
Mārkaṇḍeya enseigne au roi la marche vers le tīrtha sacré nommé Śālagrāma, situé sur la rive de la Revā/Narmadā. Il est dit vénéré par toutes les divinités et présenté comme le lieu où demeure Bhagavān Vāsudeva—identifié aussi à Trivikrama et Janārdana—pour le bien des êtres. Le chapitre rattache sa sainteté à l’exemple des ascètes et à l’établissement d’un espace rituel pour les dvijas et les chercheurs spirituels. Il prescrit ensuite une observance selon le calendrier : lorsque survient l’Ekādaśī de la quinzaine claire du mois de Mārgaśīrṣa, on doit se baigner dans la Revā, jeûner et veiller la nuit en adorant Janārdana. Au matin de Dvādaśī, on se baigne de nouveau, on offre le tarpaṇa aux devas et aux ancêtres, puis l’on accomplit un śrāddha conforme au rite. On honore les brāhmaṇas selon ses moyens par des dons tels que l’or, les étoffes et la nourriture, on demande pardon, et l’on demeure en bhakti envers le Seigneur, y compris sous l’épithète khaga-dhvaja. La phalaśruti affirme que l’on est délivré du chagrin, libéré de fautes très graves (dont la brahmahatyā) et conduit vers un état orienté vers la délivrance grâce au darśana répété de Śālagrāma et au souvenir de Nārāyaṇa ; les renonçants voués à la discipline contemplative atteignent aussi là la suprême demeure de Murāri.
Verse 1
श्रीमार्कण्डेय उवाच । ततः परं महाराज चत्वारिंशत्क्रमान्तरे । शालग्रामं ततो गच्छेत्सर्वदैवतपूजितम्
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Ensuite, ô grand roi, à une distance de quarante pas, qu’on se rende à Śālagrāma, lieu saint révéré et adoré par tous les dieux.
Verse 2
यत्रादिदेवो भगवान्वासुदेवस्त्रिविक्रमः । स्वयं तिष्ठति लोकात्मा सर्वेषां हितकाम्यया
Là demeure en personne le Dieu primordial — Bhagavān Vāsudeva, Trivikrama — l’Âme des mondes, par désir du bien de tous les êtres.
Verse 3
नारदेन तपस्तप्त्वा कृता शाला द्विजन्मनाम् । सिद्धिक्षेत्रं भृगुक्षेत्रं ज्ञात्वा रेवातटे स्वयम्
Après avoir accompli des austérités, Nārada établit une salle d’ermitage pour les deux-fois-nés. Sachant que ce lieu sur la rive de la Revā était un «Champ d’accomplissement» et le «champ sacré de Bhṛgu», il le rendit lui-même renommé.
Verse 4
शालग्रामाभिधो देवो विप्राणां त्वधिवासितः । साधूनां चोपकाराय वासुदेवः प्रतिष्ठितः
Le Seigneur nommé Śālagrāma fut établi là pour demeurer auprès des brāhmanes ; et pour le bien des sādhus, Vāsudeva y fut dûment consacré.
Verse 5
योगिनामुपकाराय योगिध्येयो जनार्दनः । शालग्रामेति तेनैव नर्मदातटमाश्रितः
Pour le bien des yogins, Janārdana — digne de la méditation des yogis — prit refuge sur la rive de la Narmadā ; c’est pourquoi on l’y connaît sous le nom de « Śālagrāma ».
Verse 6
मासि मार्गशिरे शुक्ला भवत्येकादशी यदा । स्नात्वा रेवाजले पुण्ये तद्दिनं समुपोषयेत्
Lorsque, au mois de Mārgaśīrṣa, survient l’Ekādaśī de la quinzaine claire, après s’être baigné dans les eaux sacrées de la Revā, qu’on observe le jeûne ce jour-là.
Verse 7
रात्रौ जागरणं कुर्यात्सम्पूज्य च जनार्दनम् । पुनः प्रभातसमये द्वादश्यां नर्मदाजले
La nuit, qu’on veille en prière après avoir dûment honoré Janārdana; puis, de nouveau, à l’aube du Dvādaśī, (qu’on se rende) dans les eaux de la Narmadā pour le rite suivant.
Verse 8
स्नात्वा संतर्प्य देवांश्च पितॄन्मातॄंस्तथैव च । श्राद्धं कृत्वा ततः पश्चात्पितृभ्यो विधिपूर्वकम्
Après le bain, ayant offert le tarpana qui rassasie les dieux, les pères et de même les mères, qu’on accomplisse le Śrāddha; puis, ensuite, qu’on fasse les offrandes aux Pitṛs selon la règle.
Verse 9
शक्तितो ब्राह्मणान्पूज्य स्वर्णवस्त्रान्नदानतः । क्षमापयित्वा तान्विप्रांस्तथा देवं खगध्वजम्
Selon ses moyens, après avoir honoré les brāhmaṇas par des dons d’or, de vêtements et de nourriture, et après avoir demandé pardon à ces vipras, qu’on implore aussi la grâce du Seigneur Khagadhvaja, au drapeau de Garuḍa.
Verse 10
एवं कृते महाराज यत्पुण्यं च भवेन्नॄणाम् । शृणुष्वावहितो भूत्वा तत्पुण्यं नृपसत्तम
Ô grand roi, lorsque cela est accompli, le mérite qui naît pour les hommes—écoute-le l’esprit attentif, ô le meilleur des souverains.
Verse 11
न शोकदुःखे प्रतिपत्स्यतीह जीवन्मृतो याति मुरारिसाम्यम् । महान्ति पापानि विसृज्य दुग्धं पुनर्न मातुः पिबते स्तनोद्यत्
Ici, il ne tombe ni dans le chagrin ni dans la souffrance ; tel un « mort vivant », il atteint l’égalité avec Murāri (Viṣṇu). Rejetant de grands péchés, il ne boira plus le lait de sa mère au sein dressé : il est délivré de la renaissance.
Verse 12
शालग्रामं पश्यते यो हि नित्यं स्नात्वा जले नार्मदेऽघौघहारे । स मुच्यते ब्रह्महत्यादिपापैर्नारायणानुस्मरणेन तेन
Quiconque, après s’être baigné dans les eaux de la Narmadā —qui emportent les flots de péché— contemple chaque jour le Śālagrāma, est délivré des fautes, à commencer par la brahmahatyā, par ce seul souvenir de Nārāyaṇa.
Verse 13
वसन्ति ये संन्यसित्वा च तत्र निगृह्य दुःखानि विमुक्तसङ्घाः । ध्यायन्तो वै सांख्यवृत्त्या तुरीयं पदं मुरारेस्तेऽपि तत्रैव यान्ति
Ceux qui demeurent là après avoir renoncé au monde —ayant contenu et surmonté les souffrances, et s’étant affranchis de l’attachement— méditent, selon la voie du Sāṅkhya, sur le « quatrième » état (turīya), la demeure suprême de Murāri (Viṣṇu). Eux aussi atteignent ce but, depuis ce lieu même.
Verse 188
अध्याय
Chapitre (titre).