
Ce chapitre rapporte l’enseignement de Mārkaṇḍeya à un roi près de Śuklatīrtha et présente un illustre Vāsudeva-tīrtha sur la Narmadā (Revā). Il explique un événement sacré à portée étymologique : par la seule profération de « hūṅkāra », le fleuve aurait avancé d’un krośa ; dès lors, les savants nomment ce lieu Hūṅkāra, et le lieu de bain Hūṅkāratīrtha. L’accent théologique porte sur la bhakti vaiṣṇava, encadrée par la pratique du pèlerinage : se baigner à Hūṅkāratīrtha et contempler l’impérissable Acyuta est décrit comme délivrant l’être des démérites accumulés au fil de nombreuses naissances. Le texte s’élargit ensuite en instruction éthique et dévotionnelle : pour ceux qui sombrent dans le saṃsāra, nul sauveur ne surpasse Nārāyaṇa ; il loue la langue, l’esprit et les mains consacrés à Hari, et proclame l’heureuse destinée de celui qui a Hari établi dans son cœur. Il affirme encore que les fruits recherchés par le culte d’autres divinités peuvent être obtenus par la prosternation à huit membres (aṣṭāṅga) devant Hari, et que même un contact fortuit avec la poussière du temple, ou des actes tels que balayer, asperger et enduire dans la demeure du Seigneur, détruisent le pāpa. Un passage de type phalaśruti promet l’élévation à Viṣṇuloka et la dissolution rapide des péchés, même si le namaskāra n’est pas accompli avec une sincérité parfaite. Enfin, le chapitre énonce un principe de permanence : les actes, bons ou autres, accomplis à Hūṅkāratīrtha demeurent dans leurs effets, soulignant la puissance morale et rituelle accrue de ce lieu.
Verse 1
श्रीमार्कण्डेय उवाच । तस्यैवानन्तरं राजञ्छुक्लतीर्थसमीपतः । वासुदेवस्य तीर्थं तु सर्वलोकेषु पूजितम्
Śrī Mārkaṇḍeya dit : « Aussitôt après cela, ô Roi, près de Śukla-tīrtha se trouve le tīrtha de Vāsudeva, vénéré et adoré dans tous les mondes. »
Verse 2
तद्धि पुण्यं सुविख्यातं नर्मदायां पुरातनम् । यत्र हुङ्कारमात्रेण रेवा क्रोशं जगाम सा
« Ce lieu saint est plein de mérite, ancien et renommé sur la Narmadā ; là, par la seule profération de “huṅ”, Revā (la rivière) s’écarta d’un krośa. »
Verse 3
यदा प्रभृति राजेन्द्र हुङ्कारेण गता सरित् । तदाप्रभृति स स्वामी हुङ्कारः शब्दितो बुधैः
Dès cet instant, ô meilleur des rois, où le fleuve s’en alla sous l’énonciation « huṅ », dès lors le Seigneur de ce lieu fut nommé par les sages « Huṅkāra ».
Verse 4
हुङ्कारतीर्थे यः स्नात्वा पश्यत्यव्ययमच्युतम् । स मुच्यते नरः पापैः सप्तजन्म कृतैरपि
Celui qui se baigne au tīrtha de Huṅkāra et contemple l’Immuable Acyuta (Viṣṇu) est délivré des péchés, même de ceux accomplis durant sept naissances.
Verse 5
संसारार्णवमग्नानां नराणां पापकर्मिणाम् । नैवोद्धर्ता जगन्नाथं विना नारायणं परः
Pour les hommes engloutis dans l’océan du saṃsāra, alourdis par des actes de péché, il n’est point d’autre sauveur que Nārāyaṇa, Jagannātha, Seigneur du monde.
Verse 6
सा जिह्वा या हरिं स्तौति तच्चित्तं यत्तदर्पितम् । तावेव केवलौ श्लाघ्यौ यौ तत्पूजाकरौ करौ
Seule est digne la langue qui loue Hari ; seul est digne l’esprit qui Lui est offert. Seules sont vraiment louables ces deux mains qui accomplissent Son culte.
