Adhyaya 26
Bhumi KhandaAdhyaya 2632 Verses

Adhyaya 26

The Origin of the Maruts (Diti’s Penance and Indra’s Intervention)

Après qu’Indra eut tué les fils de Diti, Bala et Vṛtra, Diti, accablée de chagrin, entreprend une longue austérité afin d’obtenir un fils capable de mettre Indra à mort. Kaśyapa lui accorde ce don, à la condition qu’elle conserve une pureté et une observance sans faille pendant cent ans. Indra, redoutant l’issue, s’introduit auprès d’elle déguisé en « fils » brāhmane et la sert avec une humilité apparente, attendant en secret la moindre défaillance. Lorsque Diti s’allonge sans s’être lavé les pieds, Indra profite de cette faute et, avec le vajra, tranche l’embryon : d’abord en sept, puis chaque part en sept, faisant naître ainsi quarante-neuf Maruts. Le chapitre se clôt en réaffirmant que Hari dispose les êtres en leurs groupes et ordres. La phalaśruti déclare que l’écoute et la compréhension de ce récit purifient et mènent au séjour de Viṣṇu.

Shlokas

Verse 1

सूत उवाच । तं पुत्रं निहतं श्रुत्वा सा दितिर्दुःखपीडिता । पुत्रशोकेन तेनैव संदग्धा द्विजसत्तमाः

Sūta dit : Apprenant que son fils avait été tué, Diti fut accablée de chagrin. Consumée par ce deuil même pour son fils, ô meilleurs des deux-fois-nés, elle semblait brûler au-dedans.

Verse 2

पुनरूचे महात्मानं कश्यपं मुनिपुंगवम् । इंद्रस्यापि सुदुष्टस्य वधार्थं द्विजसत्तम

De nouveau, elle s’adressa au magnanime Kaśyapa, le plus éminent des sages : « Ô meilleurs des deux-fois-nés, (c’est) afin de mettre à mort même Indra, devenu extrêmement mauvais ».

Verse 3

ब्रह्मतेजोमयं तीव्रं दुःसहं सर्वदैवतैः । पुत्रैकं दीयतां कांत सुप्रियाहं यदा विभो

«Cette radiance farouche, faite du tejas embrasé de Brahmā, est insupportable même à tous les dieux. Aussi, ô bien-aimé, qu’un fils unique soit accordé (pour la porter), puisque je suis ta chère, ô Seigneur puissant.»

Verse 4

कश्यप उवाच । निहतौ बलवृत्रौ च मम पुत्रौ महाबलौ । अघमाश्रित्य देवेन इंद्रेणापि दुरात्मना

Kaśyapa dit : «Mes deux fils d’une grande puissance, Bala et Vṛtra, ont été tués ; le dieu Indra, au cœur mauvais, les a abattus en s’appuyant sur le péché.»

Verse 5

तस्यैव च वधार्थाय पुत्रमेकं ददाम्यहम् । वर्षाणां तु शतैकं त्वं शुचिर्भव यशस्विनि

«Et c’est pour le tuer, lui précisément, que je te donnerai un fils. Durant cent années entières, demeure pure, ô illustre et glorieuse.»

Verse 6

एवमुक्त्वा स योगींद्रो हस्तं शिरसि वै तदा । दत्त्वादित्या सहैवासौ गतो मेरुं तपोवनम्

Ayant ainsi parlé, ce seigneur parmi les yogins posa alors sa main sur sa tête ; puis, avec Ādityā à ses côtés, il se rendit au Meru, dans la forêt des austérités.

Verse 7

तपस्तताप सा देवी तपोवननिवासिनी । शुचिष्मती सदा भूत्वा पुत्रार्था द्विजसत्तम

Cette déesse, demeurant dans la forêt des austérités, accomplit une tapas sévère. Toujours pure et rayonnante, elle le fit dans le désir d’un fils, ô meilleur des deux-fois-nés.

Verse 8

ततो देवः सहस्राक्षो ज्ञात्वा उद्यममेव च । दित्याश्चैव महाभाग अंतरप्रेक्षकोऽभवत्

Alors le dieu aux mille yeux (Indra), ayant compris l’entreprise même, devint—ô noble—un observateur invisible au milieu des Dityas.

