
Ce chapitre offre un enseignement prescriptif de tīrtha-māhātmya, exposé par Mārkaṇḍeya, qui enjoint un roi de se rendre à Mahīpāla Tīrtha, lieu d’une beauté suprême et favorable au saubhāgya (bonheur, fortune propice). Le texte affirme que ce sanctuaire profite aux femmes comme aux hommes, surtout à ceux que poursuit la malchance, et prescrit un culte ciblé à Umā et Rudra. L’observance est décrite avec ordre : conduite disciplinée et maîtrise des sens, jeûne au troisième jour lunaire, puis invitation dévotionnelle d’un couple de brāhmaṇas digne. On doit leur offrir une hospitalité honorifique—parfums, guirlandes, vêtements imprégnés de senteurs—et les nourrir de pāyasa (riz au lait sucré) et de kṛsara ; ensuite viennent la circumambulation et la formule de prière demandant la grâce de Mahādeva avec son épouse, selon l’idéal de non-séparation. Le discours oppose les effets : la négligence entraîne une infortune prolongée—pauvreté, chagrin et stérilité à travers les naissances—, tandis que l’accomplissement correct, surtout durant la quinzaine claire de Jyeṣṭha et au troisième jour, promet l’effacement des fautes et un mérite accru par les dons. L’iconographie rituelle apparaît aussi : honorer la brāhmaṇī et le brāhmaṇa comme incarnations de Gaurī et de Śiva, appliquer sindūra et kuṅkuma, offrir bijoux, grains, nourriture et autres aumônes. La phalaśruti conclut par des bienfaits mondains et salvifiques : mérite amplifié, jouissance supérieure en accord avec Śaṅkara, saubhāgya abondant, obtention d’un fils pour les sans-enfants, richesse pour les pauvres, et reconnaissance de ce tīrtha de la Narmadā comme lieu exauçant les vœux.
Verse 1
श्रीमार्कण्डेय उवाच । ततो गच्छेन्महीपाल तीर्थं परमशोभनम् । सौभाग्यकरणं दिव्यं नरनारीमनोरमम्
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Ensuite, ô roi, qu’on se rende à un tīrtha d’une beauté suprême, un gué sacré—lieu divin qui confère la bonne fortune, charmant pour hommes et femmes.
Verse 2
तत्र या दुर्भगा नारी नरो वा नृपसत्तम । स्नात्वार्चयेदुमारुद्रौ सौभाग्यं तस्य जायते
Là, ô le meilleur des rois, qu’il s’agisse d’une femme infortunée ou d’un homme : après s’être baigné, qu’on adore Umā et Rudra ; alors la bonne fortune naît pour cette personne.
Verse 3
तृतीयायामहोरात्रं सोपवासो जितेन्द्रियः । निमन्त्रयेद्द्विजं भक्त्या सपत्नीकं सुरूपिणम्
Au troisième yāma, pendant un jour et une nuit, jeûnant et maître de ses sens, qu’on invite avec dévotion un brāhmane—avec son épouse—d’une belle apparence.
Verse 4
गन्धमाल्यैरलंकृत्य वस्त्रधूपादिवासितम् । भोजयेत्पायसान्नेन कृसरेणाथ भक्तितः
Les parant de parfums et de guirlandes, et offrant des vêtements imprégnés d’encens et autres senteurs, qu’on les nourrisse, avec dévotion, de riz au lait sucré et de kṛsara.
Verse 5
भोजयित्वा यथान्यायं प्रदक्षिणमुदाहरेत् । प्रीयतां मे महादेवः सपत्नीको वृषध्वजः
Après les avoir nourris selon la règle, qu’on accomplisse la pradakṣiṇā et qu’on récite : «Que Mahādeva, Śiva au drapeau du taureau, avec son épouse, soit satisfait de moi».
Verse 6
यथा ते देवदेवेश न वियोगः कदाचन । ममापि करुणां कृत्वा तथास्त्विति विचिन्तयेत्
«Ô Seigneur des dieux, de même qu’il n’y a jamais séparation en Toi, ainsi aussi—par compassion pour moi—qu’il en soit ainsi», qu’on le médite au fond du cœur.
Verse 7
एवं कृते ततस्तस्य यत्पुण्यं समुदाहृतम् । तत्ते सर्वं प्रवक्ष्यामि यथा देवेन भाषितम्
Quand cela est accompli, le mérite (puṇya) que l’on dit en provenir—je te l’énoncerai tout entier, exactement comme le Seigneur l’a déclaré.
