Uttara BhagaAdhyaya 55134 Verses

Glory of Puruṣottama: Pañcatīrthī Observance and Narasiṃha Worship

Dans un dialogue où Mohinī interroge Vasu, le chapitre établit d’abord le temps sacré : le mois de Jyeṣṭha, la Dvādaśī de la quinzaine claire, et affirme la suprématie du darśana de Puruṣottama sur les austérités les plus extrêmes (même de longs tapas à Kurukṣetra). Vasu décrit la Pañcatīrthī comme un pèlerinage structuré : commencer au lac de Mārkaṇḍeya par trois immersions et des mantras de pénitence tournés vers Śiva ; accomplir le tarpana pour les devas, les ṛṣis et les pitṛs ; puis se rendre au sanctuaire de Śiva pour la circumambulation, le culte et la demande de pardon par l’Aghora-mantra, promettant Śiva-loka et, à terme, la libération. Ensuite, le dévot vénère le Kalpavaṭa (Nyagrodha) par pradakṣiṇa et hymnes, salue Garuḍa et entre dans le temple de Viṣṇu pour adorer Saṃkarṣaṇa (Balarāma), Subhadrā, puis Kṛṣṇa/Puruṣottama avec le mantra de douze syllabes, en concluant par des louanges de “jaya” et une dhyāna saisissante de la forme divine. Le texte répète que le simple darśana et l’hommage égalent les fruits cumulés des Veda, des sacrifices, des dons et du dharma des āśrama, menant à mokṣa et à l’élévation de nombreuses générations. Le chapitre s’étend enfin à Nṛsiṃha : sa présence éternelle, refuge universel pour dharma-artha-kāma-mokṣa, et un ensemble pratique de sādhana—offrandes simples, récitations de kavaca/Agniśikhā, jeûne, homa, rites de protection et procédés visant la siddhi—avec l’assurance de la destruction des péchés, de la protection en temps de crise et de l’obtention des souhaits par le souvenir et l’adoration.

Shlokas

Verse 1

मोहिन्युवाच । कस्मिन्कालें द्विजश्रेष्ठ गंतव्यं पुरुषोत्तमे । विधिना केन कर्तव्या पंचतीर्थ्यपि मानद ॥ १ ॥

Mohinī dit : «Ô le meilleur des deux-fois-nés, à quel moment doit-on se rendre à Puruṣottama ? Et selon quel rite prescrit doit-on accomplir la Pañcatīrthī, le pèlerinage des cinq tīrthas, ô dispensateur d’honneur ?»

Verse 2

एकैकस्य च तीर्थस्य स्नाने दाने च यत्फलम् । देवताप्रेक्षणे चैव ब्रूहि सर्वं पृथक् पृथक् ॥ २ ॥

Dis-moi, distinctement et pleinement, le mérite qui naît—en chaque tīrtha—du bain sacré et du don, ainsi que de la contemplation de la divinité en ce lieu.

Verse 3

वसुरुवाच । निराहारः कुरुक्षेत्रे पादेनैकेन यस्तपेत् । जितेंद्रियो जितक्रोधः सप्तसंवत्सरायुतम् ॥ ३ ॥

Vasu dit : «Celui qui, jeûnant, pratique l’austérité à Kurukṣetra—debout sur un seul pied—maîtrisant ses sens et ayant vaincu la colère, durant sept ayutas d’années (une durée immense), (acquiert un mérite extraordinaire).»

Verse 4

दृष्ट्वा सकृज्ज्येष्ठशुक्लद्वादश्यां पुरुषोत्तमम् । कृतोपवासः प्राप्नोति ततोऽधिकतरं फलम् ॥ ४ ॥

En contemplant ne fût-ce qu’une seule fois Puruṣottama (le Seigneur Viṣṇu) au Dvādaśī lumineux de Jyeṣṭha, celui qui a observé le jeûne sacré (upavāsa) obtient un fruit de mérite plus grand encore que cela.

Verse 5

तस्माज्ज्येष्ठे तु सुभगे प्रयत्नेन सुसंयतैः । स्वर्गलोकेप्सुभिर्मर्त्यैर्द्रष्टव्यः पुरुषोत्तमः ॥ ५ ॥

Ainsi, dans l’auspicieux mois de Jyeṣṭha, les mortels disciplinés et maîtres d’eux-mêmes, qui s’appliquent avec ardeur et aspirent aux mondes célestes, doivent rechercher le darśana de Puruṣottama.

Verse 6

पंचतीर्थीं च विधिवत्कृत्वा ज्येष्ठे नरोत्तमः । द्वादश्यां शुक्लपक्षस्य पश्येत्तं पुरुषोत्तमम् ॥ ६ ॥

Ô meilleur des hommes : après avoir accompli selon le rite la pañca-tīrthī (les cinq bains sacrés) au mois de Jyeṣṭha, qu’il contemple ce Puruṣottama au Dvādaśī de la quinzaine lumineuse.

Verse 7

ये पश्यंत्यव्ययं देवं द्वादश्यां पुरुषोत्तमम् । ते विष्णुलोकमासाद्य न च्यवंते कदाचन ॥ ७ ॥

Ceux qui contemplent, au Dvādaśī, le Dieu impérissable—Puruṣottama—atteignent le monde de Viṣṇu (Viṣṇuloka) et n’en déchoient jamais, en aucun temps.

Verse 8

तस्माज्ज्येष्ठे प्रयत्नेन गंतव्यं विधिनंदिनि । कृत्वा सम्यक्पंचतीर्थीं द्रष्टव्यः पुरुषोत्तमः ॥ ८ ॥

Ainsi, ô Vidhinandinī, au mois de Jyeṣṭha il faut entreprendre le voyage avec un effort sincère ; après avoir accompli correctement la pañca-tīrtha, il convient de rechercher le darśana de Puruṣottama.

Verse 9

सुदूरस्थोऽपि प्रीतात्मा कीर्तयेत्पुरुषोत्तमम् । अहन्यहनि शुद्धात्मा सोऽपि विष्णुपुरं व्रजेत् ॥ ९ ॥

Même au loin, celui qui, le cœur plein d’amour, chante chaque jour la gloire de Puruṣottama et purifie son esprit, parviendra lui aussi au séjour de Viṣṇu.

Verse 10

यात्रां करोति कृष्णस्य श्रद्धया यः समाहितः । सर्वपापविनिर्मुक्तो विष्णुलोकं व्रजेन्नरः ॥ १० ॥

Celui qui, avec foi et esprit recueilli, accomplit un pèlerinage pour le Seigneur Kṛṣṇa, est délivré de tous les péchés et gagne le monde de Viṣṇu.

Verse 11

चक्रं दृष्ट्वा हरेर्दूरात्प्रासादोपरि संस्थितम् । सहसा मुच्यते पापान्नरो भक्त्या प्रणम्य तम् ॥ ११ ॥

En voyant de loin le disque (cakra) de Hari, dressé au sommet du temple, celui qui s’incline devant lui avec dévotion est aussitôt délivré des péchés.

Verse 12

पंचतीर्थीविधिं वक्ष्ये श्रृणु मोहिनि सांप्रतम् । यस्यां कृतायां मनुजो माधवस्य प्रियो भवेत् ॥ १२ ॥

À présent, ô Mohinī, écoute : je vais exposer le rite de l’observance Pañcatīrthī ; lorsqu’elle est accomplie, l’homme devient cher à Mādhava (le Seigneur Viṣṇu).

