
Mārkaṇḍeya poursuit son exposé sous forme de catalogue de tīrtha et présente Aśvinī Tīrtha comme un haut lieu de pèlerinage, qualifié de “kāmika” (tendant à l’accomplissement des vœux) et dispensateur de siddhi aux êtres. Les jumeaux Aśvin (Nā́satyau) y sont célébrés comme des médecins divins exemplaires : ayant pratiqué une tapas considérable à ce gué sacré, ils devinrent dignes de recevoir leur part dans le sacrifice (yajña) et obtinrent l’assentiment des dieux. Yudhiṣṭhira demande pourquoi on les appelle “fils du Soleil”, et Mārkaṇḍeya en donne une version mythique abrégée : une reine, incapable de supporter l’éclat excessif du Soleil, entreprend de sévères austérités dans une région du Meru ; le Soleil, saisi de désir, prend la forme d’un cheval ; la conception se fait par la voie des narines, et naissent les illustres Nā́satyau. Le récit revient ensuite à la géographie de la Narmadā : près de Bhṛgukaccha, sur la rive du fleuve, les jumeaux accomplirent de rudes austérités et atteignirent l’accomplissement suprême. En conclusion, il est dit que celui qui se baigne en ce tīrtha et offre le tarpaṇa aux pitṛ et aux divinités obtient beauté et bonne fortune en toute naissance.
Verse 1
श्रीमार्कण्डेय उवाच । तस्यैवानन्तरं राजन्नाश्विनं तीर्थमुत्तमम् । कामिकं सर्वतीर्थानां प्राणिनां सिद्धिदायकम्
Śrī Mārkaṇḍeya dit : «Aussitôt après cela, ô Roi, se trouve le tīrtha suprême nommé Āśvina—aimé parmi tous les tīrthas—qui accorde la siddhi aux êtres vivants».
Verse 2
तत्र तीर्थेऽश्विनौ देवौ सुरूपौ भिषजां वरौ । तपः कृत्वा सुविपुलं संजातौ यज्ञभागिनौ
En ce tīrtha, les deux dieux Aśvin—beaux, les plus excellents des médecins—accomplirent une austérité très vaste; ainsi obtinrent-ils une part dans les yajña, recevant les offrandes.
Verse 3
संमतौ सर्वदेवानामादित्यतनयावुभौ । नासत्यौ सत्त्वसंपन्नौ सर्वदुःखघ्नसत्तमौ
Tous deux—fils d’Āditya—furent reconnus par l’ensemble des dieux : les Nāsatya, riches de noble excellence, les plus éminents qui anéantissent toute douleur.
Verse 4
युधिष्ठिर उवाच । आदित्यस्य सुतौ तात नासत्यौ येन हेतुना । संजातौ श्रोतुमिच्छामि निर्णयं परमं द्विज
Yudhiṣṭhira dit : «Vénérable seigneur, pour quelle raison les Nāsatya devinrent-ils fils d’Āditya ? Ô brāhmane, je souhaite entendre la décision suprême, l’exposé définitif de cela.»
Verse 5
मार्कण्डेय उवाच । पुराणे भास्करे तात एतद्विस्तरतो मया । संश्रुतं देवदेवस्य मार्तण्डस्य महात्मनः
Mārkaṇḍeya dit : «Cher enfant, dans le Bhāskara Purāṇa j’ai entendu cela en détail : le récit concernant Mārtaṇḍa, le Dieu des dieux, à la grande âme.»
Verse 6
तत्ते संक्षेपतः सर्वं भक्तियुक्तस्य भारत । कथयामि न सन्देहो वृद्धभावेन कर्शितः
Tout cela, je te le dirai en bref, ô Bhārata, car tu es animé de bhakti ; il n’y a nul doute, bien que je sois éprouvé par le poids de la vieillesse.
Verse 7
अतितेजोरवेर्दृष्ट्वा राज्ञी देवी नरोत्तम । चचार मेरुकान्तारे वडवा तप उल्बणम्
Voyant l’éclat excessif du Soleil, la reine divine, ô meilleur des hommes, erra dans les forêts du Meru, accomplissant une austère tapas sous la forme d’une jument.
Verse 8
ततः कतिपयाहस्य कालस्य भगवान्रविः । दृष्ट्वा तु रूपमुत्सृज्य परमं तेज उज्ज्वलम्
Puis, après que quelques jours se furent écoulés, le Soleil bienheureux, ayant considéré la situation, abandonna son ancienne apparence, déposant son éclat suprêmement flamboyant.
Verse 9
मनोभववशीभूतो हयो भूत्वा लघुक्रमः । विस्फुरन्ती यथाप्राणं धावमाना इतस्ततः
Subjugué par Manobhava, le dieu du désir, il devint un cheval au pas léger; et elle, frémissante comme si son souffle même se soulevait, courait çà et là.
Verse 10
हेषमाणः स्वरेणासौ मैथुनायोपचक्रमे । सम्मुखी तु ततो देवी निवृत्ता लघुविक्रमा
Hennissant d’une voix retentissante, il entreprit de rechercher l’union; mais alors la Déesse lui fit face et se retira, prompte dans ses mouvements.
Verse 11
यथा तथा नासिकायां प्रविष्टं बीजमुत्तमम् । ततो नासागते बीजे संजातो गर्भ उत्तमः
D’une manière ou d’une autre, la semence excellente entra dans sa narine; et de cette semence demeurée dans le nez naquit une conception éminente.
Verse 12
जातौ यतः सुतौ पार्थ नासत्यौ विश्रुतौ ततः । सुसमौ सुविभक्ताङ्गौ बिम्बाद्बिम्बमिवोद्यतौ
De là, ô Pārtha, naquirent deux fils, célèbres sous le nom de Nāsatya ; parfaitement semblables, aux membres harmonieusement proportionnés, tels un disque de lumière s’élevant d’un autre disque.
Verse 13
अधिकौ सर्वदेवानां रूपैश्चर्यसमन्वितौ । नर्मदातटमाश्रित्य भृगुकच्छे गतावुभौ । परां सिद्धिमनुप्राप्तौ तपः कृत्वा सुदुश्चरम्
Dépassant tous les dieux en beauté et revêtus d’un éclat merveilleux, tous deux se rendirent à Bhṛgukaccha, prenant refuge sur la rive de la Narmadā ; ayant accompli des austérités sévères et difficiles, ils obtinrent la perfection suprême.
Verse 14
तत्र तीर्थे तु यः स्नात्वा तर्पयेत्पितृदेवताः । सुरूपः सुभगः पार्थ जायते यत्र तत्र च
Quiconque se baigne en ce tīrtha et offre le tarpana aux Pitṛs et aux divinités—celui-là, ô Pārtha, où qu’il renaisse, naît beau et fortuné.
Verse 199
अध्याय
«Adhyāya» — marque de chapitre, indiquant la coupure de section dans la tradition manuscrite.