Adhyaya 72
Purva BhagaThird QuarterAdhyaya 7255 Verses

Hayagrīva-pūjā-vyākhyāna (Worship Procedure and Mantra-Siddhi of Hayagrīva)

Sanatkumāra expose un système de mantras centré sur le praṇava (Oṃ) et relié à Viṣṇu, en précisant ses marqueurs rituels : ṛṣi Indu, chandas Virāṭ, devatā Dadhivāmana ; bīja Tāra/Oṃ ; śakti Vahnijāyā. Il prescrit les nyāsa sur le corps et l’installation de dix-huit mantras, puis détaille la pūjā et le homa : japa de trois lakhs et homa d’un dixième avec des offrandes imprégnées de ghee ; avec des oblats variés (pāyasa, riz au caillé, lotus rouges, apāmārga) pour la prospérité, la dissipation de la peur, le soulagement des maladies, l’accroissement de l’influence, la délivrance des liens et l’abondance de nourriture. Le chapitre développe ensuite l’architecture du yantra/maṇḍala : culte au cœur du lotus, pūjā ṣaḍaṅga sur filaments et pétales, placements des quatre Vyūhas, des Śaktis, des armes, des dikpālas, des huit éléphants directionnels et de leurs parèdres. Un second courant de mantras culmine en Hayagrīva (Turagānana), avec Brahmā comme ṛṣi et Anuṣṭubh comme chandas, et des anneaux externes (Vedāṅga, Mères, Bhairava, avatāra, rivières, graha, montagnes, nakṣatra). Enfin sont décrits l’eau consacrée et les rites d’éclipse avec une préparation de graines conférant la Sarasvata-siddhi : maîtrise de la parole et du savoir.

Shlokas

Verse 1

सनत्कुमार उवाच । प्रणवो हृदयं विष्णुर्नेन्तः सुरपतिस्तथा । महाबलाय स्वाहांतो मंत्रो वसुधराक्षरः ॥ १ ॥

Sanatkumāra dit : Le Praṇava (Oṃ) est le cœur même de Viṣṇu ; en lui réside aussi le Seigneur des dieux. Le mantra qui s’achève par « svāhā » est destiné au Très-Puissant, et il est l’akṣara, la syllabe qui soutient la terre et le monde.

Verse 2

मुनिरिंन्दुर्विराट् छन्दो देवता दधिवामनः । तारो बीजं तथा शक्तिर्वह्निजाया प्रकीर्तिता ॥ २ ॥

Le ṛṣi est Indu ; le mètre (chandas) est Virāṭ ; la divinité présidante (devatā) est Dadhivāmana. La syllabe-graine (bīja) est Tāra (Oṃ), et la puissance (śakti) est proclamée Vahnijāyā, l’épouse d’Agni, le Feu.

Verse 3

चंद्राक्षिरामबाणेंषु नेत्रसंख्यैर्मनूद्भवैः । वर्णैः षडंगं कृत्वा च मूर्ध्नि भाले च नेत्रयोः ॥ ३ ॥

Avec les lettres issues des mantras—en nombre égal à celui des yeux—qu’on accomplisse le nyāsa aux six membres (ṣaḍaṅga-nyāsa), en les posant sur le sommet de la tête, sur le front et sur les deux yeux, selon le groupe mantrique commençant par « Caṃdrākṣi, Rāma, Bāṇa… ».

Verse 4

कर्णयोर्घ्राणयोरोष्टतालुकण्ठभुजेषु च । पृष्टे हृद्युदरे नाभौ गुह्ये चोरुस्थले पुनः ॥ ४ ॥

Aux deux oreilles et aux narines ; sur les lèvres, le palais, la gorge et les bras ; sur le dos ; dans la région du cœur et du ventre ; au nombril ; aux parties secrètes ; et de nouveau au lieu des cuisses — tels sont les emplacements indiqués.

Verse 5

जानुद्वयं जङ्घयोश्च पादयोर्विन्यसेत्क्रमात् । अष्टादशैव मंत्रोत्थास्ततो देवं विचिंन्तयेत् ॥ ५ ॥

Ensuite, qu’on les place, dans l’ordre prescrit, sur les deux genoux, les mollets et les pieds. Après avoir ainsi établi les dix-huit mantras, qu’on médite alors sur le Seigneur.