Verse 13

मार्गंडेयह्रदं गत्वा स्नात्वा चोदङ्मुखः शुचिः । निमज्जेत्तत्र त्रीन्वारानिमं मंत्रमुदीरयेत् ॥ १३ ॥

S’étant rendu au lac de Mārkaṇḍeya et s’y étant baigné, pur et tourné vers le nord, qu’il s’immerge là trois fois en prononçant ce mantra.

Verse 14

संसारसागरे मग्नि पापग्रस्तमचेतनम् । त्राहि मां भगनेत्रघ्न त्रिपुरारे नमोऽस्तु ते ॥ १४ ॥

Enfoncé dans l’océan du samsāra, accablé de péché et privé de conscience—sauve-moi, ô destructeur de l’œil de Bhaga, ô ennemi de Tripura ; à Toi, prosternation et hommage.

Verse 15

नमः शिवाय शांताय सर्वपापहराय च । स्नानं करोमि देवेश मम नश्यतु पातकम् ॥ १५ ॥

Hommage à Śiva, le Paisible, celui qui enlève tous les péchés. Ô Seigneur des dieux, j’accomplis ce bain rituel ; que ma faute soit anéantie.

Verse 16

नाभिमात्रे जले स्थित्वा विधिवद्देवता ऋषीन् । तिलोदकेन मतिमान्पितॄनन्यांश्च तर्पयेत् ॥ १६ ॥

Debout dans l’eau jusqu’au nombril, le sage doit, selon le rite, offrir le tarpaṇa aux divinités et aux ṛṣi ; puis, avec l’eau mêlée de sésame (tila-udaka), apaiser aussi les pitṛs et les autres.

Verse 17

स्नात्वैवं च तथाचम्य ततो गच्छेच्छिवालयम् । प्रविश्य देवतागारं कृत्वा तं त्रिः प्रदक्षिणम् ॥ १७ ॥

Après s’être ainsi baigné et avoir accompli l’ācamana (gorgée rituelle de purification), qu’on se rende au temple de Śiva. Entrant dans le sanctuaire, qu’on le circumambule trois fois en pradakṣiṇā.

Verse 18

मूलमंत्रेण संपूज्य मार्कंडेयेशमादरात् । अघोरेण तु मंत्रेण प्रणिपत्य क्षमापयेत् ॥ १८ ॥

Par le mūla-mantra, qu’on adore avec respect Mārkaṇḍeyeśa. Puis, au moyen du mantra Aghora, qu’on se prosterne et demande pardon.

Verse 19

त्रिलोचन नमस्तेऽस्तु नमस्ते शशिभूषण । त्राहि मां पुंडरीकाक्ष महादेव नमोऽस्तुते ॥ १९ ॥

Hommage à Toi, ô Seigneur aux Trois Yeux; hommage à Toi, ô Toi qui portes la Lune. Protège-moi, ô Maître aux yeux de lotus—ô Mahādeva, je me prosterne devant Toi.

Verse 20

मार्कण्डेयह्रदे त्वेवं स्नात्वा दृष्ट्वा च शंकरम् । दशानामश्वमेधानां फलं प्राप्नोति मानवः ॥ २० ॥

Ainsi, celui qui se baigne dans le lac de Mārkaṇḍeya et qui, de plus, contemple Śaṅkara obtient un mérite égal au fruit de dix sacrifices Aśvamedha.

Verse 21

पापैः सर्वैर्विनिर्मुक्तः शिवलोकं स गच्छति । तत्र भुक्त्वा वरान्भोगान्यावदाभूतसंप्लवम् ॥ २१ ॥

Délivré de tous les péchés, il se rend au monde de Śiva. Là, après avoir goûté d’excellentes félicités, il demeure jusqu’à la dissolution cosmique des êtres.

Verse 22

इह लोकं समासाद्य भवेद्विप्रो बहुश्रुतः । शांकरंयोगमासाद्य ततो मोक्षमवाप्नुयात् ॥ २२ ॥

Ayant obtenu cette existence humaine, un brāhmaṇa devient grandement savant; puis, par le yoga de Śaṅkara, il parvient ensuite à la délivrance (mokṣa).

Verse 23

कल्पवृक्षं ततो गत्वा कृत्वा तं त्रिः प्रदक्षिणम् । पूजयेत्परया भक्त्या मंत्रेणानेन तं वटम् ॥ २३ ॥

Ensuite, s’étant rendu à l’arbre Kalpavṛkṣa qui exauce les vœux, qu’on en fasse trois circumambulations. Qu’on adore ce banyan avec une dévotion suprême, au moyen de ce mantra même.

Verse 24

ॐ नमोऽव्यक्तरूपाय महते नतपालिने । महोदकोपविष्टाय न्यग्रोधाय नमोऽस्तु ते ॥ २४ ॥

Om—hommage à Toi dont la forme est non manifestée, le Grand, protecteur de ceux qui se prosternent. Hommage à Toi qui sièges sur les eaux immenses, ô Nyagrodha, banian cosmique ; que mon salut soit pour Toi.

Verse 25

अवसस्त्वं सदा कल्पे हरेश्चायतने वटे । न्यग्रोध हर मे पापं कल्पवृक्ष नमोऽस्तु ते ॥ २५ ॥

Ô banian, tu demeures à jamais, à travers les âges, dans la demeure sacrée de Hari. Ô Nyagrodha, efface mes péchés ; ô Kalpavṛkṣa, arbre qui exauce les vœux, hommage à toi.

Verse 26

भक्त्या प्रदक्षिणं कृत्वा गत्वा कल्पवटं नरः । सहसोज्झति पापौघं जीर्णां त्वचमिवोरगः ॥ २६ ॥

Après avoir accompli, avec bhakti, la circumambulation révérencieuse et s’être rendu au Kalpavaṭa, l’homme rejette aussitôt un flot de péchés, comme le serpent abandonne sa peau usée.

Verse 27

छायां तस्य समाक्रम्य कल्पवृक्षस्य मोहिनि । ब्रह्मह्त्यां नरो जह्यात्पापेष्वन्येषु का कथा ॥ २७ ॥

Ô Mohinī, en entrant seulement dans l’ombre de cet arbre exauçant les vœux, l’homme rejetterait même le péché de brahma-hatyā (le meurtre d’un brahmane) ; que dire alors des autres fautes ?

Verse 28

दृष्ट्वा कृष्णांगसंभूते ब्रह्मतेजोमयं परम् । न्यग्रोधाकृतिकं विष्णुं प्रणिपत्य च वैधसि ॥ २८ ॥

Voyant le suprême Viṣṇu—issu du propre corps de Kṛṣṇa, tout empli de l’éclat de Brahman et apparaissant sous la forme du banian Nyagrodha—Brahmā, fils de Vidhātṛ, se prosterna avec vénération.

Verse 29

राजसूयाश्वमेधाभ्यां फल प्राप्नोति चाधिकम् । तथा कुलं समुद्धृत्य विष्णुलोकं स गच्छति ॥ २९ ॥

Il obtient un mérite plus grand encore que le fruit des sacrifices Rājasūya et Aśvamedha; et, ayant relevé aussi sa lignée, il s’en va vers le monde de Viṣṇu.

Verse 30

वैनतेयं नमस्कृत्य कृष्णस्य पुरतः स्थितम् । सर्वपापविनिर्मुक्तस्ततो विष्णुपुरं व्रजेत् ॥ ३० ॥

Après s’être prosterné devant Vainateya (Garuḍa), qui se tient face à Kṛṣṇa, on est délivré de tous les péchés; puis l’on gagne la cité de Viṣṇu (Vaikuṇṭha).

