Adhyaya 19
Vayaviya SamhitaUttara BhagaAdhyaya 1927 Verses

साधक-दीक्षा तथा मन्त्रसाधन (Puraścaraṇa and the Discipline of the Mantra-Sādhaka)

L’Adhyāya 19 présente la procédure par laquelle le guru établit un sādhaka qualifié et lui transmet la vidyā/le mantra śaiva. Upamanyu en expose la suite rituelle : culte dans le maṇḍala, installation dans le kumbha, homa, placement du disciple, puis achèvement des préliminaires selon l’ordre déjà indiqué. Le guru accomplit l’abhiṣeka et confère officiellement le « mantra suprême », concluant le vidyopadeśa par une transmission rituelle et tangible du savoir śaiva : il verse l’eau fleurie (puṣpāmbu) dans la paume de l’enfant/du disciple. Le mantra est loué comme accordant des accomplissements en ce monde et dans l’au-delà par la grâce de Parameṣṭhin (Śiva). Ayant obtenu l’assentiment de Śiva, le guru instruit le sādhaka en sādhana et en Śiva-yoga. Le disciple entreprend alors la mantra-sādhana en veillant au viniyoga ; cette pratique disciplinée est dite être le puraścaraṇa du mūla-mantra. Le chapitre précise enfin que, pour le mumukṣu (chercheur de délivrance), un effort rituel excessif n’est pas obligatoire, bien que l’accomplir demeure de bon augure.

Shlokas

Verse 1

उपमन्युरुवाच । अतः परं प्रवक्ष्यामि साधकं नाम नामतः । संस्कारमन्त्रमाहात्म्यं कथने सूचितं मया

Upamanyu dit : «Désormais, je vais exposer—nommément—la discipline appelée “Sādhaka”, la voie de l’aspirant spirituel. Quant aux rites de consécration (saṃskāra) et à la grandeur des mantras, je les ai déjà indiqués au fil de ce récit.»

Verse 2

संपूज्य मंडले देवं स्थाप्य कुम्भे च पूर्ववत् । हुत्वा शिष्यमनुष्णीषं प्रापयेद्भुवि मंडले

Après avoir honoré dûment le Seigneur dans le maṇḍala, et L’avoir établi dans le kumbha selon ce qui fut prescrit auparavant, le précepteur doit accomplir le homa (offrande au feu), puis faire entrer le disciple—tête nue—afin qu’il prenne place sur le maṇḍala tracé au sol.

Verse 3

पूर्वांतं पूर्ववत्कृत्वा हुत्वाहुतिशतं तथा । संतर्प्य मूलमन्त्रेण कलशैर्देशिकोत्तमः

Ayant achevé le rite précédent comme auparavant, l’excellent précepteur offrit alors cent oblations dans le feu sacré; et, par le Mūla-mantra, il rassasia dûment (la divinité) au moyen des kalaśas, les vases d’eau consacrée.

Verse 4

सन्दीप्य च यथापूर्वं कृत्वा पूर्वोदितं क्रमात् । अभिषिच्य यथापूर्वं प्रदद्यान्मन्त्रमुत्तमम्

Après avoir allumé le feu sacré comme auparavant et accompli, étape par étape, l’ordre prescrit précédemment, qu’il confère l’onction (abhiṣeka) comme avant ; puis, de la même manière, qu’il transmette le Mantra suprême.

Verse 5

तत्र विद्योपदेशांतं कृत्वा विस्तरशः क्रमात् । पुष्पाम्बुना शिशोः पाणौ विद्यां शैवीं समर्पयेत्

Là, après avoir achevé l’enseignement de la connaissance sacrée, en détail et selon l’ordre, qu’il confère à l’enfant la vidyā śaiva, en la déposant dans sa main avec de l’eau sanctifiée par des fleurs.

Verse 6

तवैहिकामुष्मिकयोः सर्वसिद्धिफलप्रदः । भवत्येव महामन्त्रः प्रसादात्परमेष्ठिनः

Pour toi, en ce monde comme dans l’au-delà, ce Grand Mantra devient véritablement le dispensateur de toute réussite et de ses fruits, par la grâce du Seigneur Suprême (Parameṣṭhin).

Verse 7

इत्युत्वा देवमभ्यर्च्य लब्धानुज्ञः शिवाद्गुरुः । साधनं शिवयोगं च साधकाय समादिशेत्

Ayant ainsi parlé, puis adoré le Seigneur et obtenu la permission de Śiva, le Guru doit alors enseigner au pratiquant les disciplines de la sādhana et le Śiva‑yoga.