Verse 6

मुक्तागौरं रत्नभूषं चन्द्रस्थं भृङ्गसन्निभैः । अलकैर्विलसद्वक्त्रं कुम्भं शुद्धांबुपूरितम् ॥ ६ ॥

Un vase d’eau—blanc comme des perles, orné de gemmes, marqué du croissant lunaire, le visage embelli par des boucles sombres comme des abeilles—fut rempli d’une eau parfaitement pure.

Verse 7

दध्यन्नपूर्णचषकं दोर्भ्यां संदधतं भजेत् । लक्षत्रयं जपेन्मन्त्रं तद्दशांशं घृतप्लुतैः ॥ ७ ॥

Qu’on adore la Divinité en tenant des deux bras un bol rempli de caillé et de riz cuit. Ensuite, qu’on récite le mantra trois lakṣas (300 000 fois) et qu’on offre en oblation le dixième de ce nombre, avec des offrandes baignées de ghee.

Verse 8

पायसान्नैः प्रजुहुयाद्दध्यन्नेन यथाविधि । चन्द्रांते कल्पिते पीठे पूर्वोक्तें पूजयेच्च तम् ॥ ८ ॥

Qu’on fasse les oblations avec du riz sucré (pāyasa) et, selon la règle prescrite, aussi avec du riz mêlé de caillé. Puis, sur le siège préparé à l’extrémité du motif lunaire en croissant, comme indiqué plus haut, qu’on adore cette Divinité.

Verse 9

संकल्पमूर्तिमूलेन संपूज्य च विधानतः । केसरेषु षडंगानि संपूज्य दिग्दलेषु च ॥ ९ ॥

Ensuite, selon la règle rituelle, qu’on rende un culte accompli à la base à la Divinité visualisée par le saṅkalpa (résolution sacrée). Qu’on honore les six membres (ṣaḍ-aṅga) sur les filaments (kesara) et aussi sur les pétales des directions (dig-dala).

Verse 10

वासुदेवं संकर्षणं प्रद्युम्नमनिरुद्धकम् । कोणपत्रेषु शांतिं च श्रियं सरस्वतीं रतिम् ॥ १० ॥

Qu’il place (ou invoque) Vāsudeva, Saṃkarṣaṇa, Pradyumna et Aniruddha ; et, sur les pétales d’angle du diagramme rituel, qu’il place aussi Śānti, Śrī, Sarasvatī et Rati.

Verse 11

ध्वजं च वैनतेयं च कौस्तुभं वनमालिकम् । शंखं चक्रं गदां शार्ङ्गं दलेष्वष्टसु पूजयेत् ॥ ११ ॥

Sur les huit pétales, qu’on vénère avec piété : l’étendard, Vainateya (Garuḍa), le joyau Kaustubha, la guirlande forestière (Vanamālā), la conque, le disque, la massue et l’arc Śārṅga.

Verse 12

दलाग्रेषु केशवादीन्दिक्पालांस्तदनंतरम् । तदस्त्राणि च सम्पूज्य गजानष्टौ समर्चयेत् ॥ १२ ॥

Aux extrémités des pétales, ensuite qu’on vénère Keśava et les autres divinités, ainsi que les gardiens des directions (Dikpālas). Après avoir honoré comme il se doit leurs armes divines, qu’on adore alors les huit éléphants des directions.

Verse 13

ऐरावतः पुण्डरीको वामनः कुमुदोंऽजनः । पुष्पदंतः सार्वभौमः सुप्रतीकश्च दिग्गजाः ॥ १३ ॥

Airāvata, Puṇḍarīka, Vāmana, Kumuda, Añjana, Puṣpadanta, Sārvabhauma et Supratīka : tels sont les éléphants des directions.

Verse 14

करिण्योऽभ्रमुकपिलोपिंगलानुपमाः क्रमात् । ताम्रकर्णी शुभ्रदंती चांगना ह्यंजना वती ॥ १४ ॥

Dans l’ordre, les éléphantes sont nommées : Abhramukhā, Kapilā, Piṅgalā et Anupamā ; puis Tāmra-karṇī (« aux oreilles cuivrées »), Śubhra-dantī (« aux défenses blanches »), Cāṅganā et Añjanavatī.