Verse 31

दृष्ट्वा वटं वैनतेयं यः पश्येत्पुरुषोत्तमम् । संकर्षणं सुभद्रां च स याति परमां गतिम् ॥ ३१ ॥

Celui qui, après avoir contemplé le banian sacré et Vainateya (Garuḍa), contemple ensuite Puruṣottama (Viṣṇu/Kṛṣṇa) avec Saṃkarṣaṇa (Balarāma) et Subhadrā, atteint la suprême demeure.

Verse 32

प्रविश्यायतनं विष्णोः कृत्वा तं त्रिः प्रदक्षिणम् । संकर्षणं सुभद्रां च भक्त्या पूज्य प्रसादयेत् ॥ ३२ ॥

Après être entré dans le sanctuaire du Seigneur Viṣṇu, qu’on en fasse trois circumambulations; puis, avec bhakti, qu’on adore Saṅkarṣaṇa et Subhadrā et qu’on implore leur grâce (prasāda).

Verse 33

नमस्ते हलधृङ्नाम्ने नमस्ते मुसलायुध । नमस्ते रेवतीकांत नमस्ते भक्तवत्सल ॥ ३३ ॥

Hommage à Toi, connu comme le Porteur de la charrue; hommage à Toi, dont l’arme est le pilon. Hommage à Toi, bien-aimé de Revatī; hommage à Toi, tendre protecteur des dévots.

Verse 34

नमस्ते बलिनां श्रेष्ठ नमस्ते धरणीधर । प्रलंबारे नमस्तेऽस्तु त्रीहि मां कृष्णपूर्वज ॥ ३४ ॥

Hommage à Toi, le meilleur parmi les vaillants; hommage à Toi, soutien de la terre. Ô vainqueur de Pralamba, hommage à Toi—protège-moi, ô frère aîné de Kṛṣṇa.

Verse 35

एवं प्रसाद्य चानंतमजेयं त्रिदशार्चितम् । कैलासशिखराकारं चंद्रकांतवराननम् ॥ ३५ ॥

Ainsi, après avoir apaisé l’Infini—invincible et vénéré par les dieux—(il contempla) Celui dont la forme était semblable au sommet du Kailāsa, et dont le beau visage rayonnait de l’éclat de la pierre de lune.

Verse 36

नीलवस्त्रधरं देवं फणाविकटमस्तकम् । महाबलं हलधरं कुंडलैकविभूषितम् ॥ ३६ ॥

Médite sur le Seigneur divin vêtu de bleu, dont la tête est rendue majestueuse par le serpent à capuchon déployé; le Très-Puissant, porteur de la charrue, paré d’une seule boucle d’oreille.

Verse 37

रौहिणेयं नरो भक्त्या लभेदभिमतं फलम् । सर्वपापैर्विनिर्मुक्तो विष्णुलोकं च गच्छति ॥ ३७ ॥

Celui qui adore Rauhiṇeya avec bhakti obtient le fruit désiré; délivré de tous les péchés, il parvient aussi au monde de Viṣṇu.

Verse 38

आभूतसंप्लवं यावद्भुक्त्वा तत्र स्वयं बुधः । पुण्यक्षयादिहागत्य प्रवरो योगिनां कुले ॥ ३८ ॥

Là, le sage demeure et jouit de lui-même du fruit du mérite jusqu’à la dissolution cosmique des êtres. Quand son mérite s’épuise, il revient en ce monde et renaît comme un être éminent dans la lignée des yogins.

Verse 39

ब्राह्मणप्रवरो भूत्वा सर्वशास्त्रार्थपारगः । ज्ञानं तत्र समासाद्य मुक्तिं प्राप्नोति दुर्लभाम् ॥ ३९ ॥

Devenu un brāhmaṇa d’exception, versé dans le sens de tous les śāstra, on y obtient la connaissance véritable; et, par cette connaissance, on atteint la délivrance rare, le mokṣa.

Verse 40

एवमभ्यर्च्य हलिनं ततः कृष्णं विचक्षणः । द्वादशाक्षरमंत्रेण पूजयेत्सुसमाहितः ॥ ४० ॥

Après avoir ainsi honoré Halin (Balarāma), le dévot clairvoyant doit ensuite, l’esprit parfaitement recueilli, adorer Kṛṣṇa au moyen du mantra de douze syllabes.

Verse 41

द्विषट्कवर्णमंत्रेण भक्त्या ये पुरुषोत्तमम् । पूजयंति सदा धीरास्ते मोक्षं प्राप्नुवन्ति वै ॥ ४१ ॥

Les dévots fermes et sages qui, avec bhakti, adorent toujours Puruṣottama au moyen du mantra de douze syllabes, atteignent assurément la délivrance.

Verse 42

न तां गतिं सुरा यांति योगिनो नैव सोमपाः । यां गतिं यांति विधिजे द्वादशाक्षरतत्पराः ॥ ४२ ॥

Ni les dieux, ni les yogin, ni même les buveurs de Soma n’atteignent cet état suprême; c’est l’état que rejoignent véritablement, ô né de Brahmā, ceux qui se vouent au mantra de douze syllabes.

Verse 43

तस्मात्तेनैव मंत्रेण भक्त्या कृष्णं जगद्गुरुम् । संपूज्य गंधपुष्पाद्यैः प्रणिपत्य प्रसादयेत् ॥ ४३ ॥

Ainsi, par ce même mantra, qu’on adore avec bhakti Kṛṣṇa, le Guru du monde; après l’avoir honoré comme il se doit de parfums, de fleurs et d’autres offrandes, qu’on se prosterne et implore sa grâce (prasāda).

Verse 44

जय कृष्ण जगन्नाथ जय सर्वाघनाशन । जय चाणूरकेशिघ्नजय कंसनिषूदन ॥ ४४ ॥

Victoire à Kṛṣṇa, Seigneur de l’univers; victoire à Celui qui détruit tous les péchés. Victoire au vainqueur de Cāṇūra et de Keśin; victoire à Celui qui terrasse Kaṃsa.

Verse 45

जय पद्मपलाशाक्ष जय चक्रगदाधर । जय नीलांबुदश्याम जय सर्वसुखप्रद ॥ ४५ ॥

Victoire à Toi, Seigneur aux yeux pareils aux feuilles de lotus; victoire à Toi qui portes le disque et la massue. Victoire à Toi, sombre comme un nuage de pluie bleu; victoire à Toi, dispensateur de toute joie et prospérité.

Verse 46

जय देव जगत्पूज्य जय संसारनाशन । जय लोकपते नाथ जय वांछाफलप्रद ॥ ४६ ॥

Victoire à Toi, Divin, adoré par le monde; victoire à Toi, destructeur des liens du saṃsāra. Victoire à Toi, Seigneur des mondes, ô Nātha; victoire à Toi, qui accordes aux dévots le fruit de leurs vœux.

Verse 47

संसारसागरे घोरे निःसारे दुःखफेनिले । क्रोधग्राहाकुले रौद्रे विषयोदकसंप्लवे ॥ ४७ ॥

Dans cet effroyable océan du saṃsāra—vide de vraie substance, bouillonnant de l’écume de la souffrance—peuplé des crocodiles de la colère, farouche, et submergé par les eaux des objets des sens.

Verse 48

नानारोगोर्मिकलिले मोहावर्तसुदुस्तरे । निमग्नोऽहं सुरश्रेष्ठ त्राहि मां पुरुषोत्तम ॥ ४८ ॥

Enfoncé dans la fange d’innombrables maladies, pris dans le tourbillon de l’illusion, si difficile à franchir, je sombre. Ô le meilleur parmi les dieux, ô Puruṣottama, sauve-moi.

