Adhyaya 8
Vayaviya SamhitaPurva BhagaAdhyaya 830 Verses

कालमान-निर्णयः (Determination of the Measures of Time)

L’Adhyāya 8 est un dialogue śāstrique et technique sur le kāla-māna (la mesure du temps). Les ṛṣi demandent selon quelle norme on calcule la durée de vie et le temps sous forme numérique (saṃkhyā-rūpa kāla), et quelle est la limite supérieure du temps mesurable. Vāyu répond en définissant la plus petite unité, le nimeṣa, par le clignement de l’œil, puis établit une échelle ascendante : nimeṣa→kāṣṭhā→kalā→muhūrta→ahorātra (jour-nuit). Le chapitre relie ensuite les mois aux saisons et aux demi-années (ayana), définit l’année humaine (mānuṣa-abda) et la distingue des décomptes divins et ancestraux. Le pivot doctrinal est l’énoncé d’un « jour-nuit divin » : le dakṣiṇāyana est la nuit et l’uttarāyaṇa/udagayana est le jour. Sur cette base, le texte introduit le calcul des yuga, affirmant que quatre yuga sont connus en Bhārata-varṣa, inscrivant la chronologie cosmique dans un cadre métrique précis et sacré.

Shlokas

Verse 1

ऋषय ऊचुः । केन मानेन कालेस्मिन्नायुस्संख्या प्रकल्प्यते । संख्यारूपस्य कालस्य कः पुनः परमो ऽवधिः

Les sages dirent : « Selon quelle mesure, en ce domaine du Temps, détermine-t-on la durée de la vie ? Et pour le Temps — dont la nature s’exprime par le nombre et le calcul — quelle est donc sa limite suprême ? »

Verse 2

वायुरुवाच । आयुषो ऽत्र निमेषाख्यमाद्यमानं प्रचक्षते । संख्यारूपस्य कालस्य शांत्त्वतीतकलावधि

Vāyu dit : « Ici, l’on déclare que la première unité mesurable de la durée de vie est ce qu’on appelle nimeṣa (un instant). C’est la mesure initiale du Temps, dont la nature est nombre et calcul, s’étendant jusqu’à la limite de la kalā (sa plus infime division), et au-delà. »

Verse 3

अक्षिपक्ष्मपरिक्षेपो निमेषः परिकल्पितः । तादृशानां निमेषाणां काष्ठा दश च पञ्च च

Le nimeṣa est défini comme le mouvement de fermeture et d’ouverture des paupières. Quinze nimeṣas de cette sorte forment une kāṣṭhā.

Verse 4

काष्ठांस्त्रिंशत्कला नाम कलांस्त्रिंशन्मुहूर्तकः । मुहूर्तानामपि त्रिंशदहोरात्रं प्रचक्षते

Ils déclarent que trente kāṣṭhās font une kalā; trente kalās, un muhūrta; et trente muhūrtas constituent un ahorātra complet, jour et nuit.

Verse 5

त्रिंशत्संख्यैरहोरात्रैर्मासः पक्षद्वयात्मकः । ज्ञेयं पित्र्यमहोरात्रं मासः कृष्णसितात्मकः

Un mois se comprend comme trente cycles de jour et de nuit, et il est formé de deux quinzaines. Sache que, pour les Pitṛs (ancêtres), un seul jour et une seule nuit valent un mois, composé de la moitié sombre et de la moitié lumineuse.

Verse 7

मासैस्तैरयनं षड्भिर्वर्षं द्वे चायनं मतम् । लौकिकेनैव मानेन अब्दो यो मानुषः स्मृतः

Par ces mois, un ayana (demi-année) se compose de six; et par deux ayanas on comprend une année. Selon la mesure ordinaire du monde, cette année est tenue pour l’année humaine.

Verse 8

एतद्दिव्यमहोरात्रमिति शास्त्रस्य निश्चयः । दक्षिणं चायनं रात्रिस्तथोदगयनं दिनम्

Ainsi, selon la décision des śāstra, voici le jour et la nuit divins : la course méridionale du soleil (dakṣiṇāyana) est la « nuit », et la course septentrionale (udagayana/uttarāyaṇa) est le « jour ».

Verse 9

मासस्त्रिंशदहोरात्रैर्दिव्यो मानुषवत्स्मृतः । संवत्सरो ऽपि देवानां मासैर्द्वादशभिस्तथा

Un mois (divin) est tenu pour composé de trente jours et trente nuits, selon la même mesure que chez les humains. De même, une année des dieux est dite formée de douze mois semblables.