Verse 15

एवमाराधितो मंत्री दद्यादिष्टानि मंत्रिणे । श्रीकामः पायसाज्येन सहस्रं जुहुयात्सुधीः ॥ १५ ॥

Ainsi, lorsque le pratiquant du mantra a dûment apaisé la divinité du mantra, qu’il remette au prêtre officiant les offrandes prescrites. Celui qui désire la prospérité, avec sagesse, accomplira mille oblations de pāyasa (riz au lait) mêlé de ghee.

Verse 16

महतीं श्रियमाप्नोति धान्याप्तिर्धान्य होमतः । शतपुष्पासमुत्थैश्च बीजैर्हुत्वा सहस्रतः ॥ १६ ॥

On obtient une grande prospérité; et par le dhānya-homa, l’offrande de grains au feu sacré, on acquiert une abondance de céréales. En offrant mille fois, en oblation, des semences issues de la plante śatapuṣpā, ce résultat s’accomplit.

Verse 17

महाभयं नाशयेद्धि नात्र कार्या विचारणा । दद्ध्योदनेन शुद्धेन हुत्वा मुच्यते दुर्गतेः ॥ १७ ॥

Cela détruit assurément la grande peur — nul besoin d’en douter. En accomplissant un homa avec du riz pur cuit au lait caillé (daddhy-odana), on est délivré du malheur et d’un destin néfaste.

Verse 18

ध्यात्वा त्रैविक्रमं रूपं जपेन्मंत्रं समाहितः । कारागृहाद्भवन्मुक्तो बद्धो मंत्रप्रभावतः ॥ १८ ॥

Après avoir médité la forme de Trivikrama, le Seigneur aux trois pas, qu’on récite le mantra l’esprit recueilli; par la puissance du mantra, même celui qui est lié est délivré de la prison.

Verse 19

भित्तौ संपाद्य देवेशं फलके वा प्रपूजयेत् । नित्यं सुगंधकुसुमैर्महतीं श्रियमाप्नुयात् ॥ १९ ॥

Après avoir établi l’image du Seigneur des dieux sur un mur, ou sur une planche de bois, qu’on Le vénère comme il se doit. En Lui offrant chaque jour des fleurs parfumées, on obtient une grande Śrī, une prospérité immense.

Verse 20

हुत्वा रक्तोत्पलैर्मंत्री वशयेत्सकलं जगत् । अन्नाज्यैर्जुहुयान्नित्यमष्टाविंशतिसंख्यया ॥ २० ॥

Le pratiquant du mantra, après avoir offert des lotus rouges en oblation, peut mettre le monde entier sous son influence. Qu’il accomplisse aussi chaque jour des offrandes au feu avec du riz cuit et du ghee, au compte fixe de vingt-huit oblations.

Verse 21

सिताज्यान्नं च विधिवत्प्राप्नुयादन्नमक्षयम् । अपूपैः षड्रसोपेतैर्हुनेद्वसुसहस्रकम् ॥ २१ ॥

Celui qui, selon le rite prescrit, obtient du riz préparé avec sucre et ghee, acquiert une réserve de nourriture inépuisable. Et qu’il verse dans le feu sacré mille oblations de gâteaux doux (apūpa) pourvus des six saveurs.

Verse 22

अलक्ष्मीं च पराभूय महतीं श्रियमाप्नुयात् । जुहुयादयुतं मंत्री दध्यन्नं च सितान्वितम् ॥ २२ ॥

Après avoir repoussé Alakṣmī, la malchance, on peut obtenir la grande prospérité de Śrī. Le connaisseur du mantra doit offrir dix mille oblations, avec du riz cuit au caillé (dahi) mêlé de sucre.