Verse 49

एवं प्रसाद्य देवेशं वरदं भक्तवत्सलम् । सर्वपापहरं देवं सर्वकामफलप्रदम् ॥ ४९ ॥

Ainsi, après avoir apaisé le Seigneur des dieux—dispensateur de grâces, plein de tendresse pour Ses dévots, effaçant tous les péchés et accordant le fruit de tout désir légitime—on obtient le résultat recherché.

Verse 50

पीनांसं द्विभुजं कृष्णं पद्मपत्रायतेक्षणम् । महोरस्कं महाबाहुं पीतवस्त्रं शुभाननम् ॥ ५० ॥

Kṛṣṇa a les épaules larges, deux bras, le teint sombre; Ses yeux sont tels des pétales de lotus; la poitrine vaste, les bras puissants, vêtu de jaune, Il porte un visage gracieux et de bon augure.

Verse 51

शंखचक्रगदापाणिं मुकुटांगदभूषणम् । सर्वलक्षणसंयुक्तं वनमालाविभूषितम् ॥ ५१ ॥

Dans Ses mains, Il tient la conque, le disque et la massue; Il est paré d’une couronne et de bracelets; doté de tous les signes de bon augure, Il est embelli par la vanamālā, guirlande de fleurs de la forêt.

Verse 52

दृष्ट्वा नरोंऽजलिं कृत्वा दंडवत्प्रणिपत्य च । अश्वमेधसहस्राणां फलं प्राप्नोति मोहिनि ॥ ५२ ॥

Ô Mohinī, l’homme qui, voyant cette présence sacrée, joint les mains avec révérence et se prosterne entièrement en daṇḍavat, obtient un mérite égal à celui de mille sacrifices Aśvamedha.

Verse 53

यत्फलं सर्वतीर्थेषु स्नाने दाने प्रकीर्तितम् । नरस्तत्फलमाप्नोति दृष्ट्वा कृष्णं प्रणम्य च ॥ ५३ ॥

Quel que soit le mérite proclamé provenir du bain sacré et du don dans tous les lieux de pèlerinage, l’homme obtient ce même mérite simplement en contemplant Kṛṣṇa et en se prosternant devant Lui.

Verse 54

यत्फलं सर्ववेदेषु सर्वयज्ञेषु यत्फलम् । तत्फलं समवाप्नोति नरः कृष्णं प्रणम्य च ॥ ५४ ॥

Le mérite obtenu par tous les Veda, et celui obtenu par tous les sacrifices : ce même mérite, l’homme l’atteint simplement en se prosternant devant Śrī Kṛṣṇa.

Verse 55

यत्फलं सर्वदानेषु व्रतेषु नियमेषु च । नरस्तत्फलमाप्नोति दृष्ट्वा कृष्णं प्रणम्य च ॥ ५५ ॥

Le mérite issu de toutes les aumônes, des vœux et des observances : ce même mérite, l’homme l’obtient simplement en voyant Śrī Kṛṣṇa et en se prosternant devant Lui.

Verse 56

यत्फलं ब्रह्मचर्येण सम्यक् चीर्णेन कीर्तितम् । नरस्तत्फलमाप्नोति दृष्ट्वा कृष्णं प्रणम्य च ॥ ५६ ॥

La récompense proclamée comme issue de l’observance parfaite du brahmacarya (discipline de chasteté) : cette même récompense, l’homme l’obtient simplement en contemplant Śrī Kṛṣṇa et en Lui rendant un hommage révérencieux.

Verse 57

गार्हस्थ्येन यथोक्तेन यत्फलं समुदाहृतम् । नरस्त्फलमाप्नोति दृष्ट्वा चीर्णेन कीर्तितम् ॥ ५७ ॥

Le fruit proclamé pour la pratique prescrite de la discipline du maître de maison (gārhasthya) : ce même fruit, l’homme l’obtient simplement en voyant celui qui l’a accomplie, ainsi qu’il a été dit.

Verse 58

यत्फलं वनवासेन वानप्रस्थस्य कीर्तितम् । नरस्तत्फलमाप्नोति दृष्ट्वा चीर्णेन कीर्तितम् ॥ ५७ ॥

Le fruit spirituel proclamé pour le vānaprastha vivant dans la forêt : ce même fruit, on l’obtient simplement en contemplant celui qui a revêtu l’habit d’écorce (cīra), ainsi qu’il est proclamé.

Verse 59

सन्यासेन यथोक्तेन यत्फलं समुदाहृतम् । नरस्तत्फलमाप्नोति दृष्ट्वा चीर्णेन कीर्तितम् ॥ ५९ ॥

Quel que soit le fruit proclamé pour le sannyāsa accompli selon la règle, l’homme obtient ce même fruit rien qu’en contemplant celui qui l’a entrepris, ainsi a-t-il été déclaré.

Verse 60

किं चात्र बहुनोक्तेन माहात्म्यं तस्य भामिनि । दृष्ट्वा कृष्णं नरोभक्त्या मोक्षं प्राप्नोति दुर्लभम् ॥ ६० ॥

Que dire de plus ici, ô belle dame, de sa grandeur ? L’homme, en contemplant Kṛṣṇa avec bhakti, obtient la délivrance, si difficile à atteindre.

Verse 61

पापैर्विमुक्तः शुद्धात्मा कल्पकोटिसमुद्भवैः । श्रिया परमया युक्तः सर्वैः समुदितो गुणैः ॥ ६१ ॥

Délivré des péchés, l’âme purifiée, pourvu de mérites amassés au cours de dizaines de millions de kalpas, il s’unit à la suprême Śrī et se trouve comblé de toutes les vertus.

Verse 62

सर्वकामसमृद्धेन विमानेन सुवर्चसा । त्रिःसप्तकुलमृद्धृत्य नरो विष्णुपुरं व्रजेत् ॥ ६२ ॥

Doté d’un vimāna éclatant qui accomplit tous les désirs, l’homme—ayant élevé trois fois sept (vingt et une) générations de sa lignée—se rend à la demeure de Viṣṇu.

Verse 63

ततः कल्पशतं यावद्बुक्त्वा भोगान्मनोरमान् । गंधर्वाप्सरसैः सार्धं यथा विष्णुश्चतुर्भुजः ॥ ६३ ॥

Ensuite, durant cent kalpas, ayant goûté des jouissances exquises avec les Gandharvas et les Apsaras, il resplendit de splendeur tel Viṣṇu aux quatre bras.

Verse 64

च्युतस्तस्मादिहायातो विप्राणां प्रवरे कुले । सर्वज्ञः सर्ववेदी च जायते गतमत्सरः ॥ ६४ ॥

Déchu de cet état, il vient naître en ce monde dans une illustre lignée de brahmanes ; il naît omniscient, versé dans tous les Veda, et délivré de l’envie.

Verse 65

स्वधर्मनिरतः शांतो दाता भूतहिते रतः । आसाद्य वैष्णवं ज्ञानं ततो मुक्तिमवाप्नुयात् ॥ ६५ ॥

Celui qui demeure fidèle à son propre dharma, paisible, généreux et voué au bien de tous les êtres—ayant obtenu la connaissance vaiṣṇava—atteint ensuite la délivrance.

Verse 66

ततः संपूज्य मंत्रेण सुभद्रां भक्तवत्सलाम् । प्रसादयेच्च विधिजेप्रणिपत्य कृतांजलिः ॥ ६६ ॥

Ensuite, après avoir dûment adoré, par le mantra prescrit, Subhadrā, tendre envers ses dévots, le connaisseur du rite doit solliciter sa grâce, prosterné avec respect, les mains jointes.

