
Le chapitre 52 s’ouvre lorsque Īśvara annonce un récit ancien au sujet d’un grand ascète qui, avec toute sa maisonnée, atteignit le ciel; le roi Uttānapāda demande alors que cette histoire soit rapportée. Le discours se tourne vers Kāśī : sous le règne du roi Citrasena, la cité de Vārāṇasī est dépeinte comme prospère, portée par le paysage sonore des récitations védiques, l’animation du commerce, et la densité des temples et des āśramas. Au nord de la ville, dans la forêt de Mandāravana, se trouve un ermitage renommé, où réside le brahmane ascète Dīrghatapā, célèbre pour l’intensité de son tapas. L’ascèse y apparaît compatible avec l’ordre domestique : il vit avec son épouse, son fils et sa belle-fille, servi par cinq fils. Le plus jeune, Ṛkṣaśṛṅga, est présenté comme formé aux Veda, gardant le célibat, vertueux, yogin et austère dans son alimentation. Un motif singulier surgit : il se déplace sous forme de cerf et fréquente les hardes, mais revient chaque jour vénérer ses parents, signe d’une piété filiale disciplinée au sein d’une écologie ascétique. L’extrait s’achève sur le tournant décisif : par le jeu du destin (daiva-yoga), Ṛkṣaśṛṅga meurt, ouvrant la voie à une réflexion sur la destinée, le mérite et la trajectoire posthume des foyers d’ascètes.
Verse 1
ईश्वर उवाच । अन्यदाख्यानकं वक्ष्ये पुरा वृत्तं नराधिप । सकुटुम्बो गतः स्वर्गं मुनिर्यत्र महातपाः
Īśvara dit : Ô Roi, je vais raconter un autre récit d’autrefois. Il concerne ce grand muni, ascète aux austérités sublimes, qui, avec sa famille, atteignit le ciel en ce lieu sacré.
Verse 2
उत्तानपाद उवाच । कथं नाकं गतो विप्रः सकुटुम्बो महानृषिः । कौतुकं परमं देव कथयस्व मम प्रभो
Uttānapāda dit : Ô Deva, comment ce grand rishi brāhmane, avec sa famille, est-il monté au ciel ? C’est mon plus grand émerveillement ; dis-le-moi, ô Seigneur.
Verse 3
ईश्वर उवाच । चित्रसेन इति ख्यातः काशीराजः पुराभवत् । शूरो दाता सुधर्मात्मा सर्वकामसमृद्धिमान्
Īśvara dit : Jadis, il y eut un roi de Kāśī renommé sous le nom de Citrasena : vaillant, généreux, d’âme droite, comblé de l’accomplissement de tout désir légitime.
Verse 4
सा पुरी जनसंकीर्णा नानारत्नोपशोभिता । वाराणसीति विख्याता गङ्गातीरमुपाश्रिता
Cette cité était pleine de foule et resplendissait de joyaux de toutes sortes. Elle était renommée Vārāṇasī et reposait sur la rive de la sainte Gaṅgā.
Verse 5
शरच्चन्द्रप्रतीकाशा विद्वज्जनविभूषिता । इन्द्रयष्टिसमाकीर्णा गोपगोकुलसंवृता
Elle brillait tel le clair de lune d’automne, ornée d’assemblées de savants; remplie de hauts piliers d’Indra, et entourée de pasteurs et de troupeaux de vaches.
Verse 6
बहुध्वजसमाकीर्णा वेदध्वनिनिनादिता । वणिग्जनैर्बहुविधैः क्रयविक्रयशालिनी
Elle était remplie de nombreux étendards et retentissait de l’écho des récitations védiques; elle prospérait dans le négoce, pleine de marchands de toutes sortes, achetant et vendant.
Verse 7
यन्त्रादानैः प्रतोलीभिरुच्चैश्चान्यैः सुशोभिता । देवतायतनैर्दिव्यैराश्रमैर्गहनैर्युता
Elle était splendide par ses hautes portes et d’autres ouvrages imposants; et elle possédait de divins sanctuaires des dieux ainsi que des āśramas retirés.
Verse 8
नानापुष्पफलैर्रम्या कदलीखण्डमण्डिता । पनसैर्बकुलैस्तालैरशोकैराम्रकैस्तथा
Charmante par ses nombreuses fleurs et ses fruits, elle était ornée de bosquets de bananiers, de jacquiers et de bakulas, de palmiers, d’aśokas et aussi de manguiers.
Verse 9
राजवृक्षकपित्थैश्च दाडिमैरुपशोभिता । वेदाध्ययननिर्घोषैः पवित्रीकृतमङ्गला
Elle était encore embellie par des arbres rājavṛkṣa, kapittha et des grenadiers ; et son auspice était sanctifié par le retentissement continu de l’étude des Veda.
Verse 10
तस्या उत्तरदिग्भागे आश्रमोऽभूत्सुशोभनः । तन्मन्दारवनं नाम त्रिषु लोकेषु विश्रुतम्
Dans sa partie nord se trouvait un āśrama d’une beauté exquise. Cette forêt s’appelait Mandāravana, renommée dans les trois mondes.
Verse 11
बहुमन्दारसंयुक्तं तेन मन्दारकं विदुः । विप्रो दीर्घतपा नाम सर्वदा तत्र तिष्ठति
Parce qu’elle abonde en arbres mandāra, on la connaît sous le nom de Mandāraka. Là demeure toujours un brāhmaṇa nommé Dīrghatapas.
Verse 12
तपस्तपति सोऽत्यर्थं तेन दीर्घतपाः स्मृतः । स तिष्ठति सपत्नीकः ससुतः सस्नुषस्तथा
Il accomplit les austérités (tapas) avec une intensité extrême ; c’est pourquoi on se souvient de lui comme « Dīrghatapas ». Il y demeure avec son épouse, ses fils et aussi ses belles-filles.
Verse 13
शुश्रूषन्ति सदा तस्य पुत्राः पञ्च प्रयत्नतः । तस्य पुत्रः कनीयांस्तु ऋक्षशृङ्गो महातपाः
Ses cinq fils le servent sans cesse avec zèle. Parmi ses fils, le plus jeune était Ṛkṣaśṛṅga, un grand ascète.
Verse 14
वेदाध्ययनसम्पन्नो ब्रह्मचारी गुणान्वितः । योगाभ्यासरतो नित्यं कन्दमूलफलाशनः
Il excellait dans l’étude des Veda, brahmacārī à la discipline parfaite, riche de vertus ; sans cesse voué à la pratique du yoga, se nourrissant de racines, de tubercules et de fruits.
Verse 15
तिष्ठते मृगरूपेण मृगयूथचरस्तदा । दिनान्ते च दिनान्ते च मातापित्रोः समीपगः
Il demeurait sous la forme d’un cerf, allant alors parmi les hardes de cerfs. À la fin de chaque jour, il s’approchait de sa mère et de son père.
Verse 16
अभिवादयते नित्यं भक्तिमान्मुनिपुत्रकः । पुनर्गच्छति तत्रैव कानने गिरिगह्वरे
Chaque jour, le fils dévot du muni offrait ses salutations respectueuses ; puis il retournait encore à cette même forêt, dans les ravins de la montagne.
Verse 17
क्रीडन्बालमृगैः सार्द्धं प्रत्यहं स मुनेः सुतः । कदाचिद्दैवयोगेन ऋक्षशृङ्गो ममार सः
Jouant chaque jour avec les faons, ce fils du sage—Ṛkṣaśṛṅga—un jour, par le retournement du destin, rencontra la mort.
Verse 52
। अध्याय
Fin du chapitre (marque d’adhyāya).