Verse 9

पंचविंशाब्दिको भूत्वा देवराड्दैवतोपमः । ब्राह्मणस्य च रूपेण तस्याश्चांतिकमागतः

Ayant pris l’âge de vingt-cinq ans, le roi des devas—divin en splendeur—s’approcha d’elle, revêtant la forme d’un brāhmaṇa.

Verse 10

स तां प्रणम्य धर्मात्मा मातरं तपसान्विताम् । तयोक्तस्तु सहस्राक्षो भवान्को द्विजसत्तम

Cet être à l’âme droite se prosterna devant sa mère, riche d’austérités. Alors Sahasrākṣa (Indra) lui dit : «Qui es-tu, ô meilleur des dvijas ?»

Verse 11

तामुवाच सहस्राक्षः पुत्रोऽहं तव शोभने । ब्राह्मणो वेदविद्वांश्च धर्मं जानामि भामिनि

Sahasrākṣa lui dit : «Ô belle dame, je suis ton fils. Je suis un brāhmaṇa, savant dans les Veda, et je connais le dharma, ô ardente.»

Verse 12

तपसस्तव साहाय्यं करिष्ये नात्र संशयः । शुश्रूषति स तां देवीं मातरं तपसान्विताम्

«Je t’assisterai dans tes austérités, sans aucun doute.» Ainsi servit-il cette déesse, sa mère, pourvue de puissance ascétique.

Verse 13

तमिंद्रं सा न जानाति आगतं दुष्टकारिणम् । धर्मपुत्रं विजानाति शुश्रूषंतं दिने दिने

Elle ne reconnaît pas Indra venu comme faiseur de mal; mais elle reconnaît le fils de Dharma, qui sert avec dévotion jour après jour.

Verse 14

अंगं संवाहयेद्देव्याः पादौ प्रक्षालयेत्ततः । पत्रं मूलं फलं तत्र वल्कलाजिनमेव च

Qu’on masse doucement les membres de la Déesse, puis qu’on lui lave les pieds. Qu’on y présente aussi feuilles, racines et fruits, ainsi que des vêtements d’écorce et une peau de daim.

Verse 15

ददात्येवं स धर्मात्मा तस्यै दित्यै सदैव हि । भक्त्या संतोषिता तस्य संतुष्टा तमभाषत

Ainsi cet homme vertueux donnait toujours à Diti; et elle, réjouie par sa dévotion et pleinement satisfaite, lui adressa la parole.

Verse 16

पुत्रे जाते महापुण्ये इंद्रे च निहते सति । कुरु राज्यं महाभाग पुत्रेण मम दैवकम्

Maintenant qu’un fils au grand mérite est né et qu’Indra a été terrassé, ô fortuné, prends la royauté, car mon destin est lié à mon fils.

Verse 17

एवमस्तु महाभागे ते प्रसादाद्भविष्यति । तस्याश्चैवांतरं प्रेप्सुरभवत्पाकशासनः

«Qu’il en soit ainsi, ô noble dame; par ta grâce cela s’accomplira.» Alors Pākaśāsana (Indra), cherchant une occasion contre elle, guetta l’instant de sa faiblesse.

Verse 18

ऊने वर्षशते चास्या ददर्शांतरमच्युतः । अकृत्वा पादयोः शौचं दितिः शयनमाविशत्

Avant que cent ans ne se soient écoulés, Acyuta (Viṣṇu) aperçut une faille dans sa conduite. Diti, sans avoir d’abord purifié ses pieds, s’étendit sur sa couche.

Verse 19

शय्यांते सा शिरः कृत्वा मुक्तकेशातिविह्वला । निद्रामाहारयामास तस्याः कुक्षिं प्रविश्य ह

Posant sa tête au bord du lit, les cheveux dénoués et l’âme fort troublée, elle s’endormit, comme entrant en son propre sein.

Verse 20

वज्रपाणिस्ततो गर्भं सप्तधा तं न्यकृंतत । वज्रेण तीक्ष्णधारेण रुरोद उदरे स्थितः

Alors Vajrapāṇi trancha cet embryon en sept parts avec son foudre au tranchant aigu; et celui qui demeurait dans le ventre se mit à pleurer.