Verse 67

नमस्ते सर्वगे देवि नमस्ते शुभसौख्यदे । त्राहि मां पद्मपत्राक्षि कात्यायनि नमोऽस्तु ते ॥ ६७ ॥

Hommage à Toi, ô Déesse qui pénètres tout ; hommage à Toi, dispensatrice d’un bonheur auspice. Protège-moi, ô toi aux yeux pareils aux pétales de lotus ; ô Kātyāyanī, que mon salut soit à jamais pour Toi.

Verse 68

एवं प्रसाद्य तां देवीं जगद्धात्रीं जगद्धिताम् । बलदेवस्य भगिनीं सुभद्रां वरदां शिवाम् ॥ ६८ ॥

Ainsi, après avoir apaisé cette Déesse—Subhadrā, soutien du monde et bienfaitrice du monde, sœur de Baladeva, auspice, dispensatrice de dons et bienveillante—(on obtient sa grâce).

Verse 69

कामगेन विमानेन नरो विष्णुपुरं व्रजेत् । आभूतसंप्लवं यावत्क्रीडित्वा तत्र देववत् ॥ ६९ ॥

Un homme peut se rendre à Viṣṇupura dans un vimāna exauçant les vœux; et là, se divertissant tel un deva, il demeure jusqu’à la dissolution cosmique des êtres.

Verse 70

इह मानुषतां प्राप्तो ब्राह्मणो वेदविद्भवेत् । प्राप्य योगं हरेस्तत्र मोक्षं च लभते ध्रुवम् ॥ ७० ॥

Ici, ayant obtenu la naissance humaine, un brāhmaṇa devient connaisseur du Veda; et là, en atteignant le yoga avec Hari, il obtient sûrement la délivrance (mokṣa).

Verse 71

निष्क्रम्य देवतागारात्कृतकृत्यो भवेन्नरः । प्रणम्यायतने पश्चाद्व्रजेत्तत्र समाहितः ॥ ७१ ॥

Après être sorti du sanctuaire de la Divinité, l’homme doit sentir que son devoir est accompli; puis, s’étant de nouveau prosterné dans l’enceinte sacrée, il doit partir de là l’esprit calme et recueilli.

Verse 72

इंद्रनीलमयो विष्णुर्यत्रास्ते वालुकावृतः । अंतर्धानेऽपि तं नत्वा ततो विष्णुपुरं व्रजेत् ॥ ७२ ॥

Là où Viṣṇu demeure sous la forme d’indranīla (saphir bleu), recouvert de sable—même s’Il est caché au regard, il faut se prosterner devant Lui, puis se rendre à Viṣṇupura.

Verse 73

सर्वदेवमयो देवो हिरण्यकशिपूद्धरः । यत्रास्ते नित्यदा देवि सिंहार्द्धकृतविग्रहः ॥ ७३ ॥

Ô Déesse, là le Seigneur—qui renferme en Lui tous les dieux et qui souleva puis détruisit Hiraṇyakaśipu—demeure éternellement, ayant pris une forme à demi-lion.

Verse 74

भक्त्या दृष्ट्वा तु तं देवं प्रणम्य नृहरिं शुभे । मुच्यते पातकैर्मर्त्यः समस्तैर्नात्र संशयः ॥ ७४ ॥

Ô dame de bon augure, ayant contemplé avec bhakti le Seigneur Nṛhari et s’étant prosterné devant Lui, le mortel est délivré de tous les péchés — sans aucun doute.

Verse 75

नरसिंहस्य ये भक्त्या भवंति भुवि मानवाः । न तेषां दुष्कृतं किंचित्फलं च स्याद्यदीप्सितम् ॥ ७५ ॥

Ceux qui, sur la terre, deviennent dévots de Narasiṃha avec une bhakti sincère : aucun de leurs méfaits ne porte de fruit, et tout bien qu’ils désirent s’accomplit.

Verse 76

तस्मात्सर्वप्रयत्नेन नरसिंहं समाश्रयेत् । धर्मार्थकाममोक्षाणां फलं यस्मात्प्रयच्छति ॥ ७६ ॥

Ainsi, de tout son effort, qu’on prenne refuge en Narasiṃha, car Il accorde les fruits du dharma, de l’artha, du kāma et du mokṣa.

Verse 77

तस्मात्तं ब्रह्मतनये भक्त्या संपूजयेत्सदा । मृगराजं महावीर्यं सर्वकामफलप्रदम् ॥ ७७ ॥

Ainsi, ô fils de Brahmā, qu’on adore toujours avec bhakti ce Lion, d’une grande vaillance, qui accorde les fruits de tous les désirs.

Verse 78

ब्राह्मणाः क्षत्रिया वैश्याः स्त्रियः शूद्रांत्यजादयः । संपूज्य तु सुरश्रेष्ठं भक्ताः सिंहवपुर्द्धरम् ॥ ७८ ॥

Brāhmaṇas, Kṣatriyas, Vaiśyas, femmes, Śūdras, et même les antyajas et autres : après avoir dûment adoré le meilleur des dieux, Nṛsiṃha au corps de lion, ils devinrent ses dévots.

Verse 79

मुच्यंते चाशुभाहुःखाज्जन्मकोटिसमुद्भवात् । संपूज्य तं सुरश्रेष्ठं प्राप्नुवंत्यभिवांछितम् ॥ ७९ ॥

Ils sont délivrés des peines et souffrances funestes amassées au cours de millions de naissances; et, en vénérant selon le rite ce meilleur des dieux, ils obtiennent l’objet de leurs vœux.

Verse 80

देवत्वममरेशत्वं धनेशत्वं च भामिनि । यक्षविद्याधरत्वं च तथान्यच्च प्रयच्छति ॥ ८० ॥

Ô belle dame, cela confère la divinité, la souveraineté parmi les immortels, la dignité de Seigneur des richesses, et aussi l’état de Yakṣa ou de Vidyādhara, ainsi que d’autres accomplissements du même ordre.

Verse 81

श्रृणुष्व नरसिंहस्य प्रभावं विधिनंदिनि । अजितस्याप्रमेयस्य भुक्तिमुक्तिप्रदस्य च ॥ ८१ ॥

Ô fille bien-aimée de Vidhī (Brahmā), écoute la grandeur de Narasiṃha — le Seigneur invaincu et incommensurable, dispensateur à la fois des jouissances du monde et de la délivrance ultime.

Verse 82

कः शक्नोति गुणान्वक्तुं समस्तांस्तस्य सुव्रते । सिंहार्द्धकृतदेहस्य प्रवक्ष्यामि समासतः ॥ ८२ ॥

Ô toi aux vœux excellents, qui pourrait dire pleinement toutes ses vertus? Au sujet de Celui dont la forme est mi-lion, je parlerai brièvement, en abrégé.

Verse 83

याः काश्चित्सिद्धयश्चात्र श्रूयंते दैवमानुषाः । प्रसादात्तस्य ताः सर्वाः सिद्ध्यंते नात्र संशयः ॥ ८३ ॥

Quelles que soient les siddhis dont on entend parler ici—divines ou humaines—toutes s’obtiennent par sa grâce; là-dessus, nul doute.

Verse 84

स्वर्गे मर्त्ये च पाताले दिवितोये सुरे नगे । प्रसादात्तस्य देवस्य भवत्यव्याहता गतिः ॥ ८४ ॥

Au ciel, sur la terre et dans le monde souterrain—parmi les devas, les êtres célestes et les lignées des nāgas—par la grâce de cette Divinité, la marche de l’âme devient sans entrave.

