर्मजस्य तु । अशरीरा ततो वाणी बभाषे धर्मनंदनम्

Avec Dhaumya et d’autres munis, les grands ṛṣi entreprirent d’accomplir le rājyābhiṣeka, la consécration royale, de ce noble fils du Dharma. Mais lorsque le rite eut commencé, une voix sans corps s’adressa à la joie du Dharma.

Verse 90

धर्म पुत्र महाभाग रिपूणामपि वत्सल । राज्याभिषेकं मा कार्षीर्नार्हस्त्वं राज्यपालने

«Ô bienheureux fils du Dharma, plein de tendresse même envers les ennemis : n’accomplis pas le rājyābhiṣeka. Tu n’es pas encore digne de porter le fardeau de la garde du royaume.»

Verse 91

यतस्त्वं छद्मनाचार्यमुक्त्वा सत्यं द्विजोत्तमम् । न्यस्त शस्त्रं रणे राजन्नघातयदलज्जकः

Car toi, ô Roi, après avoir, par ruse, appelé « maître » et « véridique » le meilleur des deux-fois-nés, tu l’as ensuite—sans honte—fait tuer au combat lorsqu’il avait déposé ses armes.

Verse 92

अतस्ते पापबाहुल्यं विद्यते धर्मनंदन । प्रायश्चित्तमकृत्वास्य राज्यपालनकर्मणि

Ainsi, ô fils de Dharma, le péché s’est amassé en toi; et sans accomplir l’expiation qui s’impose, tu n’es pas digne de poursuivre le devoir de protéger et de régir le royaume.

Verse 93

नार्हता विद्यते यस्मात्प्रायश्चित्तमतश्चर । इत्युक्त्वा विररामाथ सा तु वागशरीरिणी

Car sans expiation, il ne demeure aucune dignité; c’est pourquoi entreprends la pénitence. Ayant ainsi parlé, cette voix sans corps se tut.

Verse 94

ततो धर्मसुतो राजा तद्वाक्यं भृशकातरः । मूढोऽहं साहसी क्रूरः पिशुनो लोभमोहितः

Alors le roi, fils de Dharma, profondément bouleversé par ces paroles, dit : « Je suis égaré : téméraire, cruel, diffamateur, et troublé par l’avidité ».

Verse 95

तुच्छराज्याभिलाषेण कृतवान्पापमीदृशम् । एतत्पापविशुद्ध्यर्थं किं करिष्यामि का गतिः

Poussé par le désir d’un royaume dérisoire, j’ai commis un tel péché. Pour purifier cette faute, que dois-je faire ? quel refuge me reste-t-il ?

Verse 96

किं वा दानं प्रदास्यामि कुत्र यास्यामि वा पुनः । इति शोकसमाविष्टे तस्मिन्राजनि धर्मजे

«Quel don de charité offrirai-je ? Où irai-je de nouveau ?» Ainsi, tandis que ce roi—fils de Dharma—était envahi par le chagrin…

Verse 97

कृष्णद्वैपायनो व्यासस्समायातस्तदंतिकम् । ततोऽभिवंद्य तं व्यासं प्रत्युत्थाय कृतांजलिः

Kṛṣṇa-Dvaipāyana Vyāsa vint en sa présence. Alors le roi se leva pour l’accueillir et, les paumes jointes, s’inclina devant Vyāsa.

Verse 98

संपूज्यार्घ्यादिना विप्रा भक्तियुक्तेन चेतसा । अदेहवाचा यत्प्रोक्तं तत्सर्वमखिलेन सः

Après avoir dûment honoré le sage par des offrandes telles que l’arghya, l’esprit rempli de dévotion, il rapporta en entier tout ce qu’avait prononcé la voix sans corps.

Verse 99

व्यासाय श्रावयामास दुःखितो धर्मनंदनः । श्रुत्वा तदखिलं वाक्यं धर्मजस्य महामुनिः । ध्यात्वा तु सुचिरं कालं ततो वक्तुं प्रच क्रमे

Le douloureux Dharmanaṃdana le fit entendre à Vyāsa. Ayant écouté tout le récit du fils de Dharma, le grand muni demeura longtemps en méditation, puis se mit à parler.

Verse 100

व्यास उवाच । मा कार्षीस्त्वं भयं राजन्नुपायं प्रब्रवीमि ते । अस्य पापस्य शांत्यर्थं श्रुत्वानुष्ठीयतां त्वया

Vyāsa dit : «Ne crains point, ô Roi ; je t’indiquerai le moyen. Pour apaiser ce péché, écoute et accomplis-le selon l’ordonnance».

Verse 101

युधिष्ठिर उवाच । किं तद्ब्रूहि महायोगिन्पाराशर्य कृपानिधे । येन मे पापनाशः स्यादचिरात्तद्वदाधुना

Yudhiṣṭhira dit : Ô grand Yogin, fils de Parāśara, océan de compassion, dis-moi le moyen par lequel mes péchés seront promptement détruits. Parle-en maintenant.

Verse 102

व्यास उवाच । दक्षिणांभोनिधौ सेतौ गंधमादनपर्वते

Vyāsa dit : Au Setu dans l’océan du sud, et sur le mont Gandhamādana—

Verse 110

रामसेतुं समुद्दिश्य प्रतस्थे वाहनं विना । दिनैः कतिपयैरेव रामसेतुं जगाम सः

Ayant Rāmasetu pour but, il partit sans monture ni véhicule ; et en quelques jours seulement, il atteignit Rāmasetu.

Verse 120

अभिषिक्तोऽथ राज्येऽसौ पालयामास मेदिनीम् । इत्थं धर्मात्मजो विप्रा रामतीर्थनिमज्जनात्

Puis, consacré à la royauté, il gouverna et protégea la terre. Ainsi, ô Brāhmaṇas, l’âme droite—par l’immersion à Rāmatīrtha—obtint ce fruit.

Verse 123

पठंति येऽ ध्यायमिदं द्विजोत्तमाः शृण्वंति वा ये मनुजा विपातकाः । यास्यंति कैलासमनन्यलभ्यं गत्वा न संयांति पुनश्च जन्म

Les meilleurs des deux-fois-nés qui récitent ce chapitre, ou ces hommes —fût-ce chargés de lourds péchés— qui l’écoutent, parviendront au Kailāsa, qu’aucun autre moyen ne permet d’atteindre ; et, y étant allés, ils ne reviennent plus à la renaissance.