Verse 8
दौर्भाग्यं दुर्गतिश्चैव दारिद्र्यं शोकबन्धनम् । वन्ध्यत्वं सप्तजन्मानि जायते न युधिष्ठिर
Malchance et voie funeste, pauvreté et chaînes de chagrin—oui, même la stérilité durant sept naissances—adviennent (à qui transgresse ce dharma), ô Yudhiṣṭhira.
Verse 9
ज्येष्ठमासे सिते पक्षे तृतीयायां विशेषतः । तत्र गत्वा तु यो भक्त्या पञ्चाग्निं साधयेत्ततः
Surtout au troisième jour lunaire (tṛtīyā) de la quinzaine claire du mois de Jyeṣṭha, quiconque se rend en ce lieu sacré et, avec dévotion, y accomplit l’austérité des cinq feux—
Verse 10
सोऽपि पापैरशेषैस्तु मुच्यते नात्र संशयः । गुग्गुलं दहते यस्तु द्विधा चित्तविवर्जितः
—lui aussi est délivré de tous les péchés; là-dessus, nul doute. Et celui qui brûle la résine de guggulu, l’esprit sans partage (sans hésitation),
Verse 11
शरीरं भेदयेद्यस्तु गौर्याश्चैव समीपतः । तस्मिन्कर्मप्रविष्टस्य उत्क्रान्तिर्जायते यदि
Quiconque, auprès de Gaurī, perce (mortifie) son corps; et si, engagé dans ce rite, survient le « départ » (la mort)—
Verse 12
देहपाते व्रजेत्स्वर्गमित्येवं शङ्करोऽब्रवीत् । सितरक्तैस्तथा पीतैर्वस्त्रैश्च विविधैः शुभैः
—à la chute du corps, il gagne le ciel : ainsi l’a déclaré Śaṅkara. Avec des vêtements blancs, rouges et aussi jaunes, variés et de bon augure—
Verse 13
ब्राह्मणीं ब्राह्मणं चैव पूजयित्वा यथाविधि । पुष्पैर्नानाविधैश्चैव गन्धधूपैः सुशोभनैः
Après avoir honoré comme il se doit, selon la règle, une brāhmaṇī et un brāhmaṇa, avec des fleurs de toutes sortes, ainsi qu’avec des parfums et des encens au doux arôme,
Verse 14
कण्ठसूत्रकसिन्दूरैः कुङ्कुमेन विलेपयेत् । कल्पयेत स्त्रियं गौरीं ब्राह्मणं शिवरूपिणम्
Qu’il les oigne d’ornements ou de fils au cou, de sindūra et de safran (kuṅkuma). Qu’il contemple la femme comme Gaurī, et le brāhmaṇa comme revêtu de la forme même de Śiva.
Verse 15
तेषां तद्रूपकं कृत्वा दानमुत्सृज्यते ततः । कङ्कणं कर्णवेष्टं च कण्ठिकां मुद्रिकां तथा
Après avoir façonné des représentations à leur ressemblance, on offre alors les dons : bracelets, ornements d’oreille, colliers et aussi bagues,
Verse 16
सप्तधान्यं तथा चैव भोजनं नृपसत्तम । अन्यान्यपि च दानानि तस्मिंस्तीर्थे ददाति यः
Ô le meilleur des rois, quiconque, en ce tīrtha, donne les sept sortes de grains, ainsi que la nourriture, et d’autres dons encore—
Verse 17
सर्वदानैश्च यत्पुण्यं प्राप्नुयान्नात्र संशयः । सहस्रगुणितं सर्वं नात्र कार्या विचारणा
Le mérite que l’on obtiendrait par toutes les aumônes, on l’acquiert ici sans aucun doute. Tout y est multiplié au millième ; nul besoin d’en débattre.
Verse 18
शङ्करेण समं तस्माद्भोगं भुङ्क्ते ह्यनुत्तमम् । सौभाग्यं तस्य विपुलं जायते नात्र संशयः
Ainsi jouit-il d’une félicité sans égale, pareille à celle de Śaṅkara. Une grande fortune s’éveille pour lui ; là-dessus, point de doute.
Verse 19
अपुत्रो लभते पुत्रमधनो धनमाप्नुयात् । राजेन्द्र कामदं तीर्थं नर्मदायां व्यवस्थितम्
Ô roi des rois, en ce gué sacré exauçant les vœux, établi sur la Narmadā, l’homme sans enfant obtient un fils, et le pauvre parvient à la richesse.
Verse 106
। अध्याय
Chapitre — marque de clôture de l’adhyāya.