Verse 10

त्रीणि वर्षशतान्येव षष्टिवर्षयुतान्यपि । दिव्यस्संवत्सरो ज्ञेयो मानुषेण प्रकीर्तितः

Trois cents ans —avec soixante de plus— sont proclamés comme une seule année divine, lorsqu’on les mesure selon le calcul humain.

Verse 11

दिव्येनैव प्रमाणेन युगसंख्या प्रवर्तते । चत्वारि भारते वर्षे युगानि कवयो विदुः

C’est selon la seule mesure divine que s’établit le décompte des yuga. Les sages savent qu’en Bhārata-varṣa il y a quatre yuga.

Verse 12

पूर्वं कृतयुगं नाम ततस्त्रेता विधीयते । द्वापरं च कलिश्चैव युगान्येतानि कृत्स्नशः

D’abord vient l’âge nommé Kṛta (Satya-yuga) ; ensuite est institué Tretā. Puis viennent Dvāpara et aussi Kali : tels sont, dans leur totalité, les yuga.

Verse 13

चत्वारि तु सहस्राणि वर्षाणां तत्कृतं युगम् । तस्य तावच्छतीसंध्या संध्यांशश्च तथाविधः

Le Kṛta Yuga se compose de quatre mille ans. Son crépuscule initial (sandhyā) est de tant de centaines d’années, et son crépuscule final (sandhyāṃśa) est de même mesure.

Verse 14

इतरेषु ससंध्येषु ससंध्यांशेषु च त्रिषु । एकापायेन वर्तंते सहस्राणि शतानि च

Dans les autres périodes de jonction (sandhi) et aussi dans les trois portions de ces jonctions, les milliers et les centaines se déroulent selon une unique décroissance, d’une mesure uniforme.

Verse 15

एतद्द्वादशसाहस्रं साधिकं च चतुर्युगम् । चतुर्युगसहस्रं यत्संकल्प इति कथ्यते

On dit que cette mesure est de douze mille (années divines) et un peu plus, formant un cycle de quatre yuga. Mille cycles de quatre yuga de ce genre sont appelés un kalpa.

Verse 16

चतुर्युगैकसप्तत्या मनोरंतरमुच्यते । कल्पे चतुर्दशैकस्मिन्मनूनां परिवृत्तयः

Soixante et onze cycles des quatre yuga sont appelés un Manvantara. Dans un seul Kalpa, il y a quatorze révolutions successives des Manu.

Verse 17

एतेन क्रमयोगेन कल्पमन्वंतराणि च । सप्रजानि व्यतीतानि शतशो ऽथ सहस्रशः

Par cette succession ordonnée du temps, les kalpas et les manvantaras—avec leurs descendances—se sont écoulés par centaines, et même par milliers.

Verse 18

अज्ञेयत्वाच्च सर्वेषामसंख्येयतया पुनः । शक्यो नैवानुपूर्व्याद्वै तेषां वक्तुं सुविस्तरः

Parce qu’ils sont inconnaissables pour tous et, de plus, innombrables, il n’est nullement possible de les décrire entièrement, en détail, selon leur juste ordre.

Verse 19

कल्पो नाम दिवा प्रोक्तो ब्रह्मणो ऽव्यक्तजन्मनः । कल्पानां वै सहस्रं च ब्राह्मं वर्षमिहोच्यते

On déclare qu’un « Kalpa » est un seul jour de Brahmā, dont la naissance procède de l’Inmanifesté (Avyakta). Et mille kalpas de ce genre sont dits constituer ici une « année de Brahmā ».

Verse 20

वर्षाणामष्टसाहस्रं यच्च तद्ब्रह्मणो युगम् । सवनं युगसाहस्रं ब्रह्मणः पद्मजन्मनः

Huit mille années : telle est, dit-on, la mesure d’un seul yuga de Brahmā. Et l’on proclame qu’un « savana » vaut mille yugas semblables pour Brahmā, né du lotus.

Verse 21

सवनानां सहस्रं च त्रिगुणं त्रिवृतं तथा । कल्प्यते सकलः कालो ब्रह्मणः परमेष्ठिनः

Mille savanas—multipliés par trois et, de même, répartis en trois—sont tenus pour la mesure entière du temps de Brahmā, Parameṣṭhin, le Souverain Ordonnateur.

Verse 22

तस्य वै दिवसे यांति चतुर्दश पुरंदराः । शतानि मासे चत्वारि विंशत्या सहितानि च

En un seul de ses jours, en vérité, quatorze Indra (Puraṃdara) s’éteignent; et en un mois, quatre cent vingt Indra s’éteignent ainsi.