Verse 7
सर्वदा सर्वकार्येषु नास्ति तेषाममङ्गलम् । येषां हृदिस्थो भगवान्मङ्गलायतनो हरिः
En tout temps et en toute œuvre, nul malheur n’atteint ceux dont le cœur abrite Bhagavān Hari, demeure même de l’auspice.
Verse 8
यदन्यद्देवतार्चायाः फलं प्राप्नोति मानवः । साष्टाङ्गप्रणिपातेन तत्फलं लभते हरेः
Quel que soit le fruit qu’un homme obtient en vénérant d’autres divinités, ce même fruit il le reçoit de Hari en se prosternant entièrement selon les huit membres (sāṣṭāṅga-praṇipāta).
Verse 9
रेणुगुण्ठितगात्रस्य यावन्तोऽस्य रजःकणाः । तावद्वर्षसहस्राणि विष्णुलोके महीयते
Autant de grains de poussière s’attachent au corps couvert de poussière sacrée, autant de milliers d’années il est honoré et magnifié dans le monde de Viṣṇu.
Verse 10
सम्मार्जनाभ्युक्षणलेपनेन तदालये नश्यति सर्वपापम् । नारी नराणां परया तु भक्त्या दृष्ट्वा तु रेवां नरसत्तमस्य
En balayant, en aspergeant (d’eau consacrée) et en enduisant l’enceinte de ce sanctuaire, tous les péchés sont détruits. Et une femme, animée d’une dévotion suprême, en contemplant Revā (la Narmadā)—ô meilleur des hommes—obtient ce mérite purificateur.
Verse 11
येनार्चितो भगवान्वासुदेवो जन्मार्जितं नश्यति तस्य पापम् । स याति लोकं गरुडध्वजस्य विधूतपापः सुरसङ्घपूज्यताम्
Celui qui adore Bhagavān Vāsudeva voit s’anéantir le péché amassé au fil des naissances. Purifié de toute faute, il gagne le monde du Seigneur à l’étendard de Garuḍa (Viṣṇu) et devient digne d’honneur parmi les cohortes des dieux.
Verse 12
शाठ्येनापि नमस्कारं प्रयुञ्जंश्चक्रपाणिनः । सप्तजन्मार्जितं पापं गच्छत्याशु न संशयः
Même si l’on adresse un salut (namaskāra) au Seigneur porteur du Disque (Viṣṇu) avec simple feinte, le péché amassé en sept naissances s’en va promptement, sans aucun doute.
Verse 13
पूजायां प्रीयते रुद्रो जपहोमैर्दिवाकरः । शङ्खचक्रगदापाणिः प्रणिपातेन तुष्यति
Rudra se réjouit du culte; le Soleil se réjouit du japa et du homa. Et le Seigneur qui tient conque, disque et massue est comblé par la prosternation.
Verse 14
भवजलधिगतानां द्वन्द्ववाताहतानां सुतदुहितृकलत्रत्राणभारार्दितानाम् । विषमविषयतोये मज्जतामप्लवानां भवति शरणमेको विष्णुपोतो नराणाम्
Pour ceux qui sont tombés dans l’océan du devenir mondain, battus par les vents des dualités, accablés par le fardeau de protéger fils, fille et épouse—qui se noient dans les eaux perfides des objets des sens sans aucun radeau—il n’est qu’un refuge pour les hommes : la barque de Viṣṇu.
Verse 15
हुङ्कारतीर्थे राजेन्द्र शुभं वा यदि वाशुभम् । यत्कृतं पुरुषव्याघ्र तन्नश्यति न कर्हिचित्
À Huṅkāra Tīrtha, ô seigneur des rois—qu’on y fasse le bien ou même le mal—ô tigre parmi les hommes, cet acte ne périt jamais (son fruit ne se perd pas).
Verse 157
। अध्याय
Fin du chapitre (adhyāya).