Verse 85

असाध्यं तस्य देवस्य नास्त्यत्र सचराचरे । नरसिंहस्य सुभगे सदा भक्तानुकंपिन ॥ ८५ ॥

Ô bienheureux, dans tout cet univers du mobile et de l’immobile, rien n’est impossible à ce Dieu—Narasimha—toujours compatissant envers Ses dévots.

Verse 86

विधानं तस्य वक्ष्यामि भक्तानामुपकारकम् । येन प्रसीदते चासौ सिंहार्द्धकृतविग्रहः ॥ ८६ ॥

Je vais maintenant exposer le rite—salutaire aux dévots—par lequel Celui dont la forme est façonnée en demi-lion devient gracieux et satisfait.

Verse 87

यत्तत्वं तस्य देवस्य तदज्ञातं सुरासुरैः । शाकयावकमूलैस्तु फलपिण्याकसक्तुभिः ॥ ८७ ॥

La réalité essentielle (tattva) de ce Seigneur divin demeure inconnue même des devas et des asuras; pourtant, Il doit être adoré par de simples offrandes—légumes, orge, racines, fruits, tourteau d’huile et farine de grains grillés.

Verse 88

पयोभक्ष्येण वा भद्रे वर्तते साधकेश्वरः । कासकौपीनवासाश्च ध्यानयुक्तो जितेन्द्रियः ॥ ८८ ॥

Ô douce âme, le sādhaka accompli, maître de la pratique, vit même d’un régime de lait; vêtu d’une étoffe grossière et d’un pagne, il demeure absorbé en méditation, les sens maîtrisés.

Verse 89

अरण्ये विजने देशे नदीसंगमपर्वते । सिद्धक्षेत्रे चोषरे च नरसिंहाश्रमे तथा ॥ ८९ ॥

Dans la forêt, en un lieu retiré, au confluent des rivières, sur une montagne, dans un siddha-kṣetra, en une contrée aride et déserte, et de même dans l’āśrama de Narasiṃha—là, l’on doit accomplir la discipline spirituelle prescrite.

Verse 90

प्रतिष्ठाप्य स्वयं चापि पूजांकृत्वा विधानतः । उपपातकवान्देवि महापातकवानपि ॥ ९० ॥

Ô Déesse, même celui qui porte des fautes mineures—voire celui qui a commis de grands péchés—est purifié lorsqu’il installe lui-même (la Divinité) puis accomplit le culte selon les rites prescrits.

Verse 91

मुक्तो भवेत्पातकेभ्यः साधको नात्र संशयः । कृत्वा प्रदक्षिणं तत्र नरसिंहं प्रपूजयेत् ॥ ९१ ॥

Le pratiquant est délivré des péchés—il n’y a là aucun doute. Après y avoir accompli la pradakṣiṇā (circumambulation), qu’il rende un culte dû à Narasiṃha.

Verse 92

गंधपुष्पादिभिर्धूपैः प्रणम्य शिरसा प्रभुम् । कर्पूरचंदनाक्तानि जातीपुष्पाणि मस्तके ॥ ९२ ॥

Offrant parfums, fleurs et encens, puis s’inclinant la tête devant le Seigneur, qu’on dépose sur le sommet du crâne des fleurs de jasmin ointes de camphre et de santal.

Verse 93

प्रदद्यान्नरसिंहस्य ततः सिद्धिः प्रजायते । भगवान्सर्वकार्येषु न क्वचित्प्रतिदूयते ॥ ९३ ॥

En offrant une oblation à Narasiṃha, la siddhi (l’accomplissement) naît. Le Seigneur Bienheureux, en toute action, ne se détourne jamais du dévot.

Verse 94

न शक्तास्तं समाक्रांतुं ब्रह्मरुद्रादयः सुराः । किं पुनर्दानवा लोके सिद्धगंधर्वमानुषाः ॥ ९४ ॥

Même les dieux—Brahmā, Rudra et les autres—ne peuvent l’assaillir ni le dominer. À plus forte raison, comment les Dānavas de ce monde, ou les Siddhas, Gandharvas et les humains le pourraient-ils ?

Verse 95

विद्याधरां यक्षगणाः सकिन्नरमहोरगाः । ते सर्वे प्रलयं यांति दिव्या दिव्याग्नितेजसा ॥ ९५ ॥

Les Vidyādharas, les troupes de Yakṣas, avec les Kinnaras et les grands serpents—tous, sans exception—vont à la dissolution (pralaya), consumés par l’éclat céleste du feu divin.

Verse 96

सकृज्जप्त्वाग्निशिखया हन्यात्सर्वानुपद्रवान् । त्रिर्जप्त्वा कवचं दिव्यं संरक्षेद्दैत्यदानवात् ॥ ९६ ॥

En récitant une seule fois le mantra Agniśikhā, on détruit toutes les calamités ; et en récitant trois fois le kavaca, l’armure divine, on demeure solidement protégé contre les daityas et les dānavas.

Verse 97

भूतात्पिशाचाद्रक्षोभ्यो ये चान्ये परिपंथिनः । त्रिर्जप्तं कवचं दिव्यमभेद्यं च सुरासुरैः ॥ ९७ ॥

Contre les bhūtas, piśācas et rākṣasas, et contre toutes les autres forces d’obstruction, ce kavaca divin—récité trois fois—devient inviolable, même pour les dieux et les asuras.

Verse 98

योजनद्वादशांतस्तु देवो रक्षति सर्वदा । नरसिंहो महाभागे महाबलपराक्रमः ॥ ९८ ॥

Dans un rayon de douze yojanas, ce Seigneur divin protège en tout temps : Narasiṃha, ô noble dame, d’une grande force et d’une vaillance héroïque.

Verse 99

ततो गत्वा बिलद्वारमुपोष्य रजनत्रयम् । पलाशकाष्ठैः प्रज्वाल्य भगवज्जातवेदसम् ॥ ९९ ॥

Ensuite, s’étant rendu à l’entrée de la caverne et ayant observé le jeûne durant trois nuits, qu’il allume le Feu sacré du Bhagavān—Jātavedas, l’Agni divin—avec du bois de palāśa (flamme-de-la-forêt).

Verse 100

पालाशसमिधं तत्र जुहुयात्त्रिमधुप्लुताम् । द्वेऽयुते कंजनयने शकटश्चैव साधकः ॥ १०० ॥

Là, qu’il verse dans le feu des brindilles de palāśa, imprégnées des trois miels. Ô Seigneur aux yeux de lotus ! Lorsque vingt mille oblations sont accomplies, le sādhaka devient lui aussi pleinement apte, tel un char capable de porter le fruit du rite.

Verse 101

ततः कवल्लीविवरं प्रकटं जायते क्षणात् । ततो विशेत्तु निःशंकः कवल्लीविवरं बुधः ॥ १०१ ॥

Alors, en un instant, se révèle une ouverture nommée Kavallī-vivara. Dès lors, le sage doit y pénétrer sans crainte ni hésitation.

Verse 102

गच्छतः शकटस्याथ तमो मोहश्च नश्यति । राजमार्गस्तु विस्तीर्णो दृश्यते तत्र मोहिनि ॥ १०२ ॥

À mesure que le char avance, l’obscurité et l’égarement se dissipent ; ô toi que l’illusion trouble, là se laisse voir clairement la vaste voie royale.