Verse 21

स गर्भस्तत्र विप्रेंद्रा इंद्रहस्तगतेन वै । रोदमानं महागर्भं तमुवाच पुनः पुनः

Ô le meilleur des brāhmaṇas, là cet embryon vint en la main d’Indra; et Indra, à maintes reprises, parla à ce grand embryon qui pleurait.

Verse 22

शतक्रतुर्महातेजा मा रोदीरित्यभाषत । सप्तधा कृतवाञ्छक्रस्तं गर्भं दितिजं पुनः

Śakra (Indra), puissant et rayonnant seigneur de cent sacrifices, dit : «Ne pleure pas.» Puis Śakra trancha de nouveau en sept parts cet embryon né de Diti.

Verse 23

एकैकं सप्तधा च्छित्त्वा रुदमानं स देवराट् । एवं वै मरुतो जातास्ते तु देवा महौजसः

Découpant chacun en sept parts, le roi des dieux le fit tandis qu’ils pleuraient. Ainsi naquirent en vérité les Maruts, ces dieux d’une grande puissance.

Verse 24

यथा इंद्रेण ते प्रोक्ता बभूवुर्नामभिस्ततः । अतिवीर्य महाकायास्तीव्र तेजः पराक्रमाः

Comme Indra les avait proclamés, ils furent ensuite connus sous ces noms : d’une force extraordinaire et de corps immenses, d’un éclat ardent et d’une vaillance héroïque.

Verse 25

एकोना वै बभूवुस्ते पंचाशन्मरुतस्ततः । मरुतो नाम ते ख्याता इंद्रमेव समाश्रिताः

Ils devinrent alors quarante-neuf en nombre ; dès lors on les appela Maruts, célèbres sous ce nom, et ils prirent refuge en Indra seul.

Verse 26

इति श्रीपद्मपुराणे भूमिखंडे मरुदुत्पत्तिर्नाम षड्विंशोऽध्यायः

Ainsi s’achève le vingt-sixième chapitre, intitulé « L’Origine des Maruts », dans le Bhūmi-khaṇḍa du glorieux Padma Purāṇa.

Verse 27

क्रमशस्तानि राज्यानि पृथुपूर्वाणि तानि वै । स देवः पुरुषः कृष्णः सर्वव्यापी जगद्गुरुः

Dans l’ordre prescrit, ces royaumes —à commencer par celui de Pṛthu— furent établis. Il est en vérité cette Personne divine, Kṛṣṇa : omniprésent, le Guru du monde.

Verse 28

तपोजिष्णुर्महातेजाः सर्व एकः प्रजापतिः । पर्जन्यः पावकः पुण्यः सर्वात्मा सर्व एव हि

Il est la puissance même de l’ascèse, d’un éclat immense — l’unique Seigneur de tous les êtres, Prajāpati. Il est Parjanya, le dispensateur de pluie; Pāvaka, le feu; le Saint — en vérité le Soi de tous, et certes tout ce qui existe.

Verse 29

तस्य सर्वमिदं पुण्यं जगत्स्थावरजंगमम् । भूतसर्गमिमं सम्यग्जानतो द्विजसत्तम

Ô le meilleur des deux-fois-nés, pour celui qui connaît comme il se doit cette création des êtres, tout ce monde — l’immobile et le mobile — devient pour lui entièrement méritoire, rempli de puṇya.

Verse 30

नावृत्तिभयमस्तीह परलोकभयं कुतः । इमां सृष्टिं महापुण्यां सर्वपापहरां शुभाम्

Ici, il n’est point de crainte de rechute; comment donc craindre l’au-delà? Cet agencement sacré de la création est d’un mérite suprême, auspice et bienfaisant, et il enlève tous les péchés.

Verse 31

यः शृणोति नरो भक्त्या सर्वपापैः प्रमुच्यते । स हि धन्यश्च पुण्यश्च स हि सत्यसमन्वितः

L’homme qui écoute avec dévotion est délivré de tous les péchés. En vérité, il est béni et méritoire; en vérité, il est habité par la vérité.

Verse 32

यः शृणोति इमां सृष्टिं स याति परमां गतिम् । सर्वपापविशुद्धात्मा विष्णुलोकं स गच्छति

Quiconque écoute ce récit de la création atteint la suprême destinée; l’âme purifiée de tous les péchés, il se rend au monde de Viṣṇu.