Verse 23

यत्र यत्र वसेत्सोऽपि तत्रान्नगिरिमाप्नुयात् । पद्माक्षरैर्युतं बिल्वांतिकस्थो जुहुयान्नरः ॥ २३ ॥

Où que demeure cette personne, là même elle obtient une « montagne de nourriture », c’est-à-dire une abondance de provisions. Un homme, se tenant près d’un arbre bilva, doit offrir des oblations en employant les syllabes semblables au lotus, les syllabes sacrées du mantra, dans le rite.

Verse 24

महालक्ष्मीं स लभते तत्र तत्र न संशयः । जुहुयात्पायसैर्लक्षं वाचस्पतिसमो भवेत् ॥ २४ ॥

Il obtient Mahālakṣmī, là et alors même — sans aucun doute. S’il offre cent mille oblations avec du riz au lait (pāyasa), il devient l’égal de Bṛhaspati, seigneur de la parole sacrée.

Verse 25

लक्षं जप्त्वा तद्दशांशं पुत्रजीवफलैर्हुनेत् । तत्काष्टैरेधिते वह्नौ श्रेष्टं पुत्रमवाप्नुयात् ॥ २५ ॥

Après avoir accompli un lakh (cent mille) récitations, qu’il offre dans le feu le dixième de ce nombre en oblations avec les fruits de l’arbre putrajīva ; et, le feu étant attisé par son propre bois, il obtient un fils excellent.

Verse 26

ससाध्यतारं विलसत्कर्णिकं च सुवर्णकैः । विलसत्केसरं मंत्राक्षरद्वंद्वाष्टपत्रकम् ॥ २६ ॥

Qu’il visualise un lotus rayonnant : son cœur lumineux marqué de la Sādhyatārā (l’étoile qui accomplit le but), ses filaments d’or étincelants, et ses huit pétales composés des paires de syllabes du mantra.

Verse 27

शेषयुग्मार्णांत्यपत्रं द्वादशाक्षरवेष्टितम् । तद्बहिर्मातृकावर्णैर्यंत्रं सम्पत्प्रदं नृणाम् ॥ २७ ॥

Le pétale le plus extérieur, formé des lettres finales des paires de syllabes restantes, doit être ceint du mantra à douze syllabes. Au-delà, avec les lettres de la Mātṛkā (l’alphabet sanskrit), qu’on dispose un yantra qui confère la prospérité aux êtres humains.

Verse 28

रक्तं त्रिविक्रमं ध्यात्वा प्रसूनै रक्तवर्णकैः । जुहुयादयुतं मंत्री सर्वत्र विजयी भवेत् ॥ २८ ॥

En méditant sur Trivikrama (Viṣṇu) sous une forme rouge, le pratiquant du mantra doit offrir dix mille oblations avec des fleurs rouges ; ainsi, il devient victorieux en tout lieu.

Verse 29

ध्यायेञ्चंद्रासनगतं पद्मानामयुतं हुनेत् । लभेदकंटकं राज्यं सर्वलक्षणसंयुतम् ॥ २९ ॥

En méditant sur la divinité assise sur un trône lunaire, qu’il offre dans le feu dix mille fleurs de lotus ; ainsi obtient-il un royaume sans épines (sans troubles), pourvu de tous les signes de bon augure.

Verse 30

हुत्वा लवंगैर्मध्वाक्तैरपामार्गदलैस्तु वा । अयुतं साध्यनामाढ्यं स वश्यो जायते ध्रुवम् ॥ ३० ॥

Après avoir offert dans le feu dix mille oblations, soit avec des clous de girofle enduits de miel, soit avec des feuilles d’apāmārga, en joignant à chaque offrande le nom de la personne à soumettre, celle-ci devient assurément sous son emprise.

Verse 31

अष्टोत्तरशतं हुत्वा ह्यपामार्गदलैः शुभैः । तावज्जप्त्वा च सप्ताहान्महारोगात्प्रमुच्यते ॥ ३१ ॥

Après avoir offert cent huit oblations avec les feuilles auspiciouses d’apāmārga, et accompli le japa correspondant durant sept nuits, on est délivré d’une maladie redoutable.