Verse 103

नरसिंहं स्मरंस्तत्र पातालं विशते तदा । गत्वा तत्र जपेच्छुद्धो नरसिंहं तमव्ययम् ॥ १०३ ॥

Là, se souvenant de Narasiṃha, il entre alors en Pātāla. Une fois parvenu, purifié, qu’il répète en japa ce Narasiṃha impérissable.

Verse 104

ततः स्त्रीणां सहस्राणि वीणाचामरकर्मणाम् । निर्गच्छँति पुराच्चैव स्वागतं ता वदंति च ॥ १०४ ॥

Alors, des milliers de femmes—au service, jouant de la vīṇā et agitant les éventails de queue de yak (cāmara)—sortent de la cité et disent : «Bienvenue !»

Verse 105

प्रवेशयंति तं हस्ते गृहीत्वा साधकेश्वरम् । ततो रसायनं दिव्यं पाययंति सुलोचने ॥ १०५ ॥

Saisissant par la main le seigneur des sādhakas, elles le font entrer; puis, ô toi aux beaux yeux, elles lui font boire un rasāyana divin, élixir de régénération.

Verse 106

पीतमात्रे दिव्यदेहो जायते सुमहाबलः । क्रीडते दिव्यकन्याभिर्यावदाभूतसंप्लवम् ॥ १०६ ॥

Dès qu’il l’a bu, un corps divin naît, pourvu d’une force immense; et il se divertit avec des jeunes filles célestes jusqu’à la dissolution cosmique des êtres.

Verse 107

भिन्नदेहो वासुदेवं नीयते नात्र संशयः । यदा न रोचयन्त्येतास्ततो निर्गच्छते पुनः ॥ १०७ ॥

Quand l’âme quitte le corps, elle est conduite vers Vāsudeva : il n’y a là aucun doute. Mais lorsque ces jouissances célestes ne la charment plus, alors elle s’en va de nouveau de ce séjour.

Verse 108

पट्टं शूलं च खङ्गं च रोचनां च मणिं तथा । रसं रसायनं चैव पादुकांजनमेव च ॥ १०८ ॥

«(Il convient d’offrir/d’obtenir) un vêtement de tissu, un trident, une épée, de la gorocanā et aussi une gemme; de même l’essence (rasa), le rasāyana régénérant, ainsi que des sandales et le collyre (añjana).»

Verse 109

कृष्णांजलिं च सुभगे गुटिकां च मनःशिलाम् । मुंडलां चाक्षसूत्रं च षष्ठीं संजीवनीं तथा ॥ १०९ ॥

Ô dame fortunée, (il convient d’offrir/de préparer) une poignée noire, une petite boulette et la manahśilā (réalgar) ; ainsi que la tonsure, le rosaire (akṣasūtra), l’observance dite « Ṣaṣṭhī » et pareillement le rite nommé « Saṃjīvanī ».

Verse 110

सिद्धां विद्यां च शास्त्राणि गृहीत्वा साधकोत्तमः । ज्वलद्वह्निस्फुलिंगोर्मिवेष्टितं त्रिदशं हृदि ॥ ११० ॥

Ayant maîtrisé la vidyā accomplie et les traités faisant autorité, le meilleur des pratiquants porte dans son cœur la Présence divine, comme enveloppée par les vagues et les étincelles d’un feu flamboyant.

Verse 111

सकृन्न्यस्तं दहेत्सर्वं वृजिनं जन्मकोटिकम् । विषेन्यस्तं विषं हन्यात्कुष्ठं हन्यात्तनौ स्थितम् ॥ १११ ॥

Même accompli une seule fois, cela brûle tout péché amassé au cours de dizaines de millions de naissances. Appliqué en présence du poison, cela détruit le poison ; et cela détruit la lèpre, même établie dans le corps.

Verse 112

सुदेहभ्रूणहत्यादि कृत्वा दिव्येन शुध्यति । महाग्रहगृहीतेषु ज्वलमानं विचिंतयेत् ॥ ११२ ॥

Même celui qui a commis de lourds péchés — tel le meurtre d’un embryon — est purifié par le Divin (moyen de purification). Pour ceux que tourmentent de puissants grahas (saisies planétaires/esprits), qu’on médite une Présence flamboyante et rayonnante.

Verse 113

रुदंतिं वै ततः शीघ्रं नश्येयुर्दारुणा ग्रहाः । बालानां कंठके बद्ध्वा रक्षा भवति नित्यशः ॥ ११३ ॥

Alors, les grahas féroces périssent promptement. Lorsqu’on l’attache au cou des enfants, cela devient une protection constante.

Verse 114

गंडपिंडककृत्यानां नाशनं कुरुते ध्रुवम् । व्याधिघाते समिद्भिश्च घृतं क्षीरेण होभयेत् ॥ ११४ ॥

Il anéantit à coup sûr les rites malfaisants (kṛtyā) tels que gaṇḍa et piṇḍaka. Pour écarter la maladie, qu’on accomplisse un homa avec des baguettes de bois sacré, en offrant du ghee avec du lait.

Verse 115

त्रिसंध्यं मासमेकं तु सर्वरोगान्विनाशयेत् । असाध्यं नास्य पश्यामि तत्वस्य सचराचरे ॥ ११५ ॥

Accompli aux trois sandhyā pendant un seul mois, il détruit toutes les maladies. Selon ce principe, dans l’univers du mobile et de l’immobile, je ne vois rien qui soit impossible à accomplir.

Verse 116

यां यां कामयते सिद्धिं तां तां प्राप्नोत्यपि ध्रुवम् । अष्टोत्तरशतं त्वेकं पूजयित्वा मृगाधिपम् ॥ ११६ ॥

Quel que soit l’accomplissement (siddhi) désiré, on l’obtient assurément, après avoir adoré le Seigneur—« le Lion parmi les bêtes »—par cent huit (108) hommages.

Verse 117

मृत्तिकां सप्त वल्मीके श्मशाने च चतुष्पथे । रक्तचंदनसंमिश्रां गवां क्षीरेण लेपयेत् ॥ ११७ ॥

Qu’on prenne de l’argile de sept termitières, ainsi que (de l’argile) d’un lieu de crémation et d’un carrefour. Qu’on la mêle au santal rouge et qu’on l’applique en pâte avec du lait de vache.

Verse 118

सिंहस्य प्रतिमां कृत्वा प्रमाणेन षडंगुलाम् । भूर्जपत्रे विशेषेण लिखेद्रोचनया तथा ॥ ११८ ॥

Après avoir façonné (ou fixé) la figure d’un lion, de six aṅgulas selon la mesure prescrite, qu’on la dessine ensuite—tout particulièrement sur de l’écorce de bouleau—avec la rocanā, pigment jaune, selon la règle.

Verse 119

नरसिंहस्य कंठे तु बद्ध्वा चैव समंत्रवत् । जपेत्संख्याविहीनं तु पूजयित्वा जलाशये ॥ ११९ ॥

L’ayant attaché au cou de Narasiṃha selon le rite prescrit, avec le mantra, qu’on accomplisse ensuite le japa sans en fixer le nombre ; après l’adoration, qu’on le fasse près d’un réservoir d’eau sacrée (étang ou bassin).

Verse 120

यावन्मंत्रं तु जपति सप्ताहं संयतेन्द्रियः । जलाकीर्णा मुहूर्तेन जायते सर्वमेदिनी ॥ १२० ॥

Tant qu’un homme maître de ses sens récite ce mantra durant une semaine entière, en un instant la terre tout entière se trouve submergée d’eau.