Verse 23

अब्दे पञ्च सहस्राणि चत्वारिंशद्युतानि च । चत्वारिंशत्सहस्राणि पञ्च लक्षाणि चायुषि

En une seule année, il y a cinq mille quarante yuta (dizaines de milliers) ; et dans la durée entière de la vie, au total, quarante mille et cinq lakṣa.

Verse 24

ब्रह्मा विष्णोर्दिने चैको विष्णू रुद्रदिने तथा । ईश्वरस्य दिने रुद्रस्सदाख्यस्य तथेश्वरः

Au jour de Viṣṇu, Brahmā seul doit être contemplé comme la divinité présidente ; au jour de Rudra, c’est Viṣṇu que l’on contemple. Au jour d’Īśvara, l’on contemple Rudra ; et au jour de Sadāśiva, l’on contemple Īśvara.

Verse 25

साक्षाच्छिवस्य तत्संख्यस्तथा सो ऽपि सदाशिवः । चत्वारिंशत्सहस्राणि पञ्चलक्षाणि चायुषि

Ce même nombre appartient directement à Śiva ; et Lui aussi est Sadāśiva. On dit que la durée de Sa vie est de quarante mille et de cinq lakhs (années).

Verse 26

तस्मिन्साक्षाच्छिवेनैष कालात्मा सम्प्रवर्तते । यत्तत्सृष्टेस्समाख्यातं कालान्तरमिह द्विजाः । एतत्कालान्तरं ज्ञेयमहर्वै पारमेश्वरम् । रात्रिश्च तावती ज्ञेया परमेशस्य कृत्स्नशः । अहस्तस्य तु या सृष्टी रात्रिश्च प्रलयः स्मृतः

En ce Seigneur Suprême, ce principe même du Temps opère directement par Śiva. Ô sages deux fois nés, l’intervalle de temps dont il est ici question au sujet de la création doit être compris comme le “Jour” du Parameśvara. Et une durée égale doit être connue comme Sa “Nuit”, dans sa plénitude. Son Jour est dit être le déploiement de la création, et Sa Nuit est rappelée comme la dissolution (pralaya).

Verse 27

अहर्न विद्यते तस्य न रात्रिरिति धारयेत् । एषोपचारः क्रियते लोकानां हितकाम्यया

Qu’on garde fermement ceci à l’esprit : pour Lui, il n’y a ni « jour » ni « nuit ». Cette manière de parler n’est employée que par souci du bien du monde (afin de guider les êtres ordinaires).

Verse 28

प्रजाः प्रजानां पतयो मूर्तयश्च सुरासुराः । इन्द्रियाणीन्द्रियार्थाश्च महाभूतानि पञ्च च

Les êtres et les seigneurs des êtres ; les formes incarnées ; les devas et les asuras ; les sens et leurs objets ; ainsi que les cinq grands éléments : tout cela (naît et agit) dans l’ordre omnipénétrant du Seigneur, Śiva étant le Pati suprême qui gouverne les âmes liées et leurs liens.

Verse 29

तन्मात्राण्यथ भूतादिर्बुद्धिश्च सह दैवतः । अहस्तिष्ठंति सर्वाणि पारमेशस्य धीमतः

Alors les tanmātra, la source primordiale des éléments grossiers, et l’intellect—avec leurs divinités tutélaires—n’existent et n’agissent que par le Seigneur Suprême, Parameśvara, le Sage.

Verse 30

अहरंते प्रलीयन्ते रात्र्यन्ते विश्वसंभवः । यो विश्वात्मा कर्मकालस्वभावाद्यर्थे शक्तिर्यस्य नोल्लंघनीया

À la fin du jour, tout se résorbe; et à la fin de la nuit, l’Origine de l’univers fait de nouveau surgir la création. Lui, l’Âme du monde, détient une puissance qui, quant au karma, au temps, à la nature propre et au reste, est inviolable et ne peut être franchie.

Verse 31

यस्यैवाज्ञाधीनमेतत्समस्तं नमस्तस्मै महते शंकराय

Tout cet univers demeure uniquement sous son commandement ; salutations à ce grand Śaṅkara, le Seigneur de bon augure, le Pati suprême qui gouverne tout.

Frequently Asked Questions

No single mythic episode is foregrounded; the chapter is primarily a technical, instructional discourse (Vāyu answering ṛṣis) defining time-measures and their cosmological correspondences.

It encodes a macrocosmic equivalence: the Devas’ day-night is mapped onto the sun’s half-year courses, shifting the frame from human diurnal time to cosmic/ritual time and enabling yuga computations on a divine scale.

The text highlights graded ontological standpoints—human (mānuṣa), ancestral (pitṛ), and divine (deva)—each with its own calendric equivalences, showing how cosmological order is structured through differential measures of kāla.