Verse 32

उहिरत्पदमाभाष्य प्रणवोहीय शब्दतः । सर्ववार्गीश्वरेत्यंते प्रवदेदीश्वरेत्यथ ॥ ३२ ॥

Après avoir prononcé le mot « uhirat », qu’on récite ensuite le Praṇava (Oṁ) selon la forme phonétique prescrite. À la fin, qu’on prononce « sarva-vārgīśvara », puis qu’on le déclare comme « Īśvara ».

Verse 33

सर्ववेदमयाचिंत्यपदान्ते सर्वमीरयेत् । बोधयद्वितवांतोऽयं मन्त्रस्तारादिरीरितः ॥ ३३ ॥

À la fin du mot médité, fait de tous les Veda, qu’on prononce « le Tout », c’est-à-dire la formule entière. Ce mantra, commençant par Tārā (Oṁ), est enseigné comme se terminant par la syllabe « dvi/ta » et l’on dit qu’il éveille l’intelligence spirituelle.

Verse 34

ऋषिर्ब्रह्मास्य निर्दिष्टश्छंदोऽनुष्टुबुदाहृतम् । देवता स्याद्धयग्रीवो वागैश्वर्यप्रदो विभुः ॥ ३४ ॥

Pour ce (mantra), Brahmā est déclaré ṛṣi (voyant) et le mètre est dit Anuṣṭubh. La divinité présidante est Hayagrīva—le Seigneur omniprésent—qui accorde maîtrise et souveraineté de la parole.

Verse 35

तारेण पादैर्मंत्रस्य पञ्चांगानि प्रकल्पयेत् । तुषाराद्रिसमच्छायं तुलसीदामभूषितम् ॥ ३५ ॥

À l’aide des syllabes (pādas) du mantra de Tārā, qu’on accomplisse les cinq placements des membres (pañcāṅga-nyāsa) du mantra. Puis qu’on contemple la divinité, blanche et rayonnante comme un sommet neigeux de l’Himālaya, ornée d’une guirlande de tulasī.

Verse 36

तुरंगवदनं वंदे तुंगसारस्वतः पदम् । ध्यात्वैवं प्रजपेन्मंत्रमयुतं तद्दशांशतः ॥ ३६ ॥

Je me prosterne devant l’auguste Sārasvata, la divinité au visage semblable à celui d’un cheval. Après avoir médité ainsi, qu’on récite le mantra dix mille fois, puis qu’on accomplisse le rite prescrit à hauteur d’un dixième, comme offrande finale.

Verse 37

मध्वक्तैः पायसैर्हुत्वा विमलादिसमन्विते । पूजयेद्वेष्णवे पीठे मूर्तिं संकल्प्य मूलतः ॥ ३७ ॥

Après avoir offert au feu des oblations de mélanges au miel et de riz au lait sucré, avec les accompagnements prescrits commençant par « Vimalā », qu’on rende culte sur le siège-autel vaiṣṇava, en posant d’abord le saṅkalpa et en invoquant, depuis sa source, la forme de la Divinité.

Verse 38

कर्णिकायां चतुर्दिक्षु यजेत्पूर्वादितः क्रमात् । सनंदनं च सनकं श्रियं च पृथिवीं तथा ॥ ३८ ॥

Dans les quatre directions autour du cœur (karnikā) du lotus, qu’on rende culte, en commençant par l’est et selon l’ordre prescrit, à Sanandana, à Sanaka, à Śrī (Lakṣmī) et aussi à Pṛthivī, la Déesse Terre.

Verse 39

तद्वहिर्दिक्षु वेदाश्च षट्कोणेषु ततोऽर्चयेत् । निरुक्तं ज्योतिषं पश्चाद्यजेद्व्याकरणं ततः ॥ ३९ ॥

Ensuite, à l’extérieur, dans les directions, qu’on vénère les Veda dans les compartiments hexagonaux. Après cela, qu’on rende culte à Nirukta et à Jyotiṣa, puis à Vyākaraṇa.

Verse 40

कल्पं शिक्षां च छंदांसि वेदांगानि त्विमानि वै । ततोऽष्टदलमूले तु मातरोऽष्टौ समर्चयेत् ॥ ४० ॥

Tels sont, en vérité, les Vedāṅga : Kalpa, Śikṣā et Chandas. Ensuite, à la base du lotus à huit pétales, qu’on vénère comme il se doit les Huit Mères.