Verse 8

तच्छ्रुत्वा गुरुसंदेशं क्रमशो मंत्रसाधकः । पुरतो विनियोगस्य मन्त्रसाधनमाचरेत्

Après avoir entendu l’enseignement du guru, le pratiquant de mantra doit, pas à pas, entreprendre la discipline du mantra, en commençant d’abord par le viniyoga, l’application rituelle correcte qui le précède.

Verse 9

साधनं मूलमन्त्रस्य पुरश्चरणमुच्यते । पुरतश्चरणीयत्वाद्विनियोगाख्यकर्मणः

L’observance disciplinée appelée puraścaraṇa est déclarée être le moyen principal d’accomplir le mantra racine. Elle porte ce nom parce qu’elle est une pratique préliminaire qui doit être accomplie d’abord, avant le viniyoga, l’application rituelle du mantra.

Verse 10

नात्यन्तं करणीयन्तु मुमुक्षोर्मन्त्रसाधनम् । कृतन्तु तदिहान्यत्र तास्यापि शुभदं भवेत्

Pour celui qui cherche la délivrance, il ne convient pas de s’adonner avec excès à la sādhana du mantra. Pourtant, si cette pratique est accomplie — ici ou ailleurs — elle demeure pour lui de bon augure et porteuse de bienfaits.

Verse 11

शुभे ऽहनि शुभे देशे काले वा दोषवर्जिते । शुक्लदन्तनखः स्नातः कृतपूर्वाह्णिकक्रियः

En un jour faste, en un lieu faste, ou à un moment exempt de défaut, qu’on se baigne et se purifie — dents et ongles nets et blancs — et qu’on ait dûment accompli les rites du matin ; ainsi préparé, on devient apte à poursuivre le culte de Śiva et la discipline de contemplation.

Verse 12

अलंकृत्य यथा लब्धैर्गंधमाल्यविभूषणैः । सोष्णीषः सोत्तरासंगः सर्वशुक्लसमाहितः

Il se para des parfums, des guirlandes et des ornements qu’il avait obtenus. Coiffé d’un turban et revêtu d’un vêtement supérieur, il demeura recueilli, tout vêtu de blanc.

Verse 13

देवालये गृहे ऽन्यस्मिन्देशे वा सुमनोहरे । सुखेनाभ्यस्तपूर्वेण त्वासनेन कृतासनः

Dans un temple, chez soi, ou en tout autre lieu très agréable, qu’on s’assoie aisément, ayant pris une posture stable sur un siège déjà exercé auparavant et aisé pour soi.

Verse 14

तनुं कृत्वात्मनः शैवीं शिवशास्त्रोक्तवर्त्मना । संपूज्य देवदेवेशं नकुलीश्वरमीश्वरम्

Ayant rendu son propre corps śaiva, en suivant la voie enseignée par les śāstra de Śiva, il adora comme il se doit Devadeveśa, le Seigneur des seigneurs : Nakulīśvara, le Souverain suprême.

Verse 15

निवेद्य पायसं तस्मै समप्याराधनं क्रमात् । प्रणिपत्य च तं देवं प्राप्तानुज्ञश्च तन्मुखात्

Après Lui avoir offert le riz au lait sucré (pāyasa) et avoir accompli le culte selon l’ordre prescrit, il se prosterna devant ce Seigneur divin ; et de la bouche même du Seigneur il reçut la permission de se retirer.

Verse 16

कोटिवारं तदर्धं वा तदर्धं वा जपेच्छिवम् । लक्षविंशतिकं वापि दशलक्षमथापि वा

Qu’on répète le Nom/le mantra de Śiva un crore de fois—ou la moitié, ou encore la moitié de cette moitié ; ou bien vingt lakhs, ou même dix lakhs, selon ses forces.

Verse 17

ततश्च पायसाक्षारलवणैकमिताशनः । अहिंसकः क्षमी शांतो दांतश्चैव सदा भवेत्

Ensuite, qu’il prenne une nourriture mesurée—mets simples tels que préparations de lait, bouillie alcaline et le seul sel—et qu’il demeure toujours non-violent, indulgent, paisible et maître de lui-même.

Verse 18

अलाभे पायसस्याश्नन्फलमूलादिकानि वा । विहितानि शिवेनैव विशिष्टान्युत्तरोत्तरम्

Si le riz au lait sucré (pāyasa) fait défaut, on peut à la place manger des fruits, des racines et autres semblables. Ces alternatives ont été prescrites par le Seigneur Śiva Lui-même, avec des degrés d’aptitude croissants.