Verse 121

अथवा शुद्धवृक्षाग्रे नरसिंहं तु पूजयेत् । जप्त्वा चाष्टशतं तत्त्वं वर्षं तद्विनिवारयेत् ॥ १२१ ॥

Ou bien, au pied d’un arbre pur (sacré), qu’on adore Narasiṃha ; puis, après avoir récité le mantra cent huit fois, on écartera ainsi cette pluie nuisible pour une année.

Verse 122

तमेव पिंजके बद्ध्वा भ्रामयेत्साधकोत्तमः । महावातो मुहूर्तेन आगच्छेन्नात्र संशयः ॥ १२२ ॥

L’ayant lié, Lui seul, dans une cage et l’ayant fait tournoyer, le meilleur des pratiquants doit accomplir le rite ; en un seul muhūrta s’élèvera un grand vent — sans aucun doute.

Verse 123

पुनश्च वारयन्सिक्तां सप्तजप्तेन वारिणा । अथ तां प्रतिमां द्वारे निखनेद्यस्य साधकः ॥ १२३ ॥

Puis, l’aspergeant de nouveau avec de l’eau sur laquelle (le mantra) a été récité sept fois, le pratiquant doit enterrer cette image au seuil de la porte de celui pour qui le rite est accompli.

Verse 124

गोत्रोत्सादो भवेत्तस्य उद्धृते चैव शांतिदः । तस्माद्वै ब्रह्मतनये पूजयेद्भक्तितः सदा ॥ १२४ ॥

Pour lui, il y aura la ruine de sa lignée ; mais lorsqu’elle est rétablie, la paix est véritablement accordée. C’est pourquoi il faut toujours vénérer avec bhakti le fils de Brahmā.

Verse 125

मृगराजं महावीर्यं सर्वकामफलप्रदम् । दृष्ट्वा स्तुत्वा नमस्कृत्य संपूज्य नृहरिं शुभे ॥ १२५ ॥

Ô dame de bon augure, après avoir contemplé Narahari — le roi-lion à la grande vaillance, dispensateur des fruits de tous les désirs — qu’on Le loue, qu’on se prosterne, qu’on Lui rende hommage et qu’on adore Nṛhari avec une dévotion entière.

Verse 126

प्राप्नुवंति नरा राज्यं स्वर्गं मोक्षं च दुर्लभम् । नरसिंहं नरो दृष्ट्वा लभेदभिमतं फलम् ॥ १२६ ॥

Les hommes obtiennent la souveraineté, le ciel, et même la libération difficile à atteindre ; car celui qui contemple Narasiṃha reçoit le fruit désiré.

Verse 127

विमुक्तः सर्वपापेभ्यो विष्णु लोकं च गच्छति । सकृद्दृष्टवा तु तं देवं भक्त्या सिंहवपुर्द्धरम् ॥ १२७ ॥

Délivré de tous les péchés, il gagne le monde de Viṣṇu. En vérité, avoir contemplé ne fût-ce qu’une seule fois ce Dieu — qui porte la forme du lion — avec bhakti, suffit pour obtenir ce résultat.

Verse 128

मुच्यते पातकैः सर्वैः कायवाक्चित्तसंभवैः । संग्रामे संकटे दुर्गे चौख्याघ्रादिपीडिते ॥ १२८ ॥

On est délivré de tous les péchés issus du corps, de la parole et de l’esprit—que ce soit au combat, dans la détresse, en un lieu périlleux, ou lorsqu’on est accablé par la maladie et des souffrances semblables.

Verse 129

कांतारे प्राणसंदेहे विषवह्निजलेषु च । राजादिभीषु संग्रामे ग्रहरोगादिपीडिते ॥ १२९ ॥

Dans la forêt sauvage, quand la vie est en péril; au milieu du poison, du feu ou des eaux; dans la crainte des rois et des puissants; au cœur du combat; et lorsqu’on est tourmenté par les influences des astres, la maladie et d’autres peines—qu’on se souvienne de Lui et qu’on s’appuie sur ce refuge sacré.

Verse 130

स्मृत्वा तं यो हि पुरुषः संकटैर्विप्रमुच्यते । सूर्योदये यथा नाशं तमोऽभ्येति महत्तरम् ॥ १३० ॥

En vérité, celui qui se souvient de Lui est promptement délivré des calamités—comme au lever du soleil, lorsque la grande obscurité s’anéantit.

Verse 131

तथा संदर्शने तस्य विनाशं यांत्युपद्रवाः । गुटिकां जनपाताले पादलेपरसायनम् ॥ १३१ ॥

De même, par le seul fait de le contempler, les troubles et les malheurs vont à leur ruine. Dans Pātāla, les régions d’en bas, se trouve une pilule (guṭikā) : un rasāyana, l’élixir suprême du domaine de Pādala, le monde serpentin de l’inframonde.

Verse 132

नरसिंहे प्रसन्ने तु प्राप्नोत्यन्यांश्च वांछितान् । यान्यान्कामानभिध्यायन्भजेत नृहरिं नरः ॥ १३२ ॥

Lorsque Narasiṃha est satisfait, l’homme obtient aussi d’autres grâces désirées. Ainsi, en méditant les vœux qu’il porte, qu’il adore Nṛhari, le Seigneur Homme-Lion.

Verse 133

तांस्तान्कामानवाप्नोति नरो नास्त्यत्र संशयः ॥ १३३ ॥

Cet homme obtient ces buts mêmes qu’il désire; il n’y a là aucun doute.

Verse 134

इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणोत्तरभागे मोहिनीवसुसंवादे पुरुषोत्तममाहात्म्ये पंचपंचाशत्तमोऽध्यायः ॥ ५५ ॥

Ainsi s’achève le cinquante-cinquième chapitre, « La Gloire de Puruṣottama », dans l’Uttara-bhāga du Śrī Bṛhannāradīya Purāṇa, au sein du dialogue entre Mohinī et Vasu.

Frequently Asked Questions

The chapter presents it as a calendrical convergence where vrata discipline (fasting and self-control) and tīrtha-darśana amplify each other, yielding merit described as surpassing even hyperbolic ascetic feats; it frames Dvādaśī as a decisive liminal day for attaining Viṣṇu-loka and non-fall (acyuta-pada).

A structured sequence: snāna (triple immersion) at Mārkaṇḍeya Lake with prescribed mantras; tarpana to devas/ṛṣis and pitṛs (tila-udaka); ācamana; pradakṣiṇā and worship at Mārkaṇḍeyeśa (Śiva) including forgiveness (Aghora); Kalpavaṭa circumambulation and mantra-worship; salutation to Garuḍa; then temple entry, circumambulation, and worship of Saṃkarṣaṇa, Subhadrā, and Kṛṣṇa with the dvādaśākṣarī and stotra.

It treats Śiva worship (Mārkaṇḍeyeśa) as an integral purificatory and merit-generating station within a Viṣṇu-centered itinerary, presenting tīrtha practice as a network where sectarian shrines function sequentially toward the culminating Puruṣottama darśana and mokṣa-oriented bhakti.

It asserts a sweeping equivalence: the fruits of Vedas, sacrifices, charities, vows, and even the four āśrama disciplines are obtained simply by beholding and prostrating to Kṛṣṇa—culminating in liberation that is otherwise difficult to attain.

It expands the tīrtha framework into protective and siddhi-oriented upāsanā, presenting Narasiṃha as an ever-present refuge at the site and as a practical means for removing calamities (graha, bhūta, disease, fear), thereby integrating pilgrimage devotion with mantra-kavaca and homa technologies.