Verse 41

वक्रतुंडादिकानष्टो दलमध्ये प्रपूजयेत् । दलाग्रेष्यर्चयेत्पश्चात्साधकश्चाष्टभैरवान् ॥ ४१ ॥

Après avoir dûment adoré les huit divinités, à commencer par Vakratuṇḍa, au centre de la disposition des pétales de lotus, le pratiquant doit ensuite vénérer les huit Bhairava aux extrémités des pétales.

Verse 42

असितांगं रुरुं चैव भीषणं रक्तकनेत्रकम् । बटुकं कालदमनं दंतुरं विकटं तथा ॥ ४२ ॥

Il convient aussi d’invoquer/de réciter : Asitāṅga, Ruru, Bhīṣaṇa (le Terrifiant), Raktakanetraka (aux Yeux rouges), Baṭuka, Kāladamana (le Dompteur du Temps/de la Mort), Dantura (aux Défenses) et enfin Vikata (le Redoutable).

Verse 43

तद्बहिः षोडशदलेष्ववतारान्हरेर्दश । शंखं चक्रं गदां पद्मं नंदकं शार्ङ्गमेव च ॥ ४३ ॥

Au‑dehors de cela, sur les seize pétales, on doit disposer les dix avatāra de Hari, et aussi Ses emblèmes : la conque, le disque, la massue, le lotus, ainsi que Nandaka (l’épée) et Śārṅga (l’arc).

Verse 44

तद्बहिर्भूगृहे शक्रमुखान्दश दिगीश्वरान् । वज्राद्यांस्तद्बहिश्चेष्ट्वाद्वारेषु च ततः क्रमात् ॥ ४४ ॥

À l’extérieur du sanctuaire intérieur, dans l’enceinte qui l’entoure, on doit disposer Indra et les dix autres Seigneurs des Directions ; puis, au‑delà d’eux, placer le vajra et les autres emblèmes/armes, en ordre, aux portes.

Verse 45

महागणपतिं दुर्गां क्षेत्रेशं बटुकं तथा । समस्तप्रकटाद्याश्च योगिन्यस्तद्बहिर्भवेत् ॥ ४५ ॥

On doit aussi honorer Mahāgaṇapati, Durgā, Kṣetreśa (Seigneur du lieu sacré) et Baṭuka ; et de même toutes les Yoginī, à commencer par Prakaṭā : elles doivent être établies à l’extérieur de cet espace rituel/maṇḍala.

Verse 46

तद्बहिः सप्त नद्यश्च तद्बाह्ये तु ग्रहान्नव । तद्बाह्ये पर्वतानष्टौ नक्षत्राणि च तद्बहिः ॥ ४६ ॥

Au-dehors se trouvent sept fleuves ; au-delà d’eux, les neuf Graha (influences célestes/planètes). Au-delà encore, huit montagnes ; et, hors de celles-ci, de nouveau, les Nakṣatra (demeures lunaires/constellations).

Verse 47

एवं पंचदशावृत्त्या संपूज्य तुरगाननम् । वागीश्वरसमो वाचि धनैर्धनपतिर्भवेत् ॥ ४७ ॥

Ainsi, en rendant un culte juste à Turagānana selon un cycle de quinze répétitions, on devient l’égal du Seigneur de la Parole par l’éloquence, et, pour les richesses, semblable au Seigneur des Trésors.

Verse 48

एवं सिद्धे मनौ मंत्री प्रयोगान्कर्तुमर्हति । अष्टोत्तरसहस्रं तु शुद्धं वार्यभिमंत्रितम् ॥ ४८ ॥

Lorsque le mantra a été ainsi accompli, le pratiquant est digne d’en entreprendre les usages rituels. Qu’il consacre alors de l’eau pure en le récitant mille huit fois.

Verse 49

बीजेन मासमात्रं यः पिबेद्धीमान् जितेन्द्रियः । जन्ममूकोऽपि स नरो वाक्सिद्धिं लभते ध्रुवम् ॥ ४९ ॥

Pendant un mois entier, le sage, maître de ses sens, qui boit (la préparation) avec la bīja—fût-il muet de naissance—obtient assurément la vāk-siddhi, la perfection de la parole.