Verse 19

चरुं भक्ष्यमथो सक्तुकणान्यावकमेव च । शाकं पयो दधि घृतं मूलं फलमथोदकम्

Le riz sacrificiel cuit (caru), les offrandes comestibles, les grains de farine grillée (saktu) ainsi que le riz sauvage (āvaka) ; les légumes-feuilles, le lait, le caillé, le ghee (beurre clarifié), les racines, les fruits et l’eau : tels sont les aliments purs, dignes d’être offerts dans le culte et les observances de Śiva.

Verse 20

अभिमंत्र्य च मन्त्रेण भक्ष्यभोज्यादिकानि च । साधने ऽस्मिन्विशेषेण नित्यं भुञ्जीत वाग्यतः

Après avoir d’abord sanctifié par un mantra les mets et les nourritures, comme discipline particulière de cette sādhana, qu’on en prenne chaque jour avec une parole retenue—la langue maîtrisée et l’esprit recueilli en Śiva.

Verse 21

मन्त्राष्टशतपूतेन जलेन शुचिना व्रती । स्नायान्नदीनदोत्थेन प्रोक्षयेद्वाथ शक्तितः

Le dévot observant le vœu doit se baigner avec une eau pure sanctifiée par cent huit récitations de mantra ; ou bien, après le bain, selon ses moyens, se asperger d’eau puisée dans une rivière ou une source sacrée.

Verse 22

तर्पयेच्च तथा नित्यं जुहुयाच्च शिवानले । सप्तभिः पञ्चभिर्द्रव्यैस्त्रिभिर्वाथ घृतेन वा

De même, qu’on accomplisse régulièrement le tarpana (libation) et, chaque jour, qu’on fasse des oblations dans le feu sacré consacré à Śiva. L’offrande peut se faire avec sept substances, ou cinq, ou trois—voire avec le seul ghee.

Verse 23

इत्थं भक्त्या शिवं शैवो यः साधयति साधकः । तस्येहामुत्र दुष्प्रापं न किंचिदपि विद्यते

Ainsi, le sādhaka śaiva qui, par la dévotion, accomplit l’adoration et la réalisation de Śiva—pour lui, ici-bas comme dans l’au-delà, il n’est absolument rien qui soit difficile à obtenir.

Verse 24

अथवा ऽहरहर्मंत्रं जपेदेकाग्रमानसः । अनश्नन्नेव साहस्रं विना मन्त्रस्य साधनम्

Ou bien, l’esprit rassemblé en un seul point, que l’on récite le mantra jour après jour ; même en jeûnant, qu’on en accomplisse mille répétitions : cela même est le moyen d’achever le mantra.

Verse 25

न तस्य दुर्लभं किंचिन्न तस्यास्त्यशुभं क्वचित् । इह विद्यां श्रियं सौख्यं लब्ध्वा मुक्तिं च विंदति

Pour un tel dévot, rien n’est inaccessible et jamais l’inauspice ne surgit. En cette vie même, ayant obtenu la connaissance, la prospérité et la félicité, il atteint aussi la délivrance (mokṣa).

Verse 26

साधने विनियोगे च नित्ये नैमित्तिके तथा । जपेज्जलैर्भस्मना च स्नात्वा मन्त्रेण च क्रमात्

Que ce soit dans la sādhana et sa juste mise en œuvre, dans les observances quotidiennes ou dans les rites occasionnels, on doit accomplir le japa selon l’ordre prescrit : d’abord avec l’eau, puis avec la bhasma (cendre sacrée), et après le bain, avec le mantra, pas à pas.

Verse 27

शुचिर्बद्धशिखस्सूत्री सपवित्रकरस्तथा । धृतत्रिपुंड्ररुद्राक्षो विद्यां पञ्चाक्षरीं जपेत्

Pur et maîtrisé—la śikhā nouée, portant le cordon sacré (yajñopavīta) et l’anneau purificateur de kuśa à la main—revêtu du Tripuṇḍra de bhasma et des perles de Rudrākṣa, qu’il répète la vidyā Pañcākṣarī, le mantra sacré de cinq syllabes, voie d’approche du Seigneur Śiva.

Frequently Asked Questions

Worship in the maṇḍala, installation of the deity in the kumbha, homa offerings, arranging the disciple within the maṇḍala, followed by abhiṣeka and formal bestowal of the mantra/vidyā by the guru.

The chapter equates sādhana of the mūla-mantra with a preparatory, intention-governed discipline (performed ‘in front/first’—purataḥ) grounded in viniyoga; it frames practice as structured consecration that stabilizes mantra efficacy.

It advises that extreme or excessive sādhana is not obligatory for the mumukṣu, though undertaking the practice remains auspicious and beneficial.