Verse 50

वियद्भुगुस्थमर्धीराबिंदुमद्बीजमीरितम् । चंद्रसूर्योपरागे तु पात्रे रुक्ममये क्षिपेत् ॥ ५० ॥

La bīja-mantra, dite avoir ses syllabes placées dans le « ciel » et dans « Bhṛgu », et marquée d’« ardhīrā » et d’un bindu, doit être déposée dans un vase d’or au moment d’une éclipse lunaire ou solaire.

Verse 51

दुग्धं वचां ततो मंत्री कंठमात्रोदके स्थितः । स्पर्शाद्विमोक्षपर्यंतं प्रजपेन्मंत्रमादरात् ॥ ५१ ॥

Alors le pratiquant du mantra—se tenant dans l’eau jusqu’à la gorge—doit, avec révérence, réciter le mantra depuis l’instant du contact rituel jusqu’à la libération finale qui clôt le rite.

Verse 52

पिबेत्तत्सर्वमचिरात्तस्य सारस्वतं भवेत् । ज्योतिष्मतीलताबीजं दिनेष्वेकैकवर्द्धितम् ॥ ५२ ॥

Qu’il boive tout cela ; bientôt il obtiendra le don « Sārasvata », la grâce de l’éloquence et du savoir. (On le fait) avec la graine de la liane jyotiṣmatī, en augmentant la dose d’une unité chaque jour.

Verse 53

अष्टोत्तरशतं यावद्भक्षयेदभिमंत्रितम् । सरस्वत्यवतारोऽसौ सत्यं स्याद्भुवि मानवः ॥ ५३ ॥

Si quelqu’un mange (l’offrande) consacrée par le mantra jusqu’à cent huit (fois/unités), cet être humain sur terre devient, en vérité, une incarnation de Sarasvatī.

Verse 54

किं बहूक्तेन विप्रेंद्र मनोरस्य प्रसादतः । सर्ववेदागमादीनां व्याख्याता ज्ञानवान् भवेत् ॥ ५४ ॥

À quoi bon en dire davantage, ô le meilleur des brahmanes ? Par la grâce de Manora, on devient sage et savant expositeur de tous les Veda, des Āgama et des écritures apparentées.

Verse 55

इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणे पूर्वभागे बृहदुपाख्याने सनत्कुमारविभागे तृतीयपादे हयग्रीवोपासनानिरूपणं नाम द्विसप्ततितमोऽध्यायः ॥ ७२ ॥

Ainsi s’achève le soixante-douzième chapitre, intitulé « L’exposé du culte de Hayagrīva », dans le Śrī Bṛhannāradīya Purāṇa—au sein du Pūrva-bhāga, du Grand Récit (Bṛhad-upākhyāna), de la section de Sanatkumāra, dans le troisième Pāda.

Frequently Asked Questions

In śāstric mantra-vidhi, these identifiers establish lineage (ṛṣi), sonic-form/recitational structure (chandas), and the mantra’s intended divine referent (devatā). The chapter preserves this Vedic-style apparatus inside a Purāṇic setting to authorize correct recitation, nyāsa, and ritual application.

Classical sādhana manuals treat japa as internal energizing and homa as external sealing/confirmation; the one-tenth homa is a standard completion ratio (pūraścaraṇa-style logic). The chapter uses fixed counts to formalize ‘mantra-siddhi’ before allowing prayoga (applications).

The lotus diagram acts as a cosmological and theological map: the center holds the resolved deity-form; filaments/petals host limbs, Vyūhas, Śaktis, weapons, and guardians; outer rings expand to Vedas/Vedāṅgas, grahas, rivers, mountains, and nakṣatras—integrating mantra, body (nyāsa), and cosmos into a single worship architecture.

Airāvata, Puṇḍarīka, Vāmana, Kumuda, Añjana, Puṣpadanta, Sārvabhauma, and Supratīka; along with their female counterparts: Abhramukhā, Kapilā, Piṅgalā, Anupamā, Tāmra-karṇī, Śubhra-dantī, Cāṅganā, and Añjanavatī.